Chapter 1 :Apres les cours
Le vent frais de la fin d’après-midi balayait le parvis. Assise sur le rebord de pierre froide, Mia réajusta la lanière de son sac à dos, ses yeux rivés sur l’écran de son téléphone. Pas de nouveau message. Juste la notification habituelle d’une application de musique qu’elle effaça d’un geste machinal.
— ... et donc là, il m’a répondu « ok » ! Non mais tu te rends compte, Mia ? Juste « ok » !
La voix de Naelle transperça l’air, aiguë et chargée d’une indignation dramatique. Elle marchait à côté de Mia, son téléphone collé à la paume, faisant défiler frénétiquement une capture d’écran après l’autre.
— Je lui ai écrit un pavé entier pour lui expliquer pourquoi j’étais blessée, et lui, il me sort deux lettres, continuait Naelle sans marquer de pause. Dis-moi ce que je dois lui répondre. Tu penses que je devrais être froide, ou juste l’ignorer ?
Mia leva les yeux vers son amie. Naelle ne la regardait pas vraiment ; elle attendait simplement une solution, une réponse toute faite à son problème. Comme d’habitude.
— Tu devrais peut-être lui laisser un peu de temps pour réfléchir, murmura Mia doucement. Parfois, les gens ne savent pas quoi répondre sur le coup.
Naelle soupira, levant légèrement les yeux au ciel tout en tapant déjà un nouveau message.
— Mouais, t’as peut-être raison... En tout cas, ça me rend malade. Heureusement que tu es là pour m'écouter, Mia.
Mia esquissa un léger sourire, mais le cœur n’y était pas tout à fait. Elle s’apprêtait à ajouter quelque chose, à parler de sa propre journée et du devoir de français qui l'avait stressée toute la matinée, quand une ombre se posa au-dessus d’elles.
— Alors, les filles, on révise le drame de la semaine ?
Mate venait de s’installer entre elles, étalant ses jambes avec une désinvolture familière. Son sourire en coin était celui des bons jours. Depuis sa rupture, deux semaines plus tôt, il avait soudainement retrouvé le chemin du banc où Mia avait l’habitude de s’asseoir seule.
— Arrête, Mate, grogna Naelle sans lever les yeux de son écran.
— Quoi ? C’est toujours fascinant de vous voir refaire le monde, plaisanta-t-il avant de se tourner vers Mia. Et toi, la muette ? Tu as perdu ta langue aujourd'hui ? Remarque, ça nous change : d’habitude, tu parles tellement qu'on n'arrive même plus à placer un mot.
Un petit rire léger sortit de la gorge de Mate, comme pour signifier que ce n’était qu’une blague.
Mia sentit un pincement familier au creux de l’estomac. Était-ce vrai ? Est-ce qu’elle parlait trop ? Est-ce qu’elle monopolisait l’attention sans s’en rendre compte ?
— Je ne parle pas si souvent que ça..., tenta-t-elle de répondre, le ton incertain.
— Mais si, détends-toi, je rigole ! répondit Mate en lui ébouriffant rapidement les cheveux, un geste affectueux qui effaça instantanément la morsure de ses mots. Tu sais très bien que je t’aime bien, même quand tu es lourde.
Naelle riota distraitement, sans quitter son écran des yeux.
Mia resta figée un instant. Le mot « lourde » résonna dans sa tête, s’installant confortablement aux côtés d’une dizaine d’autres petites remarques accumulées ces derniers mois. Elle ravala la phrase qu’elle voulait prononcer. La soirée d'anniversaire qu’elle comptait organiser, l’inquiétude qu’elle ressentait pour ses cours... Tout cela semblait soudain déplacé, trop lourd, justement.
— Bon, il faut que j’y aille, dit Naelle en se levant brutalement. Mon frère m’attend. Mia, je te renvoie la suite de la conversation par message pour que tu me dises quoi faire, d’accord ?
— Oui... d'accord.
— À plus ! Lanca Naelle en s’éloignant déjà, le nez rivé sur son écran, sans attendre la réponse de Mate ni regarder Mia.
Mate passa un bras autour des épaules de Mia pour la tirer brièvement contre lui avant de se lever à son tour.
— Bon, moi aussi je vais y aller. On se fait une partie en ligne ce soir, Mia ? J'ai vraiment besoin de décompresser, la solitude chez moi c'est pesant en ce moment.
Le regard de Mate était doux, vulnérable, exactement comme il l’était chaque fois qu’il se retrouvait seul. Et Mia le savait : dès qu’une autre fille capterait son attention, cette douceur disparaîtrait à nouveau.
— Je... je ne sais pas si je pourrai ce soir, répondit-elle à voix basse. J’ai pas mal de devoirs.
— Oh, allez, fais pas ta timide, insista-t-il avec un clin d'œil. On se parle plus tard.
Il s’éloigna à son tour, les mains enfoncées dans les poches de sa veste.
Mia resta seule sur le banc de pierre. Autour d’elle, le bruit des autres élèves qui quittaient l’établissement s’estompait lentement. Elle baissa les yeux sur ses mains jointes. Dans sa poitrine, le silence n’avait jamais été aussi lourd.
Continue…








