Prologue
Debout devant la baie vitrée, je fermai un instant les paupières, laissant le soleil dorer ma peau brune tandis qu’une brise légère jouait avec mes longs cheveux de jais. Paris s’étalait devant moi, étincelante, comme un écrin pour ce jour si spécial. Un sourire irrépressible fleurit sur mes lèvres, mon cœur battant à tout rompre.
Aujourd’hui était mon jour.
Celui où j’allais porter son nom.
Celui où je quitterais enfin le célibat pour une vie à deux.
Des souvenirs affluèrent, teintés d’amusement et de nostalgie : les moqueries de mes amies, les remarques insistantes de ma tante Rosita. « Vingt-neuf ans, Malia ! Bientôt, ce ne seront plus des roses qu’on t’offrira, mais des couronnes mortuaires ! » raillait-elle, son rire résonnant comme une cloche fêlée. Aujourd’hui, elles allaient enfin se taire. La bague au doigt, je n’entendrais plus leurs sarcasmes.
— Aïe !
Je sursautai, une piqûre vive me transperçant la hanche.
— Désolée, madame, s’excusa la couturière, ajustant une dernière épingle à ma robe avant de reculer, les mains sur les hanches. Voilà, c’est parfait.
Je pivotai lentement devant le miroir, le souffle coupé. La robe moulait mes courbes avec une élégance royale, le satin épousant chaque rondeur, le décolleté soulignant ma silhouette sans pudeur excessive. Je relevai le menton, fière, presque incrédule.
— Vous êtes sublime, murmura la couturière, admirative. Et quelle chance… Épouser Klaus Donovan ! Ses yeux brillèrent d’une lueur envieuse. Moi, j’ai hérité d’un ivrogne qui passe ses journées à ronfler sur le canapé.
Un sourire poli se dessina sur mes lèvres.
_ Merci, répondis-je, évitant tout commentaire.
Elle avait raison, bien sûr. Klaus était le rêve de toutes : riche, puissant, d’une beauté à couper le souffle. Mais ce qui m’avait conquise, c’était sa douceur, cette façon qu’il avait de me regarder comme si j’étais la seule femme au monde. Je me souvins de notre rencontre, dans le bureau de mon beau-père, le maire. J’avais trébuché, renversé mon café sur sa chemise immaculée… et au lieu de s’énerver, il avait éclaté de rire, ce rire chaud qui m’avait fait fondre.
Un coup de klaxon me tira de mes pensées. La couturière partit, laissant place à ma mère et à mes cousines, qui s’affairaient autour de moi dans un tourbillon de voiles et de parfums.
Quelques instants plus tard, j’étais prête.
Le bras enlacé à celui de mon beau-père, j’avançai dans l’allée, le cœur battant à se rompre. Les regards s’attardaient sur moi, mais je ne voyais que lui.
Klaus.
Vêtu d’un costume noir taillé sur mesure, il était plus séduisant que jamais. Ses cheveux blonds, parfaitement coiffés, captaient la lumière, et ses yeux bleus — d’un azur profond — me transperçaient, chargés d’une promesse. Son sourire, à la fois tendre et dominateur, me fit frissonner.
La marche nuptiale résonna. Mes doigts tremblaient, moites, mais le regard fier de ma mère m’ancra dans l’instant. "Tu es magnifique", semblait-elle dire.
Enfin, je fus devant lui. Il saisit ma main, un soupir d’émotion s’échappant de ses lèvres.
Le prêtre commença la cérémonie, les mots résonnant comme une mélodie sacrée. Puis vint la question tant attendue :
— Mademoiselle Malia Seranovas, acceptez-vous de prendre pour époux Klaus Donovan, de l’aimer, de le chérir, pour le meilleur et pour le pire ?
— Oui ! ma voix résonna, claire et ferme.
Les invités applaudirent, certains même s’essuyant une larme.
— Monsieur Klaus Donovan, acceptez-vous…
— Oui, je le veux, coupa-t-il, son regard brûlant ne me quittant pas une seconde.
— Alors, par le pouvoir qui m’est conféré, je vous déclare mari et femme. Vous pouvez embrasser la mariée.
Dans un élan, Klaus m’attira à lui. Son baiser fut doux, passionné, un feu d’artifice d’émotions. Le monde autour de nous disparut.
C’était ça, le bonheur.