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Les Étés du Lac-Aux-Cèdres Tôme 2

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Résumé

L'été s'est refermé sur Lac-aux-Cèdres, mais la vie, elle, continue. Élise entame sa première session au cégep, loin du village et de Camille, et découvre que l'amour résiste rarement à la distance sans y laisser des marques. Théo et Antoine, plus soudés que jamais après avoir survécu à la tempête de l'été, doivent maintenant composer avec un automne scolaire où l'acceptation reste fragile. Chez Marc et Rosalie, la nouvelle famille recomposée apprend à cohabiter, entre les habitudes de chacun et les petites frictions du quotidien. Magali et Gabriel, eux, construisent lentement quelque chose de plus stable, pendant que Nathan et Camille s'ajustent à cette présence nouvelle dans leur vie. Et à mesure que les feuilles tombent sur le quai, une nouvelle génération de secrets et de tensions commence, doucement, à se dessiner

Genre :
Romance
Auteur :
stephanefortin12
Statut :
il y a 6 heures
Chapitres :
12
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Élise

La chambre mesurait à peine plus grande que le café de sa mère, se dit Élise en posant sa dernière boîte sur le lit nu, un matelas simple recouvert d’un plastique que personne n’avait encore pris la peine d’enlever, et pourtant, malgré l’exiguïté, malgré le mur beige un peu défraîchi et la fenêtre qui donnait sur le stationnement plutôt que sur un lac, elle sentit une bouffée d’excitation qu’elle n’avait pas anticipée.

« Genre c’est plus petit que je pensais, dit elle, tournant sur elle même pour évaluer l’espace.

Tu vas t’habituer, dit Rosalie, qui l’avait suivie avec les deux dernières valises, un peu essoufflée par les trois étages sans ascenseur. Et puis t’auras jamais besoin de beaucoup d’espace pour tout ce que tu apportes, de toute évidence. »

Élise sourit, mais son cœur battait un peu trop vite pour la simple montée d’escalier, cette nervosité familière qui l’avait accompagnée tout le trajet depuis Lac-aux-Cèdres, deux heures de route pendant lesquelles sa mère avait parlé de tout et de rien, comme pour éviter de nommer directement ce qui se passait vraiment, ce moment précis où une vie se termine pour qu’une autre commence.

Elles déballèrent les boîtes en silence pendant un moment, chacune perdue dans ses propres pensées, jusqu’à ce que Rosalie s’arrête, une photo encadrée à la main, celle du café, prise un matin d’été, Élise souriante derrière le comptoir.

« Tu veux que je la mette où ? » demanda Rosalie, sa voix un peu tremblante malgré elle.

Élise prit la photo, la regarda un long moment, ce souvenir concret de tout ce qu’elle laissait derrière elle, et la posa finalement sur le petit bureau, bien en évidence, face au lit.

« Là, dit elle. Pour que ça soit la première chose que je vois le matin. »

Rosalie hocha la tête, incapable de parler pendant une seconde, et Élise vit, avec un pincement au cœur, les larmes que sa mère essayait visiblement de retenir.

« Maman, ça va aller, dit elle, s’approchant pour la serrer dans ses bras.

Je sais, dit Rosalie, sa voix étouffée contre l’épaule de sa fille. Je sais que ça va aller. C’est juste que dix sept ans, ça passe tellement vite, et je pense que j’étais pas vraiment prête à ce que ça finisse. »

Elles restèrent enlacées un long moment, dans cette petite chambre impersonnelle qui allait, dans les semaines à venir, devenir un vrai chez soi, et Élise sentit, malgré l’excitation de ce nouveau chapitre, une tristesse profonde à l’idée de laisser sa mère repartir seule vers cette maison qu’elles avaient à peine fini d’apprivoiser ensemble.

Le reste de l’après midi se passa à installer les derniers détails, des affiches sur le mur, des draps sur le lit, une petite plante que Marc avait insisté pour lui offrir en cadeau de départ, du genre increvable, avait il précisé, pour une fille qui a jamais montré grand talent pour garder les choses vivantes.

Vers seize heures, Rosalie annonça qu’elle devait reprendre la route, le café n’allait pas se gérer tout seul, et Camille, qui avait insisté pour venir aussi malgré le trajet, resterait encore quelques heures avant de reprendre l’autobus vers son propre appartement, à peine à quinze minutes de là, une proximité géographique qu’Élise trouvait presque miraculeuse quand elle y pensait vraiment.

« Appelle moi ce soir, dit Rosalie, en serrant sa fille une dernière fois sur le trottoir devant l’immeuble. Même juste cinq minutes.

Promis, dit Élise, sa voix tremblante malgré ses efforts pour paraître forte. »

Elle regarda la voiture s’éloigner, ce moment qu’elle avait redouté et anticipé à la fois depuis des semaines, et sentit Camille prendre sa main, un geste silencieux mais réconfortant.

« Ça va ? » demanda Camille doucement.

« Genre je sais pas trop, admit Élise. C’est bizarre. J’ai attendu ce moment là toute mon adolescence, partir, être libre, et maintenant que c’est arrivé, j’ai juste envie de courir après l’auto de ma mère. »

Camille rit doucement, la comprenant parfaitement, elle qui avait vécu son propre déracinement quelques mois plus tôt, quand sa mère l’avait arrachée à sa vie montréalaise pour l’installer à Lac-aux-Cèdres.

« C’est normal, dit elle. Je me souviens exactement de ce sentiment là. Ça passe, je te promets. Enfin, ça devient différent, en tout cas. »

Elles passèrent le reste de la soirée ensemble, explorant le quartier autour du cégep, un café étudiant à l’ambiance complètement différente de celui de Rosalie, plus bruyant, plus jeune, rempli d’étudiants qui semblaient tous déjà se connaître alors que la session n’avait même pas encore officiellement commencé.

« Ça va être bizarre, dit Élise, en sirotant un café bien moins bon que celui qu’elle avait grandi à boire. De pas se voir tous les jours. »

Camille prit sa main par dessus la petite table. « On est à quinze minutes l’une de l’autre, genre c’est rien du tout. On va se voir plus souvent que tu penses. »

« Promis ? » demanda Élise, cette question qui contenait bien plus que la simple logistique de leur proximité, qui contenait toute l’incertitude de maintenir un amour né dans un petit village au bord d’un lac, maintenant transplanté dans le chaos d’une grande ville.

« Promis, dit Camille, avec une certitude qui rassura Élise plus que n’importe quel argument logique n’aurait pu le faire. On a survécu à un été entier de drame collectif, je pense qu’on peut survivre à quinze minutes d’autobus. »

Elles rirent ensemble, et Élise sentit, malgré la nostalgie du départ, malgré cette chambre vide qui l’attendait encore, une pointe d’espoir sincère pour ce qui les attendait, cette nouvelle version de leur histoire qui commençait, différente de celle de l’été, mais pas moins précieuse pour autant.

Ce soir là, seule dans sa nouvelle chambre après le départ de Camille, Élise s’assit sur son lit encore un peu étranger et sortit son téléphone, ouvrant cette note où elle comptait les jours depuis le début de leur relation. Elle regarda le chiffre, maintenant bien au delà de la centaine, et ajouta une nouvelle ligne.

Premier soir loin de la maison, écrivit elle. Mais pas loin de toi. Ça, ça compte pour beaucoup.

Elle appela sa mère ensuite, comme promis, et passa vingt minutes à raconter chaque détail de sa nouvelle chambre, du quartier, du café étudiant, sentant, à travers la ligne téléphonique, la voix de Rosalie se détendre progressivement, rassurée d’entendre sa fille aussi enthousiaste malgré la distance nouvelle entre elles.

« Je t’aime, maman, dit elle avant de raccrocher.

Je t’aime aussi, ma belle, dit Rosalie. Fais de belles choses, là bas. Mais reviens nous voir bientôt. »

Élise éteignit la lumière un peu plus tard, fixant le plafond inconnu de sa nouvelle chambre, et pensa à Lac-aux-Cèdres, à sa mère qui devait déjà être en train de fermer le café pour la nuit, à Camille qui dormait probablement déjà dans son propre appartement à quinze minutes de là, et se dit que malgré l’inconnu qui l’attendait, malgré cette peur diffuse du changement, elle avait au moins la certitude d’avoir, quelque part derrière elle, tout un village prêt à l’accueillir chaque fois qu’elle voudrait revenir.

Elle finit par s’endormir, épuisée par l’émotion de la journée, et rêva, cette nuit là, non pas de sa nouvelle vie qui commençait, mais du quai de Lac-aux-Cèdres, du café où elle avait grandi, comme si son esprit avait besoin, avant de pouvoir avancer vraiment, de repasser une dernière fois par tout ce qu’elle venait de laisser derrière elle.

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