CHAPITRE UN
Liam
C'est quoi, l'amour ?
Si on prend la peine de chercher la définition, la société prétend que ce sentiment d'affection profonde vient d'une attraction gravitationnelle. Ce serait un mélange de tension sexuelle et de romantisme entre vous et une âme sœur. Quelqu'un qui, un beau jour, s'ancre dans votre cœur et lie son âme à la vôtre.
Pour être honnête, ma relation avec Alexa ressemblait plus à un désastre douloureux. Ou peut-être que notre collision était une tragédie magnifique. Quoi qu'il en soit, j'ai plongé la tête la première. Je ne peux plus respirer ni vivre sans elle.
Était-ce un magnétisme instantané, un enchantement charnel teinté d'idéalisation ?
Oui et non. J'ai vu une femme magnifique et j'ai compris qu'elle était différente. Le son de son rire sincère a réussi à m'arracher un sourire, ce qui est rare. J'ai senti cette émotion inconnue quand j'étais près d'elle. Ça voulait dire quelque chose. Son bonheur et son sourire contagieux faisaient battre mon cœur plus fort. Pourtant, pendant longtemps, j'ai refusé de croire qu'elle puisse être autre chose qu'un simple plan cul.
Avant de juger mes doutes, comprenez que je ne suis pas un homme normal. Vous ne me verrez pas bosser dur pour remplir les poches d'un autre. Vous ne me verrez pas errer dans une supérette, habillé comme tout le monde, en train de choisir des courses. Je ne me demande pas quel vin poser sur la table du dîner. Je n'évolue pas dans la sphère des citoyens honnêtes qui essaient de joindre les deux bouts. Vous ne me verrez pas non plus élever des enfants avec une femme dévouée à mon bras.
Non, je suis un opportuniste égoïste, influencé par les grands couturiers, les costumes sur mesure et les voitures de luxe. J'aime l'opulence et la richesse. Je n'ai pas besoin des complications du mariage ou du stress d'une marmaille hurlante. Je n'attends pas que l'univers illumine mon avenir. Je ne compte sur personne pour me motiver. C'est assommant et ennuyeux. Retenez bien ceci : si vous voulez vraiment quelque chose, ne comptez que sur vous-même. Prenez tout, même ce qui ne vous appartient pas. C'est la seule façon de réussir. Vous croyez que les opportunités tombent du ciel ? Dois-je être un mouton et suivre les attentes de la société ? Parce qu'on m'a dit que l'éducation, le boulot de bureau, le mariage et les enfants étaient importants ?
Mon regard sur la vie est-il pessimiste ?
Oui et non. Je sais où j'en suis, et je sais où en sont mes sujets fidèles. Mon style de vie est mal vu, mais il est familier et simple. Il me comble.
Ma conduite immorale est-elle juste ?
Non, mais depuis quand l'opinion des autres m'importe ?
Les gens me jugent, et ils ont raison. Je suis un criminel de renom et un baron de la drogue. Je suis un seigneur du crime notoire. J'attends que vous dormiez pour vous arracher à vos beaux rêves et vous plonger dans des cauchemars atroces. Ne remettez pas en cause mon honneur. Je suis un homme de parole, mais ça ne m'empêchera pas de vous regarder dans les yeux pendant que j'arrache le muscle qui bat dans votre poitrine pour le jeter aux loups.
Suis-je né mauvais ?
Non, mes larmes ont le même goût que les vôtres.
N'oubliez pas que j'ai été un petit garçon. Je regardais les familles dans les parcs à travers les grilles. J'imaginais ce que ça faisait de pique-niquer avec des frères et sœurs. Je me suis assis sur bien des bancs, mon vélo à côté de moi, à manger des cacahuètes bon marché. J'écoutais les mères complimenter leurs filles. J'entendais les pères féliciter leurs fils pour en faire des hommes prêts pour le monde.
Le manque d'attention et le rejet font plus mal que je ne veux l'admettre. Je me suis souvent demandé pourquoi ma mère préférait la drogue à mon bien-être. Pourquoi mon père détestait mon existence.
Quand j'étais jeune et naïf, je m'inventais des histoires dans ma tête. Même quand Bill est arrivé. C'était un guitariste jamaïcain excentrique qui m'a pris sous son aile. Il a montré de la compassion pour le petit garçon que j'étais. Ma petite main blanche allait parfaitement dans sa grande paume brune. Même avec lui, je rêvais d'une autre vie. J'espérais que mon père se souvienne de moi un jour. Ou que ma mère n'ait pas d'héroïne dans les veines et ne m'ait pas laissé seul au monde.
Est-ce que je rejette la faute sur mon enfance pour l'homme que je suis devenu ?
Pour un psy, la réponse serait oui. Mais blâmer ceux qui m'ont fait du mal ne m'apporte rien. Cultiver la rancœur ne répare rien du tout. La douleur d'hier a forgé l'homme que je suis aujourd'hui. Sans cette amertume envers ceux qui m'ont mis au monde, je n'aurais jamais eu la force de m'en sortir. Je n'aurais jamais cherché des gens comme moi pour assurer mon avenir.
Est-ce que j'avais prévu de régner de tout là-haut ?
Oui, j'avais une vision. Je n'ai presque pas dormi jusqu'à ce que mon empire domine toute la ville.
Revenons au point de départ : c'est quoi l'amour ?
Oubliez les histoires d'amour clichés et les fins heureuses. Oubliez les promesses éternelles et les partenaires parfaits. Oui, l'amour dévore l'âme. C'est un lien passionné avec quelqu'un. Mais est-ce que votre affection indéfectible suffit à ne jamais aller voir ailleurs ? Allez-vous vous ennuyer dans vingt ans et gâcher votre relation en invitant une troisième personne dans votre lit ? Vos adultères vous mèneront-ils à une vie de solitude ? Si ce n'est pas l'infidélité, est-ce que l'habitude détruira vos fondations ? Quand la passion du début s'éteindra, continuerez-vous à chanter les louanges de votre moitié ?
Les gens murmurent des mensonges dans mon dos. Dans les rues de Londres, on dit que je suis un homme sans cœur. Que je mérite tout le malheur du monde pour mes péchés. Leurs histoires sont pleines de détails sordides. Et, d'une certaine manière, ils n'ont pas tout à fait tort. Mais laissons de côté ma corruption pour parler des rumeurs d'infidélité. Ce sont ces mensonges-là qui m'énervent le plus. Oui, j'aime les femmes. Impossible de compter mes anciennes liaisons. Je ne vais pas promettre que je ne regarderai plus jamais un beau visage. Mais apprécier la beauté n'est pas une preuve d'infidélité.
Quand j'ai rencontré Alexa, j'ai eu un moment de faiblesse avec Natalie. À l'époque, c'était l'une des meilleures danseuses du Club 11. C'était un moment où je me refusais la femme que je voulais vraiment en laissant Natalie me donner du plaisir.
À part Natalie, il n'y en a pas eu d'autres. Jusqu'à ce qu'un officier m'annonce la mort de ma femme, m'arrachant le cœur au passage.
Si je pouvais effacer ces souvenirs flous, je le ferais tout de suite. Je supprimerai toutes les femmes que j'ai prises pendant l'absence d'Alexa. Si j'avais su, si j'avais eu le moindre doute qu'elle était en vie, je n'aurais jamais sali notre relation avec des femmes sans nom et sans visage.
Les gens changent, et j'ai changé. J'ai rencontré une beauté angélique et j'ai décrété qu'elle était à moi. Si des moins que rien aiment les ragots, c'est par ennui. Ils ont des vies monotones. Critiquer les autres est le seul moment fort de leur existence sans intérêt. Voici la différence entre ce criminel de l'enfer et votre mari dévoué — celui qui couche avec sa secrétaire pendant que vous gardez les gosses. Moi, j'ai juré d'aimer une seule femme. Vous ne trouverez aucune autre fille dans mon lit. Revenez me voir dans trente ans pour vérifier. Je ne me mélange pas au commun des mortels, mais pour Alexa Haines, je déplacerais des montagnes. Je mettrais la ville à feu et à sang. Je tuerais n'importe quel idiot qui lui ferait du mal. Je mourrais pour son honneur demain si ça pouvait lui rendre la liberté.
« Ça n'en vaut pas la peine. » Le commissaire divisionnaire Reginald Burton faisait les cent pas dans l'allée. Ses chaussures en cuir marron grinçaient sur le sol à chaque pas nerveux. « Aucune femme, cracha-t-il furieusement en s'approchant de moi, ne mérite ce bordel. Tu es aveugle, Warren ? Alexa Haines ne vaut pas ces conneries. Pas pour toi. Pas pour moi. » Il articula chaque syllabe. « Pas pour la ville de Londres. »
J'ai vécu seul en attendant mes frères. Je me suis contenté de liaisons sans importance pour protéger les morceaux de mon cœur de glace. Et puis elle est entrée dans ma vie et a changé mon avenir. « Avant ce beau discours, tu m'as posé une question, Reginald. » Le pied contre le mur de briques derrière moi, j'allumai une cigarette. Je recrachai la fumée vers le ciel nocturne. « Tu as demandé : "C'est quoi l'amour ?". Et chaque fois que je deviens sentimental, je repense au chemin parcouru et aux gens qui m'ont aidé. »
Reginald replaça son chapeau fedora marron et reboutonna son trench-coat. Il s'était déguisé pour ne pas être reconnu.
Quelqu'un a balancé. Une balance a prévenu l'inspection de la police que le commissaire ne respectait pas les lois sur l'association de malfaiteurs. Alors, pendant qu'il est en congé forcé, il attend que le bureau parlementaire décide de son sort.
Est-ce que Reginald a reçu de l'argent illégal du syndicat ?
Oui, je paie cet homme une fortune pour ses services. Sans la loyauté de Reginald, impossible de contourner la loi et d'échapper aux sanctions. Les flics ripoux comme lui aiment le luxe. Ils cachent les preuves pour saboter les enquêtes et me préviennent avant les arrestations. Ça ne m'arrange pas qu'il soit sur la touche en ce moment. Je le veux dans cette salle d'interrogatoire, à faire pression pour aider Alexa en secret.
« Ces questions stupides me rappellent une vie dont je n'ai plus rien à foutre. Une époque où Alexa vivait à vingt minutes de chez moi, en attendant que je la trouve, avouai-je en haussant les épaules. Est-ce que l'amour sera mon plus grand échec ? Sûrement. Mais ça ne change rien à ce que je ressens, Reginald. Pour moi, l'amour est plus qu'une promesse. C'est un besoin possessif de la faire passer avant tout et tout le monde. Moi y compris. »
Son regard réprobateur ne flancha pas. « Tu ne peux pas aimer quelqu'un qui te laisse tomber pour ses propres crimes. Merde, si elle ne fait pas gaffe, toute l'organisation va s'écrouler sur nous. Moi y compris ! »
« Ton arrogance m'insulte, aboyai-je en jetant ma cigarette entamée au sol pour le confronter de près. Alexa n'est pas une balance. Elle ne raconterait jamais rien à la flicaille pour s'en sortir. Je connais cette femme par cœur. Elle emporterait les secrets de tout le monde dans sa tombe pour me protéger. Même si je ne la laisserais pas faire. Tu le sais aussi bien que moi. » Je vis l'incertitude dans ses yeux. « Je dois la voir, Reginald. Démerde-toi pour me faire entrer dans une pièce avec elle. »
« C'est impossible, Warren. Ils vont vous placer tous les deux au secret. » Il soupira, vaincu. « Putain, je ne peux même pas l'approcher. Le dossier est bétonné. »
« Pourquoi cet acharnement ? Si la police a des preuves concrètes, pourquoi ne l'ont-ils pas encore inculpée ? »
« Ils ont un témoin oculaire fiable et un tuyau anonyme. » Sa voix se fit plus basse. « C'est plus gros qu'une simple fraude ou un meurtre, Warren. Ils vont utiliser ces preuves pour la faire chanter. Ils veulent la faire chanter comme un pinson. Tu ne piges pas ? Ce n'est pas Alexa qu'ils veulent voir au tribunal. » Son regard assassin se planta dans le mien. « C'est toi. »
Ce que je ressens pour Alexa dépasse l'affection ou la nostalgie. Ça frise l'obsession dangereuse. Il pense qu'elle n'en vaut pas la peine, mais pour moi, elle vaut mon cœur. Je suis prêt à prendre la perpétuité pour qu'elle soit libre. Si la police sort les grands moyens, j'irai me livrer et je prendrai ses crimes sur moi. « Alors tu ne me laisses pas le choix. »
Alors que je passais devant lui, il m'attrapa le coude. Le sang me monta à la tête. « Ta connerie va coûter cher à tous ceux qui t'ont aidé, Warren. »
Je fixai sa main, puis son visage, avec fureur. « À moins que tu ne veuilles un poignet cassé, Reginald, je te suggère de me lâcher. » Il s'exécuta en s'éclaircissant la gorge. « Je ne la laisserai pas pourrir là-dedans. Si c'est moi qu'ils veulent ? Alors je suis prêt. » Je le surplombais de toute ma taille, les mains dans les poches. « Tu me déçois, le commissaire. Il est peut-être temps pour moi de trouver quelqu'un de plus efficace. »
« Tu es d'une ténacité illogique, aboya-t-il en regardant la Bentley qui m'attendait. Je sais que tu ne me fais pas confiance. Mais si je ne peux pas intervenir, pourquoi ne pas accepter l'offre de Stevens ? Non, il ne fait pas partie du syndicat, mais c'est un putain de bon détective. Il peut régler cette histoire en un claquement de doigts. »
Le détective Donny Stevens, continua de bavarder le commissaire. Je ne connais pas ce type, mais apparemment, c'est un proche de Vincent. C'est aussi un homme efficace mais peu scrupuleux qui travaille souvent avec Reginald. « Il appartient à Vincent. » Je frottai ma barbe de trois jours en réfléchissant. « Tu sais ce que je pense des étrangers. Je ne veux avoir de dette envers personne. »
Depuis le coup de fil de Vincent, je refuse de penser à nos liens de sang. Je ne vais pas entamer cette conversation absurde ou accepter sa proposition. Une fois qu'Alexa sera libre, je verrai mes hommes. Surtout Brad. On discutera de ce gêneur autour d'une bouteille de Macallan. Franchement, les prétentions de Vincent ne tiennent pas debout. S'il continue à m'emmerder, je devrai l'éliminer pour avancer. Mais là, j'ai plus important à gérer : ma femme.
« Accepte l'offre de Vincent, insista Reginald, désespéré. Si tu veux qu'Alexa sorte, c'est ton seul espoir. »
« Pourquoi passer par Vincent ? demandai-je, agacé par l'idée de m'associer à ce type qui cherche mon attention. Donny est l'un des tiens. Donne-lui l'ordre de régler ça. »
Il secoua la tête en se grattant la nuque. « C'est un excellent détective aux homicides, mais il est du genre insoumis. Stevens est manipulé par Vincent. Il n'obéira pas si Vincent ne lui donne pas l'ordre... »
« C'est bon, tranchai-je en sortant mon téléphone. Je n'ai pas de temps à perdre avec les caprices de ce connard. S'il refuse d'aider parce que Vincent n'a pas dit oui ? Je vais lui rendre une petite visite et le forcer à obéir. »
« Pour l'amour du ciel. » Fatigué et pâle, il tournait en rond en surveillant les alentours. « Quoi, maintenant tu vas buter un de mes meilleurs éléments pour cette pute ? On en est là ? »
Fou de rage, je l'attrapai soudain à la gorge pour le plaquer contre le mur. « Tu as oublié qui je suis ? crachai-je. D'abord, tu remets en cause ma raison. Maintenant, tu insultes ma putain de femme. » Je pressai mon poing sous son menton en ignorant ses râles. J'entendais des pas approcher. « C'est qui la pute maintenant, hein ? »
« Chef. » La voix calme de Brad s'éleva. « Ce bon vieux Burton est à deux doigts de dégueuler. Tu devrais peut-être desserrer le nœud. »
« Qu'il crève. » Je lançai un regard noir à Reginald. Je lui arrachai son fedora, révélant ses cheveux gris en bataille. « Tu prends un peu trop la grosse tête, Reginald. Je détesterais avoir à faire de toi un exemple. »
« Warren, supplia-t-il, les doigts griffant désespérément mon poignet. S'il te plaît, je t'en supplie. »
« Supplier, c'est pour les faibles, grognai-je en le repoussant violemment. Il s'effondra par terre, les fesses dans une flaque d'eau croupie. Récite les règles, le commissaire. »
Se remettant à quatre pattes, il baissa la tête pour calmer sa respiration. « On ne défie jamais le patron. »
« C'est ça. » Je sortis mon Desert Eagle de ma ceinture. J'insérai le chargeur pour faire monter la pression. Je pointai le canon sur sa tête. J'entendis Brad jurer à côté de moi. « Qu'est-ce qu'on fait aux soldats insolents ? »
Reginald se lécha les lèvres, regardant Brad d'un air implorant. « Ne le laisse pas me tuer, Jones. Tu sais que je vous couvre. Il ne réfléchit plus... » Je lui mis un coup de pied magistral sous le menton, l'envoyant rouler au sol. « Warren... »
Je me baissai pour lui choper les cheveux et le forcer à se relever contre le mur. « Personne ne traite ma femme de pute, articulai-je avec haine en lui enfonçant le canon dans la bouche, et ne reste en vie pour s'en vanter. »
Reginald agrippa ma chemise, les yeux écarquillés comme un animal pris dans les phares. Il gémissait des excuses, une larme coulant sur sa joue.
J'entendis sa promesse étouffée. Je retirai mon arme de sa bouche. Dès qu'il put respirer, il se plia en deux et vomit un jet puissant entre mes chaussures en cuir.
« Oh putain, ça pue la mort. » Brad essaya de chasser l'odeur de bière et de fast-food en faisant semblant d'avoir un haut-le-cœur. « Bordel, Burton. Faut te mettre au régime avant que l'infarctus te mette en boîte. »
« Au cas où tu n'aurais pas remarqué, répliqua Reginald en bavant, je suis déjà un homme mort. »
« C'est à cause de tes kebabs dégueulasses. » Brad frissonna en regardant le carnage au sol. « C'est un champignon entier, ça ? Patron, il est irrécupérable. Descends-le une bonne fois pour toutes. »
Reginald se redressa, les poings serrés. « Toi, petite merde... »
« Ça suffit. » D'un geste de la main, je mis fin à leur dispute de gamins. « Dans un moment de faiblesse, tu as juré de m'aider, Reginald. »
Résigné, le commissaire essuya ses lèvres. « Je connais quelqu'un qui peut t'avoir dix minutes avec Haines. » Son regard triste croisa le mien. « Mais c'est le mieux que je puisse faire. Merde, je joue ma place là, Warren. Sois un peu indulgent. »
Encore en colère mais plein d'adrénaline, je sentis un soulagement me gagner. Je fis signe vers la Bentley. « Montre le chemin. »
***
Alexa
Je suis allongée sur le lit de camp le plus inconfortable au monde. Je lis les tags horribles sur les murs et le plafond. De l'encre noire et bleue décore ma cellule temporaire. C'est l'histoire de plein de criminels et de leurs pensées tordues.
Je me tourne sur le côté. Je fronce les sourcils en lisant la liste des crimes écrits avec ce qui ressemble à de la merde sur le banc en bois. C'est là que les flics m'ont dit d'aller si je voulais faire une pause.
Mon nez se crispe de dégoût.
Je remonte la capuche du sweat de Liam sur ma tête. Je me laisse tomber sur le lit qui grince en râlant. Je n'arrive pas à croire à ma poisse. Ce matin, je me suis réveillée dans une nouvelle ère, bien au chaud dans les bras de Liam. Je me sentais enfin sereine. Je n'avais pas prévu ce petit contretemps. Enfin, ce n'est pas vraiment un petit détail, Alexa. C'est plutôt une situation grave. Mais bon, tu portes les vêtements de Liam. Son parfum est encore sur le tissu, c'est déjà ça. En cherchant Jace dans le penthouse, je n'imaginais pas finir en salle d'interrogatoire. Je me voyais plutôt affalée dans le canapé avec un pot de glace géant.
C'est quoi cette vie de merde ?
D'après le détective Trouduc, Alexa Haines, se faisant passer pour Victoria Rose, a été vue pour la dernière fois avec la victime, Rohan Wallace. Au début, j'ai failli rire. Je n'ai aucun souvenir de ce type. En fait, j'étais persuadée que c'était une erreur. Je pensais m'en tirer avec une petite tape sur les doigts pour ne pas avoir dit que j'étais en vie. Je me disais qu'en pleurant un peu et en racontant mon histoire avec Flamur Bajramovic, la justice serait sympa et me laisserait partir. « Raté. »
Pourquoi est-ce que je me parle à moi-même à la troisième personne ?
« Parce que tu es une vraie tarée, Alexa. » J'écarte mes cheveux de mon visage. Je regarde le plafond fissuré à travers ma capuche. Il semble descendre vers moi chaque minute. « Oh mon Dieu. Je vais mourir en prison. »
Et si quelqu'un essaie de faire de moi sa chose ?
Une vague de nausée me prend. « Je dois sortir de là. » Je me lève et je vais jusqu'aux barreaux. Je les attrape à pleines mains. « Je ne peux pas rester ici ! » je hurle en fixant la porte verrouillée. « S'il vous plaît, je vais mourir. Et ce n'est pas du cinéma. » Je secoue les barreaux de toutes mes forces. J'ai du mal à respirer. Des larmes montent aux yeux. « Je n'arrive plus à respirer. »
Je lâche les barreaux. Je me tiens la gorge. Ma respiration est courte et saccadée. « Oh merde, je gémis. » Je me laisse glisser contre les barreaux jusqu'au sol. « Inspire... expire... » Je n'y arrive pas. Je me cogne la tête contre le métal. Je m'en veux d'être aussi faible. « À l'aide... »
J'entends la porte de la pièce s'ouvrir. Merci mon Dieu. J'étais prête à tout avouer pour sortir de ce trou à rats. J'aurais vendu mes organes pour un peu d'air pur. Je voulais juste arrêter de me sentir si mal.
« Alexa, respire », chuchote Liam derrière moi. Je lâche un sanglot. Ses bras passent entre les barreaux et m'entourent la taille. Il me serre contre lui. « Inspire et expire, bébé. »
Je hoche la tête. Je m'accroche à ses avant-bras. J'aimerais que ce mur disparaisse pour que je puisse me blottir contre lui. « Liam... » Ça ne marche pas. Ma poitrine me fait mal. J'ai trop peur.
« Doucement », dit-il en enlevant ma capuche. Il me retire ce petit bouclier. « Alexa, respire. » Sa voix nerveuse me fait réagir. Elle me force à affronter mes démons. « Putain. »
Liam me force à me mettre debout, face à lui. Il m'enlève mon sweat d'un coup sec. Le petit courant d'air sur ma peau brûlante me fait du bien. Je me sens un peu moins enfermée.
« Liam », je croasse. Je ne le vois pas bien, ma vue est trouble. « Ma... poitrine... »
Il me serre les coudes. Ses doigts s'enfoncent dans ma peau. « Ce n'est pas réel », dit-il d'une voix rauque. Il m'embrasse le front en grognant. Il m'attrape les cheveux et tire un peu sur les racines. Ça me fait mal et ça me force à me concentrer. « Respire, Alexa. Faut que tu respires, merde. » Je me focalise sur la douleur qu'il me cause. Je ferme les yeux. Je me force à calmer mon souffle. On respire ensemble, au même rythme. « C'est bien, ma grande. »
« Je me sens... » Je souffle un bon coup. Je pose ma tête contre les barreaux. Mes mains agrippent sa ceinture. « Liam, j'ai envie de vomir. »
« C'est le stress ou tu es vraiment malade ? »
« Je ne sais pas, je râle. J'ai l'estomac tout noué. »
Liam me tient la taille. Il me masse doucement avec ses pouces. « Putain, j'ai horreur de ça », dit-il avec colère. Il est collé aux barreaux, il voudrait m'atteindre. « Regarde-moi. »
Je relève la tête. Je regarde ses beaux yeux bleus. Le voir si mal me brise le cœur. « Ça va », je mens pour le rassurer. « Ne me regarde pas comme ça, Liam. Ça fait mal. »
« Comme quoi ? Comme un homme amoureux ? Comme un homme qui, pour la première fois, ne contrôle rien ? » Il serre les dents. Il m'attrape la gorge, sans me faire mal. Il soupire d'impatience à cause des barreaux. « C'est quoi les accusations ? »
« J'ai tué... »
Il plaque sa main sur ma bouche. « Non, tu n'as rien fait. Sois maligne, Alexa. » Il murmure. « Ne laisse pas ces flics te mettre des mots dans la bouche. Ils vont essayer de te faire avouer n'importe quoi. Sers-toi de ça. » Il me tapote la tempe. « Tu n'as tué personne. Tu ne connais pas ce type. Quand ils te donneront des dates, sors-leur un alibi. » Je m'approche, il m'embrasse le bout du nez. « Tu étais avec moi. Dis à ces connards que tu étais avec Liam Warren. Qu'ils viennent me voir. »
Ses ordres me font l'effet d'un coup de poignard. « Non, je ne vais pas te mettre dans la merde. »
Ses yeux froids brillent de colère. « Tu n'as pas le choix. »
« Quelqu'un m'a dit un jour qu'on a toujours le choix, je lui rappelle en me dégageant. Te faire du mal n'est pas une option pour moi. Ne t'attends pas à ce que je change d'avis, Liam. »
« Ton entêtement va te faire condamner », dit-il calmement pour me faire céder. « C'est ça que tu veux, bébé ? Tu vas tenir le coup, jour après jour, avec des prisonnières qui n'ont plus rien à perdre ? Regarde-toi », ajoute-t-il avec mépris en détaillant ma silhouette. « Tu pèses combien, Alexa ? Tu vas trouver la force de te battre contre qui ? »
« Va te faire foutre », je réponds. Il rigole. « Tes petits jeux ne marchent pas, Liam. J'ai choisi de te protéger. »
« Je n'ai pas besoin de ta putain de protection ! hurle-t-il en serrant les barreaux. Alexa, viens ici. »
« Non. » Je reste collée au mur sale pour garder mes distances.
« Très bien. » Il recule et fourre ses mains dans ses poches. « Je vais aller là-bas et dire que c'est moi qui ai descendu Wallace. Comme ça, c'est fini. »
Je souris. « Je ne sais pas de quoi il est mort, mais bonne chance avec tes faux aveux. » Je n'en ai aucune idée. Je ne suis pas une sainte, j'ai déjà sorti des flingues, mais je suis sûre que Wallace est mort à cause des produits que Jace m'a donnés. Soit ça, soit on m'accuse d'un truc que je n'ai pas fait.
S'il n'y avait pas de barreaux, Liam m'aurait déjà sautée dessus. Son regard glisse sur ma poitrine. Il remarque mon soutien-gorge en dentelle mis à la va-vite. « Je croyais que tu ne connaissais pas la victime. »
« C'est vrai. » Le nom de Rohan Wallace ne me dit rien. « Mais je me souviens de tous les mecs que j'ai attirés dans des chambres d'hôtel. Je n'ai pas leurs noms, c'est tout. S'ils me montrent une photo, je reconnaîtrai peut-être que j'ai merdé. » Je regarde la caméra dans le coin. « Ils nous entendent ? »
« Non », assure-t-il. Il passe une main sur sa mâchoire. Ses bras retombent. Ses muscles tendent sa chemise blanche. Je remarque qu'il n'a plus sa veste. « Putain. » Il sort son téléphone et appelle quelqu'un. « Vincent. Fais-le. » Il raccroche sans attendre la réponse. « Arrête de faire ta tête de mule, Alexa. Viens ici. »
Je m'approche des barreaux. « Ce n'est pas par gaminerie, Liam. Je ne veux juste pas que tu sois visé. »
Il repasse ses bras dans ma cellule. Il me serre fort. Ses lèvres effleurent mon oreille. « Ils vont continuer à t'interroger », murmure-t-il. « Réponds par des phrases courtes. Oui Monsieur, non Monsieur. Compris ? »
« Oui, Monsieur Warren. » Je tourne la tête pour l'embrasser.
Il finit par sourire contre mes lèvres. « Tu n'avoues rien. Quoi qu'ils disent. Ne parle à personne avant que mon avocat, Carl, soit là. Fais confiance à Stevens pour t'aider, mais si tu ne le sens pas, tais-toi. Compris ? »
Je hoche la tête.
« Je veux te ramener à la maison », avoue-t-il. Il a l'air si vulnérable. « Je veux que tu sois mienne pour toujours, Alexa. »
Mes yeux se mouillent. « Toujours, c'est long. »
« Pas avec toi. » Il m'embrasse le coin des lèvres. Ses doigts jouent sur mon dos, me donnant des frissons partout. « Avec toi, l'éternité ne suffit pas. »
Liam Warren m'a gâchée pour tous les autres hommes. « Liam ? »
Il me regarde. « Oui, bébé ? »
Je remets une mèche de cheveux derrière son oreille. « Tu m'aimes ? »
« Tu n'as pas idée. » Il embrasse ma mâchoire. « Aucune idée de ce que tu représentes pour moi. » On frappe à la porte, il jure. « Je ne peux pas te laisser là. »
« Si, tu peux. » Je lui caresse le visage en souriant. « J'ai vécu pire qu'une cellule sale et des insultes, Liam. »
« Ne dis pas ça. » Il me serre les poignets. « Je te jure que Vincent a intérêt à assurer, sinon je le bute. »
Je ne lui ai pas encore dit pour Vincent et la bombe à la mairie. On verra ça plus tard. Il est déjà à cran. « Je lui fais confiance si tu lui fais confiance. » Il me regarde intensément, comme s'il cherchait un mensonge. « Quoi ? »
« Je me demande encore comment j'ai pu avoir autant de chance avec toi. » On frappe encore. Liam m'attrape le menton. « Je ne pars pas d'ici sans toi. »
« Attends dans la voiture », je lui conseille. S'il reste, il va s'énerver et finir en cellule lui aussi. « S'il te plaît, fais-le pour moi. Reste avec Brad. Appelle ton avocat et prépare une bouteille de vodka. » Mes blagues ne le calment pas. Je remets mon sweat. « Je t'aime, Liam », je murmure sans le regarder. « C'est toi qui ne te rends pas compte à quel point. »
Liam m'attrape le coude et me tire vers lui. « Alors tu as intérêt à rentrer, Alexa. Sinon, je ne réponds plus de rien. »
Sa menace me fait froid dans le dos. « Ça veut dire quoi ? » Je le regarde, terrifiée. « Ne lui fais pas de mal, Liam. »
« Je ne connais pas tous les détails, Alexa, mais je sais lire entre les lignes. Tout ce bordel, c'est du Jace tout craché. » Son visage est sombre. Il me plaque contre les barreaux pour un baiser brutal. « Je suis tombé amoureux, mais je ne suis pas devenu une mauviette. S'il t'arrive quoi que ce soit, ce connard le paiera de sa vie. » Avant que je puisse dire quoi que ce soit, il s'en va vers la porte. « Garde tes menaces, Alexa. Je ne négocie pas. »
Un homme en costume que je ne connais pas ouvre la porte. Ils sortent tous les deux. Je me retrouve seule dans cette pièce glaciale. « Merde. »