Au détour d'une page

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Summary

D'histoires de vie à histoires d'amour en passant par le paranormal, bienvenue dans mon méli-mélo de récits. Ici il n'y a pas de logique, juste des idées. Des histoires d'un chapitre ou de 10 avec ou sans réelle intrigue. Attendez vous à tout, ou à rien !

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

Le chat de la vieille dame 1/3



Chapitre 1 : Ne faites pas confiance au chat quand il y a du poisson au menu*




Vanessa traversa le parking qui séparait son immeuble de celui de Mme Chastain. Comme à son habitude, elle se rendait chez la vieille dame six matins par semaine depuis plus d'un an maintenant.


Ce n'était pas le travail de ses rêves, mais au moins, elle n'avait pas de route à faire. De toute façon, à presque quarante ans, Vanessa n'espérait plus une réorientation professionnelle. Comme tous les jours elle composa le code d'accès de l'immeuble -2910-, comme tous les jours elle choisit de monter par les escaliers plutôt que de prendre l'ascenseur pour se rendre au quatrième étage et comme tous les jours elle entra dans l'appartement de Mme Chastain à dix heures pile ! Pourtant, malgré ses habitudes bien installées et ses mouvements devenus mécaniques, Vanessa n'imaginait pas une seule seconde que cette journée prendrait une tournure inattendue.


À peine eut-elle mis un pied à l'intérieur que l'odeur lui saisit les narines. Jamais elle ne s'habituerait à ce parfum âcre, mélange entre le renfermé et le pipi de chat ; ce vieux matou avait imprégné l'entièreté du logement avec son essence et bien qu'elle s'acharnait à nettoyer la moindre trace laissée par l'animal, l'odeur, elle, restait.


D'ailleurs, elle le vit apparaître dans le petit hall d'entrée. Le gros chat noir avec ses pattes blanches avait pour habitude de venir accueillir Vanessa chaque matin. La femme tendit le bras en se penchant vers lui pour le saluer, mais ne se sentant pas d'humeur la bête s'enfuit vers le salon. Se redressant lentement, Vanessa ôta ses bottes fourrées et les laissa à côté du paillasson. Elle entra dans le petit salon et vit Mme Chastain de dos, en train de regarder l'un de ces feuilletons à l'eau de rose à la télévision, le volume à son maximum.


— Bonjour, Madame Chastain. Comment allez-vous aujourd'hui ?


Pas de réponse. En tournant la tête, Vanessa aperçut les appareils auditifs posés sur le buffet. Avec un soupir, elle haussa la voix et salua à nouveau la vieille dame.


— Madame Chastain ? Comment allez-vous ? Vous n'avez pas mis vos appareils aujourd'hui ?


Mme Chastain sursauta, comme surprise par la présence de la femme qui pourtant venait tous les matins à la même heure. Sans même la saluer, elle répliqua.


— Vous n'allez pas vous y mettre vous aussi ?! À me dicter tout ce que je dois faire...


— C'est comme vous voulez, Madame Chastain.


Vanessa avait très vite cessé de négocier avec la vieille dame. Elle s'était rendu compte rapidement que cela ne servait rien et que la femme, aigrie depuis la mort de son mari, était devenue irascible et semblait vouer une haine à tous les êtres vivants sur terre... Excepté son chat.


— Minou ? Où est donc Minou ?


Minou. Quel nom ridicule pour un chat. En entendant sa maîtresse l'appeler, le félin s'approcha du fauteuil ou Mme Chastain se tenait. D'un geste agile, il sauta sur ses genoux et se lova contre elle ronronnant à pleins poumons.


Pendant ce temps, Vanessa prit la télécommande de la télévision posée sur l'accoudoir du fauteuil de Mme Chastain et baissa le volume qui lui trouait les tympans. Au même moment, la vielle femme tourna la tête vers son aide à domicile les sourcils froncés.


Colette Chastain, 87 ans -bientôt 88- avait un air revêche. Ses cheveux étaient en pagaille et malgré les suggestions à répétition de Vanessa, elle ne daignait pas retourner chez le coiffeur. Ses yeux bleus, glacials, semblaient sonder chaque être humain au plus profond de leurs êtres, comme si la vieille femme cherchait à déceler la moindre imperfection, le moindre défaut pour ensuite les retourner contre leur propriétaire. Pourtant, on pouvait deviner un certain charme chez elle. Pendant ses jeunes années, la femme avait dû avoir de nombreux prétendants. Mais c'était Eugène Chastain, fils du médecin du village, que la belle Colette avait choisi. De leur union, naquirent trois beaux enfants, Danielle, Patrice et Élise, chacun partit construire leur vie aux quatre coins du pays. À présent, Colette était seule dans cet appartement perdu dans une grande ville anonyme. Eugène n'était plus là et seules les photos jaunies témoignaient de la gloire et de la beauté fanée de l'octogénaire.


— Que faites-vous encore plantée là, à me regarder comme deux ronds de flan ? Vous n'êtes pas censée faire le ménage ou quelque chose comme ça ?


— Madame Chastain, mon travail consiste également à vous tenir compagnie, pas uniquement à vous aider dans vos tâches quotidiennes.


— Je me fiche de votre compagnie ! Je n'ai pas besoin de vous et de votre air compatissant. J'ai Minou, je n'ai besoin de personne d'autre ! Allez, retournez avec vos chiffons et vos serviettes et laissez moi regarder mon émission en paix.


Vanessa leva les yeux au ciel et se mit à la tâche. D'abord la salle de bain, puis la chambre et enfin le salon. Le tout avec en fond sonore la série préférée de Mme Chastain : un programme TV qui durait déjà depuis bien trop longtemps, bourré de rebondissements à tirer par les cheveux et sans aucune logique.


Lassée de ces scénarii qu'elle jugeait mauvais, Vanessa tenta de relancer la conversation.


— Alors, avez-vous eu des nouvelles d'Élise ? A-t-elle finalement eu sa promotion ?


— Comment voulez-vous que je le sache ? Cette petite ingrate ne prend jamais la peine de m'appeler ! Comme ses frères et sœurs, mes trois enfants sont obsédés par leur vie minable qu'ils croient si importante et ne prennent même plus la peine d'appeler leur vieille mère.


— Vous savez Madame Chastain, je peux comprendre que cela vous peine, mais s'ils vous manquent... Rien ne vous empêche de leur téléphoner vous aussi.


— Ce n'est pas à moi de le faire ! C'est à croire que vous êtes de la même veine que mes enfants. Pour votre génération, la famille a perdu toute son importance. Vous êtes devenus obnubilés par l'internet, quelque chose comme ça. Ou bien trop pressés à jongler entre votre travail, vos marmots à élever et vos chiens à promener que vous en oubliez vos aînés. Pourtant, si vous en êtes arrivés là, c'est grâce à nous, vos parents ! Mais non, vous êtes tellement focalisés sur vous-même, que soulever le combiné de téléphone pour prendre de nos nouvelles est l'effort de trop !


Mme Chastain venait encore une fois de cracher son venin. Cependant, Vanessa ne put s'empêcher de penser à sa mère. Depuis combien de temps ne l'avait-elle pas appelé ? Deux semaines ? Peut-être trois ? Elle avait des journées tellement remplies que le soir en rentrant elle n'attendait que de se jeter sur le canapé pour se laisser abrutir par la télévision. Elle était fatiguée, stressée par ce train de vie qui en demandait toujours plus. Pourtant, au fond d'elle, elle savait que ce n'était que des excuses, que Mme Chastain avait raison et qu'un petit coup de téléphone à sa mère ne lui demanderait pas d'effort. Ce soir, ce soir, je l'appellerai ! se promit-elle. Mais non, malgré ses convictions ce soir, elle ne l'appellerait pas. Mais ça, elle ne le savait pas encore.


La vieille horloge accrochée au mur du salon se mit en marche. Le vieux coucou sonna 11h00 de sa voix fatiguée et Vanessa fut ramenée à la réalité. Il était temps de préparer le repas de Mme Chastain.


Avec une main derrière son dos pour masser ses muscles endoloris d'êtres restés courbés trop longtemps à nettoyer chaque recoin de l'appartement, Vanessa se dirigea vers la cuisine.


Là-bas, elle prit la grosse cocotte qui se trouvait dans un placard, la remplit d'eau et la posa sur la gazinière. Vanessa s'occupa ensuite à découper grossièrement les légumes pour préparer un potage qui servirait de repas à Mme Chastain pour le déjeuner et le dîner.


Le temps passait et comme à son habitude, Vanessa sortit de la poche de son jean un sachet de fruits secs en tout genre qu'elle grignotait pour tenir jusqu'à son déjeuner. Elle le posa sur l'étagère suspendue au-dessus de la gazinière et saisit une noix au moment où la voix acerbe de Mme Chastain arrêta son geste.


— Valérie ? Valérie, la télécommande ! Qu'en avez vous fait ? Vous avez baissé le son exprès tout à l'heure pour que je ne puisse plus entendre mon émission ? Avouez-le !


Vanessa soupira, la main toujours à mi-chemin entre le sachet de noix et sa bouche. Mme Chastain était tellement indifférente à son aide à domicile, qu'elle ne se souvenait même pas de son prénom. Cela attristait la quarantenaire. Bien qu'elle était habituée depuis longtemps au manque de respect dont la vieille dame faisait preuve, ce comportement commençait à lui peser.


Vanessa était sur le point de se rendre dans le salon pour donner la télécommande à Mme Chastain quand une pensée traversa on esprit. Les yeux posés sur la noix qu'elle tenait dans sa main, elle pensa qu'elle n'avait qu'à ouvrir le poing, pour faire tomber le fruit sec dans le potage de la vieille dame. Et là, plus de soucis, plus de reproche ! Mme Chastain était gravement allergique aux fruits à coques, c'est pourquoi Vanessa veillait toujours à ce qu'aucune noix ne se retrouve dans ses repas.


Alors qu'elle chassait cette idée morbide de ses pensées, un bruit dans le salon attira son attention. Minou feulait de fureur sous les invectives de sa propriétaire.


— Vilain chat ! Vilain Minou !


Vanessa se hâta vers le salon et croisa sur son chemin le félin qui détalait à toute vitesse pour se cacher dans la cuisine.


Elle ne prit pas la peine d'interroger la vieille dame pour savoir ce qu'il venait de se passer. Ce n'était pas nécessaire, ce genre de drame arrivait fréquemment : le chat avait probablement voulu fuir quand il avait entendu Mme Chastain crier après son aide à domicile. Frustrée, la vieille femme lui avait sans aucun doute tiré la queue et Minou s'était sûrement défendu tant bien que mal avant de s'échapper.


Cela débectait Vanessa. La pauvre bête méritait un bien meilleur foyer. Elle avait pourtant essayé de faire comprendre à Mme Chastain que ce genre de geste n'aiderait pas la situation, que le chat n'y était pour rien. Mais comme à son habitude, Mme Chastain menaçait Vanessa de mettre un terme à son contrat si ses méthodes ne lui plaisaient pas.


Sans un mot, l'aide à domicile prit la télécommande posée sur le buffet et la tendit à l'octogénaire.


— Et voilà. Le déjeuner est presque prêt...


— Ce n'est pas trop tôt ! la coupa Mme Chastain, il est midi passé, vous êtes en retard sur votre planning !


Vanessa ne répliqua pas et réprima un soupir. Elle se contenta de retourner à la cuisine afin de mixer les légumes qui avaient fini de mijoter dans le bouillon.


Cependant, quand elle passa la porte, son cœur sauta dans sa poitrine.


— Minou, descends de là !


Quand il entendit Vanessa hausser la voix contre lui, Minou sauta de l'étagère au-dessus la gazinière et atterrit sans un bruit sur le carrelage. La blonde se précipita vers le paquet de noix avec lequel le chat jouait quand elle était entrée dans la pièce.


Elle se mordit la lèvre nerveusement et inspecta minutieusement l'étagère, ses alentours et vérifia également la cocotte pour s'assurer qu'aucun fruit sec n'était tombé dedans. Elle souffla de soulagement, tout semblait en ordre.


Afin d'éviter toute autre frayeur, Vanessa rangea le sachet dans la poche arrière de son jean et s'attela à mixer la soupe.


Une sensation agréable lui chatouilla les jambes et la fit sursauter. Minou, à ses pieds, se frottait contre elle en ronronnant de plaisir. Vanessa était surprise, c'était bien la première fois que le chat agissait ainsi avec elle. Habituellement, ils s'ignoraient cordialement bien que le félin acceptait de temps en temps de recevoir une caresse sur la tête. Alors pourquoi montrait-il à Vanessa une affection soudaine ?


Le contentement du chat semblait même s'accroître au moment où Vanessa servit le bol de soupe destiné à Mme Chastain. Elle fronça les sourcils, fixant le liquide d'un air suspect. Non, ce n'était pas possible, il devait s'agir d'une coïncidence. Le chat ne pouvait pas savoir que sa maîtresse avait manqué d'être empoisonnée par des fruits à coques quelques secondes auparavant.


Comme il était venu, le chat repartit vers le salon, Vanessa sur ses talons. Perdue dans ses pensées, elle se demanda s'il ne serait pas plus sûr de préparer une nouvelle soupe. Mais quand elle croisa le regard assassin de Mme Chastain, elle se dit que la faire patienter une demie-heure de plus était une erreur à ne pas commettre et qu'elle devait se faire confiance. Elle avait vérifié, aucune noix n'était tombée dans le potage.


Vanessa posa le bol de soupe sur la table tandis que la vieille dame se levait péniblement de son fauteuil. À petits pas, Mme Chastain s'approcha de la table et s'assit devant son repas. Elle commença à manger bruyamment, aspirant sa soupe à chaque gorgée.


Vanessa tenta d'ignorer le bruit désagréable et rejoignit la cuisine pour mettre de côté le reste du potage pour le dîner et faire la vaisselle.


Les mains plongées dans l'eau savonneuse, elle laissa son esprit vagabonder. Plus le temps passait, plus elle se demandait s'il ne serait pas préférable qu'elle propose à son employeur de ne plus venir chez Mme Chastain. Depuis le premier jour, les deux femmes n'avaient jamais réussi à s'entendre. Cela serait sans doute mieux pour les deux intéressées si l'une des collègues de Vanessa prenait le relais. Bien qu'elle doutait qu'une autre aide à domicile réussisse à rentrer dans les bonnes grâces de l'octogénaire.


D'un autre côté, la proximité de son lieu de travail et de son domicile lui apportait un confort personnel qu'elle perdrait en acceptant un nouveau contrat. Mais cela valait-il le coup de se faire manquer de respect tous les jours ? Vanessa n'était pas à son coup d'essai. Cela faisait plus de quinze ans qu'elle exerçait ce métier et elle s'était habituée aux humeurs de ses patients, mais Mme Chastain dépassait de loin son seuil de tolérance.


Alors qu'elle dressait mentalement la liste des avantages et inconvénients à sa demande de changement de contrat, du bruit provenant du salon la sorti brusquement de ses pensées : une toux rauque suivie d'un râle.


Intriguée, Vanessa ferma le robinet d'eau chaude et se dirigea à grands pas vers le salon, ignorant les gouttes d'eau qui tombaient de ses mains trempées et s'écrasaient sur le sol. Tant pis, elle nettoierait à nouveau la cuisine plus tard.


— Mme Chastain, est ce que tout va bien ? interrogea-t-elle en arrivant dans la pièce de vie, Mme Chastain !


Vanessa porta ses mains à son visage, figée d'horreur, devant la scène dont elle était témoin. Mme Chastain était penchée au-dessus de son assiette, les yeux révulsés par la peur. L'une de ses mains agrippait son cou comme si elle essayait de se débarrasser de quelque chose de gênant. Pourtant, elle n'avait rien autour de son cou, pas même un collier.


Cependant, Vanessa pouvait voir grossir à vue d'œil un œdème. Plus il grandissait et plus la vieille dame semblait avoir du mal à respirer. Les yeux de Vanessa oscillaient fébrilement entre le cou de Mme Chastain et le bol de soupe toujours posé devant elle. Son cerveau commençant tout juste à réaliser la cause de la réaction de la vieille dame.


Vanessa s'était trompée. Un morceau de fruit à coque s'était retrouvé dans le déjeuner de sa patiente. Les yeux de l'aide à domicile s'agrandirent encore face à ce constat et elle étouffa un cri de terreur. Qu'avait-elle fait ?


À force de se débattre contre son ennemi invisible, Mme Chastain, épuisée, s'effondra au sol. Le bruit sourd de son corps heurtant le parquet tout juste ciré, ramena Vanessa à la réalité et elle se précipita vers la victime.


Elle s'agenouilla près d'elle et la retourna doucement sur le dos. Le visage de la vieille femme commençait à prendre une teinte violacée inquiétante. La bouche ouverte, elle essayait vainement de reprendre son souffle.


Vanessa croisa les yeux de Mme Chastain. Son regard habituellement perçant semblait maintenant couvert d'un voile, mais elle pu tout de même y lire l'angoisse que ressentait l'octogénaire. Une lueur indescriptible illumina cependant ses pupilles quand Mme Chastain réalisa qu'elle était sur le point de rejoindre son Eugène.


Prise de panique et sentant que la situation lui échappait, Vanessa saisit de sa main gauche Mme Chastain par les épaules et tenta de la redresser péniblement. La main droite tendue en l'air, elle tâtonnait sur le buffet à la recherche du téléphone.


— Tenez bon, Mme Chastain. J'appelle les secours, murmura-t-elle sans détacher les yeux de la vieille femme.


Enfin, elle sentit l'appareil sous ses mains. Elle l'attrapa d'un geste trop brusque qui le fit tomber devant elle. Le combiné manqua de heurter le sol et se balançait à présent à quelques centimètres du parquet retenu par le fil constamment emmêlé.


Vanessa coinça le combiné entre son oreille et son épaule et la main toujours sur le meuble, composa à l'aveuglette le numéro des secours.


La tonalité retentit et l'aide à domicile se mit à pianoter nerveusement sur le buffet attendant impatiemment que quelqu'un décroche. Du coin de son œil, un mouvement attira son attention.


Minou était assis sur le fauteuil du salon, bien droit. Ses pupilles vertes se posèrent sur Vanessa la faisant frissonner tellement son regard semblait humain. Le félin ne semblait pas perturbé le moins du monde par les événements. Au contraire, il semblait satisfait et ses moustaches frémirent donnant à Vanessa l'impression, bien qu'impossible, que le chat souriait.


Une voix masculine résonna à l'autre bout du combiné, sortant Vanessa de sa torpeur. Elle baissa à nouveau les yeux vers Mme Chastain qui avait l'air d'avoir cessé de se battre. Derrière ses paupières à demi fermées, elle fixait un point invisible aux yeux de Vanessa.


Alors que l'aide à domicile relatait les événements à l'opérateur, elle sentit le corps de la vielle dame s'affaisser contre elle. Sa main, qui jusqu'ici était restée agrippée au col de son chemisier, tomba lourdement à côté d'elle. Colette Chastain n'était plus.


Vanessa arrêta de parler brusquement. L'opérateur répétait le nom de Vanessa inlassablement, inquiet de ce silence soudain.


La voix étranglée par le choc, Vanessa parvint, au bout de quelques longues secondes, à articuler une phrase :


— Je crois qu'elle est morte, murmura-t-elle.


— Les secours sont en route, Madame. Je reste avec vous en attendant.


La voix de l'opérateur se voulait rassurante, mais Vanessa ne l'entendait déjà plus. Elle relâcha doucement Mme Chastain sur le sol, et colla son dos contre le buffet.


Toujours sur son fauteuil, Minou quant à lui s'étira, sauta sur le sol, et s'approcha des deux femmes, la queue en l'air et ronronnant à pleins poumons.



* proverbe Malgache