Chapitre 1 - Celui que je croyais avoir oublié
La pluie frappait doucement les vitres du café lorsque je poussai la porte.
J’avais choisi cet endroit au hasard.
Enfin… c’est ce que je m’étais raconté.
Après sept ans passés à éviter certains quartiers, certaines chansons et surtout certains souvenirs, je pensais être suffisamment forte pour affronter mon passé.
Je m’étais trompée.
Je fis quelques pas avant de m’arrêter net.
Au fond de la salle, assis près de la fenêtre, il y avait un homme que je reconnaîtrais même au milieu d’une foule.
Nathan.
Mon cœur sembla oublier de battre.
Il avait changé.
Ses cheveux étaient plus courts. Son visage était plus marqué. Il avait perdu cette insouciance que je lui connaissais autrefois.
Mais ses yeux…
Ses yeux étaient exactement les mêmes.
Et lorsqu’ils rencontrèrent les miens, quelque chose se brisa en moi.
Sept ans.
Sept ans sans nouvelles.
Sept ans à essayer de comprendre pourquoi il m’avait quittée du jour au lendemain.
Sept ans à me convaincre que je le détestais.
Et en une seconde, je compris que je m’étais menti.
Je l’aimais encore.
Nathan se leva lentement.
— Élise…
Entendre mon prénom dans sa bouche me fit plus mal que je ne l’aurais imaginé.
Je serrai les doigts autour de la lanière de mon sac.
— Ne m’appelle pas comme ça.
Il baissa les yeux.
— Je savais que tu finirais par revenir ici.
Je laissai échapper un rire nerveux.
— Tu savais ?
Je m’approchai de lui.
— Tu ne savais rien de moi. Tu as disparu.
Il resta silencieux.
— Tu m’as laissée sans explication, Nathan.
— Je sais.
— Alors pourquoi es-tu là ?
Il releva enfin les yeux.
Et cette fois, je vis quelque chose que je n’avais jamais vu chez lui auparavant.
De la peur.
— Parce que je n’aurais jamais dû te laisser partir.
Je voulus répondre, mais aucun mot ne sortit.
Il fit un pas vers moi.
— Élise, ce que tu crois savoir sur cette époque… tout est faux.
Mon cœur se serra.
— Alors explique-moi.
Nathan hésita.
Puis il murmura :
— Je ne t’ai jamais quittée parce que je ne t’aimais plus.
Un silence lourd s’installa entre nous.
— Pourquoi alors ?
Il me fixa longuement.
— Parce que quelqu’un menaçait de te tuer.
Je cessai de respirer.
Et soudain, les sept dernières années prirent une toute autre signification.








