Chapitre 1 : L'Anatomie d'un Frisson
Tu tiens ces pages entre tes mains, persuadée d’être à l’abri. Tu te dis que ce n'est qu'une histoire, une simple succession de mots couchés sur du papier. Mais regarde-toi. Sens la façon dont ton propre souffle vient de s'altérer, comment ton rythme cardiaque s'accélère imperceptiblement alors que tes yeux glissent sur cette phrase. Tu es déjà prise au piège. Parce que je n'écris pas pour te raconter une histoire. J'écris pour te posséder.
Tout a commencé dans ce vacarme. La musique n’était qu’un battement sourd, un spasme de basses qui faisait trembler les murs. L’air était poisseux, lourd de la chaleur des corps anonymes. Et soudain, au milieu de ce chaos médiocre... toi.
Je n'ai vu que toi.
Mon regard a percuté le tien à l'autre bout de la pièce, et l'atmosphère s'est instantanément vidée de son oxygène. Tu m'as fixé. Sans ciller. Avec cette arrogance magnifique, ces pupilles dilatées, sombres, dilatées par une adrénaline que tu tentais vainement de cacher. Tu savais que je te regardais. Tu voulais que je te regarde.
J'ai traversé la pièce. Lentement. Je n'ai pas baissé les yeux une seule seconde. Je voulais que l'étau se resserre à chacun de mes pas. Plus je m'approchais, plus je voyais les détails que les autres ignoraient. La légère crispation de tes doigts sur le verre froid. Le frémissement presque imperceptible de tes cils. Je me suis arrêté à la frontière exacte de ton intimité. Trop près pour la bienséance, juste assez loin pour que la frustration s'installe.
Entre nous, l'air est devenu dense, brûlant. Je pouvais sentir la chaleur irradier de ta peau, ce mélange troublant d'ambre, de chaleur humaine et de désir réprimé. Je n'ai pas levé la main. Je me suis interdit de te toucher. Je savais que l'absence de contact te rendrait folle. Je voulais que chaque centimètre de ton épiderme réclame mes doigts, que l'anticipation te ronge de l'intérieur.
J'ai baissé les yeux vers la naissance de ton cou. J'ai fixé ce creux fragile, juste au-dessus de ta clavicule, là où ton pouls battait la chamade. Saccadé. Traître. Magnifique.
Je me suis penché. Si lentement que ça en devenait une torture. Mon torse a frôlé le tien sans vraiment s'y appuyer. J'ai incliné la tête jusqu'à ce que mon visage ne soit plus qu'à un millimètre de ta joue. Je sentais la moiteur de ta peau, la chaleur d'une respiration que tu n'arrivais plus à contrôler.
— C'est une erreur de me défier, ai-je murmuré, ma voix grave raclant le silence au creux de ton oreille, mon souffle chaud balayant l'arrondi de ta nuque.
Je t'ai observée frissonner. Un spasme involontaire, délicieux, qui a parcouru toute ta colonne vertébrale. J'ai souri dans la pénombre, ivre de ce pouvoir absolu que j'avais déjà sur ton corps.
J'ai glissé un morceau de papier plié entre ton index et ton majeur. En le faisant, la pulpe de mon pouce a effleuré la peau sensible de ton poignet. Une caresse infime. Une brûlure indélébile.
— Prouve-moi que tu as le cran de brûler.
Je n'ai attendu aucune réaction de ta part. Je me suis redressé, m'arrachant à ta chaleur, et j'ai disparu dans la foule sans un regard en arrière. Je t'ai laissée là, haletante, le corps en alerte, avec mon numéro dans la main et une obsession qui venait tout juste de naître.
La même obsession qui te pousse, en ce moment précis, à vouloir tourner la page.








