Prologue
~Lila~
Ça m'arrive parfois de repenser à notre première rencontre. Je m'assieds sur une chaise, près de la fenêtre, et je me le demande :
_'Qu'est-ce qui me serait arrivé si je ne t'avais pas rencontré ?_
En fait je n'ai jamais eu de réponse.
Tu es tout ce dont j'ai rêvé jusqu'à présent. Kira.
– Est-ce que tu t'en souviens ?
– _Comme si c'était hier ?_
---
Ce jour où tout a commencé, il pleuvait à grosses gouttes.
Des cordes d’eau qui frappaient le toit et brouillaient le monde dehors.
Il n'y avait personne dans la rue. Le parc en face de ma chambre ne regorgeait plus de rires ni de cris d’enfants.
Seul le bruit de la pluie parvenait à moi. Régulier. Triste. Apaisant.
J'étais assise sur un tabouret, mes coudes appuyés sur le rebord de la fenêtre et ma tête posée sur mes paumes.
La vitre était froide contre mon front. Des gouttelettes glissaient dessus, comme des larmes.
_J'avais passé toute la matinée ainsi._
En bas, maman et papa discutaient. L'odeur du café chaud et des gâteaux au beurre emplissait la maison. Une odeur de dimanche. Une odeur de normal.
J'aurais pu les rejoindre. Mais l'envie n'y était pas.
On m'avait interdit d'aller jouer dehors. _Encore._ Parce que ma santé ne me permettait pas.
_Oui. Je souffre d'une maladie incurable._
_Les médecins disaient que je ne survivrais pas jusqu'à mes vingt ans._
_Alors mes parents faisaient tout pour me combler de bonheur. Comme si chaque jour pouvait être le dernier._
Et puis tu es apparu.
Trempé de la tête jusqu'aux pieds. Debout, immobile, au milieu du trottoir désert.
Quand mon regard s'est posé sur toi, mon cœur s'est emballé. _Fort. Trop fort._
Tu étais là, sous la pluie, le regard perdu dans les nuages gris. Ta respiration était saccadée. Tes poings... tes poings saignaient.
_Qu'est-ce qui t'avait fait mal comme ça ?_
Tu as tourné la tête. Lentement.
Et tes yeux ont accroché les miens à travers la vitre.
Dis-moi Kira, est-ce que tu m'as vue ? À travers les vitres mouillées de ma chambre ?
Je me souviens de la froideur que j'ai lue dans ton regard.
Du tremblement de tes épaules.
_Tu avais l’air perdu. Tu avais l’air brisé. Comme moi._
J'avais besoin de bien te voir. De savoir si tu étais réel.
J'ai couru hors de ma chambre, le cœur battant, priant pour que tu ne t'en ailles pas.
J'ai attrapé mon parapluie transparent. Celui que maman m'avait acheté pour les jours où je pouvais sortir 5 minutes.
Je suis sortie.
Et je t'ai vu.
_Comme si tu m'attendais._
J'ai couru. Les flaques éclaboussaient mes chaussettes. Jusqu'à être à ta hauteur.
La pluie ruisselait sur toi, mais pas sur moi.
Alors je t'ai tendu mon parapluie. Je l'ai mis au-dessus de ta tête.
Un geste bête. Un geste minuscule.
Kira... je suis heureuse d'être venue sous ma pluie avec toi.
_Tellement heureuse tu n'as pas idée._
Cette journée pluvieuse a marqué le début d'une très longue relation.
_Et le début de la fin aussi._
---








