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L'Ensorceleuse interdite de l'Alpha

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Résumé

Une sorcière ne devrait jamais pénétrer sur le territoire de Blackthorn. Elara Voss connaît la loi : le châtiment est la mort. Mais lorsqu'elle est traquée par des chasseurs impitoyables jusque dans la forêt interdite, elle n'a nulle part où fuir. L'Alpha Kael Thorne a passé sa vie à haïr les sorcières. Sa mère est morte à cause de leur magie, et il a juré qu'aucune sorcière ne menacerait plus jamais sa meute. Puis, son loup reconnaît Elara avec un seul mot impossible : Mate. Il n'y a qu'un seul problème. Elara ne ressent rien. Forcée de rester parmi des loups qui la craignent, Elara commence à découvrir des secrets enfouis bien avant sa naissance. L'histoire des sorcières et des loups-garous n'est pas celle qu'on a enseignée à Kael, sa propre magie a été délibérément scellée, et quelqu'un la traque pour un pouvoir capable de contrôler une meute entière. Plus Elara et Kael se rapprochent, plus la vérité devient dangereuse. Car le destin les a peut-être liés, mais le choix de s'aimer est quelque chose qu'aucune magie ne peut décider.

Genre :
Romance
Auteur :
LaurinEmi
Statut :
Terminé
Chapitres :
28
Rating
5.0 (2 avis)
Classification par âge :
18+

Chapter 1

Elara Voss fuyait depuis assez longtemps pour que la forêt cesse d’être un lieu et devienne une punition.

Les branches griffaient son manteau. Les feuilles détrempées glissaient sous ses bottes. Chaque inspiration lui brûlait la gorge, et le froid s’était infiltré si profondément sous sa peau qu’elle ne savait plus si elle tremblait à cause de la nuit ou de la peur.

Derrière elle, un chien aboya.

Pas tout près.

Pas assez loin.

Elara trébucha sur une racine, se rattrapa au tronc d’un pin et força ses jambes à continuer d’avancer.

« Dispersez-vous ! » cria un homme quelque part dans les arbres. « Elle ne peut pas être allée bien loin. »

Une autre voix répondit, étouffée par la pluie et la distance : « Malrec la veut vivante. »

Un silence.

Puis, plus distinctement :

« N’abîmez pas ses mains. »

L’estomac d’Elara se noua.

Ses mains.

Toujours les mains.

Elle les serra en poings en courant, ses ongles s’enfonçant dans ses paumes. Pendant vingt-trois ans, sa mère lui avait appris à les cacher quand des choses étranges se produisaient. Cache tes mains. Contrôle ta respiration. Compte à rebours depuis dix. Ne laisse jamais personne voir ce que tu es.

Sa mère était morte depuis trois ans.

Les règles, elles, étaient restées.

Le faisceau d’une lampe torche fendit l’obscurité derrière elle.

Elara se baissa par réflexe. La lumière balaya le tronc là où se trouvait sa tête une seconde plus tôt.

« Là-bas ! »

Elle accéléra.

Une douleur vive lui tirailla la cheville gauche. Elle l’ignora.

Les hommes à ses trousses ne semblaient pas fatigués. Cela l’effrayait plus que les chiens. Ils la poursuivaient depuis la chapelle en ruines près de Hawthorne, depuis que cet inconnu en manteau gris l’avait regardée par-dessus des bancs brisés et l’avait appelée par un nom que personne ne devrait avoir connu là-bas.

Elara Voss.

Pas Mlle Voss.

Pas la fille de l’apothicaire.

Pas la femme discrète qui gardait ses rideaux tirés les nuits de pleine lune et ne s’attardait jamais aux soirées.

Elara Voss.

Comme s’il l’avait attendue.

Comme s’il avait trouvé quelque chose qui lui appartenait.

Une branche craqua derrière elle.

Trop près.

Elle fit volte-face.

Un homme jaillit entre deux arbres, les épaules larges, la capuche rabattue, la pluie brillant sur son crâne rasé. Il ne portait pas d’arme à feu. Juste une lame étroite gris argenté et un cordon de cuir enroulé autour d’un poignet.

« Arrête », dit-il.

Elara recula.

« J’ai dit arrête. »

« Je t’ai entendue. »

Ses lèvres se contractèrent. « Alors sois raisonnable. »

« Tu as poursuivi la mauvaise femme si tu espérais qu’elle soit raisonnable. »

Il se rua vers elle.

Elara leva les deux mains.

Le monde lui répondit.

Cela arrivait toujours trop vite.

Un instant, il n’y avait que la terreur. L’instant d’après, le sol sous les bottes de l’homme se convulsa.

Des racines percèrent la terre noire avec un craquement d’os. Elles s’enroulèrent autour de sa cheville et tirèrent. Il frappa le sol si violemment que le souffle lui fut coupé.

Elara le fixa.

Lui aussi.

Pendant un battement de cœur, aucun ne bougea.

Une fine lueur vert doré scintilla sous la peau de ses paumes.

Non.

La voix de sa mère lui revint en mémoire avec une clarté impitoyable.

Ne les laisse jamais voir.

L’expression de l’homme changea.

Ce n’était pas de la surprise.

C’était de la reconnaissance.

« Sang-de-lune », murmura-t-il.

Le cœur d’Elara s’arrêta.

Elle ne savait pas ce que ces mots voulaient dire.

Mais elle savait qu’elle ne les avait jamais entendus auparavant.

Les racines se resserrèrent autour de sa jambe.

Il sourit.

C’était pire que s’il avait hurlé.

« Malrec avait raison. »

Elara libéra la magie comme si elle se brûlait.

Les racines lâchèrent.

Elle fit demi-tour et s’enfuit.

L’homme cria derrière elle. D’autres répondirent.

Maintenant, ils savaient.

La forêt sembla se resserrer autour d’elle. Les épines de pin lui cinglaient le visage. La pluie s’accumulait dans ses cils. Son pouls battait à la base de son crâne.

Elle pouvait sentir la magie sous sa peau, agitée et brûlante malgré le froid. C’était comme ça depuis des mois, et cela devenait de plus en plus difficile à réprimer. Les bougies s’enflammaient quand elle était en colère. Le lierre grimpait sur les murs quand elle n’arrivait pas à dormir. Une fois, après avoir été réveillée par un cauchemar, elle avait trouvé des fleurs de givre couvrant chaque fenêtre de son appartement alors qu’on était en juin.

Elle s’était dit que le chagrin provoquait des choses étranges dans l’esprit.

Elle avait cessé de croire à ce mensonge depuis longtemps.

Un autre chien aboya.

Elara obliqua vers la descente.

Les arbres changèrent.

Au début, elle ne remarqua pas en quoi.

Puis, les broussailles s’éclaircirent. Les pins devinrent plus vieux, leurs troncs si larges que trois personnes se tenant la main n’auraient pu les entourer. Du lichen pâle recouvrait des pierres à moitié enfouies sous la mousse.

Et la forêt devint silencieuse.

Pas d’insectes.

Pas de chouettes.

Pas de chiens.

Elara ralentit.

Ses poumons brûlaient.

Une pierre se dressait devant elle.

Elle était plus haute que sa taille, noire de pluie, sa surface sculptée d’une tête de loup sous un croissant de lune.

Elle s’arrêta si brusquement que sa cheville blessée manqua de se dérober.

Pendant une seconde terrible, le soulagement et l’horreur arrivèrent en même temps.

Elle connaissait ce symbole.

Tous ceux qui avaient grandi près des forêts du nord le connaissaient.

Les parents racontaient des histoires à ce sujet quand les enfants s’éloignaient trop des sentiers. Les chasseurs évitaient les arbres qui en étaient marqués. Les randonneurs riaient des vieilles superstitions jusqu’à ce que leurs téléphones perdent le réseau et que les chemins commencent à les faire tourner en rond.

Épine Noire.

Le territoire portait une douzaine de noms dans les histoires humaines.

Le Bois Mort.

Le Pays des Loups.

L’endroit où les gens disparaissaient.

Sa mère n’en utilisait qu’un seul.

Interdit.

Elara toucha la sculpture humide du bout de deux doigts.

Un souvenir s’ouvrit en elle.

Elle avait neuf ans, assise en tailleur sur le sol de la cuisine pendant que la pluie battait les vitres. Sa mère, Mara, était agenouillée devant elle avec un bol de sel entre elles.

« Il y a des endroits où tu ne dois jamais aller », lui avait-elle dit.

« Parce qu’ils sont dangereux ? »

« Parce que la vieille haine est plus dangereuse que les dents. »

Puis Mara avait dessiné un loup sous un croissant de lune dans le sel.

« Si jamais tu vois cette marque, fais demi-tour. »

« Pourquoi ? »

Le visage de sa mère s’était figé.

« Parce qu’aucune sorcière ne traverse les terres de Blackthorn sans y laisser la vie. »

Elara retira sa main de la pierre.

Des voix s’élevèrent à travers les arbres derrière elle.

« Elle ralentit ! »

« Bouclez le côté ouest ! »

Les chiens avaient cessé d’aboyer.

Pas leurs maîtres.

Elara regarda au-delà de la borne.

Rien ne semblait avoir changé. La même forêt s’étendait devant elle, sombre et trempée par la pluie.

Mais elle le sentait.

Une pression effleura sa peau comme des doigts invisibles.

Une frontière.

La magie.

Ancienne et vigilante.

Derrière elle, une lumière blanche se déplaçait entre les arbres.

« Elle ne traversera pas », dit quelqu’un.

Un rire suivit.

« Même les sorcières ne sont pas si stupides. »

Elara regarda à nouveau la pierre.

Puis elle observa les hommes qui venaient la capturer vivante.

Sa peur se mua en quelque chose de plus glacial.

« Regardez-moi », murmura-t-elle.

Elle franchit la limite.

La frontière la traversa comme un éclair hivernal.

Son souffle se coupa.

Pendant une seconde, chaque nerf de son corps sembla s’éveiller. Le pouvoir agité en elle bondit vers cette ligne invisible, comme s’il reconnaissait quelque chose de l’autre côté.

Puis la sensation disparut.

Elara chancela en avant.

Derrière elle, les poursuivants s’arrêtèrent.

Complètement.

Elle se retourna.

Les faisceaux des lampes torches stagnaient à quelques mètres de la borne.

Personne ne franchit la ligne.

L’homme au crâne rasé, qu’elle avait piégé avec des racines, apparut entre deux autres. Son pantalon était déchiré à la cheville. Du sang maculait son tibia.

Il fixa Elara depuis le côté humain de la frontière.

Elle s’attendait à de la colère.

Au lieu de cela, il avait l’air presque amusé.

« Tu nous as facilité la tâche », lança-t-il.

La peau d’Elara picota.

« Pour qui ça ? »

Son sourire s’élargit.

« Tu verras. »

Il porta deux doigts à son front en un salut moqueur.

Puis, lui et les autres disparurent dans les arbres.

Elara resta immobile.

La pluie ruisselait de ses cheveux jusqu’à sa mâchoire.

Son soulagement ne dura que trois secondes.

Le premier grognement vint de sa gauche.

Bas.

Profond.

Assez proche pour qu’elle le ressente dans ses côtes.

Elara pivota lentement.

Deux yeux ambrés l’observaient entre les arbres.

Puis une autre paire apparut, plus en retrait.

Et une autre encore.

Sept paires d’yeux.

Non.

Huit.

Un immense loup gris sortit du bois.

Elara avait déjà vu des loups dans des parcs animaliers quand elle était enfant. Des créatures fines et élégantes qui faisaient les cent pas derrière des clôtures pendant que les touristes collaient leurs appareils photo contre la vitre.

Rien à voir avec ça.

Les épaules de l’animal lui arrivaient presque à hauteur de poitrine. La pluie assombrissait son pelage. Sa tête était large, ses pattes énormes, et chaque mouvement trahissait une intelligence qui rendait le mot « animal » dangereusement inapproprié.

Un loup noir émergea à ses côtés.

Puis un brun.

Ils formèrent un demi-cercle.

Elara recula.

Son talon heurta la pierre de délimitation.

Derrière elle attendaient des hommes qui voulaient s’emparer d’elle.

Devant elle, des loups qui tuaient les sorcières.

« Parfait », murmura-t-elle.

Le loup gris découvrit ses crocs.

La magie crépita sous les paumes d’Elara.

Elle ferma les poings.

Non.

Si les histoires disaient vrai, leur montrer ce qu’elle était ne ferait qu’empirer les choses.

Un loup sombre plus petit s’avança.

Son corps tressaillit.

Elara oublia de respirer.

Ses os se déplacèrent sous la fourrure avec une série de petits craquements. L’animal se redressa, changea, se transforma. Le pelage recula. Ses membres s’allongèrent. En quelques secondes, un homme nu s’accroupit là où se tenait le loup.

Il se releva sans aucune gêne.

Elara fixa son visage, car tout autre regard aurait semblé impoli.

Il était jeune, vingt-cinq ans peut-être, les cheveux courts, la pluie ruisselant sur ses épaules.

Ses narines se dilatèrent.

Son expression se durcit.

« Sorcière. »

Les loups réagirent instantanément.

Des grognements parcoururent la clairière.

Autant pour la discrétion.

Elara leva le menton.

« Apparemment, tout le monde est très observateur ce soir. »

Les yeux de l’homme brillèrent d’un éclat doré surnaturel.

« Tu as violé le territoire des Blackthorn. »

« J’ai remarqué. »

« Alors tu sais ce qui va arriver. »

Son cœur battait à tout rompre.

« Est-ce que j’ai droit à une visite guidée d’abord ? »

Personne ne rit.

Elle ne s’y attendait pas vraiment.

Les lèvres du jeune homme se retroussèrent sur ses crocs.

Le loup gris fit un pas en avant.

La magie d’Elara bondit en réponse.

Les feuilles mortes autour de ses bottes se mirent à trembler.

Une étincelle rouge vacilla entre ses doigts.

Les loups s’abaissèrent.

Prêts.

Elara en fit autant.

Elle n’avait aucune idée de ce qu’elle comptait faire. Des racines avaient arrêté un humain. Huit loups-garous étaient une toute autre affaire.

Le loup gris s’élança.

« Assez. »

Le mot fut prononcé calmement.

Le loup s’arrêta en pleine course, si brusquement que ses griffes labourèrent la boue.

Chaque tête se tourna.

Elara en fit de même.

Un homme sortit de la forêt.

Il ne se pressait pas.

Il n’en avait pas besoin.

L’atmosphère de la clairière changea à son approche.

C’était la seule façon pour Elara de le décrire. Les loups s’écartèrent avant même qu’il ne les atteigne. Le jeune homme nu baissa les yeux. Même l’air sembla se densifier.

L’inconnu portait un pantalon noir, des bottes robustes et une chemise sombre aux manches retroussées sur ses avant-bras, malgré la pluie. Pas de manteau. Aucune arme visible.

Il était grand, large d’épaules, mais ce n’était pas sa carrure qui faisait hurler l’instinct d’Elara.

C’était le calme.

Il avait l’air d’un homme qui n’a jamais eu besoin de prouver qu’il était dangereux.

Ses cheveux sombres, humides, tombaient sur son front. Une cicatrice pâle barrait l’un de ses sourcils. Son visage aurait pu être séduisant s’il avait dégagé la moindre chaleur.

Ce n’était pas le cas.

Ses yeux se posèrent sur Elara.

Pas ambre.

Presque noirs.

Pendant une seconde, elle en oublia le froid.

Alpha.

Elle ne savait pas comment elle le savait.

Peut-être parce que tout le monde le savait.

Les loups baissèrent la tête.

Le jeune homme dit : « Alpha. Elle a traversé la limite ouest. »

Le regard de l’inconnu ne quitta pas Elara.

« Je vois ça. »

Sa voix était basse et maîtrisée.

Il fit un pas de plus.

La magie d’Elara réagit aussitôt.

Pas violemment.

Différemment.

La chaleur dans ses paumes s’évanouit.

Une étrange traction s’ouvrit sous ses côtes, légère comme le premier souffle de la marée.

Puis, plus rien.

L’Alpha s’arrêta à quelques mètres.

Ses narines frémirent.

Quelque chose bougea derrière ses yeux.

Elara agrippa le revers de son manteau.

Il la regarda comme si sa présence venait de chambouler un calcul qu’il avait pourtant déjà terminé.

« Savez-vous où vous êtes ? » demanda-t-il.

« Malheureusement. »

« Alors vous connaissez la loi. »

« J’ai entendu dire que l’accueil ici était exécrable. »

L’un des loups émit un son qui ressemblait à un rire étouffé.

L’Alpha ne sourit pas.

« Qui vous suivait ? »

Le regard d’Elara fila vers les arbres derrière elle.

« Des hommes. »

« J’en avais conclu autant. »

« Félicitations. »

Le garde transformé s’agita nerveusement.

L’expression de l’Alpha restait indéchiffrable.

« Des noms. »

« Je n’en ai aucun. »

« Pourquoi vous poursuivaient-ils ? »

Elara pensa au cordon de cuir, à la lame grise, à l’ordre de ne pas abîmer ses mains.

« Demandez-leur. »

« Ils n’ont pas franchi la limite. »

« Peut-être sont-ils plus malins que moi. »

« Cela reste à voir. »

Il fit un nouveau pas en avant.

Chaque nerf du corps d’Elara se tendit.

Ses yeux changèrent.

Cela se produisit si vite qu’elle crut avoir imaginé la chose : ses iris noirs éclatèrent d’un or en fusion.

Il inspira.

Le muscle de sa mâchoire se crispa.

« Vous êtes une sorcière. »

« Vous êtes observateur. »

Cette fois, quelqu’un toussa franchement pour masquer un rire.

Le regard de l’Alpha tomba sur ses mains.

Elara se sentit exposée.

« Quel genre ? »

« Le genre gênant. »

« Il n’existe pas de sorcière commode. »

Ses mots étaient plats, mais quelque chose en eux portait un lourd passé.

De la haine.

Pas une haine abstraite. Personnelle.

Elara la reconnut pour avoir croisé ses cousines éloignées sur des visages humains toute sa vie : la méfiance envers tout ce qui échappe à la raison, la peur drapée dans des règles.

« Alors je suppose que cette discussion est close », dit-elle.

« Pas encore. »

Le loup gris grogna de nouveau.

L’Alpha tourna légèrement la tête.

Le bruit cessa.

Lorsqu’il se tourna à nouveau vers Elara, quelque chose en lui sembla se briser.

KAEL

Kael Thorne avait passé vingt-neuf ans à faire confiance à son loup.

Il l’avait prévenu avant les embuscades.

Il l’avait guidé à travers les tempêtes.

Il avait détecté les mensonges dans l’odeur de la peur.

Mais il ne lui avait jamais parlé avec un mot humain.

Jamais.

Jusqu’à aujourd’hui.

Compagne.

Kael se figea totalement.

Non.

Ce mot le frappa avec la force d’une lame.

Son loup se déchaîna sous sa peau, violent de certitude.

Compagne.

La sorcière se tenait devant lui, trempée par la pluie, épuisée, de la boue étalée sur une joue, une main en sang là où ses propres ongles avaient entaillé sa paume.

Une sorcière.

Sa compagne.

Impossible.

L’univers ne pouvait pas être aussi cruel.

Sa mère était morte, le feu des sorcières brûlé dans sa poitrine.

Il avait seize ans quand ils l’avaient ramenée à la maison, enveloppée dans une couverture grise car il ne restait pas assez de sa robe pour couvrir le corps.

Depuis cette nuit, il avait bâti sa vie sur une seule certitude.

Les sorcières apportent la ruine.

Son loup, lui, s’en fichait.

Protéger.

L’attention de Kael se reporta sur Garrick, le loup gris, alors que le mâle déplaçait son poids vers la femme.

Trop près.

Un grognement lui déchira la gorge avant qu’il ne puisse se retenir.

Tous les membres de la patrouille se figèrent.

Les yeux de la sorcière s’écarquillèrent.

Verts, nota Kael.

Verts avec un anneau ambré autour des pupilles.

Il se détestait de l’avoir remarqué.

« Alpha ? » demanda prudemment l’un des gardes.

Kael regarda de nouveau la femme.

Elle lui rendit un regard empli d’une peur évidente et d’un défi presque insultant.

Il n’y avait aucune reconnaissance dans son odeur.

Aucune attirance en retour.

Rien.

Si elle était sa compagne, elle devrait ressentir quelque chose.

Elle ne ressentait rien.

Son loup gronda au fond de lui.

Compagne.

Garrick fit un nouveau pas en avant.

Le corps de Kael réagit avant sa pensée.

Il s’interposa entre le loup et la sorcière.

Le silence tomba.

La patrouille fixait la scène.

La femme restait immobile.

Kael entendit sa propre voix, plus froide que la pluie.

« Personne ne la touche. »

Et pour la première fois depuis qu’il était devenu l’Alpha de Blackthorn, il n’avait aucune idée de ce que serait son prochain ordre.

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