Les Cendres du Passé
Note de l’auteur:
Chères lectrices, chers lecteurs,C’est un immense plaisir de vous retrouver pour la suite de cette aventure avec ce Tome 2 de La Couronne des Abyss. Avant de vous plonger dans ces pages, je vous conseille vivement d’avoir lu le Tome 1. L’histoire reprend directement là où les événements du premier volume se sont arrêtés, et l’évolution d’Aurelia ainsi que les mystères d’Oakhaven prendront toute leur dimension si vous avez accompagné ses premiers pas dans l’abîme.
Pour ceux qui trépignent déjà de connaître le sort d’Aurelia face à la Couronne d’Obsidienne et aux ombres qui la guettent : préparez-vous, la suite s’annonce encore plus sombre, plus intense et sans concession.Un grand merci pour votre soutien et votre fidélité. Très bonne lecture !
— Stéphane Fortin
Le vent glacial qui balayait les falaises de la frontière nord d’Oakhaven portait une odeur d’écorce brûlée et de sel marin. Aurelia se tenait immobile au bord du précipice, le regard rivé sur les ruines fumantes de la tour de guet. Autrefois, cette citadelle représentait le premier rempart du royaume, un symbole de protection contre les terreurs des mers. Aujourd’hui, elle n’était plus qu’un tas de pierres calcinées, dévoré par la moisissure noire et les vagues déchaînées qui battaient la roche cent mètres plus bas.
Elle posa une main sur le fermoir en cuir de son plastron. Sous ses doigts, à travers les couches de vêtements et la peau, une pulsation lente et régulière répondait au fracas de l’océan. La Couronne d’Obsidienne ne reposait plus physiquement sur sa tête ; elle s’était fondue en elle, devenant une marque invisible gravée sous sa chair, un réseau de veines sombres qui remontaient légèrement le long de son cou lorsque la magie noire s’éveillait.
Regarde ce qu’ils ont fait de ton héritage, chuchota une voix rocailleuse, résonnant directement dans le creux de son crâne. Ce n’était pas une pensée, mais un écho distant, glacé, caverneux. Le Souverain des Profondeurs ne dormait jamais tout à fait.
— Tais-toi, murmura Aurelia entre ses dents serrées.
Tu renies la force que je t’ai offerte, princesse ? Sans moi, tes os pourriraient au fond de la fosse où ton propre père et ton frère t’ont jetée.
Aurelia ferma les yeux un instant. Le souvenir de la trahison de son père, le roi Ronald, et du regard froid de son frère Julian au moment où ils l’avaient abandonnée aux vagues était gravé au fer rouge dans sa mémoire. C’était cette colère qui l’avait maintenue en vie, qui avait scellé son pacte dans les ténèbres sous-marines. Pourtant, un étrange vide s’installait peu à peu dans son esprit.
Elle essaya de se rappeler le visage de sa mère, l’air qu’elle fredonnait pour l’endormir lorsqu’elle était enfant dans le palais d’Oakhaven. Rien. Seule une brume grise et informe répondit à sa recherche. La panique monta d’un cran dans sa poitrine. La Couronne dévorait ses souvenirs, les grignotant un par un pour faire de la place à sa puissance destructrice.
Le bruit d’une botte écrasant des graviers la ramena brutalement à la réalité.
Aurelia pivota vivement, la main posée sur la garde de sa lame. À travers la végétation calcinée, six silhouettes émergèrent, vêtues des armures sombres et ajustées de la garde d’élite d’Oakhaven. Les blasons au lion d’argent étaient barrés d’un trait rouge : la marque personnelle du prince Julian.
— Aurélia... murmura le sergent à la tête du groupe, s’arrêtant net. Les yeux écarquillés par la stupeur, il manqua de faire tomber son arbalète. C’est impossible. Le roi a annoncé votre mort il y a trois lunes.
— Mon père ment sur beaucoup de choses, sergent, déclara-t-elle d’une voix calme, dénuée de toute hésitation. Et mon frère se réjouit un peu trop vite de mon absence.
— Capturez-la ! ordonna l’homme en reprenant ses esprits, la voix tremblante. Le Grand Prêtre Malakor a été clair : quiconque revient des fosses doit être exécuté sur-le-champ !
Deux gardes s’élancèrent, épée au clair. Aurelia n’esquiva pas. Elle laissa la colère remonter le long de sa colonne vertébrale, ouvrant les vannes de la magie que le Souverain lui avait léguée.
En un instant, l’air autour d’elle se rafraîchit drastiquement. Des gouttes d’eau en suspension dans l’air ambiant se changèrent en aiguilles d’obsidienne flottantes. Les veines noires de son cou s’illuminèrent d’une lueur d’un bleu profond et malsain. D’un simple geste du poignet, elle projeta une onde de choc magique qui balaya les deux premiers assaillants, les projetant contre les rochers avec un craquement sinistre.
Les quatre autres gardes hésitèrent, terrifiés par la force obscure qui émanait de la princesse déchue.
— Allez dire à Julian que sa sœur est revenue réclamer ce qui lui appartient, dit Aurelia en faisant un pas vers eux, le regard injecté d’une lueur sombre et inhumaine. Et dites à Malakor que sa magie ne suffira pas à protéger la couronne.
Le sergent, blême, fit signe à ses hommes de reculer. Ils n’attendirent pas leur reste et s’enfuirent à travers les bois, abandonnant leurs compagnons à terre.
Aurelia ne les poursuivit pas. Le calme revint sur la falaise, troublé seulement par le souffle du vent et le bruit des vagues. Elle baissa les yeux sur ses mains : la peau autour de ses ongles s’était teintée d’un noir d’encre qui mit plusieurs secondes à s’estomper.
Le prix de la victoire approchait, et la conquête d’Oakhaven ne faisait que commencer.








