Prologue
— Veil ?
La voix de Naoki me sort de mes pensées. Je n’ai pas bougé de la chambre de mon père, dont les obsèques se sont déroulées il y a quelques heures seulement.
— Je t’ai préparé ton gâteau préféré, informe-t-il, je me disais que ça te mettrait du baume au cœur…
J’esquisse un sourire malgré tout.
— C’est gentil, dis-je, j’arrive dans cinq minutes.
Je l’entends refermer la porte, je regarde une dernière fois la chambre avant de sortir à mon tour.
Le manoir est plongé dans le silence. Même mes propres pas ne résonnent pas entre les murs. Un silence de plomb. Je soupire avant d’entrer dans la cuisine, je me prends la poignée de la porte dans la hanche. Je la frappe.
— Qu’est-ce que tu fais au milieu toi ! râlé-je en mettant ma main sur ma taille. Connasse.
Naoki se retient de rire en voyant la scène. Je le pointe du doigt.
— Aucun commentaire ! prévené-je.
Il lève les bras en l’air alors qu’il tient un couteau dans l’une de ses mains.
— Et lâche cette arme.
— Le gâteau va se couper tout seul, peut-être ? taquine-t-il.
— Qui sait ?
Je viens me placer à côté de lui et je regarde le dessert. J’ai un petit rire en voyant qu’il a tenté de faire un émoji qui sourit avec le glaçage. Mais il a plutôt l’air de souffrir.
— Ne dis rien, commence Naoki, je suis nul en décoration…
— Je note tout de même l’effort.
— Du coup ? Combien ? demande-t-il.
— Un sur dix.
Il soupire avant de couper une part et de la mettre dans une assiette à dessert. Il me tend une cuillère.
— J’espère que ma note va augmenter après la dégustation.
J’esquisse un sourire avant de planter la cuillère dans le gâteau, je prends une petite bouchée sous l’œil attentif de Naoki.
— 9, 5/10, dis-je.
— AH ! Ça, c’est beau ! s’exclame-t-il fièrement.
Il marque une pause.
— Ils sont où les demi-points manquant là ?
— Le glaçage, répondé-je après avoir pris une autre bouchée.
Naoki se tape le front, déçu.
— Tu veux que je te remette 1/10 ? proposé-je.
— NON ! Je garde la dernière note.
Je termine de manger la part de gâteau avant de déposer l’assiette.
— Plus sérieusement, commencé-je, qu’est-ce que je vais faire Naoki ? Je n’y connais rien à tout ça. Je ne savais même pas que mon père avait un clan.
Je le regarde.
— Et toi, par contre, tu le savais, mais tu ne m’as rien dit, finis-je.
Il baisse les yeux, dépose le couteau dans l’évier avant de s’adosser contre le plan de travail en croisant les bras.
— Ton père ne voulait pas que tu sois mêlée à tout ça, avoue Naoki.
— Sauf que, regarde, il est mort et qui vient d’hériter de tout ça ? Moi.
— Ce n’est pas faute de le lui avoir demandé plusieurs fois, Veil.
Je soupire en me passant les mains sur le visage.
— Pourquoi tu ne m’en as pas informé personnellement quand on était que tous les deux ? questionné-je.
— Je faisais partie d’un clan ennemi.
Je manque de perdre ma mâchoire.
— Une erreur de ma part, et on me flinguait, dit-il tout bas.
— Oh, pardon, je ne le savais pas ça aussi…
Naoki me regarde avant de s’approcher de moi et de remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille.
— Caïn va s’occuper de gérer le clan en attendant que je te forme à tes nouvelles tâches, annonce-t-il, mais d’abord, je veux que tu prennes du temps pour toi. Tu as un deuil à faire.
Je baisse les yeux.
— Naoki, tu peux répondre honnêtement à la question que je vais te poser ?
Il me fixe, il parait inquiet.
— Oui.
— Mon père a vraiment eu un accident ou c’était un acte criminel venant d’un autre clan ?
Naoki se fige sur place, il détourne le regard avant de fermer quelques secondes les yeux.
— Il a été tué, oui.








