Chapitre 1 - En vacances j’oublie tout …
Vacances j’oublie tout,enfin presque.
Amélia
Les vacances sont officiellement lancées !
Je suis rentrée à la maison au pas de course, tellement l’excitation me submergeait. Il est temps de boucler ma valise. Deux semaines de rêve m’attendent.
Voyager seule, c’est une grande première, un rêve que j’ai toujours caressé sans jamais l’exaucer. Aujourd’hui, j’y suis enfin parvenue. Même si le stress de me retrouver seule pendant ce séjour me tenaille, je tente de calmer mes angoisses pour laisser place à la bonne humeur que je veux partager avec mes followers sur Instagram. C’est parti.
Je saisis mon téléphone, clique sur l’appli Insta et vais directement dans ma story. Sans trop réfléchir, je me filme et poste :
— Coucou mes anges, j’espère que vous allez bien. Moi, c’est le top du top !
J’évite de dévoiler mon stress de voyager seule. Je me suis promis de rester positive.
— Je viens de clôturer ma dernière journée de travail. Bye, bye l’intérim ! Il ne me reste plus qu’à boucler ma valise et demain, à moi la croisière. Deux semaines à naviguer sur un immense bateau... Je vous prépare des publications et des lives pour que vous suiviez mes péripéties. Maintenant, je vous laisse, c’est l’heure de préparer mes affaires. À moi le soleil, la farniente ! Bye bye, à demain pour le grand départ.
Je laisse mon portable sur le canapé, puis je m’écroule, épuisée. La journée fut longue et j’appréhende celle de demain.
Je crée une liste mentale de toutes les affaires que je prévois d’emporter. Le plus important, me répété-je : mes papiers d’identité, mon billet de train et ma réservation.
Je n’en reviens pas : je vais réellement sauter le pas et partir seule en croisière. J’ai privilégié ce genre de voyage pour éviter de me confronter à ma plus grande phobie : l’avion. J’ai une peur panique de ce transport, tandis qu’en mer, ce n’est pas la même chose, ça me paraît bien plus sûr.
J’ai trouvé un compromis pour voyager sans pour autant sortir complètement de ma zone de confort.
Les nombreuses notifications qui animent mon téléphone attirent mon attention. Les messages privés affluent, c’est surprenant. J’ouvre mon application, et à ma surprise, j’y découvre des messages me critiquant. On me parle d’écologie et de destruction de la planète. OK. Je ne m’attendais pas à de telles réactions. Super. Il ne manquait plus que ça !
Ma contrariété vient de monter en flèche. Je referme mon portable. J’évite de le balancer dans la pièce, tant la colère me submerge, et le pose calmement sur mon bureau.
Il est hors de question que des inconnus gâchent mon moment. Après tout, qui sont-ils pour me critiquer ? Je décide de prendre une douche pour chasser ce qui m’assaille après la lecture de ces dénigrements.
Pendant que l’eau ruisselle sur ma peau, mon esprit continue d’analyser les mots que j’ai pu lire, et ça m’agace d’être autant troublée.
Je comprends les critiques sur l’écologie, surtout quand sur mon compte je ne parle que d’astuces et de bien-être au naturel. Zut, fait chier ! Je n’y avais pas pensé. Quelle conne. Pour moi, « naturel » ne veut pas dire écologique.
Pendant que je shampouine mes cheveux, je me creuse la tête pour rebondir et justifier mes choix. Bordel, mais pourquoi cette histoire me tiraille autant l’esprit ? Je devrais être en train de faire ma valise et non de me tracasser avec mes réseaux sociaux.
En attendant, je réfléchis à une formule adéquate pour justifier mon choix de vacances.
C’est du grand n’importe quoi ! Pourquoi je m’inflige tout ça ?
Je me rappelle que je gagne de l’argent grâce aux réseaux sociaux et que c’est une partie de mes revenus depuis plusieurs mois. Alors non, ce n’est pas du grand n’importe quoi de réagir au mieux.
Je surveille mon compte Insta et constate des désabonnements.
De nouveau installée sur mon canapé, je me ronge les ongles, me répétant en boucle que tout ira bien et que je ne suis pas finie en tant qu’influenceuse.
Je suis convaincue que mon voyage m’apportera de nouveaux followers à condition de trouver le bon angle d’attaque.
Et si j’avouais ma peur panique de l’avion ? Après tout, c’est réel.
Quelques nouveaux messages arrivent, mes mains tremblent légèrement. J’ouvre ma boîte de réception. Je suis surprise de découvrir des messages rassurants de mes abonnés habituels, ce qui me réchauffe le cœur et éloigne mes doutes.
Toute cette pression parce que j’aimerais vivre un jour des réseaux sociaux, me sentir libre dans une activité qui me tient à cœur. J’ai signé plusieurs partenariats pour ce voyage, et cela m’a mis en joie.
Je regarde l’heure : il est plus de vingt et une heures et ma valise n’est pas faite. Décidément, c’est de mieux en mieux. Je me bouge, lâchant enfin mon portable, pour boucler cette valise.
Je prends le temps de sélectionner chaque vêtement que j’ai acheté juste pour passer ces dix jours en mer.
Trente minutes pour que tout soit en ordre. Valise bouclée, papiers et titres de transport dans mon sac à main. J’ai rangé mon studio, tout nettoyé. Je suis prête.
Mon ventre gronde, il me rappelle que je n’ai pas encore mangé. Enfin, si, ce midi j’ai grignoté. Je farfouille dans le frigo, je n’y trouve rien. Normal, j’ai tout vidé pour partir. Il ne me reste plus qu’à chercher quelque chose dans mon placard. Je saisis un paquet de chips saveur barbecue qui traîne et deux paquets de biscuits Oreo.
Je tire une grimace face à ma trouvaille. Pas très équilibré, comme d’habitude en vérité. Je n’aime pas me faire à manger. J’aime des aliments qui m’apaisent émotionnellement. Des chips et des gâteaux feront largement l’affaire.
Je fixe mon portable, déçue de ne pas avoir eu l’occasion de réaliser une vidéo où je ferme ma valise pour TikTok.
Je réfléchis et me souviens que j’avais une vidéo en brouillon où je partageais ma joie de partir en vacances. J’hésite quand même, surtout après les rejets vécus sur Instagram. Je ferme les yeux et poste malgré tout ma vidéo. Et puis tant pis, voilà c’est fait.
Je peux arrêter de me prendre la tête. Je devrais aller me coucher, mais je ne m’y résous pas encore. Je connecte mon ordinateur, j’ouvre l’application Netflix, je recherche une série qui pourrait me plaire. J’ai beau tout éplucher, rien ne me tente. Lorsque je suis anxieuse, je n’arrive jamais à fixer mon attention sur un film et ça m’agace.
Je pense en boucle à mon départ de demain, me demandant si je n’ai rien oublié. Même si je sais que tout est en ordre, je ne peux m’empêcher de cogiter.
Finalement, j’arrête mon choix sur un drama coréen que je connais par cœur, « Healer ». C’est léger, fait pour me changer les idées, sans oublier le charme de Ji Chang-wook, l’acteur principal.
Après deux épisodes, j’en ai assez, j’éteins l’ordinateur. J’ai englouti mes chips, mes biscuits ; ce n’est pas suffisant, je ne me sens pas rassasiée. Je ne suis pas dupe, mon anxiété appelle au trouble alimentaire.
Je viens de me souvenir qu’il me restait un pot de Nutella avec des biscottes. Ni une, ni deux, je me lève pour engouffrer une bonne dizaine de biscottes recouvertes de pâte à tartiner jusqu’à avoir mal au ventre.
Pour me soulager, une seule solution : vomir, mon procédé habituel. Je me dégoûte d’agir ainsi, mais j’évite de trop y réfléchir. Après un bon lavage de dents, je file au lit. Une grosse journée m’attend demain : le taxi, le train et enfin le bateau. Prendre le large, m’éloigner de ma mère qui m’a appelée hier. Comme à chaque fois, elle se rappelle à moi lorsqu’elle a besoin d’argent.
Je n’ai pas eu le courage de la rappeler, cela me ronge. C’est ma mère et je me dois de m’occuper d’elle, mais à quel prix ! À chaque fois que je lui tends la main, je me détruis un peu plus. Elle me reproche sa déchéance comme si j’étais la cause de son addiction à la drogue.
Comment aller mieux si ma mère reste dans mon sillage ? C’est impossible, j’ai la réponse depuis longtemps. Je tente désespérément de couper les ponts, mais à chaque fois, je flanche. Je recherche son attention.
J’ai suivi un parcours universitaire de licence de psycho, en plus d’une psychothérapie pour mieux comprendre mes troubles.
Le problème n’est pas moi, mais ma mère. Je ne peux guérir tant qu’elle sera dans ma vie. Je dois trouver le courage de m’en éloigner. Ce voyage est un premier pas.
