Chapitre 1 Maya
Attention ce livre est destiné à un public averti. Il contient des scènes de violence, de torture, de sexe et parfois de viol. J’assume tous mes écrits, ceci est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite.
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Mardi 31 mai 2022, 14h00, quelque part à Marseille.
— Papa, Maman, j’y vais ! J’ai rendez-vous dans une demi-heure à la maison des Guerry à Malmousque.
— Tu es à cinq minutes, ma chérie, pourquoi partir si tôt ? me crie ma mère de notre bureau situé au premier.
— Je voudrais ouvrir un peu les fenêtres et surtout la baie vitrée donnant sur la mer. Je ne peux pas louper cette vente ! Ce sera « The icing on the cake » !
— Pourquoi dis-tu cela ? La semaine dernière tu as vendu une villa dans les Calanques et le chiffre était loin d’être ridicule, si je ne m’abuse, il était de trois millions deux cent mille non ?
— Peut-être mais là, ce sont les mots de mes acheteurs. Si je leur trouve le bien qu’ils m’ont décrit comme étant leur rêve, pour eux c’est la cerise sur le gâteau !
— Ok, bonne visite alors ma chérie. A tout à l’heure !
— A tout à l’heure ! Je vous aime !
— Nous aussi ma chérie ! répondent-ils en chœur.
J’adore ma famille, je suis associée à part égale dans leur agence immobilière et cela fait maintenant dix ans que je bosse avec eux. Tout se passe sur le net. J’ai passé un master maîtrise d’ouvrage et gestion immobilière pour compléter les connaissances que mes parents avaient déjà. Avec ce diplôme en poche, je peux aussi bien intervenir dans les domaines de la location, de la vente, de la construction et de la réhabilitation immobilière, dans la maintenance d’immeubles neufs ou anciens, dans le secteur public ou privé. C’est ce qui leur manqué. J’aime dégoter le bien qui fera pétiller les yeux de mes clients, leur créer cette euphorie lorsqu’ils mettent les pieds dans la maison, que j’ai presque dessinée pour eux, tellement elle ressemble à leurs envies. Je crois que pour celle de la Malmousque, j’ai tapé dans le mille. Mes clients sont des anglais, issus de la haute bourgeoisie. Je vais faire visiter le Duc et la Duchesse De Bercley.
J’arrive au volant de ma mini Cooper décapotable rouge, je sais ça fait cliché mais je m’en fiche, j’avais toujours rêvé d’une petite citadine et pour se faufiler dans les rues étroites de Marseille, la mini m’a fait de l’œil. Celui qui n’est pas content, je l’emmerde. J’ai travaillé dure pour pouvoir me la payer. J’ai attendu d’avoir fait ma première vente pour pouvoir me l’offrir. Oui, je sais, au prix des villas que notre agence vend, il est clair que je n’ai pas eu à attendre longtemps. C’est sûr que si j’avais été dans un petit village non touristique, perdu au milieu de nulle part, j’aurais peut-être dû attendre deux ans avant de pouvoir me l’offrir. Soyons réaliste, vendre des villas de luxe est un sacré avantage, même à six pour cent de commission, car les sommes avoisinent le plus souvent les deux millions, sinon plus. Cela permet de se lâcher mais ce n’est pas pour autant que je me la joue, je respecte ceux qui ne peuvent pas se payer ce luxe. Je suis bien née. Fille unique, choyée et aimée des siens. J’ai trente cinq ans, je suis blonde aux cheveux longs et fins, j’ai les yeux bleus, mes iris sont cernés d’un liseré plus foncé, je mesure un mètre soixante-dix et pèse soixante-trois kilos. Ma famille c’est mon oxygène, mon havre de paix. Si je suis contrariée, triste ou déprimée pendant mes périodes de repos, je fais un saut chez eux et hop, le bonheur est de retour dans mon cœur. J’habite à cinq kilomètres de chez eux, donc j’y arrive vite.
Je commence à ouvrir les volets, fenêtres et baies vitrées, pour faire entrer l’air du large. J’ai apporté une bouteille de champagne que j’ai mise au frais, je suis sûre de moi, la villa est magnifique. Il y a une vue sur la mer à couper le souffle.
Je vois leur véhicule se garer et le chauffeur leur ouvrir la porte. Je me dépêche pour arriver à la porte d’entrée et ainsi les accueillir comme il se doit.
— Monsieur le Duc, Madame la Duchesse, si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer.
— Mademoiselle Le Goff, me répond avec un fort accent le Duc De Bercley, nous sommes fort heureux de vous revoir.
— Tout le plaisir est pour moi. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous faire visiter votre future demeure !
— Vous êtes bien présomptueuse, Mademoiselle.
— Je ne me permettrais pas, je suis seulement sûre de vous apporter ce dont vous rêvez.
— Si vous le dites, nous vous suivons.
C’est lui le présomptueux, moi je connais les goûts et les couleurs de mes clients. J’ai buché leur dossier, je sais même combien la Duchesse met de sucre dans son thé et qu’elle déteste le thé à la menthe. Lui, il ne connait rien de moi. J’aime mon métier mais parfois mes clients me sortent par les yeux. Lui, fait partie des hommes qui regardent les femmes de haut, comme si nous n’étions absolument pas leur égale. Quel con ! Mais un con qui peut me rapporter deux millions huit cent mille euros ! Donc Maya, souris et fais ton job.
— La villa comme vous avez peut-être pu le constater, se trouve à quelques pas de la mer et des commerces, dans un quartier prisé du septième arrondissement de Marseille. C’est une maison de la fin du dix-neuvième siècle, elle fait environ deux cent quatre-vingt mètres carrés, répartis sur trois niveaux, sur un terrain de huit cent mètres carrés.
Je les dirige vers les pièces du rez-de-chaussée tout en continuant mon speech.
— Au rez-de-chaussée, le salon ainsi que la pièce à vivre avec cuisine ouverte, se prolongent par une véranda lumineuse grâce à ses larges ouvertures d’où on peut voir la mer.
Je les fais passer sur la terrasse pour qu’ils puissent admirer la vue.
— Cette terrasse se situe à l’Est à l’abri des regards.
Nous retournons dans la villa et je continue la visite.
— La porte sur votre gauche mène à une buanderie.
Je leur laisse le temps de tout regarder, de tout détailler, puis je poursuis.
— Nous allons maintenant monter au premier étage.
Ils me suivent dans un grand silence. Moi qui pensais entendre des « oh »… « ah » … « super »... , tu parles, ce ne serait pas digne de leur rang. Ils savent rester droit dans leurs bottes.
— Voici deux chambres, donnant sur un balcon avec une vue mer, dont une avec salle de bains.
Je leur laisse également le temps de visiter et de répondre aux deux, trois questions qu’ils me posent, sur l’orientation ou sur la qualité du sol, de la faïence ou autre.
— Une troisième chambre, une salle d’eau et un dressing complètent ce niveau.
Je les guide ensuite au dernier étage.
— Au dernier étage, une vaste suite parentale de cinquante-cinq mètres carrés, avec vue mer, salle de bains et dressing.
Toujours aucun mot plus haut que l’autre. J’en ai connu des plus bavards, hautains certes mais bavards.
— Pour cette partie-là, la visite est terminée. Je vous propose de redescendre pour que je vous guide vers la petite pépite que j’ai dénichée.
Nous revenons au rez-de-chaussée et ressortons par la porte d’entrée. Je me réserve le parc pour tout à l’heure.
— Et voici un appartement de quarante-huit mètres carrés, indépendant et attenant à la maison qui offre sur deux niveaux, une pièce à vivre, une chambre vue mer avec salle d’eau et un dressing.
Ils pénètrent dans les lieux, en font le tour en ouvrant portes, placards et dressing. Regardent minutieusement chaque recoin, là je me dis c’est dans la poche. Monsieur coincé du cul va acheter mon bien, je ne me serais pas cassée le mien pour rien. Ils ressortent et avant qu’ils ne puissent dire quoique ce soit, j’enchaine.
— Si vous le permettez, nous allons revenir à l’intérieur de la villa, je voudrais vous faire découvrir encore deux trois petits trésors.
Je vois que j’intrigue Monsieur le Duc et sa femme. Parfait, ils me suivent. Une fois à l’intérieur de la maison, j’ouvre une grosse porte en chêne clair se trouvant sous les escaliers. Une série de marches en pierre se dessine devant nous. Je les empreinte, mes clients à ma suite.
— Voici le sous-sol avec sa cave à vin, cet endroit est tout en voute comme vous pouvez le constater. Vous avez plusieurs rangées de bouteilles de vins dont de très grands crus. L’ancien propriétaire ne pouvant les emmener dans sa future demeure, a préféré en faire profiter les futurs propriétaires.
Pourvu qu’ils ne me demandent pas où est sa dernière demeure. S’ils savaient que les propriétaires se sont donnés la mort dans la suite parentale du dernier étage car ils étaient endettés jusqu’au cou, ils fuiraient comme des lapins, les anglais étant très croyants sur les fantômes pouvant continuer de hanter les lieux.
— Si nous venons à faire affaire, je le remercierai en personne lors de notre rencontre chez le notaire, précise le Duc
— Ce ne sera malheureusement pas possible, ils ne peuvent venir signer mais leur fille en aura le pouvoir donc vous pourrez lui faire passer le message qu’elle appréciera j’en suis sûre, dis-je avec un sourire.
— C’est fort dommage mais soit !
— Nous allons finir cette visite par les extérieurs se situant à l’arrière de la villa. Vous avez pu en voir une partie, de la fenêtre de certaines pièces, mais les voir de plus près n’en sera que meilleur.
Nous remontons donc de la cave à vins qui me file des frissons à chaque fois que j’y mets les pieds. Si je crois aux fantômes ? Non ! Ça n’existe pas ! N’est-ce pas ? Enfin, j’en suis plus très sûre maintenant que j’y pense. Il y a vraiment beaucoup de courant d’air froid dans cette cave et je suis étonnée que le Duc ne m’en ait pas fait la remarque. C’était l’endroit préféré de l’ancien propriétaire.
Nous sortons donc à l’arrière de la maison par la baie vitrée.
— Pour finir, voici une piscine et sa cuisine d’été qui agrémentent la terrasse végétalisée.
C’est un petit écrin de verdure, cet endroit a été sublimé par l’apport d’arbustes, de plantes grasses et de fleurs aux multiples couleurs.
— Vous avez également de nombreuses places de stationnement et garages pouvant accueillir, je suis sûre, tous vos véhicules de collection. Sachez que ce bien vient juste d’être mis sur le marché, vous êtes les premiers à le visiter et je ne m’avancerais pas trop en disant qu’il ne restera pas plus de quarante-huit heures en agence. C’est un bien rare avec un emplacement de premier ordre. Je vous propose de vous installer auprès de la piscine, au petit salon de jardin.
Nous nous dirigeons vers l’endroit que je viens de leur indiquer et nous prenons place dans les fauteuils.
— Qu’avez-vous pensé de cette visite. Ce bien vous intéresse t’il ou dois-je continuer mes recherches ?
— Quel est le prix de ce bien ?
— Oui, veuillez me pardonner Monsieur le Duc, son prix est exactement de deux millions huit cent mille euros, frais d’agence inclus.
— Parfait.
— Parfait ? c’est-à-dire ?
— Nous la prenons.
Putain ! j’ai tous un tas de petits Balou qui font la danse du cul devant mes yeux en chantant, «♩il en faut peu pour être heureux ♬…♩ oh oui si peu pour être heureux♪… »
— Je vous prépare donc tous les documents. Dois-je vous les envoyer pour signature ou restez-vous quelques jours sur la côte.
— Nous devons repartir dès ce soir mais faites-moi parvenir les documents par mail, nous vous les signerons.
— Désirez-vous boire une petite coupe de champagne pour fêter ce nouvel achat ?
— Avec grand plaisir Mademoiselle Le Goff, avec grand plaisir. Merci de nous avoir trouvé un tel endroit, nous n’aurions jamais pensé qu’une aussi belle pépite pouvait se trouver sur le marché !
Ah enfin ! Le coincé du cul se détend, ce n’est pas trop tôt.
— Vous mettiez mes talents en doute Monsieur le Duc ? Cela me vexe, sachez que je suis la meilleure de tout Marseille sans vouloir me vanter.
Pour le peu, je me vante et pas qu’un peu. Tout Marseille, faut peut-être pas exagérer ! C’est un peu comme la sardine qui a bouché le port de Marseille.
Je me dirige d’un pas qui se veut nonchalant vers l’intérieur de la maison pour récupérer la bouteille que j’avais mise au frais. En entrant dans la cuisine, une ombre me passe sous le nez. Je reste figée sur place, un froid glacial m’envahit.
— Il y a quelqu’un ?
J’avance vers l’entrée, jetant un coup d’œil à droite et à gauche.
— Il y a quelqu’un ? répétai-je.
A priori, personne ne me répond. Je tourne les talons pour retourner vers la cuisine et servir à mes clients la récompense tant attendue. Soudain, une porte claque à l’étage.
Putain, c’est pas vrai ! je vais faire une crise cardiaque. Calme-toi, personne ne peut entrer de tout façon, le portail est fermé avec un accès par digicode. C’est mon imagination ainsi que cette cave qui m’ont fait flipper c’est tout. Les fantômes n’existent pas ! Je prends la bouteille, trois coupes que je remplis et en profite discrètement pour m’en jeter une dans le cornet avant de les rejoindre, histoire de reprendre des couleurs car je suis sûre que je dois être blanche comme un linge. Je pose tout sur un plateau et sors les retrouver.
— Voilà, voilà, j’arrive.
— Merci, me disent-ils, une fois servis.
Une heure plus tard, ils prennent congés. Je les raccompagne à leur véhicule, leur souhaitant un bon retour et en leur promettant de leur faire parvenir au plus vite les documents pour qu’ils puissent les signer. Je regagne ensuite la demeure et commence à fermer toutes les pièces du bas ; volets, fenêtres, baies vitrées. Je monte ensuite au premier et réitère l’opération en chantant pour me donner du courage « ♪les fantômes n’existent pas♫… ♫c’est une invention de l’esprit ou des bulles de champagne♪… La la la la♫ …». Au moment de monter au dernier, là où le couple s’est donné la mort, un frisson me parcourt, un froid m’envahit au fur et à mesure que je monte les marches. Courageuse mais pas téméraire.
— Je sais, je sais, dis-je en montant les escaliers. Cela vous fait de la peine de vendre, de quitter cette si belle villa mais dites-vous que c’est pour votre fille, que vous le faites. La pauvre a perdu ses parents, elle n’aurait jamais pu assurer la reprise de vos dettes et l’entretien de ce bien. Ne vous inquiétez pas, il sera entre de bonnes mains.
Je sais, j’ai dit que je ne croyais pas aux fantômes, mais je préfère prendre les devants et faire semblant de leur parler. Au moment où j’arrive sur le palier, la porte de la chambre me claque au nez.
— Oh putain ! Putain ! Sainte Marie, mère de dieu, priez pour moi !
Je pose ma main sur la poignée de la porte tout en récitant une prière, moi qui suis athée jusqu’au bout des ongles. J’ouvre et vois… les rideaux volant au vent.
— Saleté de courant d’air.
J’allume la lumière puisque je vais fermer les volets, cela m’évitera de me retrouver dans le noir. Je me dirige vers le balcon, attrape les volets, les tire vers moi et les crochète. Puis je fais de même avec la porte fenêtre que je ferme. Je tire les doubles rideaux et au moment de me diriger vers la porte, l’ampoule se met à clignoter plusieurs fois avant de se couper.
— AAAAHHH ! C’est pas vrai !
Je me précipite vers la porte, me cognant au passage le genou au coin du lit.
— OH bordel de merde !
Mais rien de m’arrête, en boitillant sur un pied, j’atteins la porte et m’engouffre dans les escaliers que je dévale sans jamais m’arrêter. Arrivée à la porte d’entrée, j’ouvre vite fait la porte de la cave et coupe le compteur se trouvant à l’entrée. Je sors sur le perron puis ferme derrière moi en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, complètement à bout de souffle.
— Oh putain le flip total !
C’est tremblant, que je regagne mon véhicule et que j’appelle directement mes parents.
— Alors ma chérie « The icing on the cake ? » me dit ma mère.
— Oui, ça y est, ils achètent, je dois leur envoyer tous les papiers pour la signature.
— Tu es sûre que tout va bien ma puce ?
— Oui ça va, je me suis fait peur toute seule dans cette grande baraque, c’est tout.
— D’accord je vois, les anciens propriétaires n’ont pas été aussi contents que toi d’après ce que j’entends.
— Maman ! n’importe quoi !
— Non, ce n’est pas n’importe quoi, tu sais très bien qu’il y a une vie après la mort.
— Oui c’est ça ! Et le père noël vole dans le ciel pendant que les lutins plient le chocolat dans de l’alu.
— Non, ça c’est la marmotte dans la pub Milka.
— Très drôle.
— Allez, rentre ma chérie, on va fêter cette nouvelle vente ainsi que la meilleure vendeuse de l’année.
— A tout de suite, je vous aime.
— Nous aussi ma puce, on t’aime.
Mes parents sont très croyants contrairement à moi et c’est toujours un débat entre nous. Ils me demandent si je leur parlerais lorsqu’ils seront de l’autre côté. Je leur réponds toujours, à quoi cela va me servir, je n’entendrai pas votre réponse. Et de là, ils partent dans des explications comme quoi, je ne les entendrai peut-être pas mais je les ressentirai… et bla bla bli et bla bla bla… épuisant mais je les aime.
J’arrive quelques minutes plus tard au bureau, mes parents m’attendent en haut des marches.
— Félicitations ! Tu as encore réussi à vendre une de nos plus belles villas et à des anglais en plus ! me dit mon père
— Merci papa, tu sais ce n’était pas très difficile, la vue est tout simplement magnifique et la villa n’en parlons pas, un pur écrin de beauté. Ils n’ont rien laissé paraître, j’ai cru qu’elle ne leur plaisait pas, ce n’est qu’à la fin que ce cher Duc m’a annoncé qu’il la voulait.
— N’a-t-il pas senti lors de la visite de la cave, que son ancien propriétaire n’était pas des plus agréables, quant au fait qu’il veuille utiliser sa cuvée ?
— Tu es très drôle papa, je t’assure, tu es très drôle. Je vois que maman t’a déjà raconté ma frayeur. Mais vous ne savez pas tout.
— Comment ça ? dit ma mère
— Lorsque je suis retournée à l’intérieur, chercher la bouteille de champagne que j’avais mise au frais, j’ai vu une ombre passée dans le hall d’entrée. J’ai appelé pour savoir si quelqu’un était entré mais rien. Puis alors que je montais fermer les volets et fenêtres dans les étages, la porte du dernier étage m’a claqué au nez. Je ne vous dis pas la peur de ma vie.
— Qu’as-tu fait ? reprend mon père
— J’ai abaissé la poignée doucement puis j’ai entrouvert la porte. J’ai vu que les rideaux volaient au vent, ce qui avait dû faire claquer la porte, le vent pas les rideaux, qu’on se comprenne bien.
— Tu vois, rien de grave, continue ma mère.
— Attendez, je n’ai pas fini, continué-je.
Je prends une voix basse, parlant lentement, contant cette histoire comme je conterais une histoire d’horreur. Je m’approche d’eux.
— Que s’est-il passé ? disent-ils en chœur.
— J’ai allumé la lumière pour me rendre vers la porte-fenêtre pour pouvoir la fermer... j’ai crocheté les volets... puis la porte fenêtre... j’ai tiré les rideaux mais lorsque j’ai voulu regagner la porte... la lumière s’est mise à clignoter… puis le noir complet…
— Et alors ? disent-ils.
Je m’approche encore plus près d’eux, comme si je voulais leur parler dans le creux de l’oreille et je poursuis.
— J’ai pris mes jambes à mon coup... je me suis cognée dans le coin du lit mais quand j’ai rouvert la porte… AAAAAAAAAAHHHHHHHHH ! fais je en criant et en posant mes mains sur leur bras en même temps
— AAAAAHHHHHH ! fait ma mère alors que mon père n’a eu qu’un léger sursaut.
Je pars dans un fou rire en voyant la tête de ma mère encore sous le choc.
— Mais que tu es bête ma fille ! Tu n’avais pas l’air aussi gaillarde quand je t’ai eu au téléphone.
— Je te faisais marcher !
— Tu parles, je sais reconnaître la voix de ma fille lorsqu’elle est en panique et là, petite tu étais effrayée.
— Rhooo, ça va, je me suis fait peur toute seule, je vous dis. C’est vous aussi, vous m’avez mis dans la tête que cette maison était hantée alors du coup… ben… j’y ai cru un court laps de temps.
— Oui à d’autres, tu ne me feras pas avaler que tu ne crois pas aux fantômes.
— Bon maman, le sujet est clos. Maintenant, je dois préparer tous les papiers du compromis et leur envoyer par mail. Donc, à tout à l’heure.
Je me dirige vers mon bureau près de la fenêtre donnant sur la piscine. La maison de mes parents est magnifique. Elle fait deux cent quatre-vingt mètres carrés et comporte cinq chambres. Elle est située sur la Corniche, avec une vue dégagée, panoramique sur la ville et ses collines. C’est une maison sur deux étages avec un toit plat, elle est rectangulaire. Une dépendance de cent quarante mètres carrés est accolée à la maison. Ils auraient souhaité que j’en fasse mon logement mais bien que j’adore mes parents, j’ai eu besoin de sortir de leur surveillance. Bref, Le premier niveau de leur maison, propose une réception avec vestiaire, un grand salon avec cheminée, une salle à manger, une cuisine séparée. Toutes ces pièces donnent accès à la terrasse d’environ soixante-dix mètres carrés, exposée sud, à l’abri des regards et du mistral. Il s’y trouve également notre bureau ainsi que des toilettes séparés, avec lave-mains.
A l’étage, l’espace nuit dispose d’une suite parentale avec deux dressings. Il fallait bien cela à ma mère, elle et les fringues, c’est tout un roman, mais c’est sans compter sur les nombreux placards de la chambre, tout est utilisé. Il y a aussi une salle de bains avec toilette séparé. Pour les quatre autres chambres, elles ont aussi leur salle d’eau, dressing, penderies et toilette séparé. Les dépendances disposent d’une buanderie, d’une cave à vins, d’un cellier, d’une immense pièce de rangement, de plusieurs autres caves, d’un atelier et du local technique de la piscine. Cette dernière d’ailleurs est chauffée et dispose de deux bassins, elle est aussi à proximité d’une cuisine d’été tout équipée. C’est une villa des plus magnifiques, elle se situe à seulement cinq minutes à pied des plages. Beaucoup de personnes ont proposé à mes parents de leur acheter leur bien, mais même les prix les plus inavouables, n’ont eu raison de leur départ. « Tout l’or du monde, comme ils disent, ne pourra pas acheter tous les souvenirs que nous avons en ces lieux ». Il faut dire qu’ici a vécu pendant trente-cinq ans la plus intelligente, la plus belle et la plus… ouais… j’abuse… c’est moi, je ne suis pas non plus la reine d’Angleterre. Tout ça pour dire que leur bien n’est pas situé sur n’importe quelle corniche, c’est la Corniche du Président John F. Kennedy. C’est un boulevard de bord de mer de cinq kilomètres de long, qui relie certaines des plages les plus célèbres de Marseille, en passant par des sites impressionnants, des villages de pêcheurs de carte postale aux majestueuses demeures de millionnaires. A l’heure actuelle, elle a été estimée à trois millions cent. Mes parents ont voulu absolument faire les papiers de succession, donc ils se devaient de faire estimer leur bien et de payer les frais qui devaient m’incomber lors de cette succession. J’ai eu beau ruer dans les brancards, rien n’y a fait. Pour eux, il n’est jamais trop tôt pour ce genre de chose. Pff ! Ils ont soixante ans c’est bon ! Ils sont loin d’avoir un pied dans le tombeau !
Après avoir fini de préparer tous les papiers, je descends dîner avec eux. Ma mère a tenu à me faire manger avant que je ne rentre chez moi. Ils ont du mal à accepter que j’aie préféré prendre un appartement à dix minutes environ de chez eux, plutôt que de choisir leur dépendance. Je ne me voyais pas leur dire que pour les plans cul, je n’ai pas besoin que ma mère se pointe à la porte si elle m’entend hurler de plaisirs, cela aurait pour effet de faire fuir n’importe quel mec.
— Bon papou et mamou, je vous laisse, je vais rentrer prendre une bonne douche et faire quelques photos sur la côte.
— Toujours l’appareil pas très loin je vois, me dit mon père.
— Tu sais que j’adore la photo, photographier des maisons c’est bien mais la nature offre tellement plus. Cela m’apporte la paix et la sérénité. J’ai l’impression de ne faire qu’un avec mon téléobjectif. Je suis au plus proche des choses. Tous les moments de notre vie sont importants, mais ça on ne s’en rend pas souvent compte sur l’instant et c’est le fait de photographier, de documenter notre vie et celle de nos proches qui, des années après, nous permet de nous replonger dans des périodes qu’on a pu oublier. La mémoire n’est pas infaillible et des pans entiers disparaissent quelque part dans un coin de notre cerveau, qui peut dire si cela ressortira un jour, tandis qu’avec les photos, on a juste à ouvrir l’album et ce n’est qu’une série de flash bac qui nous sauterons aux yeux, une image dont on peut décortiquer tous les détails.
— Tu parles de cela avec tellement de passion, que nous ne sommes plus du tout étonnés que tu sois encore célibataire !
— Papa !
— Quoi ? Le jour où tu nous parleras d’un homme aussi bien que de la photographie, on pourra commencer à sortir nos vieux costumes de cérémonie. Si tant est que l’on rentre encore dedans, rit-il.
— Oh ça va ! Bon, sur ces bonnes paroles, amis du soir… bonsoir ! Je leur fais une bise sur le front à chacun, attrape mon sac et mes clefs et sors de la maison, non sans avoir encore crié, je vous aime !
— Nous aussi !
Je monte dans ma mini et hop direction mon appartement.