No Light without Darkness

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Summary

Kristen, 17 ans, n’a pas grandi dans une famille comme les autres. Entourée de sa mère et de ses sept sœurs aînées, elle n’a jamais connu son père. Malgré son attachement à sa famille, elle décide de quitter le cocon familial, pour aller étudier là où son cœur l'appelle. Loin d'elle, tout ne va malheureusement pas se passer comme elle l'espérait et les secrets de famille vont rapidement s'imposer, chamboulant ses croyances, ses amours et ses espoirs. Elle va lutter pour rester fidèle à elle-même et à ses principes, mais aussi contre un destin déjà tracé, qu'elle a pourtant choisi il y a longtemps, mais dont elle ne se souvient pas. Il lui faudra être forte et déterminée pour trouver son bonheur et le garder...

Genre
Fantasy
Author
Ayb Petit
Status
Complete
Chapters
41
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
18+
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Samedi 14 septembre

La rentrée universitaire a lieu dans deux jours, et aujourd’hui, c’est pour moi la veille du départ. Les cours ne commenceront que dans une semaine et demie, mais demain, je pars m’installer sur le campus, à plus de mille cinq cents kilomètres de chez moi. Kilomètres que je ferai en compagnie de ma sœur aînée, Sara.

Sara est âgée de trente-deux ans et a épousé Damien Rives, il y a maintenant sept ans. Et bien qu’elle soit mère de trois magnifiques enfants, elle n’est pas seulement ma sœur, c’est également une deuxième mère pour moi. Elle est un véritable bras droit pour la première, c’était donc une évidence pour nous toute qu’elle m’accompagnerait à l’université quand j’ai refusé de prendre l’avion.

Oh, ne vous méprenez pas, j’aurais adoré prendre l’avion, mais quand j’ai vu le prix du billet en comparaison de ce que nous coûterait le voyage en voiture, je n’ai pas hésité et j’ai obligé ma mère à garder l’argent de la différence de coût pour soulager son quotidien.

Il ne nous faudra donc pas moins de deux jours pour effectuer le voyage et ce ne sera que de la route ! Connaissant ma sœur, il faudra négocier les pauses pipi et on oublie les arrêts pour casser la croûte, ce sera dans la voiture, tout en évitant un maximum de mettre des miettes partout !

Malgré ces tocs contradictoires qui me font rire, je me réjouis, car ça me permettra de quitter ma famille en douceur et le trajet me paraîtra moins long si je ne suis pas toute seule.

Si ma mère est anxieuse de me laisser partir, pour moi, c’est un peu de réconfort. Un peu de stress qui s’évapore. Même si je sais parfaitement que je n’échapperai pas à l’inévitable.

À l’instant où j’écris, je suis dans ma chambre, réfugiée au fond de ma penderie. Comme je le fais toujours, depuis que j’ai découvert cette cachette à l’âge de cinq ans, pour fuir ma horde de sœurs qui me prenait pour une poupée.

Je suis Kristen Dickinson, dernière d’une fratrie de huit filles et la seule à être blonde comme les blés, à l’instar de ma mère. J’ai les cheveux ondulés et des yeux verts – que je tiendrais de mon père – à l’inverse de mes sœurs qui sont brunes aux cheveux lisses avec des yeux bleus aussi beaux que l’océan, comme ceux de maman.

Heureusement pour ma mère, les chamailleries se sont toujours faites rares chez nous. Nous sommes relativement proches les unes des autres, et nous n’aimons pas être en colère les unes contre les autres. Et si cela arrive quand même, cela ne dure jamais bien longtemps.

Je n’ai jamais eu le loisir de connaître mon géniteur. D’ailleurs, le mot père ou papa n’est pas dans notre vocabulaire. Quand nous sommes forcées d’en parler, à la maison, nous n’utilisons que les mots lui, ou il. À l’extérieur, l’excuse donnée est que c’est un homme important qui voyage beaucoup et rentre peu. Tout ceci m’a valu d’être difficilement acceptée par les autres, toute ma vie, tout comme mes sœurs avant moi. Il est difficile d’empêcher les gens de répandre des commérages quand nous n’avons rien de concret à leur présenter pour réfuter leurs mensonges.

Malheureusement, contrairement à mes sœurs, je n’ai pas eu le courage de continuer à supporter les gens d’ici, pour les quatre années à venir. Un monde lointain m’appelle chaque fois que je mets les pieds dehors, alors dès que s’est présentée l’occasion de changer d’air, j’ai sauté dessus immédiatement et sans regret.

Cependant, s’il y a bien une chose que je ne peux reprocher à notre géniteur, c’est qu’il a toujours pourvu généreusement aux besoins de notre famille. Enfin, presque. Disons que nous n’avons jamais manqué de rien grâce à la copieuse pension versée pour ma sœur Carolyn – l’avant-dernière de la fratrie, qui a dix-neuf ans – et moi, celle-ci étant bien plus importante que pour le reste de mes sœurs. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais absolument rien. On aurait pu croire que c’est parce qu’il nous préfère étant les plus jeunes, bien que je ne trouve pas cela normal pour autant, mais non. En dehors de cela, nous n’avons pas plus de considération. Mais bon, c’est tout de même en grande partie grâce à lui que je peux partir faire mes études dans une université privée de « filles et de fils à papa » à l’autre bout du pays.

C’est pour cette raison que j’ai décidé de commencer à écrire un journal, je pense que c’est un bon début pour m’aider à évacuer mes pensées et tout ce que je ne pourrai confier comme je le veux à mes sœurs et à mes amis, ou bien à ma mère, concernant ce nouveau départ en solitaire…

Mes sœurs me manqueront, mais je sais qu’elles trouveront toujours le moyen de me rendre visite et de me surprendre quand je m’y attendrai le moins. Comme elles en ont si bien l’habitude. Je les aime tant…

En revanche, j’ai plus de mal à quitter ma mère. Je sais qu’elle s’inquiète pour moi. C’est tellement intense que je le lis dans ses yeux chaque fois qu’elle me regarde. Ce qui m’intrigue, c’est que ce n’est pas à cause du fait que je sois seule à un millier de kilomètres. Elle n’a visiblement pas l’air de croire que je puisse être seule d’une manière ou d’une autre. Elle ne s’inquiète pas non plus pour mes études, puisque c’est elle qui me rassure tous les jours, en me répétant que j’ai toujours été plus responsable que mes sœurs au même âge et que mon dossier scolaire est irréprochable… Bla, bla, bla… Ce qui l’inquiète, c’est la date de mon anniversaire qui approche. Même s’il me reste encore trois mois. Le 14 décembre, je fêterai mes dix-huit ans…

Je sais que ce jour sera particulier et important pour chacun des membres de ma famille, car je ne serai plus une enfant. Ce qui me contrarie le plus, c’est que je n’ai aucune idée de la raison qui rend cet événement si inquiétant, si pesant et si solennel. Chaque fois que j’essaie de réfléchir et de comprendre, je me heurte à un mur intérieur qui m’empêche d’aller plus loin…

Je devrais pourtant me réjouir, être excitée à l’idée de sortir faire la fête avec mes amis et de ne plus avoir de couvre-feu à respecter ! Mais non, chez moi, ce n’est pas comme ça que ça se passe… Je me doute simplement que cela a un rapport avec l’homme qui est l’époux de ma mère et notre géniteur et qui s’est présenté auprès d’elle environ tous les deux ans, afin de concevoir chacune d’entre nous. Tout cela a forcément un rapport avec le fait que seules les sœurs déjà majeures peuvent assister au dix-huitième anniversaire de la sœur concernée.


Voici donc un petit récapitulatif de la fratrie Dickinson et leur date de naissance :

- Sara, 32 ans : 3 septembre.

- Magdalena (alias Mag), 29 ans : 19 septembre.

- Rosélia, 27 ans : le 4 octobre.

- Katarina, 25 ans : 20 octobre.

- Ludovica, 23 ans : 5 novembre.

- Élisabeth, 21 ans : 16 novembre.

- Carolyne (alias Caly), 19 ans : 1er décembre.

- Moi : Kristen, 17 ans : 14 décembre.


À force de la harceler, maman m’a promis que je connaîtrais l’histoire de notre famille avant la date fatidique. C’est d’ailleurs parce qu’il lui était impossible de me donner les raisons de son désaccord envers mon départ, qu’elle n’a pu m’empêcher de partir.

D’accord, c’était nul de jouer la carte du chantage à propos des secrets de famille, mais il le fallait. Il faut que je parte ! Ça en devient presque douloureux. C’est dans mes tripes depuis tellement longtemps que je ne sais plus depuis combien de temps le monde extérieur m’appelle ! Je craque, je sais que je dois suivre ma voie, même avec la peur de l’inconnu au ventre.

Sara ayant fait le serment qu’elle se chargerait de tout me concernant, l’inquiétude de ma mère a fini par s’estomper et a fait place à la fierté de voir son dernier oisillon quitter le nid, avec tant d’indépendances et de détermination. Maintenant, l’excitation des derniers préparatifs est à son comble.

Mon refuge est apaisant, même si j’entends Élisabeth, Carolyn et Ludovica se disputer derrière les portes, sans avoir connaissance de ma présence, pour savoir ce qu’il faut mettre dans mon bagage à main ou dans les valises qui contiendront le reste de mon armoire. Parce que oui, elles n’ont jamais découvert ma cachette en douze ans !

Douze ans… Une douleur sourde s’éveille au fond de moi, un manque terrible me submerge… Pourquoi ? Que signifie-t-il ? Qu’est-ce qui me manque tant ?

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