SAMMY

All Rights Reserved ©

Summary

Sammy avait tout pour être heureuse ! Elle a grandi en étant entourée de parents aimants, d’un frère protecteur, d’amis attentionnés et d’une passion débordante pour la musique qu’elle partageait avec son père. Le quartier où elle est née représentait à ses yeux tout son univers, jusqu’au jour où sa famille quitte la ville pour partir vivre à Orléans, afin que son père saisisse l’opportunité de toute sa vie et réalise son rêve de devenir un grand musicien reconnu ! Mais voilà tout ne s’est pas passé comme prévu et Sammy de retour en ville n’est plus la gentille petite fille qu’elle était en partant…

Status
Ongoing
Chapters
13
Rating
4.7 3 reviews
Age Rating
16+

Chapitre 1 : Un regard en arrière

Le soleil frappe fort, ma mère débouche sur une autoroute, je commence à reconnaître le chemin…

Nous sommes à moins d’une heure de la maison, je remonte ma vitre pour faire cesser le bruit du vent qui bat contre la fenêtre et imite mon frère qui a vissé son casque audio sur ses oreilles depuis notre départ d’Orléans.

Ma mère m’observe dans son rétroviseur, elle m’offre, ce qui ressemble à un demi-sourire.

Je ne peux pas m’empêcher de détourner le regard, je fais bouger ma main le long du paysage qui défile à toute vitesse.

Quand nous nous rapprochons des quartiers où j’ai grandi, je sens une boule m’écraser la poitrine, ça fait bientôt trois ans que nous avons déménagé et avons tout laissé derrière nous, notre maison, nos amis et quelque part notre famille aussi.

Lilian ne l’admettra jamais, mais je sais que c’est aussi ce qu’il pense.

Cette année je rentre en dernière année au collège, ça veut dire que tous mes anciens amis ne m’ont pas revu depuis mon école primaire, à cette époque il me manquait une dent qui s’obstinait à ne pas repousser, j’étais également si petite et fluette, qu’à dix ans on pouvait croire que j’en avais à peine sept.

Non pas que je sois devenue une grande perche au corps musculeux, non à vrai dire je suis dans la norme pour à peu près tout.

Ma dent de devant a enfin pris sa place et j’ai jusqu’à présent été épargnée pas l’horrible supplice de l’acné coutumière avec ce qu’on appelle l’adolescence.

J’ai les yeux gris de ma mère, ainsi que sa pâleur, mais pour le reste je suis la copie conforme de mon père, ma mère a toujours dit qu’elle ne savait pas lesquels de ces mêmes traits était le plus parfait, celui d’un homme, ou celui d’une femme.

Dans mon cas je pense que ce n’est que l’adage d’une mère un peu zinzin et très peu objective. Mais aujourd’hui je me demande si voir à quel point je lui ressemble, ne lui procure pas de la douleur.

Je regarde envieuse les magnifiques cheveux blonds de mon grand frère, Lilian, qu’il a la chance de partager avec ma mère.

Quand nous passons à côté du parc où j’apprenais à faire du vélo après l’école, je repense à cette étrange envie que j’avais à l’époque.

Je voulais tellement savoir faire du vélo pour pouvoir me déplacer toute seule dans ces magnifiques quartiers et surtout me rendre toute seule au collège. Ce collège dont je n’ai jamais pu voir plus que les horribles grilles jaunes défraîchies qui servent à en tracer la limite.

Soudain une information semble enfin être prise en compte dans mon cerveau terriblement paresseux.

Dans trois jours, oui dans trois jours, j’aurais passé cette clôture qui scellera ma dernière année de collège!

— Sam! Sam! Mon frère m’arrache mon casque, j’essaie de le lui arracher des mains, mais il le lève pour qu’il soit hors de ma portée.

— Je n’arrête pas de t’appeler, regarde devant toi! Ordonne-t-il, j’obtempère sans dissimuler mon agacement.

Par le pare-brise j’aperçois l’entrée de notre ancien quartier — ou notre nouveau — , les maisons défilent et j’aperçois de très jeunes enfants que je n’avais jamais vu auparavant.

Quand nous arrivons devant la maison où nous avons grandi mon frère et moi, nous sommes tous les deux surpris de voir que notre mère ne ralentit pas un seul instant et passe devant sans s’arrêter.

— M’man, tu as loupé la maison, intervient mon frère qui lui adresse la parole pour la première fois depuis notre départ.

— Je ne l’ai pas loupé, je n’ai pas pu la racheter, nous allons récupérer la maison de vos grands-parents, ils me l’ont légué avant leurs morts.

— Sans rire?! Je m’exclame. Ma mère me regarde avec une mine réprobatrice sur le visage.

Il faut me comprendre, au-delà du papier peint floral qui semblait déjà trop vieux pour mes grands-parents. De l’étrange odeur qui persistait dans chaque pièce de la maison, ou même cette chambre incroyablement petite que je partageais avec mon frère.

L’idée de vivre dans cette vieille maison où il n’y a qu’une seule salle de bains et aucune vie privée permise me fait horreur, je m’abstiens tout de même de protester par égard pour ma mère, dont l’index tapote de plus en plus vite le volant.

Mon frère quant à lui n’est pas aussi prévenant, il arque un sourcil et affiche une expression de dégoût avant d’expliquer à quel point cette idée le rebute.

— Déjà qu’on va être l’attraction publique, tu voulais en plus de ça nous rajouter la maison la plus ridicule du quartier en prime, juste au cas où on ne se sente pas assez mal?!

La question est évidemment rhétorique, mais c’est sans compter sur la répartie légendaire de ma mère — sans doute la seule chose que l’on ait en commun: le sarcasme

— Si sa majesté est trop bien pour cette ridicule maison, elle n’a qu’à faire du stop jusqu’à Orléans!

— Je pourrais te prendre au mot! Grommelle Lilian, avant de s’accouder à la fenêtre de la voiture.

Je devine que l’envie démange ma mère de lui répondre, mais elle parvient à garder le silence malgré tout.

Je remets mon casque et réfléchi à la répartition des chambres, maintenant que nous sommes trois pour trois chambres, la vie dans cette maison sera au moins, moins oppressante!

Nous contournons le lycée où mon frère va commencer sa seconde année, il a choisi de prendre une dominante en mathématique, une décision que personnellement que je ne reproduirais pas!

Je préfère de très loin la littérature, la musique et l’histoire.

Quand ma mère entre dans cette petite allée, je me rappelle que la maison de mes grands-parents était effectivement dissimulée derrière de grand sapin. Le jardin présente également quelques avantages, je me souviens de quelques chemins secrets, qui me permettaient de m’éclipser.

Quand nous descendons — enfin — de la voiture, mon frère prend ses affaires sans un mot et s’empresse d’entrer, j’en aurais fait de même si mon sac à dos n’était pas resté accroché à la valise incroyablement lourde de ma mère.

Avant même que je n’aie le temps de choisir si je dois laisser mon sac où il est, ou continuer à me débattre entre la sangle et la poignée du bagage, mon frère a déjà disparu.

Je ne me pose même pas la question, je sais pertinemment que Lilian va récupérer le bureau de grand-père Jean. Celle-ci est non seulement la plus grande, mais aussi la plus lumineuse.

Et puisqu’il est évident que ma mère va récupérer la suite parentale, je me résigne à récupérer la vieille chambre de maman, celle-ci même où j’ai dormi chaque année quand je rendais visite à mes grands-parents.

Au fond de moi, je me promets d’arracher ces horribles papiers peints roses que j’exacerbe au plus haut point.

Une fois que ma mère à enfin récupérer son horrible valise, j’arrache dans un geste d’humeur cette saleté de sac à dos qui m’a coûté la meilleure chambre de la maison.

Ma mère imite mon frère et s’engouffre dans la maison, sans doute pressée de prendre une douche.

— Super! Je marmonne pour moi-même, je me dirige vers le petit escalier qui mène à la porte d’entrée.

Avant de franchir le seuil de la porte, je n’entends pas très loin de là, la voix d’une femme, ses cris sont étouffés par une bourrasque, mais je crois comprendre qu’elle appelle son fils, qui doit se promener non loin d’ici.

N’étant pas une grande amatrice des cancans du quartier, je me retourne totalement indifférente et rejoins cet horrible antre que je peux d’ores et déjà appeler « ma chambre ».

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’après tant de temps confinés dans un même espace, nous pouvons faire une entorse à la convivialité familiale pour passer du temps chacun de notre côté, je sais aussi que c’est la première fois depuis très longtemps que ma mère revient ici sans mon père.

Pour ma part après avoir changé mes draps, installé mes affaires, passé un brin de ménage et fermer la porte à clef, je m’allonge sur le lit, les écouteurs dans les oreilles avec le son à fond et m’autorise enfin à pleurer.

Ma mère et Lilian sont persuadés que toute cette situation m’indiffère, car j’ai évidemment pris grand soin à ne rien laisser paraître, mais la vérité c’est que je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable.

Jamais je n’aurais imaginé revenir ici sans mon père, en fait jusque très récemment jamais je n’aurais imaginé ma vie sans lui. Malheureusement la vie ne m’a pas laissé le choix. Je me recroqueville sur moi-même et me surprends à vouloir aller trouver Lilian pour me confier à lui, mais je m’efforce de fermer les yeux et finis par m’endormir, la gorge sèche et les yeux gonflés.

Quand je les rouvre, j’ai l’impression que ma tête va exploser. Je me redresse et décolle les mèches de cheveux qui ont séché sur mes joues après avoir autant pleuré.

Je ne quitte ma chambre qu’après être vraiment certaine que personne ne pourra deviner que ma nuit fut horrible.

Je retrouve ma mère en bas qui ne semble pas avoir fait autant d’effort que moi, puisque ses yeux sont encore rouges, elle s’efforce malgré tout de sourire et pour une raison quelconque, elle a préparé un véritable festin pour le petit-déjeuner.

Tout ce dont mon frère et moi raffolons, crêpe, gaufres, œuf sur le plat, œuf à la coque, fraise, du fromage à tartiner et son fameux pain blanc maison.

— Je me suis dit que nous pourrions prendre un bon petit-déjeuner et aller se promener, tu veux bien aller réveiller ton frère, j’ai peur que si c’est moi il ne s’emporte…

Elle semble vraiment désolée et je peux le comprendre, Lilian est vraiment imbuvable depuis un moment, mais si elle pense que j’aurais plus de chance avec lui, elle se trompe grossièrement.

— Il ne viendra pas se promener, tu le sais bien.

J’aimerais ajouter que moi non plus cette perspective ne m’attire pas vraiment, mais encore une fois, le courage me manque.

Elle baisse les yeux vers sa table si bien préparée et soudain elle semble totalement déboussolée.

— Ce sera une journée entre fille! J’emploie le ton le plus enjoué dont je suis capable, ce qui n’est pas grand-chose, car si je suis une bonne chanteuse, je ne suis absolument pas une bonne actrice.

Ma mère relève les yeux vers moi et me sourit chaleureusement, elle ne semble pas déstabilisée par mon mensonge honteux.

Deux idées me passent par la tête, soit elle est bien meilleure comédienne que moi, soit elle est trop abattue pour se rendre compte à quel point l’envie de me promener dans ce foutu quartier me rebute.

Sans doute les deux!

Ma mère s’apprête à dire quelque chose et finalement change d’avis, elle se précipite vers la cuisine où elle s’empresse d’apporter du thé et des petits gâteaux.

Je profite de cette diversion pour monter réveiller Lilian, je préfère encore être exposée à sa colère, plutôt que de continuer à voir cette mine de chien battue dont ma mère à tant de mal à se débarrasser.

Elle n’a pas toujours été comme ça, d’ordinaire, elle est drôle, sarcastique et enjouée, mais ces derniers temps elle est plutôt sensible, irritable et taciturne.

Je frappe à deux reprises à la porte de mon frère et entre sans attendre l’autorisation, il est là, allongé, ces cheveux blonds sont en bataille et il est à peine couvert par un vieux drap bleu. Heureusement pour moi, il l’est suffisamment pour que je ne sois pas traumatisée.

Je regarde tout autour, la pièce est grise, mon frère a déjà installé son sac de frappe et je le soupçonne d’avoir déjà commencé à se défouler dessus hier soir.

C’est lui qui a la meilleure chambre et c’est lui qui fait le moins d’effort, voilà ce que j’appelle une cruelle injustice.

Je tire une mèche de ses cheveux en l’appelant doucement au début. Mais puisqu’au bout de quelques minutes il ne semble pas réagir, je l’appelle plus fort et lui secoue l’épaule sans ménagement.

Il ouvre soudainement les yeux, seul mon père arrivait à le réveiller sans l’énerver, mais il n’est plus là et on ne pourra pas laisser Lilian dormir éternellement.

— Debout, maman à fait le petit-déjeuner!

— Dégage de ma chambre!

Je n’ai pas peur de lui, je fronce les sourcils, quitte à le contrarier, autant le faire correctement!

— Lève-toi, va prendre une douche et sois sympa avec maman, elle a suffisamment à gérer sans être confronté à ton humeur de merde!

Ma voix est plus dure que je ne l’aurais voulue, mais suffisamment pour sortir mon frère de son sommeil de plomb pour de bon. Il essaie de m’attraper, sans aucun doute un geste de colère, mais je l’esquive rapidement.

Je claque la porte derrière moi et l’entends jurer, je me félicite intérieurement de ne pas être allée me confier à lui la veille, quelque chose me dit qu’il m’aurait envoyé balader. Ou peut-être se serait-il moqué de moi tout simplement.

Avant nous étions très proches lui et moi, mais pour une raison que j’ignore, tout ce qui s’est passé dans notre famille a créé une frontière entre nous, il semble irriter à chaque fois qu’il me voit. Je m’attends à l’entendre hurler ou à le voir débouler au petit-déjeuner en me menaçant.

Mais à la place il se présente dans la salle à manger, il est incroyablement calme et pousse la courtoisie jusqu’à remercier notre mère pour le festin.

Sa réaction nous surprend tellement elle et moi, que durant une seconde nous caressons toutes les deux l’espoir que ses dernières humeurs ne seront que de l’histoire ancienne.

Je comprends immédiatement que je prends mes rêves pour la réalité quand ma mère lui propose de venir se promener dans le quartier avec nous.

Lilian se raidit et il lui faut quelques secondes pour articuler un refus courtois, ma mère si elle l’a remarqué, n’en a rien laissé paraître.

Elle explique en long et en large que nous pourrions aller au centre commercial avant de passer devant le collège où je ferais bientôt ma rentrée et elle finit en me parlant du petit chemin boisé que nous pourrions prendre pour le retour.

Je dois me faire violence pour ne pas revenir sur ma parole, je me contente de sourire, du coin de l’œil, je vois Lilian m’observer attentivement, ses sourcils se froncent un peu plus.

Heureusement le téléphone sonne et ma mère s’empresse d’aller décrocher en me jurant que ce sera une bonne journée.

Je réprime un petit rire narquois, au fond de moi je sais que je ne pourrais pas continuellement faire des efforts pour combler le vide qu’elle ressent, je suis une mauvaise fille, je le sais bien!

— Allô? AH, bonjour Elodie! Oui en effet, nous sommes bien arrivés…

Elodie est la meilleure amie de ma mère depuis le jardin d’enfants, elle était également sa demoiselle d’honneur quand elle s’est mariée est l’une des rares personnes avec qui ma mère a gardé contact après qu’on ait déménagé.

Mon frère profite de cette interruption pour se tourner vers moi.

— Tu joues à quoi Sammy, je sais très bien que tu n’as pas envie d’aller te promener avec elle! Tu t’amuses à jouer les filles modèles en l’accompagnant?

Piquée au vif, je rougis et le foudroie du regard. « Mais quel pauvre con! »

— Je n’aurais pas à le faire si tu faisais un petit effort pour être moins con ces derniers temps!

— Tu n’es qu’une pauvre fayote et une sale peste! Tu profites que maman soit au plus mal pour te faire bien voir!

— Retire ce que tu viens de dire Lilian! Je le menace et me lève d’un bond de ma chaise.

— Non, c’est la vérité, tu aimais bien faire ton petit numéro de charme avec papa et maintenant tu vas continuer avec maman!

— La ferme, tu n’es qu’un pauvre nul égoïste!

— Au moins moi, je ne suis pas un hypocrite!

Nous nous toisons avec colère, quand notre mère revient dans le salon, le téléphone encore à la main.

— Tout va bien? Demande-t-elle la mine sincèrement enjouée pour la première fois depuis des mois.

Lilian et moi nous regardons tout aussi surpris, comment vouloir cacher quelques rayons de soleil à notre mère après des mois d’averses.

— Oui. Nous répondons à l’unisson.

— Oh très bien. Ma mère se tourne vers moi avant de reprendre la parole. Ma chérie, tu veux bien que nous reportions notre journée à une autre fois, Elodie m’a invité à passer la journée avec elle pour fêter mon retour en ville?

Je suis bien trop heureuse d’accepter une telle occasion d’échapper à cette saleté de « journée entre filles ». J’acquiesce et promets à ma mère que ce n’est pas plus mal, car je préfère préparer ma rentrée « comme il faut ».

Ma mère me remercie de ma compréhension, nous embrasse mon frère et moi et s’empresse de rejoindre sa chambre pour se préparer.

Lilian et moi nous regardons en silence l’endroit où elle se tenait il y a encore quelques minutes, sans doute aurions-nous discuté de ce soudain changement d’attitude, si nous n’étions pas en train de nous insulter l’un l’autre juste avant cela.

Blessée, je débarrasse la table, c’est dans des moments comme celui-ci que mon père me manque.