Nos âmes perdues

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Summary

Thomas et Lucie vivent un amour passionné, un bonheur qui semble inébranlable. Mais tout bascule lorsque Lucie apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. Le diagnostic est un coup de massue, et le chemin vers la guérison s'annonce long, douloureux, et incertain. Alors que Lucie doit faire face à la maladie, Thomas, profondément amoureux, s’efforce de rester son pilier, la soutenant avec toute la force qu’il peut rassembler. Il cache ses propres peurs pour ne montrer qu’amour et espoir, mais la situation pèse lourdement sur lui. Lucie, consciente de la gravité de sa maladie, ne veut pas que Thomas se perde dans la douleur. Dans un élan de lucidité, elle tente de le préparer à l'inévitable, à une vie sans elle. C'est sa manière de l’aimer : lui offrir les outils pour continuer à vivre, même après sa disparition. Maxime, le frère de Lucie, entre dans cette tourmente. Il soutient du mieux qu'il peut sa sœur et son beau-frère, mais se retrouve lui aussi à lutter contre ses propres sentiments et regrets. Face à la maladie, chacun doit apprendre à naviguer entre l’amour, la peur et la perte. Ensemble, ils découvriront que, même dans les moments les plus sombres, il existe une force qui les unit : l’amour.

Status
Complete
Chapters
48
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
13+

♡ 1 ♡ Thomas ♡

Je contemple Lucie, assise en face de moi. Après cinq ans de mariage, sa beauté me coupe toujours le souffle. Ses longs cheveux auburn cascadent sur ses épaules, encadrant un visage aux traits délicats. Ses yeux verts, d’ordinaire pétillants de malice, sont aujourd’hui voilés par une ombre que je n’y avais jamais vue.

Mon regard s’attarde sur sa tenue, choisie avec le soin qu’elle apporte toujours à son apparence. Elle porte une robe d’été légère en soie couleur crème, qui épouse délicatement les courbes de son corps. Le tissu fluide danse doucement à chacun de ses mouvements, comme une caresse sur sa peau. Le décolleté en V, bordé d’une fine dentelle, révèle la naissance de sa gorge et met en valeur la délicatesse de sa clavicule.

À son cou, je remarque le pendentif en forme de goutte d’eau que je lui ai offert pour nos deux ans de mariage. Il scintille doucement dans la lumière, rappelant l’éclat habituellement présent dans ses yeux. Ses poignets sont ornés de fins bracelets en or, dont le tintement délicat accompagne chacun de ses gestes. Ses pieds, croisés sous la table, sont chaussés de sandales en cuir tressé, révélant des ongles soigneusement vernis d’un rouge profond qui contraste avec la pâleur de sa peau.

Tendrement, je tends la main pour caresser sa joue. Sa peau, douce et chaude sous mes doigts, porte encore les traces d’un été passé au soleil. À trente ans, Lucie rayonne habituellement de vitalité. Mais aujourd’hui, cette lumière semble vaciller, et même sa beauté ne parvient pas à dissimuler complètement cette ombre qui plane sur elle.

— Tu sais que je serai là à chaque étape, mon amour, dis-je doucement, cherchant désespérément les mots justes pour affronter cette nouvelle qui vient de bouleverser notre monde.

— Je sais, rétorque Lucie en souriant tendrement.

Ce sourire, que j’ai vu s’épanouir tant de fois sur ses lèvres pleines, n’atteint pas ses yeux. Je connais chaque expression de son visage en forme de cœur, chaque nuance de sa voix mélodieuse. À trente-trois ans, j’ai appris à lire en elle comme dans un livre ouvert.

Je vois la tension dans la ligne gracieuse de son cou, la crispation de ses épaules délicates sous le tissu léger de sa robe d’été. Ses mains, fines et élégantes, tremblent légèrement alors qu’elle les pose sur la table. Sans hésiter, je les prends dans les miennes, caressant doucement ses doigts avec mon pouce.

Lucie lutte visiblement pour ne pas fondre en larmes. Le diagnostic est encore frais, les mots “cancer du sein” résonnent encore dans nos oreilles. Je fixe sa poitrine, qu’elle a toujours trouvée trop menue, et qui recèle maintenant une menace invisible mais terriblement réelle.

J’aimerais pouvoir la prendre dans mes bras et faire disparaître cette menace. Au lieu de cela, je me lève et contourne la table pour m’agenouiller à côté d’elle. Je passe un bras autour de sa taille fine, l’attirant contre moi. Elle se love dans mon étreinte, son corps souple s’ajustant parfaitement au mien comme toujours.

J’enfouis mon visage dans ses cheveux, respirant son parfum familier mêlé à l’odeur de sa peau. Mes lèvres effleurent son front dans un baiser léger comme une plume.

— Je suis là, mon amour, je murmure contre sa tempe. On va traverser ça ensemble.

Lucie hoche la tête contre mon épaule, ses bras s’enroulant autour de mon cou. Je sens l’humidité de ses larmes à travers ma chemise, mais aussi la force de son étreinte. Ma Lucie est une battante, et je sais qu’elle fera face à cette épreuve avec tout le courage qui la caractérise.

Pour l’instant, dans ce moment suspendu entre l’avant et l’après, nous restons enlacés, puisant force et réconfort dans la présence de l’autre, prêts à affronter ensemble ce qui nous attend. Lucie se dégage doucement de mon étreinte, ses yeux verts emplis d’une lassitude que je ne leur ai jamais vue auparavant.

— Je crois que je vais aller m’allonger un peu, murmure-t-elle, sa voix à peine audible.

J’acquiesce, comprenant son besoin de solitude.

— Bien sûr, mon amour. Tu veux que je t’accompagne ?

Elle secoue la tête, un faible sourire aux lèvres.

— Non, ça va aller. J’ai juste besoin de... digérer tout ça.

Je la regarde se lever, ses mouvements habituellement gracieux semblant aujourd’hui lourds, comme si le poids du monde s’était soudainement abattu sur ses épaules. Elle se dirige vers notre chambre, et je résiste à l’envie de la suivre, de la protéger. Mais je sais qu’elle a besoin de cet espace.

La porte de la chambre se referme doucement derrière elle, et je me retrouve seul dans le salon, le silence pesant comme une chape de plomb. C’est dans ces moments-là que la réalité me frappe de plein fouet.

Je m’effondre sur le canapé, la tête entre les mains. Le cuir froid contre ma peau me fait frissonner, ou est-ce la peur qui glace mon sang ? L’odeur familière de notre maison - un mélange du parfum préféré de Lucie et de l’encens que nous allumons souvent - me semble soudain étrangère, comme si notre vie d’avant s’était déjà évanouie. Mes yeux se posent sur la photo de notre mariage, sur la commode. Lucie y rayonne, pleine de vie et d’espoir. Ce souvenir heureux se mêle cruellement à la réalité actuelle, rendant la situation encore plus insupportable.

Les pensées tourbillonnent dans mon esprit, chacune plus terrifiante que la précédente : « Et si on l’avait détecté plus tôt ? Aurions-nous pu éviter tout cela ? Et si le traitement ne fonctionne pas ? Comment vais-je pouvoir la soutenir à travers cette épreuve ? Et si elle ne s’en remettait pas ? Comment pourrai-je vivre sans elle ? Et si la maladie revenait, même après le traitement ? Serai-je à la hauteur ? »

Mon cœur bat si fort que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma poitrine. Ma gorge se serre, l’air me manque. Je lutte pour respirer, pour ne pas céder à la panique qui monte en moi comme une vague déferlante. Une partie de moi veut croire que tout ira bien, que nous surmonterons cette épreuve ensemble, mais cette voix d’espoir est noyée sous le flot de mes peurs. Je dois être fort, pour Lucie. Mais en cet instant, seul dans notre salon, je me sens plus vulnérable et impuissant que je ne l’ai jamais été.

Je jette un coup d’œil à la porte fermée de notre chambre. Cette porte en chêne, que nous avions choisie ensemble lors de notre emménagement, porte les marques de notre vie commune - une égratignure due à un déménagement maladroit, une tache de peinture rappelant notre phase de rénovation. Aujourd’hui, elle me semble être une barrière infranchissable.

Le silence qui règne de l’autre côté est assourdissant. J’aimerais entendre quelque chose, n’importe quoi - un sanglot, un soupir, le bruissement des draps - juste pour savoir qu’elle est là, qu’elle n’a pas disparu.

Derrière ce panneau de bois, la femme que j’aime plus que tout au monde fait face à sa propre bataille intérieure. Je revois son visage rayonnant le matin de notre mariage, quand elle est sortie de cette même chambre dans sa robe blanche. Aujourd’hui, c’est une tout autre réalité qui nous attend.

Mes doigts effleurent la poignée froide, hésitants. J’aimerais pouvoir la rejoindre, la prendre dans mes bras et lui promettre que tout ira bien. Mais je sais que ce serait un mensonge. Je sais que la route vers la guérison sera longue et douloureuse.

La vérité, c’est que je suis terrifié. Terrifié de la voir souffrir, terrifié de ne pas être à la hauteur, terrifié de la perdre. Mais je sais aussi que ma peur n’est rien comparée à ce qu’elle traverse en ce moment. Alors je reste là, immobile, déchiré entre mon désir de la protéger et la conscience que parfois, le soutien le plus fort est de savoir quand laisser l’autre affronter ses démons seul.

Aujourd’hui, quelques heures après le verdict implacable, je comprends son besoin de solitude. Ce n’est pas de l’égoïsme de sa part, loin de là. Lucie tente simplement d’apprivoiser cette nouvelle réalité à sa manière, de trouver un sens à ce chaos qui vient de s’abattre sur notre vie. Son silence n’est pas un rejet, mais une nécessité.

Alors je reste là, respectueux de son choix, de son besoin de s’isoler. Je me tiens, patient et inquiet, de l’autre côté de cette porte qui semble soudain si lourde de sens. Notre chambre, autrefois havre de paix et de tendresse, est devenue le refuge où elle affronte ses peurs les plus profondes.

J’aimerais pouvoir partager ce fardeau, absorber ne serait-ce qu’une fraction de sa douleur. Mais je sais que certaines batailles doivent être menées seul, du moins au début. Mon rôle, pour l’instant, est d’être cette présence silencieuse, ce pilier inébranlable qui l’attendra, quoi qu’il arrive.

Dans ce couloir silencieux, je deviens le gardien de son espace, de son temps de réflexion. Et quand elle sera prête, quand elle ouvrira cette porte, je serai là, les bras ouverts, prêt à affronter ensemble ce qui nous attend.

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