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L'araignée Rouge

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Résumé

Deux années se sont écoulées depuis la signature d’un traité de trêve entre Isolone, la grande capitale, et Zion, la ville natale de Gray Maxim. Deux ans qu’il a quitté la résistance Zionniène, à la mort de l’équipe réduite qu’il y dirigeait, et laissé derrière lui le nom de « Red » Spider Laqi. S’il se tient tranquille et reste loin des conflits politiques, personne ne découvrira son identité, et son passé violent. Il tient l’animalerie Little Paws, ou il ne cherche qu’une vie normale pour se repentir. Mais les meurtres de vieux camarades Zionniens réveillent l’instinct de Gray. Il ne peut intervenir sans briser l’accord qu’il a signé, et mettre son secret en danger, mais les décès s’accumulent. Rhys Fang, combattant dans l’armée Iseul, entre un jour dans sa boutique. Son objectif ? Retrouver l’assassin sévissant dans la capitale, mais surtout, coincer Spider Laqi, disparu depuis la trêve et accusé de crime de guerre, qu’il a hâte d’éliminer une fois pour toutes.

Genre :
Thriller,Romance
Auteur :
Galylia
Statut :
il y a 14 heures
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Plusieurs règles faisaient notoriété publique à la capitale, Isolone. Tout d’abord, sortir dans les rues de la vieille ville à la nuit tombée était mal vu. Les souvenirs des attaques et des corps retrouvés à même le sol au petit matin restaient frais dans les mémoires. Ensuite, après la trêve, toute trace d’allégeance ou d’affiliation à la résistance Zionniène vaudrait preuve de trahison. Finalement, la plus importante : tous les commerces hors des brasseries et des restaurants devront fermer à 19 heures, pas une minute de plus. Un seul endroit, et une seule personne faisaient exception à chacune de ces règles.

Le clocher sonna vingt heures. Les lumières vives de l’animalerie Little Paws éclairaient toute la rue étroite jusqu’à la devanture de la brasserie Veuve Noire, cinq mètres plus loin. Gray Maxim comptait la monnaie, il rendit deux euros et vingt centimes à sa cliente, qui quitta la boutique, son sac de croquettes au creux des bras. Il posa les coudes sur le comptoir, et poussa un long soupir.

Ils avaient eu moins de monde que d’habitude, aujourd’hui. De nouvelles émeutes avaient éclaté plus tôt dans l’après-midi, et les citoyens se réfugiaient chez eux. Même l’intervention du Bureau de Contrôle des Citoyens n’avait pas suffi à éparpiller les manifestants. Ils ne servaient plus à leur fonction principale : protéger les citoyens. Ce n’était pas la première fois qu’ils échouaient, et ce ne serait pas la dernière.

Gray ouvrit la caisse et compta ses gains de la journée. La porte près des boxes à oiseaux longeant le mur de droite s’ouvrit sur Hope. Elle essuya ses mains sur son uniforme, le salua, puis partit vers le couloir. Sa journée touchait à sa fin, elle rentra chez elle une fois ses affaires récupérées, et Grey se retrouva seul. Little Paws ne fermerait pas avant une demi-heure de plus.

Plus aucun client ne franchit les portes de la boutique. Gray s’évertua pour le temps qu’il lui restait à faire un tour de ses pensionnaires à poils, puis il sortit sur le trottoir, et s’assit à la table en bois carrée installée contre la vitrine. D’ici, il voyait les maisons fermées alentour, la boulangerie sur la droite, plongée dans l’obscurité, ainsi que la Veuve Noire. Il gratta de l’ongle le bord irrégulier de la table, son regard discret suivant chaque mouvement dans la ruelle.

Les animaux dont il s’occupait n’étaient qu’une petite part des vies dont il se sentait responsable. Depuis deux ans déjà, il maintenait ces quelques minutes d’écoute et d’observation, pour saisir le climat en ville, et les bruits ambiants. Si la Veuve Noire avait des clients, alors la situation était gérable. Les bars étaient les premiers désertés au moindre danger. Ils se trouvaient au centre de la vieille ville, lieu où se produisirent les soulèvements violents durant la guerre. Il aimait à penser que l’animalerie était un refuge, ouvert pour ceux dans le besoin, mais personne ne vint ce soir-là. Il retourna à l’intérieur et entreprit de fermer le magasin.

La grille devant la vitrine baissée, il nettoya du sol au plafond. Les clients étaient gentils, mais la pluie du matin avait laissé des traces de boue difficiles à retirer, et les marques de doigts couvraient les vitres des box. Il en oublia de manger, et son estomac se tordit de douleur une fois la tâche finie. Il aimait ce travail. Il procurait de la joie à ses clients, et ils en avaient bien besoin. Lui aussi. Et ses animaux n’avaient pas idée de ses actes passés, ils ne pouvaient le juger.

Il lui avait fallu des mois pour s’habituer à ce rythme de vie, aux sourires, à la présence d’enfants, aux mots gentils. Même simplement aux animaux. Il n’avait pas choisi ce travail, il s’était imposé à lui lorsqu’il avait signé son accord avec le BCC. Ils le réhabiliteraient et oublieraient sa trahison s’il s’installait ici, reprenait l’animalerie et changeait de nom. Terminé Spider Laqi. Il disparut ce jour-là, à la naissance de Gray Maxim. Gray Maxim gérait Little Paws, habitait dans un minuscule studio sans chauffage, et n’avait presque aucune vie sociale. Ses bénéfices étaient reversés au BCC, pour aider celles et ceux qui avaient souffert par sa faute. C’était sa rédemption, sa chance de changer de vie.

Son studio se trouvait au premier étage de l’animalerie. Il lui suffisait de franchir l’escalier en colimaçon dans la réserve, et il atteignait la porte de son logement : une pièce tout juste assez grande pour contenir un matelas à même le sol, une cuisinière rouillée, un mini-frigo et un placard débordant de vêtement. Gray se laissa tomber sur le matelas et tira de sous une pile de couvertures un ordinateur portable. Internet s’ouvrit sur la fiche technique d’un Serpent Jarretière à point rouge, et la photo grand format du reptile. Fin et noir, il arborait une ligne jaune sur le dos et sa tête ovale tirait sur le rouge sang. Gray poussa un juron, et lâcha l’ordinateur. Il avait enfin trouvé un vendeur fiable, un prix plus abordable, mais ses finances ne le lui permettaient pas. Il ferma la page, et rouvrit son navigateur pour chercher le site d’informations de la ville.

Le maire, Richard Bescra, avait fait un nouveau discours pour calmer les foules. Bla bla, agir pour le bien-être de tous les citoyens, bla bla. Toujours les mêmes paroles creuses. Ses bonnes intentions ne suffisaient plus, il répétait les mêmes choses depuis des mois sans changement. Plus personne n’y croyait. La paix n’était que provisoire, même si les habitants d’Isolone s’y accrochaient. Rien ne promettait aux réfugiés une vie tranquille.

Il était trop tard pour le journal en direct, mais Gray avait des pages d’informations à lire, tous les articles sortis dans la journée. Il se leva, enfila son manteau long, glissa l’ordinateur sous son bras et quitta l’appartement. Le silence y était trop lourd, il n’arrivait pas à se détendre. Il ne se rendit pas bien loin : la Veuve Noire était bruyante, remplie de clients, et envahie d’une odeur prononcée de grillade et d’alcool. Niles Abbott, le propriétaire, zigzaguait entre les tables pour prendre les commandes et les commentaires des clients. Dès qu’il vit Gray franchir la porte, il se tourna vers le comptoir ouvert derrière lequel la cuisine se découpait.

— Une assiette pour Gray ! cria-t-il à ses cuisiniers.

— Oh ! Bonjour monsieur Maxim.

L’un des clients à la table près de Niles Abbott montra un sourire poli à Gray, qui lui répondit d’un signe de tête. Il se dirigea vers la table déserte au coin gauche de la salle. Personne ne s’y asseyait jamais, elle était libre à chaque fois qu’il venait, et il en était soulagé. Certains habitués discutaient et murmuraient à son passage, il répond à plusieurs autres salutations, toujours sans ouvrir la bouche. Parler était une perte de temps, s’il s’y évertuait, un simple bonjour se transformerait en discussion plus longue qui le retarderait dans sa tâche. Il avait besoin de la mener à bien.

— Bonsoir monsieur Paws !

— Qui est-ce ? Il porte un écusson Zion…

— Tu sais pas ? Il tient l’animalerie d’à côté.

— Ah… Alors c’est pas un…

— Racontes pas n’importe quoi !

Il tira la chaise en bois tressé et s’installa dos au mur de pierre, sourd aux commentaires. L’écusson brodé à l’épaule de son manteau, il ne l’avait jamais retiré malgré la trêve. Il ne le gardait pas pour afficher son allégeance, bien qu’elle était certaine pour Zion. C’était devenu son signe distinctif, l’homme à l’animalerie qui porte un manteau Zionnien. Personne ne lui en tenait rigueur, et cela lui permettait de garder ce signe bien visible sans mettre en danger son identité.

— Tu es encore debout ? s’enquît Niles en passant un coup d’éponge sur la table. Insomnie ?

Gray sortit son ordinateur et l’ouvrit devant lui. Niles jeta un coup d’œil à la page du journal Iseul, et secoua la tête. En bas de l’écran, l’horodatage affichait 23 h 42. Cela expliquait ses yeux douloureux et sa tête lourde, mais dormir maintenant était exclu. Il leva les yeux vers son ami de longue date, planté à côté de la table, les mains sur les hanches. Une balafre lui traversait la joue gauche, depuis sous l’œil jusqu’à la mâchoire. Il portait un nouveau tablier aujourd’hui, avec un dessin humoristique.

— Arl m’a parlé des raids, souffla Gray assez bas pour qu’aucun client ne l’entende. Tes sœurs vont bien ?

Niles hocha la tête avec entrain, un sourire figé aux lèvres. La situation dégénérait de nouveau à Zion, mais personne ici n’en avait entendu parler à part les concernés.

— T’en fais pas, elles savent se défendre. Et toi, alors ?

Une oppression désagréable appuya sur sa poitrine, mais Gray resta immobile, les yeux fixés vers la salle.

— J’espère que tout va bien, difficile d’avoir des nouvelles, soupira-t-il.

Niles se pencha légèrement vers son ami, soucieux.

— Tu devrais l’appeler.

Gray se redressa et agita les épaules. Il lui serait difficile de contourner les surveillances. Les appels entrant, chez sa mère, devaient être sur écoute, il en était persuadé. S’il tentait de la joindre, il la mettrait en danger. Il posa l’index sur le pavé tactile de son ordinateur, et fit défiler la page d’articles. Il s’arrêta sur l’image d’une scène de crime, dans une rue pavée ressemblant à la leur. Un citoyen a été assassiné dans la journée d’hier : son corps a été retrouvé avec la gorge tranchée et ayant subi plusieurs coups de couteau. Le nom de la victime manquait dans l’article. Gray ouvrit une nouvelle page.

Deux hommes passèrent la porte, visiblement éméchés. Leurs voix portaient, ils n’avaient rien de discret, et plusieurs clients protestèrent et leur demandèrent de baisser d’un ton. L’un des serveurs déposa une assiette fumante sur la table de Gray, avec une pinte de bière, et lui souhaita un bon repas en repartant. Un morceau de viande rouge grillée, et des légumes en sauce. Gray toisa Niles avec exaspération, il lui faisait le coup à chaque fois.

— Combien de somnifères tu y as mis ?

Niles haussa les épaules.

— Moi ? Aucun, tu m’as vu approcher de ton assiette ?

Son ton faussement innocent ne prenait pas, mais l’estomac douloureux de Gray l’empêcha de refuser le plat. Tant pis, il rentrerait dès ses recherches terminées. Une bonne nuit de sommeil ne lui ferait pas de mal.

— Tu m’as emmené dans un bar Zionnien ? cracha l’un des deux hommes debout près de la porte.

Un silence de mort s’installa dans la brasserie. Gray observa du coin de l’œil, Niles se tourna vers les deux hommes et ne leur offrit aucun sourire.

— Mais non ! raconte pas n’importe quoi, ça n’existe plus.

— S’en est pas un, tu vas me dire ?

L’homme pointa Niles d’un doigt accusateur. Son origine était visible dans son apparence, malgré les éclairages légers de la salle. Des cheveux roux et bouclés, des taches de rousseurs, des yeux clairs. La ville de Zion était connue pour abriter beaucoup d’habitants partageant ces traits physiques. Niles Abbott ne s’en cachait pas, il ne cherchait pas à dissimuler son identité. Les plus perspicaces avaient déjà repéré le cadre accroché au mur derrière le comptoir. Il contenait une copie du traité signé deux ans plus tôt, qui avait permis à Niles de s’installer à Isolone sans peur de se voir traqué ou chassé.

L’un des habitués de la Veuve Noire se leva, sa chaise crissa, puis tomba à la renverse dans un bruit sec. Gray sursauta et porta la main à son flanc, le cœur battant. Niles se décala d’un pas pour se placer devant lui, et lui bloquer la vue sur la salle. Ce n’était rien de plus qu’une bagarre de bar. De plus, ses doigts s’étaient refermés sur le vide, puisqu’il ne portait aucune arme sur lui. Il entendit les voix se hausser, l’habitué demander aux deux ivrognes de partir. La porte claqua quelques secondes plus tard.

Gray posa la main sur son clavier, son cœur tapant contre ses tempes. Niles tira l’assiette vers lui et lui pressa l’épaule.

— Mange. Tu en as besoin.

Gray pencha la tête et posa le front sur sa main froide. Niles fut appelé à une autre table, et Gray se concentra alors sur cet article, et ce décès inhabituel. Des recherches poussées n’étaient pas une option, le réseau internet d’Isolone était contrôlé quotidiennement par le BCC. En revanche, il fut en mesure d’accéder au rapport de police, sur un serveur public, qui donnait des détails sur le crime. Ainsi que le nom de la victime. Arlington Keyra était un ancien Zionnien, au même titre que Niles Abbott, ou Gray lui-même. Il lui avait parlé la veille, au petit matin, ils avaient échangé des banalités et des nouvelles de chez eux. Sa photo et son nom, affichés au centre de l’écran, paraissaient invraisemblables à Gray.

— Arl est mort.

À deux mètres de là, Niles se figea. Ils échangèrent un regard incrédule, auquel s’ajouta une inquiétude prononcée sur les traits de Niles.

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