𝐏𝐑𝐎𝐋𝐎𝐆𝐔𝐄 ⇨ ℙ𝕒𝕣𝕥𝕚𝕖 𝟙

CORRIGÉ
— Cette femme oublie nos noms quand elle apparaît et emporte le sien quand elle disparaît.
La jeune femme qu’il convoitait semblait avoir la capacité de voyager dans leur monde lorsqu’elle s’endormait dans le sien, sans en garder le moindre souvenir. Chaque fois, c’était comme si elle les rencontrait pour la première fois. Tandis qu’eux, ne l’oubliaient jamais. Elle leur rendait visite si souvent, qu’ils avaient l’impression de l’avoir toujours connue. Elle faisait partie de ce monde. Elle était leur reine.
— Cette femme est un fantôme, répondit le Diable. Comment pourrait-elle devenir votre reine ?
— J’espérais que vos pouvoirs seraient assez puissants pour attirer son âme ici et l’empêchent de s’enfuir.
Il resta respectueusement incliné face à son Maître, ne levant jamais le regard sur sa silhouette animale.
— Tu veux faire de ta reine une prisonnière ?!
— Elle se sent bien, ici. Nous l’aimons et elle nous aime.
— Mais elle vous oublie, déclara le Diable, mettant momentanément fin à la discussion.
L’homme était à court d’arguments pour convaincre son Maître. Il lui avait caché l’existence de la jeune femme et avait attendu d’être désespéré pour lui en parler. En apportant la mauvaise nouvelle, il avait osé lui demander une Faveur, tout en sachant pertinemment qu’il ne lui accorderait jamais. Une âme aussi pure ne pouvait être condamnée dans un tel endroit.
— Il y a de plus en plus d’hommes, ici.
Il exposait de simples faits, aussi réels qu’effrayants. C’était sa dernière carte, son tout dernier argument. Si cette nouvelle tentative de convaincre le grand Maître ne fonctionnait pas, alors ils étaient damnés.
— Que quelqu’un nous gouverne vous allégerait d’une tâche, ajouta-t-il, la poitrine lourde d’inquiétudes.
Le Diable semblait réfléchir silencieusement. Il tenait son bâton de ses deux mains et ne baissait jamais la tête devant son disciple, même pour le regarder. Sa seule existence le hissait au-dessus des lois humaines. Pour incarner le mal, il revêtait une apparence animale, pensée pour semer l’effroi. Pourtant, il restait encore quelques rares mortels qui ne frémissaient pas face à lui. Cet individu en était la preuve presque vivante. Il ne connaissait ni peur, ni doute devant lui, parce qu’il lui avait toujours offert un respect sacré, celui que l’on réserve à un roi, et non à un monstre. C’était précisément pour cette raison qu’il avait accepté un entretien.
— Comme tu l’as dit, il y a des hommes. Beaucoup d’hommes. Seulement des hommes.
Le Seigneur des Enfers parlait d’une voix monotone, presque lasse. Il devait encore lui rappeler la raison de sa présence ici, ce qui ne faisait pas avancer sa cause.
— Telle est votre punition : je vous ai offert ces limbes en récompense de votre loyauté, mais je vous ai interdit les femmes. Ce sont les termes du contrat.
Il avait été le premier mortel à passer un contrat avec le Diable. Les autres l’avaient suivi peu de temps après, avec l’espoir de trouver un peu de tranquillité parmi les âmes déchues. On leur avait déjà créé tout un monde selon leurs désirs. Il ne pouvait donc s’en remettre qu’à sa loyauté envers son Maître.
— Réfléchissez-y, Maître.
Ce n’était pas un ordre, mais une suggestion. Jamais il ne se serait permis de donner un ordre au Diable, même pour une femme.
— Quoi de mieux pour punir des hommes comme nous, continua-t-il, que d’être forcés d’obéir à une femme ?
La silhouette animale s’inclina légèrement vers l’avant et reposa son bras sur sa jambe. Tous ses membres étaient dissimulés sous un grand tissu noir bleuté. Seuls de longs doigts squelettiques et crochus en ressortaient pour se refermer autour de son grand bâton de bois. On ne pouvait apercevoir ses yeux à travers son crâne sauvage, mais il leva la tête comme pour le regarder.
— Je n’ai aucune crainte te concernant. Mais les autres ne le toléreraient pas. Tu sais bien que les hommes n’aspirent qu’à dominer les femmes. Ils lui feront du mal.
Son disciple en avait conscience, mais il s’était préparé à cette éventualité. Il avait envisagé tous les scénarios possibles, de quoi préparer chacune de ses réponses.
— Nous la protégerons, assura-t-il d’un ton décidé.
— Comment la protégerez-vous ? Vous êtes quatre, face à des centaines de barbares.
Le Diable ne mentait jamais. De plus, il trouvait toujours les arguments pour faire pencher la balance de son côté. Il avait puni les hommes, il comptait bien respecter son contrat. Mais son disciple était désespéré au point de se laisser tomber à genoux et de le supplier.
— Je vous en prie, Maître. Nous l’aimons. Nous nous battrons à ses côtés s’il faut gagner une guerre. Et nous gagnerons. Elle gagnera.
Il ne s’était jamais présenté dans un tel état de désespoir devant son Maître, même pour réclamer ce monde. Le dos courbé, la tête baissée, les mains sur son visage, le Diable comprit que l’absence de cette femme le torturait, autant qu’elle pouvait torturer le reste de la bande.
— Je veux voir cette femme, déclara alors le Seigneur des Enfers.
Une lourde seconde de silence s’installa. Le disciple se redressa lentement, releva la tête. Le Diable n’allait pas répéter et il l’avait très bien entendu. Il n’arrivait seulement pas à réaliser qu’il lui avait ouvert une porte à la négociation.
— Je vais envoyer ton âme sur terre.
Le Diable inspira bruyamment, comme si accorder cette Faveur à son disciple lui faisait mal dans tout le corps.
— Tu auras treize jours pour me l’amener.
— Comment ?!
— Tu trouveras bien un moyen, tu me sembles déterminé. Si tu réussis cette épreuve, je considérerai de m’emparer de son âme pour la conserver ici.
Il commença à se relever, mais ne se mit jamais debout. Le Diable était assis, il devait se montrer à son service, loyal et soumis. Par conséquent, il resta courbé.
— Seulement moi ? Demanda-t-il en dépliant ses immortels genoux.
— Vous êtes trop nombreux. Tu devras te débrouiller seul.
Il aurait voulu remercier son Maître, lui baiser les pieds s’il lui avait demandé, mais il n’eut le temps que de fermer les yeux. Le Diable frappa le sol de son bâton et le fissura dans un tremblement de terre. Son disciple se trouvant au centre de cette fissure, tomba dans le vide. Le Diable venait de lui accorder sa Faveur.

Vous avez vu comment je me suis investie dans la présentation ?
Toute critique est bonne à prendre. Comme la plupart de mes Dark Romance, dans la catégorie ‘Public Averti’, je compte publier cette histoire en version papier. Ce n’est pas pour tout de suite, bien évidemment. C’est pour ça que je vous propose ce premier jet, et que j’attends vos retours avec impatience.
La trame tournera beaucoup autour du satanisme et du féminisme (l’un ne va pas sans l’autre 😉) alors merci de respecter cela, ainsi que les lecteurs de cette histoire. Vous êtes parfaitement libres de passer voter chemin, de vous intéresser à d’autres œuvres, ou même de ne plus me suivre.
Je vous fais confiance pour dissocier l’œuvre de l’auteur, ainsi que la fiction de la réalité.