UN PAS VERS LA LUMIERE

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Summary

L’histoire suit Summer, une jeune femme aveugle qui lutte pour son autonomie et son indépendance. Elle rencontre un inconnu qui va bouleverser sa vie. Leur relation est complexe, mêlant passion, doutes et défis. Summer devra apprendre à faire confiance et à accepter l’amour malgré ses limitations physiques.

Genre
Romance
Author
CAROLE73
Status
Complete
Chapters
26
Rating
4.7 19 reviews
Age Rating
18+

01 SUMMER

Summer, accompagnée de son fidèle golden retriever de couleur fauve, saisit sa canne blanche qu’elle déplia soigneusement. Depuis son départ du centre pour personnes aveugles, où elle avait réappris à vivre au quotidien, elle ne se séparait plus de son compagnon canin dévoué.

À 23 ans, Summer Dontier était une jeune femme presque comme les autres. Grande et élancée, elle arborait de longs cheveux blonds naturels et de grands yeux bleus qui lui donnaient une apparence charmante. Du moins, c’est ce qu’elle croyait avant que la tragédie ne la frappe et ne la rende aveugle.

Depuis lors, elle ne se percevait plus comme belle et avait perdu ses rêves et ses aspirations, n’éprouvant plus aucune envie. Elle avait du mal à accepter sa nouvelle condition et à trouver un sens à sa vie.

Un matin de printemps, le petit ami de Summer à l’époque s’était emporté contre elle pour un simple retard. Persuadé qu’elle le trompait, il l’avait violemment agressée et laissée pour morte dans la salle de bain. Lorsqu’elle avait repris conscience, elle était plongée dans le noir absolu, ou plutôt dans une forme de gris indistinct. Elle ne voyait plus rien de ce qui l’entourait, mais ressentait une douleur atroce dans tout son corps. Elle avait rampé du mieux qu’elle pouvait sur le palier en criant à l’aide, jusqu’à ce qu’une voisine la recueille et appelle la police et les secours.

Les médecins n’avaient pas été en mesure de déterminer la cause exacte de la cécité de Summer, ni de savoir si elle retrouverait un jour la vue. Les coups violents qu’elle avait reçus à la tête étaient suspectés d’être à l’origine de sa perte de vision, mais les examens médicaux n’avaient pas permis de confirmer cette hypothèse. Cet événement tragique avait bouleversé sa vie à jamais et laissé Summer dans l’incertitude quant à son avenir.

Une fois ses plaies cicatrisées, Summer avait été envoyée dans un centre de rééducation pour personnes aveugles. Là-bas, elle avait appris à vivre avec sa cécité et à développer ses autres sens pour compenser la perte de la vue. À la fin de sa rééducation, on lui avait fourni un chien guide prénommé Gunie. Elle ne pouvait qu’imaginer l’apparence de son fidèle compagnon.

Avec le temps, même les formes et les couleurs s’estompaient de sa mémoire, laissant place à une obscurité permanente. La mère de Summer avait voulu la reprendre après sa rééducation, mais Summer avait refusé. Elle voulait retrouver son indépendance et ne pas être un fardeau pour ses parents. Même si tout n’était plus comme avant, elle allait réussir à s’en sortir seule.

Summer était retournée dans son appartement, qu’elle connaissait par cœur à présent. Elle avait perdu tous ses rêves le jour où elle avait perdu la vue. Elle aimait voyager, lire et la photographie, mais tout cela n’existait plus pour elle. Malgré tout, elle devait continuer à vivre et avait trouvé un nouveau moyen d’expression dans la sculpture. Cependant, apprendre à voir avec ses doigts n’était pas toujours facile.

Chaque jour était une lutte pour retrouver un semblant de normalité, mais elle était déterminée à ne pas se laisser abattre par sa cécité et à continuer à se battre pour retrouver une vie digne de ce nom, même si souvent elle se laissait abattre.

Le petit ami de Summer avait été arrêté, mais il avait été relâché sous surveillance et avait profité de cette occasion pour se suicider, évitant ainsi un procès et très certainement la prison. Summer n’avait pas versé une seule larme dans sa pénombre ; elle lui en voulait trop.

Elle était étudiante en médecine et savait que son rêve de devenir pédiatre était brisé. Elle avait l’impression que sa vie ne serait plus jamais passionnante. Quant à l’amour, elle n’y pensait même pas. Qui voudrait d’une femme aveugle et pourrait-elle encore faire confiance à un homme après ce qu’elle avait vécu ? Elle ne le pensait pas ! Son seul amour, c’était Gunie.

Summer attrapa sa veste et sortit de son appartement en vérifiant qu’elle avait bien les clés avec elle. Elle referma la porte derrière elle et les rangea soigneusement dans sa poche. Elle se retourna et, à l’aide de sa canne, s’avança vers l’ascenseur. C’est alors qu’elle buta contre quelque chose et entendit une voix peu aimable :

— Hé, doucement ! Il y a quelqu’un ici !

Summer s’arrêta net, surprise par le ton agressif de la voix.

— Excusez-moi ! dit-elle en reculant légèrement.

Son chien s’assit à ses côtés et elle ramena sa canne devant elle, prête à se défendre si nécessaire. Elle entendit l’ascenseur s’ouvrir et sentit soudain un bras l’agripper.

Summer était habituée aux réactions des gens face à sa cécité, mais elle ne s’attendait pas à ce que quelqu’un la saisisse ainsi sans prévenir. Elle se sentit vulnérable et se demanda si elle devait appeler à l’aide ou essayer de se dégager.

— Je vais vous aider, venez ! ajouta enfin l’homme.

Elle aurait voulu protester, mais elle n’eut pas le temps de réagir. Et Gunie suivit. Elle se retrouva dans l’ascenseur.

— Je suppose que vous allez au rez-de-chaussée ? demanda la voix.

Elle ne répondit pas en cherchant les boutons avec sa main tremblante, mais elle sentit ses doigts à lui, et elle retira sa main.

— Pardon si je me suis montré un peu brusque, je n’avais pas vu que c’était une canne d’aveugle !

Cette personne avait l’air d’être la délicatesse incarnée ; elle ne répondit pas. Par contre, l’odeur de son parfum était un peu forte, une note de lavande boisée, un peu intense mais pas désagréable à sentir.

— Putain, sourde et aveugle, ça ne doit pas être facile ! Salut toi, tu es un beau chien ! Oui, tu es bien dressé, tu ne parles pas aux inconnus ! J’aime beaucoup les chiens, le vôtre est magnifique !

Elle ne répondit toujours pas. L’ascenseur s’ouvrit ; elle n’écouta pas la voix qui indiquait l’étage et allait descendre, mais il la tira gentiment en arrière.

— On n’est pas encore au rez-de-chaussée !

— Ah, merci ! bafouilla-t-elle quand même.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et le chien se leva et la précéda ; c’est vrai que précédemment, Gunie ne s’était pas levé.

— Au revoir, à une prochaine !

Elle entendit la voix de l’homme derrière elle, mais ne répondit pas. Elle avait l’impression que le parfum de l’homme de l’ascenseur lui collait à la peau.

Summer sortit de son immeuble avec l’intention d’aller chercher une baguette à la boulangerie du coin. Autrefois, c’était un geste simple et anodin, mais maintenant que sa vue était altérée, cela représentait un défi. Elle comptait les pas qui la séparaient du caniveau pour traverser la rue, écoutant attentivement pour s’assurer qu’aucune voiture n’arrivait. Bien que son chien guide soit ses yeux, elle préférait toujours faire preuve de prudence en matière de sécurité.

Elle acheta sa baguette et refit le chemin en sens inverse. L’odeur du pain lui montait au nez ; ses seuls petits plaisirs étaient devenus gustatifs.

Elle rentra dans son immeuble et sentit l’odeur du parfum de celui qui lui avait probablement sauvé la vie.

— Bonjour, Madame Rodriguez.

— Bonjour, ma petite, comment vas-tu ? Tu aurais dû me demander de te ramener le pain !

— Il faut que je me débrouille.

— Oh, ma chérie, tu as bien le temps de te débrouiller. Ce soir, tu veux manger à la maison ? J’en ai encore fait pour l’année.

— Vous n’avez pas peur que je prenne l’habitude, à force ? rit Summer.

— Pas du tout, alors c’est d’accord, je t’attends pour 19 heures.

Elles montèrent toutes les deux dans l’ascenseur et se séparèrent à leur étage.

Mme Rodriguez lui avait sauvé la vie. Elle avait toujours été une gentille voisine, ancienne institutrice à la retraite, veuve depuis quatre ans. Summer ne l’avait pas beaucoup côtoyée avant, mais depuis son retour, cette femme était présente, parfois un peu trop ! Mais au moins, elle avait un semblant d’amie, car depuis son retour, ses anciennes amies l’avaient délaissée. Que pouvait-elle leur reprocher au juste ? Elles étaient jeunes, avaient leurs études, et elle n’était qu’un boulet dans leur jeunesse, à présent.

Summer rentra chez elle, détacha son chien et posa sa canne dans le coin réservé à cet effet. Elle se dirigea ensuite vers la salle de bain pour prendre une douche rapide avant de sortir. Elle était heureuse de sortir un peu de chez elle.

Elle était contente d’avoir gardé son petit appartement, même après son accident. Elle connaissait chaque recoin de l’appartement par cœur et se sentait parfaitement à l’aise dedans. Elle savait où se trouvaient tous les meubles et les objets, ce qui lui permettait de se déplacer facilement sans avoir besoin de sa canne ou de son chien.

Sa douche prise, elle alla s’habiller d’une petite robe fleurie ; dans son armoire, tout était trié pour l’aider au mieux. Elle se coiffa d’une queue-de-cheval simple. Le coucou accroché au mur sonna 19 heures.

Elle se leva, après avoir appliqué une touche de rouge à lèvres, et se dirigea vers la porte d’entrée. Gunie, son chien guide, se leva à son tour, mais elle lui intima :

— Non, toi, tu restes ici ce soir.

Elle prit sa canne blanche, vérifia la présence de ses clés dans sa poche et sortit. Sa voisine ne vivait qu’à quelques pas.

Dans le couloir, une délicieuse odeur de nourriture remplissait l’air ; c’était l’odeur réconfortante d’une blanquette, elle en était sûre. Elle frappa à la porte, on lui ouvrit. Elle sentit immédiatement l’odeur de lavande et de bois qui se mêlait à celle de la blanquette. Normalement, elle ne s’était pas trompée de porte ; elle avait bien compté les pas. Elle ne parlait pas, interdite et troublée par cette odeur.

— Madame Rodriguez ? demanda-t-elle.

— Ah non, moi, c’est Lucas ! répondit une voix masculine.

Elle fronça les sourcils ; comment avait-elle pu se tromper ? Et elle entendit le jeune homme rire.

— Madame Rodriguez, votre invitée est là ! cria-t-il.

Elle ne bougeait plus, essayant de comprendre si elle s’était trompée ou non. Que faisait cette odeur boisée chez Madame Rodriguez ?

— Ah, il fait la rentrée, mon gars ! dit une voix familière.

En entendant la voix de sa voisine, elle se sentit rassurée et entra. Mais elle rentra dans quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Elle sentit une main se poser sur sa hanche pour l’aider à se stabiliser.

— Doucement ! dit la voix masculine.

— Pardon, répondit-elle, gênée.

Il s’écarta.

— Pousse-toi, nigaud, ne reste pas devant Summer ! Viens, ma chérie ! dit Madame Rodriguez en la guidant vers une chaise.

Summer s’assit, troublée. Gênée au maximum, Summer changea de sujet :

— Vous avez embaumé l’immeuble, ça sent vraiment très bon !

— J’espère, je me suis appliquée. Ah, au fait, je te présente Lucas, mon locataire. Tu sais, je t’avais dit que pour arrondir ma petite retraite, j’allais louer la chambre de mon fils ; c’est fait. Et c’est un gentil garçon, dit Madame Rodriguez en posant une main sur l’épaule de Lucas.

— Merci, Madame, répondit Lucas avec un sourire dans la voix.

— Et toi, Lucas, je te présente ma plus gentille voisine, Summer ! Allez, rentre, va t’asseoir. On est aussi bien assis pour discuter que debout. Tu veux un petit verre de porto ? demanda Madame Rodriguez en se dirigeant vers la cuisine.

— Volontiers, merci, répondit Summer en souriant.

Elle alla s’asseoir ; c’était toujours la même place depuis qu’elle venait manger chez sa nouvelle amie.

— Allez, ma chérie, je te sers. Le verre est juste devant toi ; un peu plus loin, il y a des gâteaux d’apéritif. À ta droite, c’est mon locataire, et moi, je suis à ta gauche ! dit Madame Rodriguez en posant un plateau sur la table.

— J’avais senti ! dit Summer en souriant.

Le jeune homme se pencha vers elle pendant qu’elle entendait Madame Rodriguez aller dans sa cuisine.

— Dis, je pue aussi ? demanda Lucas avec un sourire dans la voix.

— Je suis désolée, je ne voulais pas vous offenser, mais c’est votre parfum que j’ai reconnu, répondit Summer en rougissant.

— Pas mieux, je suis un homme qui sent la cocotte, alors ? demanda Lucas en riant.

— Si tout ce que je dis est mal interprété, alors je me tairai, répondit Summer, agacée.

— Aveugle, sourde et susceptible ! dit Lucas en riant.

— Je ne suis pas sourde ! Loin de là, Monsieur ! répondit Summer en fronçant les sourcils.

— Monsieur ? Je m’appelle Lucas, c’est facile à dire et assez courant ! dit Lucas en souriant.

— Pour le peu que je vous verrai, je resterai sur « Monsieur », répondit Summer en croisant les bras.

— « Sur », je ne dis pas non, mais « sous », c’est pas mal aussi ! dit Lucas en riant.

Les pas de Madame Rodriguez se firent entendre. Summer était un peu interdite sur l’humour du garçon. Elle ne lui répondit pas et ne lui parlerait plus de la soirée. Elle était venue pour Madame Rodriguez, pas pour un idiot un peu vulgaire.

— Alors, ma petite Summer, tu as fait quoi de beau aujourd’hui ? demanda Madame Rodriguez en attrapant son verre.

Summer fit de même.

— On trinque ? demanda Lucas en levant son verre.

— Oui, bonne idée, on va trinquer à la santé ! Et à ton arrivée, mon petit, dit Madame Rodriguez en souriant.

— À mon arrivée, alors, dit Lucas en trinquant avec les deux femmes.

Summer leva son verre aussi et entendit les verres s’entrechoquer. Elle porta le liquide à ses lèvres.

— Des gâteaux ? demanda Lucas en lui prenant la main et la déposant dans l’assiette.

Elle en prit quelques-uns.

— Merci, dit-elle en souriant.

Il se pencha vers elle et discrètement lui murmura :

— Tu as oublié le « Monsieur ».

— Alors, tu as fait quoi de beau aujourd’hui ? redemanda sa voisine en souriant.

— Pas plus qu’hier, répondit Summer en haussant les épaules.

— Tu n’as pas été à ta sculpture aujourd’hui ? demanda Madame Rodriguez en fronçant les sourcils.

— Mon auxiliaire de vie était absente aujourd’hui, et c’est trop tôt pour y aller seule. Le métro, c’est encore très compliqué, répondit Summer en baissant la tête.

— Dommage, tu aimes tant ça ! dit Madame Rodriguez en soupirant.

— La semaine prochaine, ce n’est pas grave, répondit Summer en souriant.

— Oui, mais il faut que tu sortes un peu aussi ! dit Madame Rodriguez en posant une main sur son épaule.

— Je promène Gunie, répondit Summer en haussant les épaules.

— Je te parle de vraies sorties. Et tes amies, tu as des nouvelles ? demanda Madame Rodriguez d’une voix étonnée.

Summer eut un air triste d’un coup.

— Je crois bien que je n’ai plus d’amis, je n’intéresse plus personne, répondit-elle en baissant la tête.

— Ça te dirait d’aller au cinéma avec moi ? J’y vais demain, s’exclama Lucas d’une voix enjouée.

— Le cinéma ? Tu ne vois pas que je suis aveugle ? dit-elle méchamment.

— Et alors, tu n’es pas sourde ! répondit Lucas d’une voix amusée.

— Il a raison, ça te ferait du bien de sortir un peu. Moi, je trouve que tu as une bonne idée, Lucas, dit Madame Rodriguez en souriant.

— Et mon chien, je le laisse dehors ? demanda Summer en fronçant les sourcils.

— Tu le laisses chez toi, je suis là, je te guiderai ! répondit Lucas en souriant.

Elle n’en éprouvait aucune envie ; le cinéma, pour ne voir que du gris ou des éclats de lumière ?

— Tu es plutôt film d’horreur, comique, policier ? demanda Lucas d’une voix intéressée.

— Je regardais tout avant, répondit Summer en baissant la tête.

— Un petit film d’horreur, y a un remake de La Malédiction, ça te dit ? demanda Lucas en souriant.

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée, répondit-elle en hésitant.

Elle n’osa pas contester, mais son cœur n’y était pas. Elle espérait que Madame Rodriguez lui donne raison, mais cette dernière se leva.

— Je vais remuer la blanquette, mais je suis d’accord avec Lucas. Et puis, ça va te faire du bien de voir autre chose que ton appartement ! dit-elle en souriant.

Summer n’osa pas contester, mais son cœur n’y était pas. Elle se sentait obligée d’accepter l’invitation de Lucas, même si elle n’en avait pas envie. Elle se sentait piégée et triste, mais elle ne voulait pas décevoir Madame Rodriguez. Elle prit une inspiration et se força à sourire.

— D’accord, j’accepte ton invitation, Lucas. Merci, dit-elle en essayant de paraître enthousiaste.

— Génial ! On va passer une belle soirée demain ! répondit Lucas d’une voix enjouée.

Summer hocha la tête et se força à sourire, même si elle se sentait toujours aussi triste et piégée.