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Tout pour qu'il me quitte

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Résumé

À chaque repas de famille, sa sœur lui demande pourquoi elle est encore célibataire. Lorsqu’elle répond qu’elle fréquente quelqu’un, le meilleur ami de sa sœur entre dans la cuisine au pire moment. Prise de court, elle le désigne. Il pourrait la démentir, mais choisit de poser une main sur sa taille et d’annoncer qu’ils comptaient attendre avant de le dire. Elle découvre ensuite sa raison : sa propre mère tente de le remettre avec son ex, et une petite amie lui serait utile. Ils conviennent de quelques repas et d’une séparation discrète. Mais sa sœur, ravie, leur organise des sorties à quatre et leur propose de partager une chambre pendant un week-end familial. L’héroïne, qui l’a toujours trouvé trop satisfait de lui-même, décide de jouer une compagne insupportable pour accélérer leur rupture. Il répond en devenant le petit ami idéal, au point qu’elle commence à lui reprocher de ne faire autant d’efforts que devant témoins.

Genre :
Romance
Auteur :
Lara Dry
Statut :
Terminé
Chapitres :
34
Rating
4.0 (1 avis)
Classification par âge :
13+

01

Avery

Ma sœur a trouvé un homme pour moi entre deux réunions et une commande de cartouches d’encre. Elle m’annonce la nouvelle pendant que je me sers des pommes de terre, avec le sourire satisfait d’une femme qui a enfin résolu un problème administratif.

— Il s’appelle Daniel, dit-elle. Il travaille au service juridique.

Je garde la cuillère au-dessus de mon assiette.

— Il peut m’aider à faire interdire cette conversation ?

Oliver baisse la tête vers son verre. À côté de lui, Bennett continue de manger, mais le coin de sa bouche bouge suffisamment pour attirer mon attention.

— Ne te sens pas obligé de rester, lui dis-je. Il y a encore de la place pour fuir avant qu’elle sorte une photographie.

— Je suis venu pour le déjeuner.

— Tu as déjà eu le plat.

— Ta mère a fait un gâteau.

Maman lui adresse aussitôt un sourire. Bennett pourrait annoncer qu’il vient de revendre son mobilier sur Internet, elle lui demanderait s’il souhaite reprendre de la sauce.

— Laisse ta sœur terminer, intervient-elle en me tendant les légumes. Elle pense à toi.

— C’est ce qui m’inquiète.

Brooke attend que j’aie reposé la cuillère pour poursuivre.

— Daniel est drôle, il aime sortir et il cherche enfin quelque chose de sérieux.

Je tourne la tête vers elle.

— Enfin ? Tu me le proposes après sa période d’essai ?

— Il a trente ans, Avery. Il sait ce qu’il veut.

— Et il t’a demandé de vérifier si j’étais disponible ?

Elle remonte sa serviette sur ses genoux. Ce petit délai m’apprend tout ce que je dois savoir.

— Je lui ai parlé de toi.

Je repose mes couverts.

— Dans quel contexte ?

— Nous discutions des applications de rencontres.

— Et tu lui as présenté mon dossier ?

— Je lui ai dit que j’avais une sœur qui travaillait dans le graphisme et qui était célibataire.

— Tu as commencé par lequel des deux ?

Papa se sert de l’eau en regardant sa femme. Je reconnais sa tentative silencieuse pour lui faire changer de sujet. Maman ne la remarque pas, trop occupée à attendre la réponse de Brooke.

— Tu pourrais prendre un verre avec lui, reprend ma sœur. Je ne te demande pas de l’épouser.

— C’est aimable de garder quelque chose pour la semaine prochaine.

Bennett laisse échapper un rire. Je lui lance un regard, qu’il accueille en levant légèrement son verre.

Il connaît Brooke depuis l’université. En dix ans, il a acquis un accès libre aux repas, aux fêtes et aux outils de mon père. Il arrive, demande s’il peut aider et repart avec une boîte de restes. Lorsqu’il est célibataire, on lui demande comment va son agence. Lorsqu’il fréquente quelqu’un, on espère simplement qu’elle viendra la prochaine fois.

De mon côté, je ne peux pas refuser un deuxième morceau de poulet sans qu’on s’interroge sur mon rapport à l’engagement.

— Avery peut aussi ne pas avoir envie de rencontrer quelqu’un aujourd’hui, dit papa.

Je lui adresse un sourire reconnaissant.

— Merci.

— Je ne propose pas aujourd’hui, précise Brooke. Je pensais à jeudi.

Oliver ferme les yeux une seconde.

— Tu vois, dis-je à mon père. Elle avait déjà trouvé un créneau.

— Parce que tu m’as dit que tu étais libre !

— Tu m’as demandé si je pouvais t’aider à choisir des rideaux.

— Nous aurions pu faire les deux.

Je regarde ma sœur avec assez d’insistance pour lui faire baisser les yeux vers son assiette. Elle n’abandonne pourtant pas l’idée ; je la connais, elle est seulement en train de modifier sa présentation.

Heureusement, papa interroge Oliver sur sa voiture. Je participe à la conversation en lui demandant ce que signifie le voyant qu’il décrit. Sa réponse est longue, technique et merveilleusement éloignée de mon utérus.

Pendant quelques minutes, nous déjeunons comme une famille capable de s’intéresser à autre chose qu’à mon célibat.

Puis maman se lève pour débarrasser.

Je prends mon assiette et celle de papa avant que Brooke puisse m’inviter à l’accompagner. Elle me suit tout de même jusqu’à la cuisine avec les verres. Bennett reste à table pour répondre à une question d’Oliver, ce qui me prive du seul témoin susceptible de rire assez fort pour nous interrompre.

Je dépose les assiettes près du lave-vaisselle et ouvre le robinet.

— Tu n’étais pas obligée de lui répondre comme ça, commence Brooke.

— À Daniel ? Je n’ai pas encore eu le plaisir de le rencontrer.

— À moi. Je voulais te proposer quelque chose de gentil.

Maman entre derrière nous, son plat dans les mains.

— Elle n’est pas obligée d’accepter, Brooke.

Je me tourne vers elle avec espoir.

— Mais tu pourrais y réfléchir, ajoute-t-elle à mon intention.

Je prends le plat pour lui éviter de le laisser tomber sur ses convictions.

— Je vous assure que mes soirées se passent très bien.

— Personne ne dit le contraire, répond ma sœur. Mais tu travailles beaucoup et tu vois toujours les mêmes personnes. Les occasions ne vont pas venir sonner à ta porte.

— Hier, un homme est venu vérifier ma chaudière.

— Tu comprends ce que je veux dire.

Je comprends si bien que je pourrais poursuivre la conversation seule. Elle veut mon bonheur, je ne fais aucun effort, un verre ne m’engage à rien et il faudra bien que je laisse une chance à quelqu’un.

J’ouvre le lave-vaisselle et commence à y ranger les couverts.

— Tu sais quoi ? Laisse tomber pour jeudi, dit Brooke. Je lui donnerai ton numéro et vous verrez entre vous.

Je me redresse.

— Tu ne vas pas lui donner mon numéro.

— Pourquoi tu réagis comme si je t’avais menacée ?

— Parce que je fréquente déjà quelqu’un.

Le silence arrive assez vite pour me laisser entendre le robinet qui coule encore. Je le ferme, puis garde la main sur la poignée.

Maman pose son torchon.

— Tu vois quelqu’un ?

— C’est ce que je viens de dire.

Brooke me regarde avec un mélange de surprise et de reproche.

— Depuis quand ?

— Quelques semaines.

— Pourquoi tu ne nous as rien dit ?

Je prends un verre sale, constate qu’il contient encore du vin et le repose.

— Pour éviter exactement ça.

Ma sœur se rapproche du plan de travail.

— Tu peux quand même nous donner son prénom.

Je cherche un homme imaginaire dans une partie de mon cerveau qui vient de fermer pour travaux. Je pourrais choisir n’importe qui. Un professeur, un dentiste, un homme assez occupé pour ne jamais assister aux repas.

La porte s’ouvre avant que je trouve un prénom.

Bennett entre avec une pile de petites assiettes.

— Ta mère m’a demandé de sortir le gâteau.

Je le regarde. Il s’arrête, remarque nos trois expressions et baisse les yeux vers les assiettes, probablement pour vérifier s’il a cassé quelque chose.

— C’est lui, dis-je.

Brooke tourne lentement la tête.

— Bennett ?

Je pourrais encore éclater de rire. Affirmer que je plaisante. M’étouffer avec ma propre salive et réclamer qu’on appelle les secours.

— Oui, confirmé-je. Bennett.

Il me fixe pendant une seconde qui suffit à me donner chaud sous ma blouse. Puis il pose les assiettes sur le plan de travail et vient se placer près de moi.

Sa main se pose à ma taille.

— Nous comptions attendre avant de vous le dire, annonce-t-il.

Je tourne la tête vers lui. Il me regarde avec un sourire doux que je ne lui connais pas et dont je me méfie immédiatement.

— Mais apparemment, Avery n’avait plus envie d’attendre.

Ses doigts exercent une légère pression contre mon côté. Je souris avec la même aisance qu’une femme à qui l’on vient de confier un animal sauvage.

— Nous en avions parlé, dis-je.

— Plusieurs fois, confirme-t-il.

Brooke porte une main à sa bouche.

— Vous êtes sérieux ?

Bennett baisse les yeux vers moi, comme s’il me laissait décider de la réponse. Je découvre qu’il peut être très agaçant sans prononcer un mot.

— Nous n’aurions pas choisi de vous l’annoncer pendant qu’on range les couverts, réponds-je.

Maman laisse échapper un petit rire et s’approche pour m’embrasser.

— Je suis tellement contente !

Elle serre ensuite Bennett dans ses bras. Il retire sa main de ma taille pour lui rendre son étreinte, puis regarde Brooke, qui n’a pas bougé.

— Tu aurais pu me le dire, murmure-t-elle.

— Je sais, répond-il. On en parlera.

Elle regarde son meilleur ami, puis moi. Son expression se transforme enfin en sourire.

— Je vais chercher Oliver.

— Brooke, attends…

Elle est déjà dans la salle à manger. Maman la suit pour prévenir papa, comme si la distance de quatre mètres risquait de retarder une nouvelle aussi urgente.

Je me retourne vers Bennett.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je viens de devenir ton petit ami. J’essaie de prendre mes fonctions.

— Tu aurais pu me démentir.

— Tu semblais avoir besoin d’aide.

— J’avais besoin d’un prénom.

Il regarde la porte, derrière laquelle Brooke demande à Oliver s’il savait quelque chose.

— Tu m’as désigné avec beaucoup de conviction.

Je lui attrape l’avant-bras.

— Tu n’inventes rien d’autre.

Il baisse les yeux vers ma main.

— Tu veux qu’on retourne là-bas en silence ?

— Je veux que tu me laisses répondre.

— D’accord.

Il accepte trop facilement. Je relâche son bras et prends les assiettes pendant qu’il sort le gâteau.

Lorsque nous revenons, toute la table nous attend.

Papa se lève pour serrer la main de Bennett. Oliver me regarde avec une expression dont je compte lui demander l’explication lorsque nous serons seuls.

Je m’assieds à ma place. Bennett pose le gâteau, puis s’installe près de moi.

— Alors, commence Brooke, depuis combien de temps ?

— Trois semaines, répond-il.

Je lui écrase le pied.

Il tourne la tête vers moi sans retirer sa chaussure.

— Environ, précisé-je.

— Trois semaines mardi, ajoute-t-il.

J’augmente la pression.

— Tu comptes les jours ? s’attendrit maman.

— Avery aime les choses précises.

Je souris à ma famille en imaginant la manière dont je vais l’enterrer dans le jardin. Il attrape la pelle, creuse le trou et demande encore si j’ai besoin d’aide pour le remplir.

— Comment c’est arrivé ? demande Oliver.

Bennett me regarde.

— Je laisse Avery raconter.

Je pourrais presque respecter son sens de la vengeance s’il ne s’exerçait pas contre moi.

— Nous avons commencé à parler davantage, dis-je. Puis nous nous sommes vus seuls.

— Tu l’as invitée quelque part ? demande Brooke à son meilleur ami.

— Chez moi. J’ai préparé le dîner.

Je lui donne un coup de talon sur la chaussure. Il déplace enfin son pied, puis rapproche sa chaise de quelques centimètres.

— Avery, tu vas me dire que je t’en ai trop servi, intervient maman en me tendant une assiette généreuse.

Je prends le gâteau sans quitter Bennett des yeux.

— Je crois que je peux supporter une petite part.

— Tu veux qu’on partage ? propose-t-il.

Oliver se met à rire dans sa serviette. Je prends ma fourchette.

— Je préfère garder mon assiette.

Brooke nous observe en secouant la tête.

— J’ai passé des années à vous écouter vous provoquer.

— Certaines habitudes restent, répond Bennett.

Sous la table, je cherche sa chaussure. Il a croisé les chevilles assez loin pour m’obliger à me pencher si je veux l’atteindre. Je renonce et coupe mon gâteau.

— Qui a fait le premier pas ? reprend maman.

Je relève la tête juste à temps pour voir Bennett ouvrir la bouche.

— Lui, dis-je avant qu’il parle. Il a insisté.

Il me regarde, un sourcil légèrement relevé.

— J’ai été patient.

— Très patient, confirmé-je. Je n’étais pas convaincue.

— Elle avait quelques réserves.

— Plusieurs.

Papa rit, puis se tourne vers sa femme.

— Au moins, nous savons qu’ils peuvent discuter.

Je mange une bouchée de gâteau pour éviter de répondre. Bennett me sert de l’eau et approche la carafe suffisamment près pour murmurer :

— Tu vas finir par abîmer mes chaussures.

Je garde les yeux sur mon assiette.

— Tu préfères que je monte ?

Il retient un rire, ce qui pousse Brooke à nous demander ce que nous nous racontons. Bennett répond qu’il me proposait du café.

Maman se lève aussitôt pour en préparer.

La conversation continue autour de nous, déjà pleine de prochains repas et de sorties à quatre. Je participe quand on m’interroge, confirme le moins de choses possible et apprends que Bennett peut mentir sans accélérer sa respiration.

Mon téléphone vibre contre ma cuisse.

Tu as encore du gâteau. Tu devrais en profiter avant de me rompre le tibia.

Je tourne la tête vers lui. Il écoute papa lui parler d’une serrure, avec le visage attentif d’un homme irréprochable.

Je lui réponds sous la table.

Tu vas me devoir une explication.

Il consulte son écran, puis écrit quelques mots.

Dès que nous serons seuls.

Je verrouille mon téléphone et prends une nouvelle bouchée. Maman revient avec le café, Brooke veut savoir si nous sommes libres jeudi, et Bennett me regarde avant de répondre, comme un compagnon attentionné qui respecte mes disponibilités.

J’aurais dû dire que j’avais un chat. Il aurait peut-être griffé les meubles, mais au moins, personne ne lui aurait demandé de raconter comment il m’avait séduite.

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Bien écrit

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Intrigue captivante

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Super personnage

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