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CRASH INTO A FIVE

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Résumé

CRASH INTO THE FIVE À Las Vegas, le pouvoir protège les coupables. Jusqu’à ce que quelqu’un décide de les faire tomber. Tyler Weston a tout perdu à cause des Jones. Désormais, il n’a qu’un objectif : détruire leur empire, peu importe le prix. Rosalia Jones aurait dû être son ennemie. Héritière glaciale d’une famille intouchable, elle cache pourtant bien plus que des secrets. Alors, quand elle accepte de l’aider, Tyler comprend qu’il vient de conclure un pacte dangereux. Son prix ? Qu’il l’aide à découvrir la vérité sur la mort de Blake, sa meilleure amie. Leur enquête les entraîne au cœur de l’A-FIVE, un cercle d’élite où les apparences règnent et où la confiance n’est plus qu’un souvenir. Mais Tyler ignore une chose : certaines invitations arrivent trop tard. Et certaines vérités auraient dû rester enterrées. À Las Vegas, tout le monde a un secret. Le leur pourrait tout faire exploser.

Genre :
Drama
Auteur :
Clarisse
Statut :
il y a un jour
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

Le vigile examinait ma carte depuis bien trop longtemps à mon goût. Pourtant, c’était clair, non ? Nom, prénom, âge et photo. Je n’étais plus une gamine, alors, par élimination, ce devait être mon nom le problème. J’eus un rictus. Le pauvre allait probablement se dire : encore un jeune qui tente de m’arnaquer avec une fausse identité. À noter que ça m’irritait aussi.

Comme je l’avais prévu, il releva la tête, l’air exaspéré, mais m’invita tout de même à rentrer. Je retins un ricanement. Rien n’avait changé durant mon absence.

À peine la porte fut- elle refermée derrière moi qu’une vague de lumière et de bruit m’engloutit aussitôt. Des centaines d’ampoules et de néons colorés clignotaient dans toutes les directions, transformant le casino en une mer mouvante de rouge, d’or et de bleu électrique.

Je déglutis.

Calme- toi, m’intima ma voix intérieure. Ne pas se laisser déborder. Alors que trente secondes suffisaient à me refaire basculer.

Les machines à sous tintaient sans relâche, ponctuées par les exclamations des gagnants et les soupirs rageurs des perdants. Mesdames et messieurs, les deux catégories de personnes que l’on pouvait retrouver en salle de jeu.

Non, je m’égarais. Je ne devais pas oublier pourquoi j’étais revenue. Mon seul moyen pour que Lucius m’aide.

J’arrangeai mes longs cheveux bruns dans le miroir. Ma jupe était bien trop courte, pestai- je. Je devais sans arrêt la tirer vers le bas. Quelle blague de voir que ma pudeur surgissait seulement maintenant. Décidément, il y avait beaucoup de choses que je n’étais pas prête à accepter.

Tais- toi, songeai -je à mon propre égard.

Je fermai les yeux un instant, essayant de faire le vide. Une chose relativement abstraite dans ce type d’endroit.

Après une longue inspiration, je me lançai enfin dans la traversée de la salle.

Des hommes en costume confiaient des jetons devant eux, pariant bruyamment des sommes faramineuses. Plus loin, autour d’une table de roulette, une foule compacte retenait son souffle tandis que la bille tournait encore.

Une boule se forma dans ma gorge. L’odeur de l’alcool coûteux devenait vite écœurante dans une pièce calfeutrée. Je me sentais tourner, tout défilait devant mes yeux.

Des serveuses traversaient les allées avec des plateaux chargés de boissons en tout genre. Des femmes habillées d’une légèreté déconcertante étaient assises sur les genoux de gros barbus, flirtant ostensiblement. Répugnant, mais visiblement, c’était la norme au Spectral.

Je n’aurais même pas pu dire quand remontait ma dernière visite ici. Cela faisait deux mois que j’avais dû perdre le compte.

J’entendis des cris annonçant des jackpots à plusieurs millions de dollars. L’argent semblait presque flotter dans l’air. Une illusion que n’importe quel casino vendait au prix fort à ses clients.

J’avais presque envie de vomir. Pourquoi est-ce que je ne ressentais ça que maintenant ?

Je poursuivis tout de même mon chemin entre les rangées de tables et les différentes machines. Personne ne faisait attention à moi. Excellent. J’avais juste besoin de concentration.

L’un des avantages de ce genre d’endroit était que des milliers de personnes entraient et ressortaient chaque jour. Alors, une femme de plus dans ce monde n’était qu’une silhouette parmi tant d’autres.

J’attrapai un amuse-gueule à la volée, profitant de cette interaction pour vérifier d’un coup d’œil furtif les caméras fixées au plafond. Quant aux vigiles, ils devaient être une quarantaine. Je n’en voyais seulement vingt, mais mon oncle m’avait toujours dit de ne jamais, jamais sous-estimer les effectifs de ceux qui peuvent être ou devenir nos ennemis. Le principe était bon, sa pédagogie, moins.

Les yeux des agents de sécurité semblaient rivés uniquement sur la salle principale, bondée.

Dans la mêlée, un bruit plus fort que les autres éclata. Je ne sursautai pas, totalement insensible. Je n’étais plus qu’une version froide de moi-même.

Un homme dans la force de l’âge venait tout juste de renverser plusieurs plateaux de blackjack. Les cartes volaient dans tous les sens. Je les vis presque au ralenti. Elles semblaient presque me narguer. Presque.

Le pauvre type devait certainement venir de perdre une somme colossale. Morale pour lui : plus l’on se trouvait haut, plus la chute faisait mal. En général, on s’en souvenait longtemps.

Ce coup d’éclat provoqua rapidement une émeute. Et moi qui avais besoin d’une distraction... je profitai opportunément du chaos pour me faufiler au fond du rez-de-chaussée du casino, près d’un escalier réservé au personnel.

Une fois à l’étage supérieur, le vacarme du niveau inférieur ne devint qu’un bourdonnement lointain, incertain. Les lumières agressives avaient laissés place à un éclairage plus tamisé. Quand à l’environnement si spécial, il fut remplacé par des murs couleurs crèmes et une moquette épaisse d’un rouge bordeaux qui absorbait chacun de mes pas. La même couleur que ma tenue. Ma préférée.

Je regardai, attentive. Non, le couloir était vide. Seulement une succession de portes fermées. Cette fois-ci, absolument aucune caméra. Mes yeux commencèrent à piquer. Un rire me monta à la gorge. Super, je devenais hystérique.

Etais- je donc vraiment dans l’aile privée du casino le plus important de Las Vegas ? Visiblement, la question se posait un peu tard. Je continuai d’avancer, sans ralentir. Il ne me restait qu’une dizaine de mètres. Plus que quelques misérables pas. Je pouvais sentir l’adrénaline pulser en moi à mesure que je m’approchais de la porte sombre faite en bois massif. Le bureau du gérant. Tant de risques et de préparatifs pour à peine un bout de papier. Enfin, encore faudrait- il que je l’aie entre les mains pour considérer ma soirée terminée, une bonne fois pour toute.

Une douleur fulgurante traversa ma cheville. Je m’immobilisai aussitôt. Elle frappa une seconde fois, plus vive encore. Je baissai les yeux vers les escarpins que j’avais eu la brillante idée de porter ce soir. Bravo, me morigénerai- je . Quel petit génie je faisais.

J’aurais dû mettre quelque chose de plus adapté à ce que j’étais venue faire . Bien sur, une paire de Air Force 1 aurait davantage attirée l’attention. En me penchant, je massai ma cheville, irritée.

-Et merde, murmurai -je. Ne manquait plus que ça, décidemment. -Je me disais bien que j’avais entendu quelqu’un ici, fit une voix grave dans mon dos.

Mon sang se glaça. Je me relevai brusquement, sur mes gardes. Un homme qui devait être un peu plus âgé que moi se tenait à moins de trois mètres. Le seul obstacle qui me séparait de cette fichue porte. Il me dépassait d’une bonne tête, avec une large carrure. Un garde du corps ? Je détaillai, curieuse, ses cheveux sombres coupés courts qui lui barraient le front, et sa mâchoire nette, contractée par la tension. Qui que ce fut, il attirait inévitablement le regard. Ce qui me figea, ce furent ces yeux bleu clair. Pas le bleu cliché des publicités américaines habituelles, mais une teinte beaucoup plus froide, arctique. Son regard calme pesait lourdement sur moi. En le fixant, je me dis qu’il me faisait penser à un prédateur attendant patiemment de jouer avec sa proie. Si tel était le cas, il découvrirait ce soir un nouveau type de victime. Une mauvaise pioche. Quoique, dans ces conditions, le bénéfice du doute était de mise.

-Je peux savoir ce que tu fous ici ? lâcha-t-il, s’avançant vers moi, les mains dans les poches de son pantalon sombre ample. Sa voix sonnait à la limite de l’amusement. -J’avais juste besoin d’un peu d’air, fis-je en battant des cils. Quelle excuse improbable. Son regard glissa lentement sur les murs du couloir, puis revint vers moi. -Dans un couloir dépourvu de la moindre fenêtre ? Un point pour lui. -Je suis quelqu’un d’assez original, répondis- je du tac -au-tac.

Un coin de sa magnifique bouche tressaillit. Et voila que je bavais sur le physique d’un parfait inconnu pour moi. Ce dernier sortit un petit paquet de cigarettes de sa poche.

-La prochaine fois, essaye l’extérieur, suggéra-t-il ironiquement. En général, on y trouve plus d’oxygène. -Et moins de nicotine, aussi ? répliquai- je .

Je n’avais donc vraiment aucun instinct de survie dans ce type de situation. Il haussa un sourcil, souriant.

-Merci pour la campagne de prévention. -Je fais ce que je peux.

Il porta la cigarette à ses lèvres, sans pour autant me quitter des yeux . Peut-être essayait -il de comprendre ce qui clochait chez moi. Une très bonne question, d’actualité. Si jamais il trouvait la réponse, par je ne savais quel moyen, j’étais sincèrement preneuse. Sans crier gare, ses yeux s’assombrirent légèrement. Il fit un pas vers moi, puis un autre. Je reculai, surprise. Une erreur de jugement pouvait arriver. Le mot “DANGER” en lettres capitales, émanait de lui.

-Nouvelle, dans le coin ? demanda-t-il nonchalamment. Je serrai les dents. J’avais autant envie de rester que de m’en aller. -En quelque sorte, finis -je par répondre, un brin hésitante.

Encore un pas. Mon dos toucha finalement le mur. Ce gars paraissait totalement détendu. Quelle injustice face à mon état actuel. Il inclina la tête.

-J’ai une question pour toi. Pourquoi je frissonnais subitement ? Je lui fis signe de continuer.

-Je me demandais juste quelle nuance de rouge prendrait ta peau si je te prenais ce soir, balança -t- il avec un sourire sauvage. Tu veux qu’on le découvre ensemble ?

Rectification d’urgence : j’étais dans de beaux draps. Mieux : je pouvais l’être, littéralement.

-Très drôle, eus- je pour seule réponse, mon bas-ventre déjà en ébullition. Même mon corps me trahissait.

Il aborda une moue faussement déçue. -Dommage que je ne sois sérieux, dans ce cas. Enfin pour toi, crut- il bon d’ajouter en gloussant.

Il m’attira contre lui, étonnamment doucement pour quelqu’un de son envergure, sa main sur ma taille. Ses doigts étaient chauds, sa prise ferme mais délicate. Mon corps collé au sien balayait le froid ambiant. Lentement, sa main libre remonta jusqu’à mon visage. Du bout de l’index, il commença à tracer des lignes invisibles sur ma peau, effleurant ma tempe, descendant le long de ma pommette , avant de suivre le contour de ma mâchoire. Electrique. Tout l’était. Je ne bougeai plus, totalement hypnotisée par ses mouvements. Il glissa ensuite dans mon coup, s’attardant sur le point ou mon pouls battait à tout rompre.

Il sembla le remarquer. Ses yeux plongèrent une dernière fois dans les miens avant qu’il ne réduise les derniers millimètres qui nous séparaient.

Ses lèvres se posèrent sur les miennes, m’embrassant d’abord avec une lenteur calculée. Je ne pensais plus à rien Juste continuer. Le baiser devient plus profond, fiévreux, emportant mes certitudes dans un tourbillon de sensations. Je m’agrippai à sa veste, mes propres doigts crispés ancrés dans sa nuque. Un vertige auquel je ne voulais plus échapper. Mes lèvres étaient encore brûlantes de son empreinte lorsque je m’écartai à contre coeur reprendre mon souffle. Pourquoi lui laisser le monopole du jeu ?

Oui, mon égo m’importait beaucoup.

-Au fait, je pourrais avoir l’honneur de connaitre ton nom ? demandai- je, ma voix un peu plus rauque que normale. Un sourire étira ses lèvres que je venais de revendiquer. -Pourquoi ? murmura-t-il. Tu as l’intention de le dire après ? OK. L’audace ne manquait pas.

-Juste pour être sure de ne pas me tromper de prénom si jamais je décide de recommencer, fis-je suavement.

C’eut le mérite de lui arracher un rire. Il s’apprêtait à me répondre quand un coup violent retentit depuis la cage d’escalier. Nous regardâmes tous deux en une fraction de second dans cette direction.

-TYLER ! hurla la voix d’un autre homme. Ramène- toi !

Un immense sentiment de déception grimpa le long de mon corps. Déjà ? Il m’observa une dernière fois, caressant mes cheveux. Ses yeux dépeignaient le même ressenti que moi.

-On dirait que je vais devoir te quitter, souffla-t-il à mon oreille. Idem pour toi, ton nom ? D’autres exclamations se firent entendre. Je lui offris un petit sourire.

-Bye, Tyler, répondis- je simplement.

Il eut une expression de surprise, puis regarda la porte de sortie. Je restai encore un long moment à l’arrêt, les yeux dans le vide une fois qu’il disparut. Mon esprit tournait en boucle, incapable de se détacher de son visage. Ma main remonta machinalement à mon cou, suivi de mes lèvres.

Soudain, mon téléphone vibra dans une poche arrière. Je sursautai, percutée de plein fouet. Je me frappai le front, confuse. Qu’est ce qui m’avait pris ?

Fini ce que tu dois faire, cria mon cerveau.

Tiens, il réapparaissait, celui-là. Je courus, rompant la distance entre moi et le bureau. Champs libre.

La serrure céda plus vite que prévu. Au moins, je n’aurais pas à utiliser une épingle à nourrice comme dans certains films d’action. Je refermai la porte derrière moi, puis balayai la pièce du regard. Un bureau en acajou. Un fauteuil en cuir. Une grande bibliothèque sur le mur opposé à la fenêtre. Je me dirigeai directement vers la table, fouillant les tiroirs.

Rien dans le premier. Même chose pour le deuxième. Au troisième, je fronçai les sourcils. Le fond paraissait plus épais. Je passai un doigt en dessous, à l’aveuglette. J’eus une expression de triomphe en voyant le compartiment caché. A l’intérieur, une large pochette d’un noir d’encre, reposait. Je l’ouvris sans plus attendre, déchiffrant avidement son inscription.

Dossier J.

Mon souffle se bloqua. Je l’avais.

Des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Des conversations qui se faisaient de plus en plus proche. Hum, mieux valait éviter de la compagnie. Je fermai précipitamment le tiroir et me tournai vers la fenêtre. Pas le temps de réfléchir. Apparemment, j’allais devoir faire une cascade, songeai- je. J’ouvris la battant, me hissant à l’extérieur tant bien que mal, le dossier coincé sous mon bras. Le vent me fouette immédiatement le visage, emmêlant mes cheveux. Quelques secondes plus tard, mes pieds retrouvèrent - heureusement - le sol du trottoir. Point positif : j’avais atterri à l’arrière du casino, dans une rue déserte.

-Tu as failli me faire avoir une crise cardiaque, me lança une voix familière.

Je levai les yeux. Nash, un de mes plus proches amis, m’attendait à coté de sa McLaren noire.

-Très discrète, ta voiture, observai- je. Il passa la main dans ses cheveux bruns, ses yeux marrons chocolats ayant l’air soucieux que je ne connaissais que trop bien avec lui. -Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je m’inquiétais pour toi là dedans, maugréa-t’il. J’aurais du le faire moi-même.

Je soufflai.

-Juste un léger contre-temps, fis- je, sans préciser que j’avais sérieusement dérapé avec un mec. Il secoua la tête, puis retira sa veste.

-Prends- la. -Je vais bien. -Tu trembles, Rosa. -Il fait au moins vingt-cinq degrés, arguai- je. -Prends- la, répéta-t-il.

Je soupirai, mais l’enfilai quand même. Je n’avais plus la force de débattre. L’étoffe était encore chaude. Nash eut l’air satisfait, puis m’ouvrit la portière côté passager. Une fois que je fus installée, il la claqua et partit s’installer à son tour. Le moteur ronronna en démarrant. Brutalement, l’adrénaline qui m’avait maintenue debout depuis le début de la soirée parut disparaitre. Mes mains se refroidirent tandis que nous roulions, plus vite. Toujours plus. Les lumières de la ville encore animée défilaient à travers la vitre.

-Tu sais que j’aurais préféré prendre le métro, ou rentrer à pied, Nash, fis- je à voix basse. Il me lança un regard en coin, les lèvres pincées. -Sauf qu’on ne pas prendre ce risque, toi en particulier. Le silence retomba dans l’habitacle.

Malgré la chaleur de sa veste sur mes épaules, je ne sentais que le froid. Je ne pouvais pas échapper à la réalité.

Bien au contraire.

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