Chapitre 1
Fraichement coupé du matin, l'herbe était d'un vert resplendissant. Allongée dans l'herbe, Noé regardait le soleil se cacher peu à peu derrière des nuages apparaissant. La jeune femme s'assit et se leva paresseusement pour rejoindre sa maison. Lorsqu'elle ouvrit la porte de celle-ci, sa famille était là. Morts dans une mare de sang. Apeurée, Noé hurla à s'en briser la voix.
Noé ouvrit les yeux, transpirante, les larmes perlaient au coin de ses yeux. Son lit était trempé de sueur. Elle se leva, les jambes tremblantes et alla se préparer un thé. Quatre heures du matin, cela faisait depuis bien longtemps qu'elle n'avait pas fait de cauchemars sur sa famille. Quelqu'un frappa à sa porte d'entrée, ce qui déclencha un grognement de mécontentement chez la jeune femme. Elle se dirigea à contrecœur à sa porte et l'ouvrit dans un mouvement brusque.
- Lyam, il est quatre heures du matin, qu'est-ce que tu fous ici ? Retourne à ton poste.
- Ils sont rentrés cheffe, vous nous aviez...
- J'arrive. Attends-moi là.
Noé ferma la porte et se dirigea vers sa salle de bain. Elle prit rapidement une douche froide pour se remettre les idées en place et s'habilla avec son jean noir et sa chemise d'un blanc neige. Elle se dirigea dans le salon et but une gorgée de son thé à la menthe avant de sortir de son petit appartement.
Lyam commença à descendre les escaliers, suivit de sa cheffe
- Ils sont arrivés quand ?
- Il y a moins de trente minutes, cheffe. Ils ont tout de suite été transférés à l'infirmerie.
- Il y a des blessés ?
- Je n'ai pas été plus informé, mais apparemment Nour serait dans un état critique.
Noé accéléra le pas jusqu'à l'infirmerie. Le trajet semblait anormalement long par rapport à d'habitude. Arrivée, elle entra doucement et Tom l'attendait.
- Nour est dans un état critique, cheffe, on ne sait pas si elle va survivre. Elle est en soins intensifs. Ethan et Hugo sont dans la pièce d'à côté, ils ont seulement des blessures superficielles. Vous pouvez aller les voir.
La cheffe se rendit dans la salle de repos et ses deux subordonnés étaient allongés. Quelques bandages étaient visibles sur leurs bras ou leurs jambes. Cela ne semblait effectivement pas grave.
Ethan ouvrit les yeux et se leva. Il attrapa Noé par le col et la plaqua contre le mur.
- Vous nous avez envoyé à la mort, cheffe ! Hurla-t-il.
Noé prit les poignées de l'homme et les tordit violemment pour qu'il la lâche.
- Doucement, Ethan, tu vas m'expliquer ce qu'il se passe.
- Ils ont avancé ! Ils sont là, cheffe ! Ils sont à cinq jours de marches.
Le blond s'écroula sur le sol, se tenant la tête entre les mains. Il commença à hurler à pleins poumons, alarmant le personnel. Tom arriva et lui administra un calmant.
- Je vous attends en salle de réunion demain matin à neuf heures précise, Hugo. Ethan devra venir aussi.
- Il est encore sous le choc ! Déclara avec frustration le rouquin. Ne l'obligez pas à parler maintenant.
- Vous deux, répliqua sèchement Noé. Pas de négociations possibles.
La jeune femme sortit de l'infirmerie, suivie de Lyam.
- Programme une réunion d'urgence à huit heures trente.
- Vous venez de leur dire neuf heures, cheffe.
Noé se stoppa et se tourna face au soldat.
- Fais ce que je dis, Lyam. Demain à huit heures trente, je veux que le Conseil soit dans la salle de réunion.
Elle laissa le soldat, les bras ballants. Noé retourna dans ses appartements après une longue série d'escaliers et s'enferma à double tour.
La jeune femme retourna prendre son thé mais qui était désormais froid à son plus grand malheur. Elle se remit dans son lit, espérant retrouver son sommeil mais elle n'y arriva pas. Noé se leva et se dirigea dans son salon. Elle prit son roman intitulé Grandes guerres entre humains et Shakias et commença à le lire.
Au petit matin, elle se réchauffa son thé à la menthe et se vêtit de sa cape noir.
Noé sortit de ses appartements, traversant la gigantesque grotte dans laquelle ils étaient coincés depuis des centaines d'années. Elle descendit sur les terrains d'entraînements, se débarrassa de sa cape et commença à faire sa course matinale. Elle enchaîna ensuite avec des séries d'exercices de renforcement musculaire. La cheffe se dirigea vers le gymnase, pris des épées et commença à s'entraîner en répétant des mouvements.
Des pas se firent entendre dans le gymnase, ce qui arrêta net Noé. Elle se retourna et vit une jeune femme de la vingtaine dans le coin du gymnase.
- Qu'est-ce que tu fais à huit heures moins quart du matin ici ? Demanda Noé.
- Je peux te poser la même question.
Noé arqua un sourcil interrogateur. Toute la grotte la connaissait. A part les novices arrivés la veille...
- Tu es une nouvelle j'imagine, répondit la cheffe. Tu t'appelles comment ?
- Je peux te poser la même question.
Le ton qu'employait son interlocutrice commençait sincèrement à agacer Noé.
- Noé, répondit-elle calmement. Cheffe de ce refuge que j'ai construit il y a deux milles ans. Métamorphe et maîtrise les quatre éléments primaires. Ça te va comme présentation ?
La jeune femme en face ne broncha pas mais baissa la tête en signe de respect.
- Excusez-moi de vous avoir manqué de respect, cheffe. Adèle. Je m'appelle Adèle. Je maîtrise le feu et l'eau.
- C'est rare les doubles maîtrise des éléments pour les Sharias. Faisons un combat d'entraînement.
Adèle releva sa tête et ses yeux marrons étaient remplis de doutes et d'incertitudes.
- Aller, je n'ai pas toute la journée, j'ai une réunion dans trente minutes.
Voyant que son interlocutrice doutait encore, Noé souffla légèrement d'agacement.
- Je n'utiliserais pas mes pouvoirs, contrairement à toi, rassura la cheffe.
Cela rassura Adèle, qui resta tout de même sur ses gardes.
Adèle décida de lancer une attaque en premier. Elle lança une vague de feu qui sortit de sa paume en espérant faire diversion. Elle passa à travers le feu et brandit son poing mais elle frappa dans l'air. Elle n'eut pas le temps de se remettre en place que Noé était derrière elle et lui mit une balayette qui lui fit perdre l'équilibre et tomber lourdement sur le sol.
- Trop lente, dit Noé, ta technique de passer à travers le feu et non à côté en aurait dupé plus d'un. Je dois y aller.
Noé récupéra sa cape au sol et se dirigea vers la porte de sortie.
- Attendez, cheffe, cria Adèle.
L'appelée se stoppa dans sa marche mais ne se retourna pas pour autant.
- Est-ce que vous pouvez m'entraîner ?
- Ce n'est pas mon rôle, répliqua sèchement Noé. Demande à tes instituteurs.
Sur ces mots, Noé partit de la pièce pour retourner dans ses appartements. Elle se doucha rapidement et descendit dans la salle des réunions.
Les six membres du Conseil étaient déjà tous présents et installés autour de la grande table.
Chaque membre représentait les différentes sections de pouvoirs qu'il y avait dans ce refuge pour les Sharias. Anaïs représentait l'eau, Maddy le feu, Diego l'air, Aaron la terre, Adam pour les métamorphes et Emily pour les bâtisseurs et les intellectuels.
- Pourquoi cette réunion d'urgence, Noé ? Demanda Maddy.
Noé traversa la pièce et s'assit en bout de table.
- L'équipe d'éclaireur est rentrée cette nuit, déclara sombrement Noé.
Des étonnements se firent rapidement entendre.
- Ils ne devaient rentrés que la semaine prochaine, dit Emily, qu'est-ce qui se passe ?
- Nour est dans un état critique, on ne sait pas si elle va s'en sortir. Ethan est en état de choc et Hugo semble essayer de garder son sang-froid par tous les moyens.
La pièce resta silencieuse pendant quelques secondes avant que Diego prenne la parole.
- On sait ce qu'il s'est passé ?
- Ethan et Hugo devraient bientôt arrivés. D'après Ethan, les sans-pouvoirs auraient avancé.
- Comment ça ils ont avancé ? S'exclama Emily. Ça fait trente ans que rien n'a bougé dans leurs positions.
- La question est de savoir pourquoi nos éclaireurs sont blessés, ils ne sont pas censés s'approcher des camps des humains, intervint Adam en tapant du poing sur la table.
- Doucement Adam, déclara Noé. Ce n'est pas en s'énervant qu'on y arrivera. Et arrêter d'utiliser le terme d'« humain » pour désigner les personnes sans pouvoirs ! Nous sommes aussi des humains.
Quelqu'un toqua à la porte d'entrée et entra. Lyam passa le pas de la porte, suivit d'Ethan et Hugo.
- Vous êtes en avance, dit la cheffe.
- Nour est décédée.
Un blanc glaça l'ambiance déjà électrique de la salle.
Noé se leva et se dirigea vers les deux éclaireurs et le soldat. Elle les regarda tour à tour puis baissa la tête, par respect.
- Lyam, fait une annonce au refuge de se réunir sur la Grande Place dans trente minutes.
- Il y a vingt mille personnes, cheffe, au Refuge.
- Quand est-ce que tu m'écouteras sans poser de questions Lyam ? S'énerva Noé.
Le soldat s'empressa de s'excuser et parti au pas de course. Noé retourna s'asseoir et invita d'un geste de la main à faire pareil à Hugo et Ethan.
- Je sais que cela doit être difficile pour vous, commença la cheffe. Mais vous nous devez quelques explications. Vous ne deviez pas vous approchez des camps des sans-pouvoirs.
Les deux garçons se regardèrent en avalant leur salive. Ethan avait les yeux rougis, sûrement dû au manque de repos et aux pleurs de la perte de Nour. Hugo prit la parole.
- Quand nous sommes partis, nous avons pris la route vers le Nord, comme nous l'avions prévu. Cette route était libre d'accès, sur un territoire non-conquis. Nous avons marché cinq jours sans trouver aucunes lueurs d'une quelconque vie animale ou humaine. Ne pas trouver de présence humaine était parfaitement normal, mais ce qui nous faisait mettre sur nos gardes, c'était qu'il n'y avait aucunes traces d'un quelconque animal.
Noé se redressa sur sa chaise, écoutant attentivement chaque détail du récit de son subordonné.
- Mais au bout de ces cinq jours de marches, alors que nous pensions toujours être seul, Nour a aperçu un feu encore en braise non loin de notre propre campement. On a entendu des discussions. Ils parlaient de nouvelles armes dont on ne doutait pas l'existence.
- Lesquelles ? Enchaîna sèchement Noé.
- Ils ont des menottes qui nous empêche d'utiliser nos pouvoirs. Tester sur plusieurs « spécimens » comme ils disaient. Des bombes de fumée aussi, qui empêcherait les métamorphes de pouvoir se transformer. Nous n'avons pas entendu la suite parce que plusieurs sans pouvoirs nous ont attaqués par derrière. Ils ont réussi à toucher Nour dans la poitrine. Nous nous sommes échappés de justesse, Nour sur le dos. Toute cette scène est confuse, elle s'est passée très rapidement et nous avons paniqué sur le moment parce que nous n'étions pas prêts à ça. On est juste des éclaireurs, cheffe. On n'est pas des vrais soldats.
La voix d'Hugo se brisa par l'émotion. Il baissa la tête et regarda ses pieds qu'il balançait de droite à gauche.
Noé contempla son Conseil, toujours silencieux.
- Je ne vous ai jamais vu aussi silencieux mes chers amis, déclara Noé. Allons sur la Grande Place. J'aimerais rendre visite d'abord à Nour et lui rendre hommage correctement. Ethan, Hugo, vous avez vérifié que vous n'avez pas de mouchards ?
- C'est la première chose que l'on a passé au peigne fin en arrivant, cheffe.
Noé hocha la tête et se mit debout. Conseil se leva dans un brouhaha de chaises à l'unisson et se dirigèrent vers la porte de sortie.
Noé déambula dans les souterrains jusqu'à l'infirmerie. Elle se repassait sans cesse des questions. Pourquoi les sans-pouvoirs avançaient maintenant ? Quelles autres armes avaient-ils ? Savaient-ils où était l'entrée du Refuge ? Elle avait le sang de Nour sur les mains. La nouvelle de sa mort avait déjà dû faire le tour de la grotte. Elle arriva à l'infirmerie et entra.
Au grand étonnement de Noé, Adèle était assise dans la pièce où le corps de Nour reposait. Elle se tenait la tête entre les mains et ses épaules se secouaient de petits spasmes à cause de ses pleurs.
- Adèle ? demanda la cheffe.
L'appelée sursauta légèrement et se retourna vers la personne qui l'appelait.
- Qu'est-ce que vous voulez, cheffe ?
Adèle avait insisté sur le mot cheffe.
- Je viens voir le corps de Nour. Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
- Je viens voir le corps de ma meilleure amie et de ma mentor.
- Vous vous connaissiez ?
- Depuis notre enfance. C'est grâce à elle que j'ai pu venir ici.
Le ton qu'avait employé sa subordonnée l'agaçait furieusement mais elle préféra ne rien dire, compte tenue de la situation désastreuse dans laquelle elle se trouvait.
- Je suis désolée... murmura Noé.
Adèle se leva et pointa un doigt accusateur sur sa cheffe.
- Vous êtes désolée ? Vous savez au moins ce que c'est de perdre quelqu'un de cher ? Vous êtes bien placée tout en haut de la hiérarchie. C'est vous qui donnez les ordres. Ne venez pas me dire que vous êtes désolée alors que c'est vous qui l'avez envoyé dans cette mission suicide.
Sur ces mots, Adèle partit en claquant la porte derrière elle. Noé, elle, resta figée. Les images de ses parents, de son frère et de sa sœur dans un bain de sang ressurgirent dans son esprit. Elle serra les poings et sortit de la pièce en direction de la Grande Place.








