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L'Elue

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Résumé

Pst ! Si tu es fan de l'univers de Harry Potter et que tu rêves de retrouver ce même sentiment d'émerveillement, cette histoire est faite pour toi :) Aurore Sinclair, une étudiante anglaise de dix-neuf ans passionnée de journalisme, mène une vie ordinaire jusqu'au jour où une étrange carte la conduit accidentellement à Candor, un monde où la magie existe bel et bien. Admise à Calysto, prestigieuse faculté de magie, elle découvre peu à peu que ses dons exceptionnels font d'elle une Omnicourant. Tandis que Silas Nazareth poursuit sa quête obsessionnelle de la Quinta Essentia, un artefact légendaire capable de bouleverser l'équilibre du monde magique, Aurore réalise que son destin pourrait être intimement lié à celui du sorcier le plus redouté de son époque. Entre amitiés, rivalités, triangle amoureux, et vérités enfouies depuis des générations, certaines découvertes pourraient bien bouleverser tout ce qu'elle croyait savoir sur elle-même.

Statut :
il y a 20 heures
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre I - Un soir de décembre presque ordinaire

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Il faisait si froid que les vitrines des magasins étaient presque gelées. Les feuilles brunes et rousses humides des chênes recouvraient les trottoirs enneigés de la ville de Windermore. Le ciel s’était assombri, il était désormais décoré d’une couverture bleu nuit ornée d’une centaine d’étoiles, telle une gigantesque toile. Il n’y avait plus personne dans les rues. Même les chats errants avaient déserté, cherchant un peu de chaleur dans les pubs irlandais ou bien sous les porches des maisons, où la lueur des lanternes dessinait l’illusion d’un abri pour la nuit. On ne pouvait qu’entendre les rires étouffés des familles dans leurs maisons et percevoir, à travers les fenêtres, les visages enfantins ébahis par le paysage blanc, en cette nuit de décembre.

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20 : 18, 6 rue Little Minster, Windermore, Angleterre. Chez les Sinclair

Madame Sinclair préparait sa bonne vieille soupe aux poireaux et ses muffins aux myrtilles pour le souper. On pouvait sentir les délicieuses effluves s’entremêler dans l’air depuis le salon, où Abigaïl, la benjamine, visionnait son programme télévisé préféré : The Great Puppet Show, une émission mettant en scène des marionnettes à l’allure loufoque conter des histoires aux plus jeunes. La petite s’exaltait devant la vieille télévision qui grésillait de temps à autre, tout en dégustant sa patamouille. Une patamouille ? Ce sont ces sucettes molles et colorées dont les enfants raffolent. Abigaïl s’en délectait si bien que Madame Sinclair les avait rigoureusement cachées (bien que cela n’empêchait pas la petite de mettre la main sur quelques douceurs quand ses parents avaient le dos tourné).

Pendant que l’enfant était absorbée par le conte numéro deux, celui de Hernie la grenouille et le complot des nénuphars, Madame Sinclair, elle, avait, laissé brûler ses muffins. Difficile à croire : elle était la meilleure cuisinière du quartier, voire même de tout Windermore. A vrai dire, elle avait remporté huit prix du concours de cuisine annuel de la région, preuve de son savoir-faire culinaire. Alors, comment la quinquagénaire avait-elle pu se laisser surprendre ainsi par sa propre recette ? Et bien, tout simplement à cause de Frankie. Mais si, vous savez, cette icône de la variété anglaise, aussi bien connue pour sa voix mélodieuse que pour son physique d’acteur hollywoodien. Ses grands yeux bleus et ses cheveux dorés faisaient chavirer le cœur de toutes les ménagères d’Angleterre, et Victoria Sinclair en faisait partie. Alors qu’elle profitait du temps de cuisson en feuilletant sagement un magazine Playboy, elle tomba nez à nez avec des clichés du beau blond. Son regard séducteur et ses tablettes joliment dessinées lui firent tellement tourner la tête qu’elle n’eut prêté attention aux muffins dans le four qui carbonisaient. Sacrée Victoria !

En réalité, sous ses airs de femme pleine de fantaisie et de malice, Victoria Sinclair savait se montrer raffinée. Même dans la précipitation, elle pouvait arranger une mèche rebelle ou choisir une couleur qui mettait en valeur ses beaux yeux bleus. Son rouge à lèvre carmin et ses ondulations rétros étaient sa marque de fabrique et pas un jour ne passait sans qu’elle ne s’intéressait aux potins du quartier. Arthur Sinclair, son mari, trouvait sa personnalité fascinante... et parfois agaçante, mais il l’aimait exactement pour ça, pour ce mélange d’excentricité et de légèreté qui venait adoucir son tempérament calme et pragmatique.

En constatant le nuage de fumée noire qui résultait de son œil trop gourmand, la femme poussa un juron étouffé et saisit un torchon. Bernard, le Toy Terrier Russe, s’était soudainement mis à aboyer de façon incessante. Ce qui avait déclenché cette soudaine excitation était, en fait, Monsieur Sinclair, qui était fraîchement rentré du travail. Après avoir maladroitement garé sa voiture rouge devant le garage, il ouvrit la porte d’entrée et le chien se jeta aussitôt à ses pieds.

- Du calme Bernard.

- Tu es déjà de retour ? lança Victoria en toussant depuis la cuisine, tentant désespérément de dissiper la fumée.

- Oui, Lewis nous a exceptionnellement autorisé à quitter le travail plus tôt. Ils prévoient une tempête de neige, affirma-t-il en essuyant ses mocassins châtaignes sur le tapis de l’entrée.

Monsieur Sinclair referma la porte derrière lui, faisant disparaître la vue des maisons enneigées.

- Une tempête de neige, tu dis ?

Le mari acquiesça avant de se diriger vers sa femme pour lui déposer un baiser affectueux sur la joue.

- Dis chérie, qu’est ce que c’est que cette odeur ? Quelque chose a brûlé ?

- J’ai raté mes muffins, soupira-t-elle.

- Tu as raté tes muffins ? fit Arthur en écarquillant les yeux. C’est bien la première fois que ça arrive.

- Oui, disons que j’ai été happée par... un article du journal, assura-t-elle en essuyant nerveusement ses mains sur la serviette humide.

- Ah, de quoi parlait cet article pour que tu en viennes à brûler tes muffins ?

Visiblement gênée, la femme resta un instant silencieuse tandis que son époux prenait place sur le petit banc en bois de l’entrée.

- Laisse moi te les retirer, finit-elle par lâcher en s’agenouillant près de lui. Il s’agissait d’un article sur... cette tempête de neige. Tu sais, celle dont ton patron t’a parlé, acquiesça-t-elle en le déchaussant, secrètement soulagée d’avoir fourni une explication crédible.

- Papa !

Abigaïl apparût soudain, le salon s’estompant derrière sa silhouette enfantine. Les nattes décoiffées et les lèvres bleues, la petite afficha un sourire malicieux avant de courir sauter dans les bras de son cher père.

- Trésor.

Avec un amour paternel, Arthur la serra fort dans ses bras et l’embrassa tendrement sur le front. Elle lui rendit un gros baiser collant sur la joue, laissant une trace bleu vif.

- Abi, tes lèvres sont toutes collantes ! s’exclama-t-il avec une légère sévérité. J’en connais une qui va se faire gronder par maman.

- Hm... bah, pourquoi tu dis ça ? questionna la fillette en grimaçant.

- Je donnerais ma main à couper que tu as mangé une patamouille, plusieurs même. Ta mère te dit tout le temps de ne pas manger de sucrerie avant le dîner.

De ses petits doigts bleus, elle cacha son visage, faisant mine d’être honteuse.

- Combien de fois t’ai-je dit ne pas manger ces satanées sucreries avant le dîner, jeune fille ? gronda la mère en constatant la bêtise sous ses yeux. Ce n’est pas croyable, j’ignore comment tu parviens toujours à mettre la main dessus.

L’enfant se contenta de hausser les épaules puis s’empressa de retourner au salon pour retrouver ses marionnettes préférées, et surtout, ses patamouilles.

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20 : 18, quelque part dans Windermore

Sous la pluie de flocons incessante, une jeune fille aux cheveux bruns marchait d’un pas rythmé. Les boucles humides et le bout du nez rougi par le froid, elle traversait la neige jusqu’à atteindre un arrêt de bus. Quand elle s’assit sur le banc métallique gelé, elle jeta un bref coup d’œil à l’affiche grossièrement placardée sur le mur en verre.

- C’est pas vrai... vingt minutes ? fit-elle tout bas avant de laisser échapper un soupir qui se dissout aussitôt en buée.

Elle plongea la main dans son sac bandoulière pour en ressortir un petit livre en cuir bordeaux dont la couverture était gravée d’une magnifique écriture. Le titre indiquait Platon et ses secrets. Du bout du doigt rose et raide, elle en parcourut les lignes pour retrouver le fil de l’histoire, puis se mit à la feuilleter tranquillement.

Dix minutes avaient maintenant filé, et la jeune femme était encore complètement plongée dans son bouquin. Elle buvait les mots à grandes gorgées, comme à son habitude, seulement cette fois, quelque chose vint percer sa bulle imaginaire.

- Arrête ça, nous allons nous faire prendre ! murmura une voix.

- Mais non, je te dis que les non-sorciers sont aussi aveugles que des tifulfs* !

*Bêtes magiques aveugles vivant sous terre

La jolie brune leva les yeux et distingua difficilement à travers le rideau de neige, deux silhouettes masculines se dessiner sur le trottoir d’en face. L’une était grande et mince, l’autre petite et grassouillette. Elles étaient toutes deux vêtues de longues capes sombres saupoudrées de flocons évoquant un ciel d’hiver étoilé.

Ce qui intriguait Aurore n’était pas la simple vue de deux hommes un soir de décembre, puisque les ruelles de Windermore regorgeaient de miséreux à la recherche d’un refuge contre le froid des nuits d’hiver. Ce qui la fascinait était leur allure étrange et l’aura mystique et singulière qui émanait d’eux : leur silhouette, leur accoutrement, et l’échange de murmures à peine perceptibles, comme un secret que seule la nuit devait entendre.

Poussée par une curiosité irrépressible, Aurore glissa le livre dans son sac et balaya la route du regard avant de la traverser le plus silencieusement possible afin de ne pas éveiller l’attention de quiconque. La jeunette se faufila derrière un buisson plutôt volumineux à seulement quelques mètres de ces mystérieux inconnus. Ce qui ressemblait auparavant à des ombres se révélait être deux hommes dont les traits et expressions étaient maintenant clairement perceptibles. Aurore tendit l’oreille.

- Nous ne pouvons.

- Fais-moi confiance, Darius.

Alors que Darius soupirait, le longiligne sortit de la poche de sa cape une feuille semblant avoir jaunit par le temps, qu’il déplia avec soin. Il la contempla du regard pendant quelques instants.

- Alors, qu’indique la carte ?

- ...

L’absence de réponse poussa le ventru à donner un coup de coude à son camarade.

- Que se passe-t-il ? Qu’as-tu vu ?

- Rien... c’est bien ça le problème, répondit l’homme tout bas en ne quittant pas le papier des yeux.

Dans un mélange de confusion et d’impatience, Darius lui arracha l’objet des mains.

- Donne-moi ça ! grommela-t-il.

Après quelques secondes passées à en examiner son contenu, l’enrobé se pétrifia à son tour. Le souffle coupé, il sentit un frémissement dans son estomac provoqué par ce que la carte lui avait révélé... ou plutôt, ce qu’elle ne lui avait pas révélé.

- Il... il doit forcément y avoir un problème avec la carte...

Les traits des rôdeurs s’opposaient en tout et pourtant ils affichaient le même masque : celui de la stupeur mêlée à l’incrédulité. Aurore se demanda alors ce que ce petit bout de papier pouvait bien contenir pour susciter une telle réaction.

- Oui, affirma l’autre en hochant frénétiquement la tête, Silas a dû la faire falsifier.

- C’est certain même ! La carte a été ensorcelée de sorte à ce que l’on ne trouve pas...

-Quinta Essentia, compléta le géant, ses yeux reflétant un feu ardant qui vibrait à la pensée de l’objet de ses désirs.

« Quinta Essentia ? » murmura Aurore. Tout cela lui semblait à la fois intriguant et fascinant. L’adolescente avança prudemment pour mieux saisir les paroles de ces deux curieux personnages. Et puis dans ce silence lourd, un froissement de feuilles vint trahir sa présence et interrompre la discussion supposée secrète.

FRRR...

- Qu’est ce que...

- Laisse-moi faire, Darius ! souffla gravement Arwig.

Ce dernier plongea une main dans la poche de sa cape et en ressortit un bâton taillé en bois. D’un pas prudent, il avança vers le tas de verdure en tenant fermement l’objet dans sa main.

-Lucea, dit-il tout bas.

A ces mots, un jet de lumière jaillit de la baguette, répandant une clarté douce autour de lui. Aurore se figea alors, paralysée par la peur d’être découverte mais tout autant fascinée par la lumière que venait de produire ce bout de bois à l’allure ordinaire.

- Arrête, je n’aime pas ça... nous venons tout juste de parler de... Silas et voilà qu’un bruit surgit de nul part... fit Darius, la voix chargée de crainte.

Arwig se tourna vers son compagnon pour poser son doigt sur ses lèvres, lui intimant de se taire. Quand ce dernier reprit sa marche, il sentit quelque chose tirer l’arrière de sa cape.

- Darius, je te dis de me laisser f...

- Aaahh...!

Au cri de son ami, Arwig se retourna d’un mouvement brusque. Il lui fallut quelques secondes pour embrasser la scène du regard. C’est à ce moment précis qu’Aurore perdit l’équilibre à cause du verglas et chuta. Elle fut alors témoin d’une scène terrifiante : la carte que tenait le corpulent se mit à libérer une fumée noire, épaisse et vivante, qui s’éleva et enveloppa son visage comme un voile suffocant. L’homme poussa un cri aigu de douleur et lâcha l’objet, se pressant les tempes, comme si son crâne allait imploser.

Après quelques instants, l’ombre s’évanouit sous les yeux des trois personnages, laissant derrière elle un vide inquiétant. Darius s’effondra aussitôt sur le sol neigeux suite à quoi son compagnon accourut pour s’agenouiller à ses côtés.

- Darius, tu m’entends ! s’exclama Arwig, en tapotant sa joue.

L’homme ne répondit pas, il semblait inconscient. Face à cette absence de réaction, Arwig posa la main sur son bras.

En traçant un trait horizontal dans l’air à l’aide de sa baguette, il murmura :

-Locus Mutare.

Peu à peu, une fissure lumineuse se forma dans l’air, comme si l’espace lui-même se craquelait. Les deux hommes furent brusquement aspirés par la faille qui semblait avaler toute résistance. Lorsque cette dernière se referma, elle laissa dans son sillage un souffle glacé qui balaya les boucles d’Aurore, lui hérissant les poils de la nuque. La jeune fille, dont le cœur battait à tout rompre, resta immobile, incapable de détacher son regard de ce qui n’était plus. Ce dont ses yeux avaient été témoins dépassait tout ce qu’elle avait jamais imaginé.

Le silence avait soudainement regagné la rue où les flocons continuaient de tomber sous la lueur chaude des lampadaires. C’était comme si la soirée n’avait été que tranquillité. Aurore commençait à ressentir une douleur lancinante à cause de la chute qu’elle avait faite, mêlée au froid mordant du verglas sur lequel elle gisait. Elle se leva et grimaça en constatant l’état de son jean imbibé d’eau.

- Satané verglas...

En baissant légèrement son pantalon, l’adolescente remarqua un hématome bleu vif dessiné sur la chair frigorifiée de son bassin. Quand elle passa le doigt dessus, la douleur lui arracha un petit « aïe ». Elle prit ensuite une profonde inspiration, laissant ses bras retomber le long de son corps comme pour relâcher les images et émotions qui l’avaient submergée. Ses yeux ambrés, pétillants sous la lumière dorée éclairant la chaussée, suivirent les flocons jusqu’au sol, avant de se poser sur un feuille partiellement couverte par la neige. D’un pas lent, elle se dirigea vers elle et en saisit délicatement le coin corné, la dégageant du froid blanc qui l’emprisonnait.

Sous ses yeux était dessiné un schéma, semblable à un plan. Elle sentit son cœur s’emballer quand elle crut comprendre.

- Serait-ce la carte dite ensorcelée autrefois détenue par les deux hommes que j’épiais il y a quelques instants ? s’interrogea-t-elle.

Une grande appréhension lui traversa la poitrine. Instinctivement, Aurore lâcha l’objet et recula d’un pas. La respiration haletante, elle l’observait de ses prunelles scintillantes avec une fascination horrifiée. Pendant quelques instants, elle resta là, immobile. Alors que la pluie de flocons le recouvrait progressivement, Aurore repensait à la scène qui avait précédée. Pour elle, il était évident que cette carte n’était pas ordinaire et qu’elle semblait même renfermer un secret encore plus grand que ce qu’elle avait vu ce soir-là. Inévitablement sa captivation pour ce vulgaire bout de papier se fit plus grande et si grande qu'elle la poussa à s’en emparer avant que la neige ne le fasse avant elle.

- Tant que je ne l’ouvre pas, je ne risque certainement rien... se rassura-t-elle tout bas en le rangeant au chaud dans la poche de son imperméable noir.

Ainsi, un soir de décembre presque ordinaire, une fille avait fait la découverte d’un objet qui lui vaudra de se retrouver mêlée à des découvertes et des périls inattendus.

Aurore jeta un coup d’œil à l’arrêt de bus sur le trottoir opposé, sous lequel elle feuilletait son livre un peu plus tôt. Elle le rejoignit prudemment pour y attendre sagement, dans le calme mystique de la nuit.

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Fin du chapitre I

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