Prologue
– Je déclare l’accusé coupable du meurtre de son ex-compagne, Sofia Adriano.
Le coup de maillet résonna longtemps dans les oreilles de l’accusé dont le regard vide contrastait avec sa posture des plus rigides. Les menottes, si fines, semblaient bien ridicules alors qu’elles rentraient dans la peau de ses poignets épais. Il gardait la tête droite, l’air digne et indifférent à la fois, alors que tout en lui appelait à la révolte et à la haine.
La haine contre tous ces gens qui le jugeaient coupable sans rien connaître de lui, mis à part son nom et sa relation avec la victime.
Autour de lui, des exclamations, des soupirs, autant de soulagement que de surprise. Si on le croyait coupable ? Bien sûr. On s’attendait simplement à une réaction de sa part ; un regard, une grimace, une lueur haineuse, un mouvement brusque, violent… Un signe de contestation qui lui vaudrait une bonne correction de la part des policiers de chaque côté de lui, prêts à agir en cas du moindre mouvement suspect de sa part.
Mais l’accusé restait parfaitement immobile et ne cilla à aucun moment, pas même lorsque le juge prononça sa sentence :
– Je vous condamne donc, monsieur Flores, à vingt-cinq ans de prison ferme. La séance est levée.
Nouveau coup de maillet retentissant. Si l’homme prononça d’autres mots, Sol Flores n’y fit pas attention. On lui trouva l’air imperturbable, insensible alors qu’autour de lui, on s’agitait. En lui, seul le choc entre le maillet et le bourdon, tous deux fabriqués dans un bois vénérable, retentit en continu jusqu’à sa sortie du tribunal. Escorté par deux policiers, il rejoignit un fourgon dans lequel on l’attacha solidement, en vérifiant que ses menottes maintenaient bien ses grandes mains liées l’une à l’autre. Des mains qui semblaient laides, monstrueuses, des mains qui avaient tué de sang-froid.
C’était ce que l’on pensait, ce que l’on croyait.
Chaque regard qui passait sur sa personne était le même. Froid, haineux, rempli d’un dégoût immense. Quiconque retenait ce visage ne pourrait plus le voir autrement que comme celui d’un assassin parce que c’était ce qu’il était, après tout…
Non ?
Non.