Prologue
Fallon
J’aime la pluie. Elle efface le sang plus vite que je ne peux en perdre.
Il pleut sur Salem ce soir, et l’eau emporte tout : nos espoirs, nos illusions, notre futur. Elle emporte le sang de mes amies qui s’écoule déjà entre les pavés.
Je sais qu’on va toutes mourir ce soir.
IL ne s’arrêtera pas tant qu’IL ne nous aura pas TOUTES.
Ivy lève la main : son pouvoir a disparu. Déjà, Anjali et Jasmine gisent sur le sol, leurs os brisés comme des brindilles sous les pieds des promeneurs du dimanche. Nova regarde leurs corps bousillés par ce monstre.
— Nous devons continuer ! crie-t-elle à Ivy.
Mais au fond, je me demande si ce n’est pas mieux, de les rejoindre peu importe le foutu endroit où se trouvent désormais leurs esprits.
Je veux plus ressentir toute cette douleur.
Jude, ne se pose pas tant de questions... Elle se met à courir vers LUI.
D’un geste, IL l’envoie s’écraser contre le mur.
Craquement sinistre. Hurlement. Filet de sang épais.
Ma gorge est en feu, aucun cri ne sort.
— Il faut continuer à se battre !
Je n’entends pas Ivy tout de suite. Cette sensation d’une pointe de fer qui traverse mon cœur me plie en deux. La perte de mes trois amies me détruit plus que tout, pourtant il faut avancer alors que ça n’a aucun sens de poursuivre sans elles...
La paume de Nova pulse contre la mienne.
Je la serre fort. Je ne sais pas comment, ni pourquoi mais mon autre main cherche, trouve et presse celle d’Ivy.
— On ne va pas le laisser gagner, nous dit Nova.
Sa voix vacille, mais quelque chose en elle refuse de céder. C’est fragile, lumineux. Est-ce que c’est ça, l’espoir ? Cette absurdité qui persiste quand tout est déjà perdu ?
IL rigole. Parade. Brandit les corps de Jude, Anjali et Jasmine, pour nous rappeler ce qu’IL peut faire.
Ce qu’IL va nous faire.
Un anneau sombre nous entoure et nous serre les unes contre les autres. IL nous détruit... C’est fini. IL a gagné.
Je remonte à la surface d’un coup et je me réveille. Cheveux soudés au crâne. Ma peau glacée sue la terreur. Mon cœur frappe, frappe, frappe contre mes côtes. Je balaye ma chambre du regard : il n’y a que de la pénombre, du silence et des restes de mon cauchemar.
Le jour.
La nuit.
Peu importe quand.
Les flashs d’horreur qui déchirent ma tête me suivent partout.
Je murmure et cherche à me convaincre.
— Ça n’arrivera pas.
Mensonge.
— Ça n’arrivera pas !
Mensonge !
Je le sais au plus profond de mes tripes. Mes visions se réalisent toujours. C’est mon don. Ma malédiction...
Mais je répète quand même ces mots à voix haute comme si ça pouvait changer le futur que j’ai vu.
Celui qui se réalise toujours.








