Aethera, tome 1 : La légende d'Orié [Sous contrat]

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Summary

[SOUS CONTRAT D'EDITION - SORTIE PREVUE DEBUT 2026] Quand Lysandra franchit "accidentellement" la barrière du paradis, fuyant ses démons, elle ne s'attendait pas à découvrir Aethera, monde peuplé d'anges et dirigé par des tyrans. Un "paradis" qui n'en est pas vraiment un. Lysandra fait partie des Initiés, des humains possédant un héritage angélique. Mais quelque chose cloche avec sa magie, quelque chose qui fait d'elle une cible à abattre. Ailleurs, le danger rôde et se rapproche. Aethera est secouée par des assaillants venus des Enfers. les séraphins tremblent à l'idée d'être détrônés, quand une poignée d'archanges s'inquiètent du sort de milliers d'innocents. Dans un monde au bord de la rupture, à qui Lysandra peut-elle faire confiance ? Quelqu'un peut l'aider, sa petite voix intérieure le lui murmure sans cesse. Le compte à rebours est lancé. Lysandra doit découvrir ce qu'elle est avant l'apocalypse. Et si elle survit jusque là... advienne que pourra.

Status
Complete
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue - Lysandra

« The world we knew won’t come back

The time we’ve lost can’t get back

The life we had won’t be ours again. »

Three Days Grace – Never too late


La solitude me rongeait. Peu importait que je sois entourée. Dans mon malheur, j’étais seule, et personne ne pourrait jamais comprendre la douleur béante qui crevait mon cœur.

Les longs trajets, les moments de vide, me faisaient toujours replonger dans cette spirale infernale de pensées sombres, toujours accompagnées par les mêmes images sanglantes. Les nombreux essais pour oublier ces souvenirs étaient toujours infructueux; ils revenaient inlassablement quoi que je fasse. Et là, à ce moment précis, je me savais sur le point d’en être submergée. Je ne devais pas flancher maintenant.

La tête contre la vitre, je contemplais d’un air vague le paysage montagneux qui défilait. Mon crâne vibrait sous les secousses du car, malmené par le bitume troué et couvert de caillasse, et les accords de metal qui jouaient une musique de Bullet For My Valentine dans les oreilles. Ça éloignait considérablement le bazar ambiant créé par mes camarades, le bruit du moteur et des amortisseurs qui trimaient sur cette route mal entretenue. Bientôt, les virages et les vallons allaient avoir raison de mon maigre petit déjeuner. Je me décollai de la vitre, consciente que les secousses n’aideraient pas les nausées à disparaître, et soupirai. Je grimaçai alors qu’on pinça mon bras et me retournai vers Alyson. Dépitée, je retirai mes écouteurs et mis la musique sur pause en attendant qu’elle me réprimande.

— Arrête de soupirer, bon sang, râla-t-elle. Ça fait une heure que tu écoutes cette chanson en boucle. Tout le monde peut l’entendre, Stacey grogne que c’est de la merde, Jordan veut ses écouteurs et j’essaie de lire mon bouquin.

— J’emmerde Stacey, crachai-je avant de prendre un ton plus doux. Mais je peux toujours baisser le son pour que tu puisses lire…

Je lui offris un clin d’œil avant de me pencher vers elle et saisis le dos de son livre pour apercevoir la couverture. Je feignis une grimace. Les romances toutes mignonnes n’étaient pas ma tasse de thé.

— Je te rappelle que c’est toi qui me l’as offert, hein, m’accusa-t-elle, sans qu’elle puisse réprimer son sourire plus longtemps.

Mon humeur s’adoucit en voyant ses lèvres s’étirer.

— Parce que tu le voulais depuis des mois! m’esclaffai-je.

Alyson avait eu un coup de cœur pour le résumé en librairie, sans toutefois se résoudre à l’acheter. Sa pile à lire débordait malgré son appétit vorace pour ces pages noircies d’histoires d’amour. Lorsque je lui avais tendu le paquet ce matin, ses yeux s’étaient illuminés de joie et mon humeur maussade avait cédé un peu de place pour un petit moment de bonheur. C’était le minimum que je pouvais faire pour mon amie, pour le soutien indéfectible qu’elle m’offrait au quotidien. Je trouvais toujours refuge auprès d’elle. Son inconditionnelle joie de vivre rendait mon existence moins pénible.

Il m’arrivait souvent de me demander comment nous avions pu devenir aussi proches; elle était mon parfait opposé. Quand sa seule présence avait le don de mettre tout le monde de bonne humeur, la mienne jetait aussitôt un froid. J’étais asociale au possible, distante et personne n’osait me demander son chemin dans la rue. Le côté avenant, joyeux et sociable d’Aly avait toujours attiré les gens, là où mon expression de marbre et mes majeurs levés les repoussaient. Les gens appréciaient Aly, et moi, ils préféraient m’ignorer.

Je souris en repensant à son enthousiasme quand je lui avais offert le livre. Alyson m’imita et replongea aussitôt dans les lignes de son bouquin, apparemment passionnantes. Par chance, on arriverait à destination avant l’épilogue et elle aurait de quoi tenir une soirée supplémentaire.

J’en profitai pour tendre une oreillette à Jordan qui s’impatientait. Son pied gauche tapait contre le plancher dans un rythme régulier. Quand je croisai son regard, il affichait un air sceptique.

— On partage? lui proposai-je en secouant mon téléphone de l’autre main.

Un rictus étira ses lèvres.

— Si tu mets du Onlap.

— Vendu!

Maintenant, la rangée de derrière pourrait aussi profiter de mon incroyable playlist.

Étrangement, je partageais beaucoup de passions avec Jordan, ce type qui sortait tout droit d’un lycée de sciences, buvait des martinis en soirée et draguait des mecs et des meufs de l’école d’ingénieurs. Il aurait pu passer son chemin et j’aurais pu ne lui avoir jamais demandé où il avait trouvé son t-shirt à l’effigie des Ghost. Pourtant, il était devenu l’un des deux piliers de ma vie d’ado, puis de jeune adulte. Il avait rejoint le duo d’inséparables que l’on formait avec Aly et s’était greffé à nous comme un «électron qui cherchait son noyau», selon ses propres termes. Puis la magie avait opéré. On était sûrs qu’on finirait notre vie ensemble, qu’on irait vivre en Irlande pour élever des poneys, qu’on ferait construire une immense bibliothèque pour notre collection de romans et que Jordan aurait son studio pour créer sa musique. Jordan avait pris une place que rien ni personne ne saurait remplacer. Celle d’un frère que je n’avais eu.

Ou que je n’ai plus…

Quand Rock ain’t dead résonna dans mes oreilles, je chassai une bonne fois pour toutes ces souvenirs encore vifs malgré le poids des années, et fermai les yeux. J’étais reconnaissante de ce que j’avais aujourd’hui: un toit, deux amis merveilleux, de quoi me nourrir et m’habiller, une éducation… mais en contrepartie, je regrettais ce que j’avais perdu: ma famille. Aly et Jo connaissaient mon histoire, ils savaient qu’ils ne combleraient jamais cette absence.

Nous avions écouté l’entière discographie d’Onlap, toujours sous les secousses, lorsque le conducteur freina brusquement. Des cris de surprise emplirent le véhicule tandis que nous fûmes projetés contre les sièges. Alyson laissa échapper son livre et je perdis mon écouteur qui atterrit dans le sac à mes pieds. Je soufflai, massant mon épaule douloureuse avant de me redresser, et jetai un coup d’œil à l’extérieur, puis à Aly. Le conducteur s’excusa; sa voix tremblait et partait dans les aigus. Je pensai qu’il allait sortir, vérifier l’état des pneus ou du bitume. Au lieu de ça, il passa la première et reprit la route. Les enseignants nous prirent de nous calmer et le brouhaha ambiant fut lentement remplacé par un silence brisé par les cahotements du bus. Notre professeure s’était levée et passait voir chacun d’entre nous, s’assurant que nous n’étions pas blessés. Je m’enquis de l’état d’Aly et Jo: Aly s’était cogné la tête au siège de devant et Jordan était resté solide. Je vis certains attacher leur ceinture, dont ma meilleure amie. Elle avait pâli et me regardait avec des yeux de biche effrayée. Elle n’était pas malade en voiture, mais les transports en commun l’effrayaient. Les accidents, plus précisément. Comme je la comprenais…

— C’était un nid-de-poule, Aly, lui chuchotai-je en lui souriant.

Je ne pouvais ignorer les battements de mon cœur. Tentais-je de me rassurer aussi?

Elle hocha simplement la tête avant de récupérer son livre et tirer sur sa ceinture, sans toutefois se résigner à la boucler. Dans un geste solidaire, je lui adressai un clin d’œil. Aly finit par se rencogner dans son siège, ses mains serrées sur son bouquin dont les pages n’allaient pas tarder à s’abimer. La tension redescendit après cette frayeur. Nous pûmes souffler, juste le temps pour moi de reprendre mon écouteur qui m’échappa une seconde fois. Une secousse m’envoya valdinguer contre la paroi du bus. Je me redressai aussi vite que possible. Aly agrippa mon bras tandis que le chauffeur hurlait. Dans le virage suivant, dans la descente, on entendit le crissement aigu des pneus. L’habitacle s’emplit de hurlements alors que le bus penchait dangereusement de mon côté. À travers la fenêtre, je vis avec effroi le bord du précipice se rapprocher, la rivière tumultueuse et son écume blanche en contrebas.

Puis les roues avant quittèrent la route pour rencontrer le vide.

Mon crâne heurta avec violence la vitre; Alyson s’écrasa contre moi. Quelqu’un d’autre vint nous percuter, me coinçant entre deux sièges. Un sentiment d’angoisse doublé d’une vive douleur s’empara de moi. Sonnée par le choc, je dirigeai mon attention vers Aly, qui tentait de se dépêtrer de Stacey. Elle se débattait pour s’échapper de la cohue au milieu du bus, mais ne faisait que repousser Alyson dans ma direction. Je n’avais aucun moyen de sortir de là.

Ma respiration se coupa brutalement quand un nouveau choc secoua le véhicule de plus belle. Aly me tomba dessus et manqua de m’assommer. Tout me sembla d’un coup sens dessus dessous. Les cris assourdissants me rendirent incapable de discerner ce qu’il se passait autour de nous et les vertiges m’empêchaient de me repérer. Étouffée, prise au piège entre mon amie et la paroi du bus, l’angoisse m’envahit. Mon cœur se serra alors que mes larmes brouillaient mon champ de vision. Je tenais fermement mon épaule droite dont la douleur jusque dans le dos.

J’adressai une prière silencieuse à n’importe quelle force supérieure qui voulait bien m’écouter. Si je sortais d’ici avec quelques fractures et contusions…

Le bus s’écrasa contre la falaise; les vitres au-dessus de moi explosèrent. Des morceaux de verre furent projetés sur nous. Les éclats lacérèrent mon visage et mon cou, puis dans un bruit sourd, un énorme fracas, nous atterrîmes en bas, dans la rivière.

Je saisis le bras d’Alyson, terrorisée et la secouai pour la faire réagir, qu’elle se pousse pour me laisser sortir. La plupart d’entre nous devaient déjà être inconscients, ou…

Ou morts…

Cette sombre pensée me réveilla; on devait à tout prix se sortir de là.

A peine capable de respirer, des sanglots en travers de la gorge, je vérifiai l’état de mon amie pendant que l’eau s’infiltrait dans le véhicule, par là où les vitres avaient été brisées. Mes camarades avaient sûrement eu le réflexe d’en briser d’autres avant que la pression hydraulique ne les en empêche. Le visage d’Aly était couvert de coupures, son arcade sourcilière gauche commençait à saigner et des larmes inondaient sur ses joues. Nos regards terrifiés se croisèrent; nous fûmes incapables d’échanger un seul mot. L’eau s’infiltrait sans interruption, par tous les côtés, remplissant le bus à une vitesse hallucinante. Mes genoux étaient déjà submergés et engourdis par la fraîcheur de l’eau. Nous n’avions pas beaucoup de temps avant de finir noyées.

Alyson se démenait pour se libérer de Stacey qui hurlait à me rendre sourde, tandis que je rampais pour m’échapper par le trou dans la vitre. Une douleur lancinante transperça mes paumes quand je m’agrippai aux rebords coupants. Je serrai les dents et ignorai les bris de verre et le sang qui coulait. J’étais sur le point de m’extirper lorsque je sentis que l’on me tirait vers l’arrière et m’entraînait entre les sièges. Je trébuchai sur quelque chose et pendant quelques secondes, j’eus la tête sous l’eau. La terreur commença à me monter au cerveau et brouiller toute capacité de réflexion. Lorsque je parvins à me relever, je ne captais que des voix lointaines.

Je cherchai du regard mes deux amis, tournant la tête dans tous les sens, désorientée. Le chaos, partout. Des corps enchevêtrés, des silhouettes floues… et l’eau froide qui avait déjà atteint mon ventre.

Non, non, non…

Mes pieds se prirent de nouveau dans un obstacle, et mon instinct me poussa à regarder: Stacey. Elle était inerte sous l’eau, les yeux grands ouverts. Figée dans la mort, dans une expression de pur effroi.

La vision me donna envie de vomir. Des images surgirent de mon passé.

Pitié, je ne veux pas revivre ça…

Je haletais, sentant le contact de l’eau à hauteur de ma poitrine. Je me forçai à me détourner du corps de Stacey. Mon regard se posa sur la seule sortie potable: les fenêtres par lesquelles les flots s’engouffraient. Je n’avais plus le temps.

Je crus voir certaines personnes arriver à s’échapper, sans trouver aucune trace de Jordan ou d’Alyson.

Ils ont réussi à sortir. Ils sont sortis. Ils sont sortis…, me répétai-je comme un mantra.

Je me secouai vivement, me donnant une claque mentale. Convaincue qu’ils avaient réussi à s’échapper et qu’ils remontaient à la surface, je fermai les yeux, bloquai le peu d’air que j’étais parvenue à garder dans mes poumons, puis m’élançai à travers l’encadrement de la vitre éclatée. Le tranchant érafla mes épaules, mon buste et mes hanches.

La fraîcheur de la rivière me paralysa quelques instants, puis je réalisai que je devais absolument respirer. A l’aveugle, je commençai à brasser l’eau à l’aide de mes faibles bras, malgré mon épaule, quand je heurtai quelque chose, ou quelqu’un. Je crus qu’il s’agissait d’un cadavre.

Mais les cadavres ne tombent pas, ils flottent.

Et cette chose, quoi qu’elle fût, m’entraînait vers le fond.

Je tentai de la repousser de mes mains, encore sous le choc d’avoir côtoyé la mort de près. Trop près. La résignation remplaça vite le dégoût. Je me débattis, donnai des coups de pied avec toutes les forces que je possédais encore. Malgré ma détermination de rester en vie, ma tête me tournait, me lançait, et mes muscles s’épuisaient peu à peu. Je ne pouvais plus résister. Mes poumons brûlaient, réclamaient de l’oxygène. Les réflexes humains prendraient le dessus pour m’obliger à respirer, bien qu’il n’y ait rien d’autre que de l’eau glacée autour de moi.

Ma lutte demeurait futile, car quoi qui m’attirait loin de la surface, la chose refusait catégoriquement de me lâcher, plus déterminée à me noyer que ma propre volonté de survivre. Et quand bien même je réussirais à m’en débarrasser, je n’atteindrais jamais la surface avant de perdre connaissance.

Une aura de ténèbres m’enveloppa de ses bras glaciaux. Je me sentis prise au piège, oppressée par une force étrange et sinistre qui me paralysa. Des taches noires obscurcirent ma vision déjà compromise par l’opacité de l’eau. Si je gardais un maigre espoir de m’en sortir, ce n’était plus le cas de mon corps. Il avait abandonné.

Dans un éclair de lucidité, je me dis que, en fin de compte, mieux valait que je ne survive pas. Je pourrais rejoindre mes parents dans un monde meilleur, mes vrais parents, et je pourrais leur dire que je leur en voulais de m’avoir laissée. Au moins, cela voudrait dire que je serais près d’eux pour rattraper quinze ans de vie et réparer les erreurs commises. Je fermai les paupières. Je crus distinguer au loin leur appel; l’heure était venue.

Alors que je laissai la chose gagner, un objet pointu me transperça le ventre. En essayant d’échapper un cri de douleur, j’ouvris la bouche et les yeux, pourtant, aucun son n’en sortit. C’est là que je vis cette brume noire, irréelle, m’envelopper. J’y décelai comme une sorte d’aura, profondément malsaine. Une énergie sombre… démoniaque.

D’instinct, ma main tenta de retirer ce corps étranger, en vain; je n’étais plus capable de faire un geste. La souffrance eut raison de moi. Je battis des paupières jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus rester ouvertes, tandis que mes bras et mes jambes arrêtèrent de bouger. Mes larmes se mêlèrent à la rivière. Le froid s’insinua en moi, glaçant mes os. Le brouillard dans ma tête s’épaissit, jusqu’à ce que le noir complet m’envahisse. Je perdais connaissance.

Non. J’étais en train de partir.

La Mort, dans sa miséricorde, m’octroyait enfin la liberté.