Prologue Le secret d' Alister Harrington 1/3
Notre histoire se déroule en juillet 1898, dans la ville de Calgary, au Canada. Une douce lumière de matin d'été se glissait à travers les grandes fenêtres de la librairie Harrington, illuminant les étagères de bois sombre remplies de livres en tout genre. Bien que modeste, la librairie était très appréciée et respectée dans le quartier. L'ambiance familiale et chaleureuse qui y régnait était chère aux clients.
Sébastien Harrington, un homme simple qui n'aspirait qu'à la sérénité, était penché sur une table en bois usée, entouré de piles de papiers. Sa chemise en toile légèrement froissée et son pantalon de laine, bien que modestes, trahissaient une dignité qu'il portait avec fierté. Concentré sur les comptes de la librairie, ses sourcils se froncèrent tandis qu'il traçait des chiffres sur le papier, son esprit naviguant entre les rêves de réussite et la réalité des finances.
Non loin de lui, Clara, sa femme, perchée sur un tabouret, les bras chargés de livres, s'affairait à les ranger sur les étagères les plus hautes. Ses cheveux châtain clair, soigneusement relevés en un chignon, et sa robe en tissu léger, simple mais élégante, faisaient d'elle la parfaite gardienne de ce sanctuaire littéraire. Clara connaissait chaque ouvrage et savait conseiller au mieux chaque client en quête de lecture.
Derrière le comptoir de la librairie, Oliver, leur fils de cinq ans, s'amusait avec ses jouets en bois. Sa bonne humeur et son énergie résonnaient joyeusement dans la boutique, insufflant une vitalité contagieuse à l'atmosphère paisible.
Alors que chacun vaquait à ses occupations dans cette ambiance tranquille, la cloche suspendue à la porte d'entrée tinta joyeusement, annonçant l'arrivée d'un visiteur. C'était M. Thompson, le facteur du quartier, un homme aux cheveux grisonnants et au sourire bienveillant. Il entra, sa sacoche en cuir remplie de courriers sous le bras.
- Bonjour, les Harrington ! s'exclama-t-il. Comment va la famille aujourd'hui ?
- Bonjour, M. Thompson ! répondit Clara en souriant. Nous allons bien, merci. Et vous ?
- Tout va bien pour moi ! répondit-il avec entrain. J'ai deux lettres pour Sébastien : une du tribunal et l'autre, dont j'ignore la provenance.
Sébastien, surpris de recevoir une lettre du tribunal, quitta ses comptes et s'approcha du comptoir pour prendre le courrier que le facteur lui tendait. Il plissa les yeux, intrigué. M. Thompson lui remit les deux lettres, dont l'une semblait particulièrement officielle.
- Merci, M. Thompson, répondit Sébastien. Passez une bonne journée et bon courage pour la tournée.
Le facteur prit congé, laissant la famille seule dans la librairie, plongée dans un silence soudain. Sébastien était très curieux de connaître le contenu des courriers, surtout celui du tribunal, qui l'inquiétait, bien qu'il sût n'avoir rien à se reprocher. Il retourna derrière le comptoir et observa les deux enveloppes avec un mélange d'incrédulité et d'appréhension.
Il ouvrit d'abord la lettre du tribunal.
Cour provinciale de Calgary
District du Nord-Ouest, 24 juin 1898
À l'attention de Monsieur Sébastien Harrington
Librairie Harrington
Stephen Avenue (8ᵉ Avenue S.W)
Calgary, province des Territoires du Nord-Ouest
Objet : Héritage de Monsieur Alistair Harrington, présumé décédé
Monsieur,
Nous vous informons, par la présente, qu'un acte de déclaration de décès a été émis pour M. Alistair Harrington, votre oncle paternel, porté disparu et présumé décédé depuis le 18 mai 1898 lors d'une expédition dans les Rocheuses. Aucun testament n'a été découvert dans notre juridiction.
Conformément aux lois successorales, vous êtes désigné en tant qu'héritier légitime de l'ensemble des biens de M. Alistair Harrington. Cette succession comprend l'ensemble de ses propriétés ainsi que tout autre bien immobilier et mobilier en son nom.
Nous vous invitons à vous présenter à notre greffe afin de formaliser cette acceptation. Une inspection des biens sera organisée afin de recenser et d'évaluer la totalité de la succession. La présence d'un mandataire familial est recommandée pour faciliter cette procédure.
Nous restons à votre disposition pour toute clarification.
Veuillez recevoir, Monsieur, nos salutations distinguées.
Robert L. Bennett
Greffier, Cour provinciale de Calgary
À la lecture du courrier, un tourbillon d'émotions envahit Sébastien, mêlant tristesse et surprise. Il n'avait pas eu de nouvelles de son oncle depuis des années et ne savait que très peu de choses sur lui. Tout ce qu'il connaissait d'Alistair, c'était qu'il vivait en ermite au milieu des montagnes Rocheuses et qu'il était chercheur d'or. L'oncle Alistair avait toujours été un mystère au sein de la famille.
- Clara... ils... ils disent qu'il est mort. Alistair...
Sa voix tremblait légèrement, sous le choc.
Clara posa ses livres au sol et s'approcha de lui.
- Oh, Sébastien... je suis désolée. Même si tu le connaissais si peu, cela reste un choc, j'en suis sûre.
Elle lui prit doucement la main, cherchant son regard.
- Je sais que tu n'as pas partagé beaucoup de moments avec lui, mais cela reste ta famille.
Sébastien hocha la tête, un voile de regret assombrissant ses traits.
- Oui... je ne l'ai presque jamais vu, à vrai dire. Il vivait tellement à l'écart, mais... maintenant qu'il est parti, je me rends compte que j'aurais aimé le connaître davantage. C'est étrange, mais ça me laisse un vide.
Après un instant de silence, Sébastien se força à reprendre la parole, tenant toujours la lettre entre ses doigts.
- Il y a autre chose... Ils disent que j'hérite de tous ses biens. De tout, apparemment.
Un léger rire incertain lui échappa.
- Enfin, je suppose que ça doit être... son vieux chalet au bord du lac.
Clara hocha doucement la tête, confirmant son sentiment sans ajouter un mot de plus. À leur connaissance, il n'y avait rien de particulier concernant ce chalet, simplement un endroit où Alistair vivait loin de tout.
Sébastien soupira, encore sous le choc.
- Oui, je me souviens, mon père m'en avait parlé. Je n'y suis jamais allé, je le voyais seulement lorsqu'il venait en ville une ou deux fois.
Clara serra doucement sa main avec un sourire rassurant, lui montrant qu'elle comprenait.
Après un moment de silence, durant lequel Sébastien se remémora la dernière fois qu'il avait vu son oncle, il prit la deuxième enveloppe et l'ouvrit.
Domaine d'Alistair Harrington
Lac Viridia - Montagnes Rocheuses
Monsieur Sébastien Harrington,
Je tiens tout d'abord à vous adresser mes sincères condoléances suite à la disparition de feu M. Alistair Harrington, votre oncle.
Conformément à la déclaration de succession émise par la Cour provinciale, il vous est demandé de bien vouloir vous rendre à la résidence de feu M. Alistair Harrington. Cette rencontre sera supervisée par M. Robert L. Bennett, greffier de la Cour provinciale, dans le cadre de l'officialisation de votre héritage.
Il est d'une grande importance que vous assistiez à cette réunion afin de procéder à l'inventaire des biens et de prendre pleinement connaissance de l'héritage qui vous revient. En tant que nouveau détenteur de ces résidences, votre présence est essentielle pour garantir une transition harmonieuse et respectueuse des volontés de votre oncle.
À votre arrivée, vous serez accueilli à la station de Laggan le 4 juillet 1898 à 14h00, où nos services se tiendront prêts à faciliter votre transport vers la propriété.
Nous restons à votre disposition pour organiser votre venue et vous accueillir dans les meilleures conditions.
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Margaret Collins
Secrétaire de feu M. Alistair Harrington
Sébastien parcourut la lettre une seconde fois, puis une troisième, le regard fixe et les lèvres pincées. Une secrétaire. Il avait du mal à croire ce qu'il lisait. Pour un homme comme Alistair, vivant en retrait du monde, cela semblait incohérent, comme si l'on parlait d'un autre homme.
- Clara..., murmura-t-il, sans lever les yeux de la lettre. Cette femme dit être la secrétaire d'Alistair. Une secrétaire... pour lui ? Ça n'a aucun sens. Pourquoi un homme qui vivait comme un ermite aurait-il eu besoin d'une secrétaire ?
Il s'interrompit, la confusion se lisant sur son visage. Il secoua la tête, cherchant une explication logique qui lui échappait.
- Ça n'a pas de sens. Alistair ne parlait à personne, il vivait au fond des montagnes, dans son chalet. C'est insensé.
Il laissa retomber la lettre sur le comptoir, tandis que les questions se bousculaient dans sa tête.
- On dirait une mauvaise blague... mais si c'était vrai ?








