Prologue
1 juillet 2024
Hugo
(Bruit de réveil)
Six heures du matin. Le réveil sonne, me tirant de ce qui ressemblait à un demi-sommeil. Mon lit est un peu humide, résultat de ma nuit blanche à tourner en rond. La fatigue se lit sur mon visage. Chaque geste me paraît un effort surhumain, mes paupières sont si lourdes que les garder ouvertes semble impossible, et mes pensées sont confuses. J'aimerais tellement faire la grasse matinée, mais je dois me lever pour aller à l’école.
Ici, les cours commencent tôt,très tôt. On doit être au lycée à sept heures du matin. Ce n’est pas parce qu’on vit dans une société hyper-productive, mais parce qu’à Mayotte, les infrastructures sont limitées, les conditions économiques difficiles, et la démographie fait que les choses fonctionnent différemment. Ce sont ces réalités qui imposent les horaires matinaux.
Je ne devrais pas trop me plaindre, mon lycée est à seulement quelques minutes de marche, ce qui me permet de dormir un peu plus. D’autres n’ont pas cette chance. Certains se lèvent à quatre heures du matin pour prendre le bus, et leur trajet est un enfer à cause des embouteillages.
Mais, franchement, j’en ai assez d’aller au lycée. Je me sens mal à l’aise là-bas. Je ne suis pas très proche des autres élèves, et j’aime mieux bosser seul, chez moi, sans avoir à supporter les trajets. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu plusieurs absences injustifiées, mais malgré ça, je m’en sors plutôt bien.
Aujourd’hui, le 1 juillet 2024 c’est un jour particulier : le dernier de l’année. Le jour où on reçoit nos bulletins et, surtout, les résultats du bac. Beaucoup d’élèves deviennent nerveux, inquiets de ce qui les attend. D’autres sont plus sereins, convaincus d’avoir réussi. Les résultats sont en ligne, mais la plupart préfèrent venir au lycée, discuter, échanger leurs pronostics sur leurs mentions ou leurs notes. C’est aussi l’occasion de se dire au revoir et de clore cette phase de nos vies.
Pour beaucoup, c’est la fin de l’adolescence et le début de la vie d’adulte. Il va falloir penser à nos carrières, à notre avenir.
De mon côté, je n’ai pas passé beaucoup de temps au lycée cette année. J’étais souvent chez moi, à jouer aux jeux vidéo ou à regarder des films. Mais j’ai quand même pris mes études au sérieux, en révisant mes spécialités et la philo. Le bac se joue sur 2 000 points, dont 1 200 pour les examens et 800 en contrôle continu. Moi, j’ai surtout misé sur les 1 200 points des épreuves finales.
Ce matin-là, l’air était frais, il y avait moins de bruit, moins de pollution. Un cadre agréable pour certains, mais pour moi, après une nuit blanche, c’était juste un cauchemar de plus. Arrivé au lycée, mes yeux étaient trop fatigués pour que je distingue clairement les visages. Tout le monde me semblait flou, comme s’ils portaient tous un masque sans visage. C’était comme si je ne reconnaissais personne.
La sonnerie a retenti, il était temps d’aller en classe. Une fois en salle, les choses sont devenues plus claires. Je reconnaissais enfin mes camarades, même si je ne connaissais toujours pas bien leurs prénoms ou leurs personnalités. Je n’ai jamais vraiment fait l’effort de m’intégrer. Parfois, je me demande s’ils savent qui je suis.
Nous étions 35 dans la classe, et 33 étaient présents ce jour-là. Les deux absents étaient les plus dissipés de la classe, et je suppose qu’ils ont préféré rester chez eux pour éviter la honte des résultats. Parmi ceux présents, je reconnaissais les deux délégués et leur suppléante. Ils étaient populaires, toujours entourés de monde, brillants dans toutes les matières. Je les connaissais surtout parce qu’ils passaient leur temps à essayer de me ramener au lycée, surtout la suppléante. Elle est la seule à connaître vraiment ma personnalité, et je l’ai remarquée parce qu’on a partagé beaucoup de classes ensemble, même si j’ai oublié son prénom.
Le prof est arrivé à son tour, avec une annonce qui a surpris tout le monde. D’habitude, il est en tenue de sport, mais ce jour-là, il portait un jean et une chemise. Il avait l’air content, presque fier.
« Merci d'avoir accompli ma mission, vous êtes la classe la plus satisfaisante que j'ai vue cette année. Et comme je n'ai pas le temps d'attendre encore une année, je vous annonce que vous êtes mes héros, » a-t-il déclaré, souriant.
Son discours a jeté un drôle de climat dans la salle. Certains étaient paniqués, d'autres euphoriques. Tout s’enchaînait tellement vite que je n’ai pas vraiment compris ce qui se passait. C’était comme si tout devenait flou, irréel.
Et avant que je ne réalise ce qui se passait, tout était déjà fini. Ma dernière pensée a été :
« Activation de la compétence 'shield', déploiement du champ de force. »