Chapitre 1
Cette société n'était plus que l'ombre d'elle même. Les meutes de loups qui à une époque dirigeaient côte à côte s'étaient laissé persuader de choisir un chef des meutes, un leader, un président comme les humains le nommait. Cela avait fonctionné pendant un temps, mais enlever leur souveraineté aux meutes les avaient rendues faibles, fainéantes et désintéressées. Les meutes de loups fières et fortes s'étaient transformées en moutons qui ne faisaient que suivre bêtement les lois votées par leur chef. Chacun pensait à son petit confort personnel mais plus personne ne s'intéressait au bien commun, la collectivité s'effondrait, les loups devenaient aigris, renfermés, individualistes. Le "chef" quant à lui avait tout le loisir de se laisser aller à toutes sortes de dérives, collectionnant les compagnes toutes plus jeunes les unes que les autres, se prélassant dans la luxure et les abus. La société s'effondrait et personne ne semblait s'en soucier. Seuls quelques loups solitaires avaient pris conscience de cela et s'étaient rassemblés dans l'espoir de retrouver leur force, leur pouvoir et leur souveraineté perdue.
Je faisais partie de ceux là. Déjà jeune louve je m'étais opposée a l'idée de suivre bêtement des lois que je ne comprenais pas, puis en grandissant j'avais compris à quel point le système était corrompu et à quel point on essayait de nous endormir, de nous couper de notre instinct, de nos choix, de notre liberté de penser différemment. J'avais donc choisi de quitter la meute et de rejoindre certains loups solitaires en quête de vérité, en quête de sens. J'avais réappris l'histoire, qu'on avait peu a peu transformée pour qu'elle s'adapte à notre société actuelle. J'avais appris à me battre, chose qu'on n'apprenait plus dans la meute, le combat était maintenant réservé aux unités de protection. J'avais repris contact avec la nature, avec ses plantes, celles qui soignent et celles qui peuvent rendre malade voir tuer, cela aussi nous avait été enlevé, seuls les guérisseurs avaient accès à ces connaissances. J'avais réappris à me connecter à ma louve, à ne faire qu'un avec elle, à suivre mon instinct et mon intuition, à chasser pour me nourrir. J'avais réappris à vivre par moi-même et pour moi-même, tout simplement, mais tout ceci avait été volontairement laissé de côté durant des générations pour nous rendre malléables, serviles, dépendants. Nous avions ainsi recrée une meute, sans véritable leader, en constante réorganisation, mais avec ce but commun de retrouver notre puissance individuelle et collective.
Depuis quelques mois cela devenait un vrai challenge, notre groupe grossissait à vue d'œil, rejoint par des individus qui venaient de plus en plus loin, et notre groupe commençait à se faire connaître ce qui n'était évidemment pas vu d'un très bon œil par les unités gouvernementales. Nous nous étions rassemblés dans une maison de campagne abandonnée, un havre de paix au milieu de la forêt, avec la montagne en arrière plan. Ici nous avions tout à disposition et ce que nous n'avions pas nous le construisions ensemble. Ce jour la fût le début des ennuis, je rentrais de la chasse avec quelques compagnons quand nous nous sommes fait attaquer par une des unités de protection, ils nous avaient probablement laissé passer à l'aller pour nous tendre une embuscade quelques centaines de mètres plus loin. Suffisamment loin de notre meute pour nous mettre en difficulté, enfin selon eux, car ils n'avaient évidemment pas prévus que nous étions tous entraînés à nous battre. Leur consigne était claire, nous éliminer pour donner une leçon au reste du groupe, pour faire peur, pour nous forcer à retourner dans les rangs. Se fût un bain de sang, chacun se battant pour sa peau. C'était mon premier meurtre, par légitime défense certes, mais ça ne m'en rendait pas moins malade, et surtout se serait loin d'être le dernier.