Fantasy Tery

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Summary

Tery Vanian est un jeune homme qui n'aspire à rien dans la vie. Vivant chez sa mère dans le petit village de Leskar, il décide de fuguer de ce dernier le jour de son anniversaire pour éviter d'avoir à participer au tournoi annuel du village qui permettra de trouver les futures personnes douées dans le domaine de la magie élémentaire. Mais dans la forêt entourant Leskar, le danger rôde et Tery ne doit sa survie qu'à l'intervention inopinée d'une personne encapuchonnée et masquée : l'Ombre. Celle-ci est à la recherche des divers médaillons élémentaires du royaume de Shunter et l'un d'entre eux se trouve près du village de Tery. Ne désirant pas retourner dans ce dernier pour éviter une sévère correction, Tery se décide alors à accompagner l'Ombre dans ses aventures. Peut-être qu'avec elle, il trouvera sa Destinée ?

Status
Ongoing
Chapters
100
Rating
4.0 1 review
Age Rating
16+

Volume 1 : Une simple destinée | Chapitre 1.1 : Idiotie

Première partie : Confrontation

Chapitre 1 : Idiotie

— Qu’est-ce qu’on fait de ce gamin, nierk ?!

— Il n’a pas exactement la même odeur que lui. Vous pouvez le laisser en vie, on est venus pour lui et il est crevé maintenant. Toute façon, on reviendra s’il faut, niarf ! »

Cette odeur putride. Je l’ai connue qu’une seule fois mais elle est gravée dans ma mémoire. Une odeur de chair calcinée, putréfiée, ce goût du fer dans la bouche. J’halète et je tremble alors que je cherche ma respiration. Ces visages poilus, ces sourires mauvais, ces …

— Tery… Tery, si tu ne te réveilles pas...

Une voix féminine. Je la reconnais. Qu’est-ce qu’elle me veut ? Normalement, cette voix n’a rien à voir avec ce qui se passe devant moi. Je me sens mal, nauséeux, ma vue est brouillée par la fumée âcre produite par les flammes et mes larmes. Je peine à percevoir ces êtres bossus et difformes et pourtant, je les reconnais, ce sont des…

— Une fois mais pas deux ! Surtout le jour de ton anniversaire !

Je sens mon corps qui est soulevé, porté dans les airs, le décor autour de moi se brouillant et rendant imperceptible toute la scène qui se formait devant mes yeux. Ces derniers s’ouvrent subitement en même temps qu’une douleur vient m’envahir de partout. Le bois du plancher est froid mais surtout beaucoup trop près de mon visage.

— Maintenant que tu es debout, tu vas pouvoir te passer de l’eau sur le visage, te rendre présentable et enfin descendre pour ton petit-déjeuner.

J’ai à peine le temps de voir une robe verte s’éloigner de ma chambre en refermant la porte derrière elle. Ma mère est une tortionnaire. Ça ne date pas d’hier. Lentement, je me relève en gémissant. Même si j’ai l’habitude, ça ne change rien au fait qu’un réveil brutal comme ça, ce n’est appréciable pour personne.

J’arrive enfin à m’extirper du sol et à me redresser. Il est temps pour moi de… Aaaaaaah ! Une main devant la bouche, il est surtout temps pour moi de remettre de l’ordre dans mes idées. Il s’est passé quoi cette nuit ?

— C’est bizarre.

Ce sont les seuls mots qui sortent de ma bouche alors que je suis en train de repenser à cette scène dans ma tête. Ça fait bien plusieurs années que je n’ai pas refait ce cauchemar. Normalement, c’est de l’histoire ancienne, j’ai tiré un trait et pourtant… il est revenu, encore plus virulent que lorsque j’étais gamin.

Un constat sur mon lit suffit presque à m’imaginer avoir eu un malheureux « accident ». À mon âge ? Le jour de mon anniversaire ? AH ! Mais bien heureusement, je pose une main sur la tâche. Ce n’est que de la sueur, au moins une bonne nouvelle. Bon, il est temps de s’habiller correctement et de descendre au rez-de-chaussée pour rejoindre ma mère.

Une délicieuse odeur vient me titiller les narines et je ne peux m’empêcher de sourire lorsque j’arrive dans la cuisine. Même si ma mère m’a extirpé du lit d’une manière des plus violentes, le fait que j’ai un petit-déjeuner sur la table chaque matin est une preuve parmi tant d’autres de son amour envers moi.

— Merci pour le petit-déjeuner, maman.

Je viens m’asseoir tout en commençant à me remplir l’estomac même si je mâche lentement. Avec un réveil aussi brutal, mon corps n’est pas prêt à tout accepter aussi facilement si je m’empiffre comme un goinfre. Pendant ce temps, ma mère me tourne le dos, lavant quelques couverts et ustensiles.

Un dos assez imposant et pourtant qui n’est pas courbé. Malgré les années qui passent, ma mère a toujours refusé de plier l’échine. Bien qu’elle se soit laissé aller un peu physiquement au fil des ans, on ne peut pas considérer qu’elle est grosse. Légèrement enrobée, peut-être, mais ma mère reste belle et prend soin d’elle.

— Je peux savoir pourquoi est-ce que tu me fixes comme ça ? Tu ne vas pas me dire que tu m’en veux encore pour ce matin ?

Les yeux verts de ma mère. Ils brillent d’une grande clarté et il y a toujours cette étincelle combative à l’intérieur. Autant je possède les mêmes yeux, autant cette « motivation » dans son regard n’est vraiment pas héréditaire. Je suis une véritable loque. Le pire est que je l’assume complètement.

— Pour rien, maman. Pour rien du tout. Tu sais, c’est juste un jour comme les autres.

— Pas du tout, qu’est-ce que tu racontes là ?! C’est ton anniversaire, Tery ! Et pas n’importe lequel, tu as enfin ta majorité !

— Et avec ça, tu peux donc me jeter dehors quand tu le veux. Encore que tu aurais pu le faire bien avant si tu en avais envie.

Je suis un peu amer mais c’est naturel. Ma mère me jette un regard dépité et ne vient même pas relever ma remarque. J’imagine qu’elle veut montrer par là qu’elle a pris l’habitude de mon comportement déplaisant.

— Avec ça, tu vas pouvoir te rendre au petit tournoi mensuel du village. Maintenant, tu es obligé d’y participer. Tu ne pourras plus te défiler.

— De toute façon, ce n’est que le gagnant ou la gagnante qui peut quitter le village et encore, sous prétexte de croire qu’il deviendra riche et célèbre. Ces tournois sont inutiles.

— Ces tournois sont un prétexte et un loisir pour occuper les jeunes villageois. Ils permettent aussi de nous rassurer par rapport aux créatures qui habitent aux alentours de notre village, Tery. Je ne devrais pas avoir à répéter cela, hein ?

— Non, maman. Mais ça ne changera rien au fait que je n’ai pas envie de me ridiculiser devant les autres. Je ne sais rien faire de mes dix doigts et je n’ai jamais appris à maîtriser mes lignes magiques. À partir de là, je...

— Et c’est de la faute à qui selon toi ?

Encore une fois, elle me coupe la parole. Encore une fois, je vois parfaitement où elle veut en venir. Mais j’ai des circonstances atténuantes ! Enfin, peut-être au départ, mais maintenant, au fil des années, ce n’est plus vraiment le cas.

Je me sens encore plus morose. J’ai juste envie de quitter la maison et de ne revenir que plus tard, quand tout ça sera terminé. Mais dès l’instant où je me lève de ma chaise, la voix de ma mère résonne à mes oreilles :

— Fais attention à toi et il faut que tu évites de trop t’éloigner, compris ? Le tournoi débutera en début d’après-midi et comme l’heure est déjà bien avancée car quelqu’un n’a pas daigné se lever à l’aurore, c’est pour bientôt.

— Oui, oui, je le sais. Toute façon, je ne risque pas de partir trop loin, c’est si petit dans les environs. En un quart d’heure, j’ai fait le tour du village !

Et me voilà maintenant dehors après quelques pas. Brrr ! Le soleil est peut-être déjà haut dans le ciel, ça ne change rien au fait que je n’aime pas sortir. L’extérieur m’est désagréable, je quitte rarement la maison. L’endroit où je vis avec ma mère est assez éloigné des autres, dans le sens où je dois bien faire une cinquantaine de mètres pour arriver au croisement entre le chemin menant jusqu’à chez nous et ceux des autres maisonnées.

Ooooh. Tu as décidé de prendre l’air, Tery ? Hahaha ! J’imagine que ta mère t’a jeté dehors comme un malpropre ! Tu peux l’avouer ! s’exclame une voix sur ma droite.

Je tourne ma tête vers un homme qui doit se rapprocher de la quarantaine. Avec du bois sur son épaule musclée comme le reste de son corps, il ne semble avoir aucun mal à être stationnaire pendant qu’il me parle malgré la charge appliquée sur le haut de son corps.

— Plus ou moins ça. Elle veut que je me prépare pour le tournoi, pfff.

— Fais pas la tête, va ! C’est plus une distraction qu’autre chose. T’auras qu’à te laisser tomber dès le premier coup et tu pourras retourner t’enfermer chez toi comme d’habitude.

Je ne peux même pas me mettre en colère. C’est une taquinerie qui ne se veut pas méchante de sa part. Il a parfaitement raison et c’est l’idée que j’avais en tête avant même qu’il ne me la propose. En contrepartie, je sais que ma mère risque de me passer un savon.

— En même temps, si ta magie ne s’est pas éveillée alors que tu es maintenant un adulte, on ne peut rien y faire hein ?

— Oui mais bon… J’imagine que même moi, un petit peu, j’avais envie de… Hum, non, désolé. Je vais continuer ma marche.

L’homme me fait une salutation de la main alors que je marmonne le reste de mes propos. Oui, j’ai parfois… quelques désirs aussi. Des désirs aussitôt étouffés car je n’ai pas envie de perdre mon temps avec de telles idioties. Je vais plutôt continuer ma marche et faire comme si de rien n’était. Cela vaudra mieux pour tout le monde, surtout moi.

Le reste de ma promenade se déroule plus tranquillement. En même temps, je ne fais que de brèves salutations à celles que l’on m’envoie. Même sans réellement comprendre les chuchotements, je sens les regards posés sur ma personne. Bah, je ne peux pas leur en vouloir, je suis… problématique, on va dire.

Si on me voit sortir deux fois par mois, c’est déjà un grand exploit. Pour moi, sortir, c’est juste me promener dans le village pendant les jours de marché ou festival. Malgré toute la bonne volonté de ma mère, elle n’a jamais réussi à me faire avoir une vie correcte, et cela dure depuis des années. En contrepartie, pour ce qui des études et autres, j’ai eu des cours particuliers de sa part.

En dépit du temps passé, je suis toujours aussi surpris par l’intelligence de ma mère. Dans un village comme le nôtre, savoir lire et écrire, c’est faire preuve d’une grande éducation. Je suis certain que si elle le désirait, elle pourrait donner des cours aux enfants du village mais non, elle s’est toujours focalisée sur moi. Et je peux me considérer comme un enfant sage par rapport à ça. En même temps, ne pas lui obéir reviendrait à chercher les ennuis.

— Oh ? Tery ? Qu’est-ce que tu fais aux portes du village ?

Sans même m’en rendre compte, plongé dans mes pensées, je suis arrivé jusqu’aux portes en bois du village. Oui, avec ce qui traîne autour du village de Leskar, nous avons des palissades en bois pour nous protéger. Ce n’est pas le plus efficace mais un peu de magie est là aussi pour aider les soldats qui font des marches nocturnes. Et là, à cet instant précis, je me retrouve devant la double porte ouverte avec deux soldats devant moi.

— Un petit tour, j’imagine. J’ai besoin de m’aérer l’esprit.

— Héhéhé, c’est vrai qu’aujourd’hui, tu es obligé de participer au tournoi. Ta mère n’arrête pas de parler de ça depuis des semaines.

Maman ? Ah… Oui, contrairement à moi, elle sort fréquemment. Il le faut bien : la nourriture ne va pas arriver sur la table en un claquement de doigts. Mais bon, ce n’est pas le moment de penser à ma mère alors qu’une autre idée est en train de se façonner dans mon cerveau.

— Je voudrais encore profiter un peu du temps qu’il me reste. Est-ce qu’il est possible de sortir prendre l’air ? Du moins, marcher le long des palissades ?

— Hmm… Bon, l’un de nos gars fait le tour des palissades. D’un autre côté, c’est vrai que c’est ton premier tournoi donc tu dois être un tout petit peu nerveux quand même hein ?

— On va dire que ce n’est pas vraiment la joie. Alors est-ce que je… peux ? demandé-je une nouvelle fois, avec une petite pointe triste et intimidée dans le ton de ma voix.

— Hum, d’accord, d’accord ! Bon, en revanche, tu ne t’éloignes pas de la palissade hein ?

— Promis ! dis-je avant de passer de l’autre côté des portes en bois. » Me voilà à l’extérieur du village. Un chemin de terre est dessiné à même le sol, partant vers une épaisse forêt. Un simple regard aux alentours permet de deviner que la forêt fait bien les trois quarts du décor autour du village. La seule exception se trouve à l’opposé de l’entrée du village. Là-bas, une autre double porte s’y trouve, généralement fermée.

Pfiou… Cela fait combien d’années que je n’ai pas fait une marche autour de la palissade ? J’étais sûrement enfant à l’époque. Je n’arrive plus à me rappeler si j’ai déjà été une fois de l’autre côté. Comme les gardes doivent surveiller les alentours, ils suivent eux-mêmes un chemin le long de la palissade, celle-ci leur arrivant à hauteur du ventre lorsqu’ils se trouvent dessus.

À cette époque, je pouvais me promener avec… Non, je ne vais pas y penser. Mes yeux étudient le bois de la palissade à ma droite. Malgré l’usure, elle est encore d’une grande résistance et solidité. En même temps, elle a été renforcée il y a plus d’une dizaine d’années, à la suite d’un certain évènement que je dois oublier.

Avec mon rythme de marche, je devrais avoir fini de faire le tour en une quinzaine de minutes. Un autre regard et je peux apercevoir l’un des hommes qui fait sa garde comme convenu. Il me tourne le dos, continuant sa route comme si de rien n’était. Je ne suis même pas certain qu’il sache que je suis là.

Dans tous les cas, je peux mettre enfin mon projet à l’action. Peu à peu, faisant attention à ne pas être repéré, je m’éloigne du village et de la palissade pour finir par arriver dans la forêt. L’idée est si simple et pourtant si efficace : je vais rester dans la forêt pendant quelques heures, jusqu’à la tombée de la nuit et ensuite, je reviendrais, telle une fleur, alors que le tournoi sera terminé depuis longtemps....