Chapitre 1
Je me réveille, désorientée et frigorifiée.
Pourquoi mon lit est-il aussi dur ? Une gueule de bois ?
Je tâte le sol à la recherche de mes couvertures… Je ne sens rien. Ça ressemble à… un sol.
Je me force à ouvrir les yeux, j'ai vraiment mal à la tête.
Il fait noir, où suis-je ? J'essaie de m'asseoir, mais tout mon corps me fait souffrir.
Réfléchis, bordel. Quel est le dernier souvenir que j'ai ?
Salle 204, histoire de l'art avec le prof canon. Le professeur Black, ce mec est un vrai fantasme vivant. Il mesure au moins 1m95, il a des yeux bleus, des cheveux bruns et une mâchoire à couper le souffle. Je rêve un instant de ce professeur sexy et mystérieux. Mon âme sœur. Ryder, c'est aussi mon âme sœur. Ses mains, sa bouche. Son énorme…
Merde, pas maintenant. Concentre-toi, espèce de chaudasse. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il y a 6 mois
Laissez-moi me présenter. Je m'appelle Haven Green, 19 ans, fraîchement débarquée à l'université et je profite de chaque instant. Étudiante en art, mes parents pensent que je perds mon temps. Enfin, ce n'est pas leur vie, n'est-ce pas ?
Fraîchement célibataire depuis que j'ai surpris mon petit ami, enfin ex, Silas, au lit avec ma sœur, Tarryn. Elle a 21 ans et pense que le monde lui appartient. C'est la préférée de mes parents. À mon avis, c'est une sacrée connasse. Mais comme elle suit les traces de mon père pour devenir avocate, il est fier d'elle.
Fier… Je déteste ce mot. Cette connasse avait l'air fière quand je l'ai surprise penchée sur le canapé avec Silas en train de la baiser par-derrière. Elle a quand même eu l'audace de dire que c'était parce que je ne me laisse pas faire. Et alors, si je ne suis pas une salope ? Pour moi, être vierge est une chose dont je suis plutôt fière. Mon futur mari, quel qu'il soit, sera sûrement heureux que je ne sois pas une trainée.
Mais soyons réalistes, je suis vierge, pas coincée. Je regarde du porno comme n'importe quelle adolescente normale. J'ai déjà eu un orgasme, c'est juste que rien n'est jamais… entré en moi.
Ma meilleure amie, Chloe Monroe, s'en fiche. Elle dit que l'université est une expérience à vivre et qu'elle baisera tout ce qui semble en valoir la peine. C'est comme ça que j'ai fini ici, à cette putain de fête, assise dans un coin à la regarder draguer une demi-douzaine de mecs. Je me demande si elle les veut tous. Ça ferait quoi ? Allez Haven, calme-toi. Agis comme une vierge, parce que tu en es une.
Les basses des enceintes du salon font vibrer mes baskets, un martèlement sourd et lourd qui correspond au rythme effréné de mon cœur. Des gobelets en plastique rouge jonchent toutes les surfaces possibles : la table basse, les accoudoirs d'un canapé affaissé, et même empilés de façon précaire sur un micro-ondes dans la cuisine. L'air sent la vodka bon marché, la bière éventée, le parfum bas de gamme et l'odeur entêtante de l'herbe.
« Allo, Haven ! Tu respires ou tu es juste en train de calculer le poids atomique de la peinture murale ? »
Je cligne des yeux et sors de ma torpeur alors que Chloe s'affaisse à côté de moi sur le vieux fauteuil. Son mascara est légèrement coulé, ses joues sont rouges comme des tomates et son crop top a l'air d'avoir survécu à un combat de catch. Elle sourit comme un chat du Cheshire, en serrant un gobelet rouge rempli d'un truc à la couleur radioactive.
« Je respire », je marmonne en ramenant mes genoux contre ma poitrine, essayant de me faire la plus petite possible dans mon coin. « Je regarde juste le cirque. »
« Ce n'est pas un cirque, ma belle, c'est un paradis biologique », rigole Chloe en me donnant un coup de coude. « Regarde l'îlot de la cuisine. C'est la folie totale. »
Je jette un coup d'œil. Un couple d'étudiants est en train de se rouler des pelles agressivement contre le comptoir en granit, totalement inconscients de la foule de spectateurs qui les acclament en bavant tout en tapant sur les placards autour d'eux. Quelqu'un renverse de la bière sur le t-shirt de fraternité d'un gars, et la moitié de la salle explose de rire. Partout où l'on regarde, les gens sont bruyants, maladroits et perdent toute inhibition. Un mec avec une casquette à l'envers essaie de faire un monologue passionné sur les cryptomonnaies dans un couloir vide, tandis que deux filles dans un coin pleurent de façon dramatique à cause d'un gloss perdu.
C'est une surcharge sensorielle. Ce genre de liberté chaotique et imprudente qui me fait frissonner entre jugement et fascination morbide.
« Tu vois ? » Chloe me donne un nouveau coup de coude, ses yeux balayant la pièce bondée avant de se poser sur quelqu'un près de la porte d'entrée. « La preuve. Regarde qui vient d'entrer. Si ce n'est pas un signe du destin pour arrêter de ressasser l'histoire avec Silas, je ne sais pas ce que c'est. »
Je suis son regard, m'attendant à voir un dieu de fraternité classique, mais le souffle me manque.








