Prologue
Kaera
— Tu me promets de toujours m’appeler ?
Je poussai un soupir et m’assis délicatement sur le lit, à côté de mon frère Max.
— Promis. Je t’appellerai dès que j’aurai un moment, le rassurai-je en enfonçant doucement mes doigts dans ses cheveux blonds.
— J’aimerais tant partir avec toi… murmura-t-il, une pointe de tristesse dans la voix.
Je soupirai de nouveau et posai ma main sur sa joue, esquissant un sourire.
— Moi aussi, j’aurais voulu. Mais ça ne ferait qu’empirer les choses. Je refuse qu’il s’en prenne à toi.
Le cœur serré, il baissa la tête, une larme perlant au coin de son œil.
Cette vision me déchirait. Mais quelle sœur serais-je si je l’entraînais dans mes problèmes ? Il n’était qu’un enfant. Il ne devait pas porter le poids de mes choix.
— Regarde-moi. Un jour, je reviendrai te chercher. Je te le promets, affirmai-je en soulignant chaque mot, les yeux dans les siens.
Une étincelle d’espoir illumina soudain ses pupilles grises, si semblables aux miennes. Ce simple éclat me redonna courage.
— Tu m’aides à faire ma valise ? soufflai-je en me levant d’un bond.
Il hocha la tête et se précipita vers le sac rose étalé au milieu de ma chambre. Nous y entassâmes mes affaires à la hâte. Le temps pressait. Il fallait que je parte avant son retour.
Quand tout fut prêt, je l’attirai contre moi dans une étreinte fébrile. Mon cœur se brisait à l’idée de le laisser derrière moi, mais je n’avais pas le choix. Rester, c’était accepter ce mariage. Et j’aurais préféré mourir plutôt que d’appartenir à cet homme.
Valise en main, je quittai la chambre sur la pointe des pieds, le souffle court. Chaque pas dans l’escalier résonnait comme un coup de massue. Le salon, plongé dans les ténèbres, m’accueillit en silence. Pour une fois, je bénis la Déesse de la Lune de m’avoir donné la vision nocturne.
Mon cœur battait à se rompre. Des gouttes de sueur glissaient le long de mes tempes. Un faux pas, et tout serait perdu.
J’atteignis enfin la porte d’entrée. Ma main tremblante enlaça la poignée… Quand soudain, la lumière jaillit.
— N’y pense même pas.
Je sursautai, lâchant ma valise dans un fracas assourdissant. Mon sang ne fit qu’un tour. Déesse, j’étais prise.
La gorge nouée, je me retournai lentement, priant pour que ce ne soit pas… lui.
Mais le destin est cruel.
Adossé au cadre de la cuisine, un homme aux yeux bleus glacés me toisait, les bras croisés sur son torse massif. Mon père. Et sa colère était palpable.
Mon cœur manqua un battement. Je connaissais trop bien ses excès de violence.
— Je… Je ne voulais pas… bredouillai-je, recroquevillée.
— Ferme-la ! rugit-il. Je ne veux pas t’entendre !
Je baissai les yeux, muette. Mon plan s’écroulait. Comment avais-je pu croire échapper à l’Alpha de la Meute Étoilée ?
— Alors ? Où comptais-tu aller ? gronda-t-il, d’une voix trop calme.
— Je… Je ne sais pas.
Mentir était ma seule issue. Révéler la vérité, c’était condamner mon allié.
Il sourit. Un sourire qui me glaça le sang. Puis il s’avança, mains sur les hanches. Chaque pas me fit reculer jusqu’à ce que mon dos heurte le mur.
Je n’eus pas le temps de réagir.
La gifle claqua, me projetant au sol.
— Tu me prends pour un idiot ? Crache la vérité ! Avec qui tu complotais ?
Ma joue brûlait. Les larmes me montaient aux yeux, mais je relevai la tête, le défi dans le regard.
— Jamais je ne te le dirai.
Sa main se leva de nouveau… Quand une silhouette s’interposa.
— Arrête, Dan !
Ma mère. Ses doigts agrippaient son bras avec une force insoupçonnée.
— Laisse-la tranquille.
— Si c’est nécessaire pour la ramener à la raison, je la briserai !
Elle se plaça entre nous, implorante :
— Laisse-la partir. Je t’en supplie.
Je la dévisageai, un mélange de rage et de tristesse m’envahissant. Pourquoi s’humiliait-elle devant lui ? Nous comptions si peu face à sa meute…
Mon père ricana.
— Soit. Mais écoute bien, Kaera Sylverton : si tu franchis cette porte, n’espère jamais revenir. Tu seras morte pour nous.
Le choc me paralysa. Comment osait-il ?
— Alors ? Ton choix ? cracha-t-il.