Chapitre 1
Fuir était ce que je savais faire de mieux. Dans le monde moderne, on pouvait me qualifier de personne nomade.
Pendant plus d’un siècle, craignant pour ma vie, je me cachais de tout être vivant.
Je suis née il y a bien longtemps, en 1839. J’étais le deuxième enfant d’un couple royal, avec tous les avantages et inconvénients qui viennent avec ce statut. Je ne vivais pas mal ma situation, bien au contraire. Ce qui n’était pas le cas de mon frère qui lui ne l’a jamais accepté.
Pour être toujours debout à l’heure actuel, vous devez bien vous douter que je ne suis pas humaine. En effet, ma famille et moi-même sommes différents. Nous sommes ce que les humains aiment appeler des êtres surnaturels, ou comme eux-mêmes aiment nous nommer des abominations. Car oui, malheureusement, nous n’étions pas bien vu des personnes dotées de dons spéciaux.
Mes parents n’étaient, pour ces gens, pas autorisé à être ensemble et pour eux, mon frère et moi-même n’étions que des erreurs de la nature, du sang impure.
Mère nous racontait pourtant souvent à quel point nous étions incroyables, mais aucun de nous n’y croyait réellement. Nous nous étions bien rendus compte de notre faiblesse. Notre père était un homme remarquable, d’une force et d’une agilité encore inégalé, un vampyre puissant toutefois toujours non transformé. Notre mère, elle, était une sorcière élémentaire, une femme d’une douceur incroyable, pouvant néanmoins déclencher des torrents si elle le décidait, malgré ses problèmes de santé qu’elle avait depuis ma naissance.
Aillant perdu la confiance des surnaturels, mes parents avaient placé leurs espoirs d’un avenir radieux auprès des humains. Mon père tentait bien que mal d’éviter des guerres civiles entre les humains et les surnaturels, malgré leurs dégoûts à notre égard. C’était le rôle qui lui était confié et celui qui reviendrait à mon frère plus tard. C’était un rôle qui revenait uniquement aux familles royales, pour garder la paix sur terre. Chaque famille avait leur territoire et leur peuple à garder et protéger. Mais c’était aussi une façon de conserver le secret des êtres et de s’assurer de la sécurité des humains.
Nous n’étions pas des enfants faciles avec mon frère, notre sang nous créait beaucoup de difficulté, que cela soit dans notre santé ou dans notre comportement. Nous avions beaucoup de mal à nous intégrer à cause de notre impulsivité accrue. Mais nous étions aussi très méfiants avec ceux qui nous approchaient, car nous avions bien vu que certains nous méprisait.
Pendant des années, mes parents ont pourtant réussi à maintenir la paix, malgré la difficulté. Je vivais une vie paisible, mes parents m’avaient trouvé un époux. Et bien que je ne l’ai épousé, j’ai pu trouver l’amour. Souvent rare à cette époque. Puisqu’il était le frère de mon promis, mes parents ont fini par accepter ce mariage, car cela ne changeait leurs accords.
Mais un jour, cet équilibre que j’avais trouvé dans ma vie a fini par céder. Après cet incident brutal, j’avais eu besoin de temps, mais ce temps, on ne put me le donner, puisqu’à peine quelques jours après mon retour dans le manoir familial, une révolte éclata. Père et Alec se disputaient, comme malheureusement trop souvent, mais cet instant semblait futile, comparait à ce qu’il allait se passer.
« Alec, je t’ai demandé de rester ici ! Je t’ai déjà dit que tu n’irais pas là-bas avec ces catins de bas étage ! Veux-tu réellement détruire l’image des Vanbesse à jamais ! » Hurla père.
« De grand mot de votre part père ! Ne les traitez pas ainsi ! Vous ne les connaissez pas ! Et puis votre consentement, je m’en fiche bien. Je ne vais pas faire ce que le bas peuple attend de moi, je ne suis pas roi et je ne suis pas marchand. Je n’ai guère besoin de vos serments. Je ferai donc ce que je désire. » Affirma mon frère calmement.
« Passe cette porte et je ne te considérerais plus comme un membre de cette famille. » Déclara père.
« Si ce portrait est si important pour vous, je me dois de partir loin de ce tableau. » Conclut Alec.
Alec partit après avoir terminé sa phrase. Tournant les talons devant père, furieux. Mais quand il fut au milieu de la pièce, des cris se firent entendre. Les domestiques entrèrent en courants dans la pièce, criants que les villageois avaient forcé la porte. Mère, derrière moi, me prit le bras avec mon frère pour nous cacher juste à temps, avant que le petit peuple entre dans la salle où tout le monde étaient. Sa canne claquait précipitamment contre le sol, rejoignant mon père alors que nous entrions dans l’abri.
Je ne peux décrire ce qu’il se passait, les cris de douleur et de colère se faisaient entendre. Mon frère me laissa pour aider nos parents, m’ordonnant de rester caché. Puis au bout d’un bon quart d’heure, quand tous les cris avaient cessé et que tout le monde étaient partis, je pus sortir. Cependant, tout le monde, mes parents, mon frère, plus rien, seulement du sang.
J’ai fui après être sorti de cette pièce et les deux humains qui restaient dans les couloirs du manoir finir mort, la carotide arraché et leur sang coulant sur mes lèvres, commençant ma transformation douloureuse et traumatisante.
Je n’ai jamais pu revoir ma famille et j’ai abandonné ma vie, laissant croire au monde que j’avais péris avec eux.
J’ai appris après quelque temps que des clans de surnaturels nous avaient dénoncé. Des êtres beaucoup plus puissants et immortels.
Après tout ça, je me suis perdue dans le monde, traversant la planète le plus discrètement possible. Je ne revenais que rarement sur mes pas, volant ce que je pouvais pour rester vivante. Bien que ce mot ne pouvait sembler stupide pour un être de mon genre.
Mourir était une chose qui me paraissait impossible, je m’y étais essayée à plusieurs reprises par le passé. Cependant, depuis quelque temps, c’était quelque chose que je redoutais, pour une raison que je ne comprenais pas vraiment.
Je pensais ne plus pouvoir faire confiance à qui que ce soit avant que je le rencontre il y a 80 ans, il m’avait presque fait oublier ma haine pour les êtres. Mais ce ne fut que de courte durée, car lui aussi a fini par me trahir, et j’ai préféré recommencer à fuir, plutôt que de me faire tuer.
Depuis ce jour, je n’ai plus essayé de m’approcher de qui que ce soit, par peur que cela ne recommence.
Plus, jusqu’à ce qu’on ne me trouve.