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Une dernière lettre

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Résumé

Marie et Armand se rencontrent en 1935. Un coup de foudre aussi magique qu'inattendu. Quelques années plus tard, la guerre éclate et bouleverse leur vie, menaçant leur mariage et tous les projets qu'ils avaient construits ensemble.

Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Une nuit sans fin

MARIE

15 Octobre 1943


Vingt heures sonnent, j’avais presque fini de nettoyer le sol de la boulangerie quand Louise — la nounou de mon fils — apparut dans les escaliers. Elle avait fini sa journée et devait rentrer chez elle pour s’occuper de son pauvre père malade.

— Le petit Marcel s’est endormi sans trop de soucis Mme Dumas. Me dit-elle en prenant garde de ne pas trop faire grincer le bois en descendant les marches.

— Merci, Louise. Je vous souhaite une bonne soirée, rentrez vite avant qu’il ne fasse trop sombre, dis-je en refermant la porte derrière elle.

La journée fut éreintante et la nuit risquait d’être également très longue.

Comme chaque soir depuis maintenant trois ans, je m’empressais de calfeutrer toutes les fenêtres d’épais cartons noirs, m’assurant qu’aucune petite fente de lumière ne soit perçue depuis l’extérieur, car cela m’aurait valu une arrestation particulièrement virulente.

Les rues étaient devenues excessivement sombres et calmes, les derniers villageois encore dehors regagnaient leur domicile à la hâte, au risque de se prendre une balle dans le dos s’ils tardaient un peu trop.

Aucune lumière, aucun bruit ne devait attirer l’attention. Comme si le village devait cesser d’exister une fois la nuit tombée.

Telles étaient les règles du couvre-feu imposé par la Wehrmacht. — forces armées officielles de l’Allemagne nazie —

Une fois les fenêtres correctement obstruées et les lumières éteintes, je montais à l’étage pour préparer le dîner. Au menu, une soupe de topinambours accompagnée d’un quignon de pain. Un maigre repas que je m’estime heureuse de pouvoir consommer en ces temps de pénurie.

Mais, une fois de plus, au moment de passer à table, mon souffle s’accéléra. La vue d’un seul couvert dressé sur la table me comprimait le cœur.

Mon mari, mon bien-aimé Armand avait été réquisitionné par les Allemands il y a déjà plusieurs mois pour travailler sur le chantier de la base sous-marine de Lorient.

La nuit, il était entassé avec des centaines d’autres hommes dans un baraquement de fortune. Un endroit d’une telle lugubrité que même une morgue y serait plus accueillante. Cette pensée, couplée au froid humide de l'automne me glaça le sang.

Une fois mon repas terminé, je me saisis de la boîte où je rangeais tous les tickets de rationnement. Une montagne de paperasses que je me devais de traiter méticuleusement, car les Allemands contrôlaient tout. Du moindre gramme de farine à la plus petite miche de pain vendue ou achetée. Il était hors de question que l’on me condamne pour fraude. Hors de question que mon fils de six mois se retrouve tout seul.

Au bout d’une heure, ma vue commençait à se troubler, la fatigue ayant pris le dessus, je décidais de m’arrêter là pour ce soir.

J’éteignis les bougies de la cuisine, puis me dirigeais vers la chambre de mon fils. Je lui déposais un baiser sur sa petite joue, quand un léger sourire en coin vint illuminer son visage.

Mon corps, qui était complètement endolori après ces quatorze heures de travail, me faisait horriblement souffrir. Tous mes muscles étaient contractés, et ma colonne raide comme un piquet.

Je devais absolument dormir un peu avant qu’une nouvelle journée commence.

Six heures plus tard, le réveil sonna. Mon corps me faisait toujours autant souffrir, mais pas le choix que de me remettre au travail.

Après une brève toilette et un regard rapide sur mon petit Marcel, je descendis au sous-sol pour allumer le four. Le boulanger que j’avais engagé après la réquisition de mon mari ne venait que dans deux heures.

Il ne travaillait que quelques heures afin de pouvoir m’aider à la production, et repartait une fois celle-ci terminée. Le reste de la journée, je gérais la boulangerie toute seule pour éviter des frais supplémentaires.

Je me penchais pour attraper une bûche de bois posée sur le talus au fond de la pièce, quand soudain, le bruit lointain des sirènes de la base aéronautique de Lann-Bihoué brisa le silence de la nuit.

Cela ne voulait dire qu’une chose, les bombardiers approchaient. Sans réfléchir, je lâchai la bûche pour me précipiter au premier étage afin de récupérer mon fils, puis descendis au sous-sol pour nous mettre à l’abri.

Quelques secondes plus tard, le vrombissement des avions alliés de la Royal Air Force britannique se fit entendre. Le sol commençait à trembler, les flammes des bougies vacillaient. Prise d’une peur que je tentais de contenir, l’instinct maternel prit le dessus. Je serrai un peu plus mon bébé contre ma poitrine, l’enveloppant dans un cocon protecteur.

Quand ils passèrent au-dessus de la boulangerie, mon cœur s’emballa de terreur. Ce n’était plus seulement le sol, mais aussi les murs qui se mettaient à imiter les vibrations paralysantes d’un tremblement de terre, laissant échapper un énorme nuage de poussière.

Je priais de toutes mes forces pour qu’aucune bombe ne soit larguée au-dessus de notre tête.

Gestel était un point stratégique pour les Allemands. C’était le point obligatoire des routes reliant plusieurs villages voisins. Les Alliés le savaient, et c’est pour cette raison qu’ils avaient attaqué plusieurs wagons allemands chargés de munitions huit mois plus tôt.

Une fois les avions passés, mon corps se relâcha. Assise, adossée contre le mur, je laissais tomber ma tête en arrière. Des sanglots me saisirent la gorge, et une larme perla le long de ma joue.

La guerre avait commencé il y a déjà quatre ans, et j’étais épuisée, épuisée de vivre dans la peur, épuisée de devoir gérer la boulangerie seule, épuisée de voir mon si beau village et ses alentours réduits à de simples ruines.

Je voulais fuir loin de ce champ de bataille, mais le métier qui autrefois me passionnait était devenu une prison dorée.

Contrôlées par les Nachschubtruppen — branches spécifiques de l’armée de terre allemande chargées de la logistique, du ravitaillement et de la gestion des subsistances — les boulangeries étaient d’une importance vitale pour pouvoir nourrir la garnison et contrôler la population civile.

Le soleil allait bientôt se lever, ce qui signifiait que j’avais pris beaucoup de retard dans mon travail. Le boulanger n’allait pas tarder à arriver et il fallait impérativement que j’allume le four.

Je déposais délicatement mon bébé dans le couffin situé à l’entrée de la pièce. Il s’était rendormi paisiblement et l’expression de son visage indiquait que le passage des bombardiers ne l’avait absolument pas troublé.

L’idée que les Allemands se replient et que la guerre soit enfin terminée me semblait presque irréelle. Plus les jours avançaient, plus la Wehrmacht nous affaiblissait, ne laissant dans son sillage que famine et destruction.

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Bien écrit

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Intrigue captivante

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Super personnage

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Dialogues forts

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author

Un début trés fort, émouvant, bravo Mila

5 jours
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