Le locataire du 37e étage

All Rights Reserved ©

Summary

Quand un email anonyme contient la preuve de l'adultère de son mari, Claire se sent trahie. Elle compte bien rendre la monnaie de sa pièce à son mari. Seulement en jetant son dévolu sur Iwasaki, le richissime locataire du penthouse du 37e étage, Claire ne sait pas du tout à qui elle a affaire !

Status
Ongoing
Chapters
17
Rating
n/a
Age Rating
18+

La ligne blanche


2090, Tokyo, Japon.

Ma silhouette se reflète sur l’immense baie vitrée. J’embrasse du regard la ville enveloppée du manteau mordoré du crépuscule. Je sirote un verre de vin rosé, où flottent plusieurs fraises emprisonnées dans un glaçon.

À l’occasion de mon anniversaire de mariage, j’ai choisi de porter une magnifique robe fourreau noire recouverte de dentelle de même et des chaussures élégantes à talons aiguilles. Sous ma robe, je porte un ensemble de lingerie en soie noire, aussi élégant que suggestif pour la célébration de mes noces de soie ! Je l’ai acheté à Paris avant de prendre mon avion pour Tokyo.

Mais la mauvaise fortune va en décider autrement ! Mon smartphone vibre sur la table basse. Je soupire de lassitude. Je connais déjà le contenu du message. Mon mari André est retenu au travail pour notre douzième anniversaire de mariage. Un prétexte comme un autre pour me négliger une fois de plus !

Depuis mon arrivée à Tokyo, toutes mes soirées se ressemblent. André rentre à pas d’heures et je dîne seule. Le plus souvent, devant un programme de télé-réalité totalement loufoque ou une série en VOD !

De dépit, je bois une nouvelle gorgée de vin rosé à la fraise. Puis, je m’arrache à la contemplation du coucher du soleil. Je remplis à nouveau mon verre à vin et rajoute plusieurs glaçons.

— Etsuko, lance la chanson Wicked Games de Chris Isaak, interprétée par Lilas White, demandé-je à l’IA domestique.

— Wicked Game, interprété par Lilas White : Lecture en cours.

La voix douce et légèrement synthétique d’Etsuko résonna dans l’appartement tandis que les premières notes envahissaient l’espace.

— Souhaitez-vous ajuster le volume ou activer le mode ambiance tamisée ?

— Ajuste seulement le volume, répondis-je.

Dès les premières tonalités de musique, vibrantes de sensualité de la voix de Lilas, je ferme les yeux. Ma peau se couvre de frissons de délice. Lilas est une expatriée néo-zélandaise ainsi qu’une connaissance. J’ai assisté à plusieurs de ses concerts dans un pub irlandais de Roppongi. Nous avons rapidement sympathisé, malgré nos quinze ans d’écart.

Alors que j’écoute la voix sensuelle de Lilas, malgré moi, je me remémore ce qui s’est passé.

Il désagrafe mon soutien-gorge dont Il fait lentement glisser les bretelles le long de mes bras, et ce sans me lâcher du regard. Je baisse les yeux, intimidée par l’intensité de son regard. La caresse de la dentelle sur mes seins me fait frémir.

En m’arrachant à ce brulant souvenir, mon reflet me réprimande pour ce que je m’apprête à faire. La culpabilité devrait me ronger, mais il n’en est rien. Je Le désire avec une violence inouïe. J’avale d’un trait mon ballon de vin.

— Etsuko, m’écrié-je tout à coup. Envoie un message au locataire du 37e étage. Puis-je venir chez vous ?

— Message envoyé, me répond l’IA.

La réponse ne se fait curieusement pas attendre. Mon cœur manque un battement. Je sais qu’il est revenu de New-York, mais je n’aurais jamais pensé qu’il accepterait de me recevoir. C’est un homme très occupé !

— Claire, un message de votre correspondant.

Je déglutis péniblement.

— Qu’a-t-il répondu ? demandé-je après une longue hésitation.

Je m’attends à un refus. Quand je ne joue pas selon ses règles, il me punit. Il ignore mes messages et mes appels. Je me console en me répétant qu’un homme d’affaires, qui plus est PDG d’une multinationale du secteur de la cybersécurité, doit être très occupé. Il n’a pas forcément le temps de me répondre dans la seconde. Seulement, une petite voix me susurre qu’il joue avec moi. La seule raison : je ne cède pas comme il le souhaite !

— Il vous attend, me dit Etsuko.

Un frisson me remonte le long de l’échine.

Ravalant mes doutes, je traverse l’appartement de 77 m2. Cependant, j’hésite un moment. Surtout quand je dois pénétrer à l’intérieur de l’ascenseur. Mon cœur bat à la chamade à l’idée d’en franchir le seuil. Peu de gens accède au 37e étage.

L’imposante tour résidentielle Miyahara Garden a un protocole bien défini, concernant le penthouse de ce fameux étage. Afin de pouvoir accéder aux appartements, le visiteur doit se présenter à l’accueil et récupérer un bracelet-scanneur dédié aux visiteurs. Dès l’entrée dans un logement de la tour, chaque résident reçoit le sien, car le dispositif officie aussi de clé et de carte d’identité ou permis de séjour.

L’IA Kae gère tous les accès de la résidence qu’ils soient pour les quartiers privatifs comme les appartements et les quartiers public tels que la salle de sport, aux salons de détente ainsi qu’au home-cinéma au rez-de-chaussée. À tout moment de l’année, les résidents entrent les identités des visiteurs autorisés à leur rendre visite.

Au moment du scannage du bracelet, l’IA résidentielle Kae ouvre les portes de l’ascenseur. Dans le cas contraire, il n’est pas utile de s’attarder. Les portes resteront fermées. L’apitoiement ou le chantage auprès des gens de l’accueil n’attendrit personne.

Avant de pénétrer dans son penthouse, j’ai entendu les salariés de l’accueil dire que la vue sur la capitale japonaise et le Mont Fuji était tout simplement époustouflante. Depuis mon appartement du 17e étage, la vue est déjà splendide.

La voix synthétique de l’intelligence artificielle Kae annonce l’étage de ma destination : le Penthouse 37. J’hésite. Il est toujours temps ! Je peux rentrer chez moi et attendre le retour de mon mari. J’ai tout à fait conscience que je dois prendre mes distances avec le locataire du 37e étage. Mais une petite voix au fond de moi me dit de monter.

À chaque pas vers l’ascenseur, je sens le poids de mon désir se faire plus pesant, plus perceptible. Mes pensées se mêlent à des éclats de souvenirs, des instants où nos corps se frôlent, se touchent, jusqu’à l’effleurement d’une promesse que je n’avais jamais voulu comprendre.

Il déboucle ma ceinture et déboutonne mon jean avant de le faire glisser le long de mes hanches. Ses mains emportent ma culotte en dentelle au passage, Il apprécie la vue de l’auréole de cyprine, tachant le fond de mon sous-vêtement.

Les oreilles emplies de la reprise sensuelle et enivrante de Wicked Game, j’entre dans l’ascenseur. Je me positionne à gauche du panneau de l’écran tactile. Tandis qu’une seule touche de commande Monter clignote en bleu, un autre souvenir de cette nuit me hante.

Je me sens envahie par la chaleur du réduit, comme si une caresse invisible effleure ma peau. Un bref éclat de mémoire, le goût du saké enrobe tout à coup ma bouche avant de disparaître aussi soudainement qu’il est venu. Mes joues s’enflamment.

Il prend mon visage en coupe dans ses mains. Il porte une large alliance en or blanc à son annulaire, mais je m’en moque. Ses lèvres s’emparent des miennes en un baiser enfiévré, ses paumes glissent le long de mes bras puis sur mes hanches.

La voix synthétique de Kae m’arrache à mon souvenir brûlant, et me fait sursauter par la même occasion.

— Je n’ai pas compris votre réponse, dit Kae. Souhaitez-vous toujours accéder au Penthouse 37 ? Si oui, veuillez dire Penthouse 37, sinon actionnez la touche de commande Monter sur l’écran.

Je ravale péniblement ma salive. Mon visage se reflète sur le cadran tactile de l’ascenseur. Je n’ai rien fait avec Lui. Je répète ces mots à l’infini pour me convaincre de la véracité de mes paroles. Je n’ai strictement rien fait de mal. C’est lui qui m’a déshabillé ! C’est lui qui m’a caressé ! C’est lui qui m’a embrassé !

« Mais tu n’as pas résisté. Tu ne l’as pas repoussé. Tu as frissonné de plaisir ! » me réprimanda ma conscience alors que je n’ose pas me regarder en face.

Je ferme les yeux un instant. Le souvenir d’une caresse douce sur la nuque me fait frissonner. Je secoue la tête, tentant de chasser l’image, mais elle ne fait que rendre son désir plus insistant.

Mon doigt tremble quand j’appuie sur le bouton. Je fixe anxieuse les portes de l’ascenseur qui se referment. Ensuite, le cadran numérique fait défiler les étages. Je préfère fermer les yeux durant toute la montée.

Le passage de ses mains m’arrache des gémissements puissants. Le feu incandescent parcourt mes veines. Sa paume glisse dangereusement vers ma féminité qui s’ouvre comme une fleur.

Mon entre-jambe s’enflamme. J’ai un haut-le-cœur au moment où les portes s’ouvrent sur le hall dont le sol est recouvert de marbre noir et les murs de boiserie sombre. Sur ma droite, la pièce s’ajoure d’immenses baies vitrées qui offrent une vue étonnante sur la ville de Tokyo en pleine nuit. Deux gardes du corps montent la garde devant l’unique porte en face de moi.

En sortant de l’ascenseur, mes talons claquent dans un bruit tonitruant. « Pour la discrétion, on repassera ! » me morigéné-je en lançant une œillade inquiète à l’intention de la caméra à 360°, vissée au-dessus de ma tête. Je le devine campant devant son écran géant plasma en train de m’observer dans le hall.

Je me martèle de ne pas y penser. Malheureusement, je n’y parviens pas.

Curieuse de ce phénomène, j’ai cherché sur Internet. Je rougis à nouveau à ce que les spécialistes appellent l’éjaculation féminine, plus communément surnommé la femme fontaine par la gente masculine. Le phénomène se produit lorsqu’une femme lâche prise et s’adonne totalement au plaisir.

La climatisation du hall me fait frissonner, m’arrachant à mes souvenirs indécents.

À mon approche, le responsable de la sécurité actionne son oreillette pour annoncer mon arrivée à l’IA personnel du locataire du 37e étage. L’individu en costard impeccable échange quelques mots avec l’IA.

Kurea Dyubowa ga erebētā o orimashita. Yoroshii desu, tono.[1]

À l’annonce de la mutation d’André, j’ai appris le japonais, les hiragana et compagnie. Je suis capable de demander mon chemin, commander à boire ou à manger. Bref, avoir une conversation basique avec les locaux ! Malheureusement, je ne comprends pas un traître mot, car le responsable de la sécurité parle trop vite.

Selon le protocole habituel, l’autre garde du corps réclame mes titres de séjour. Mon identité est enregistrée dans mon bracelet-scanneur. Je tends machinalement mon bras droit vers l’agent qui s’apprête à scanner le dispositif avec sa tablette. Seulement, son supérieur l’en dissuade.

Honnin kakunin wa fuyō desu. Iwasaki-sama ga omachi desu ![2] explique le responsable.

Je ne comprends pas tout, mais j’ai saisi l’essentiel. Je rougis d’embarra. Mon entrecuisse est si humide. J’ai l’impression d’avoir un néon au-dessus de ma tête qui clignote, indiquant dans quel état d’excitation je me trouve.

La porte d’entrée se déverrouille et le responsable de la sécurité m’invite à entrer d’un signe de la main. Sans plus se préoccuper de moi, les deux agents reprennent leur attitude de statue.

Après avoir pénétré dans le hall d’entrée, je me déchausse. Un compartiment de la boiserie s’ouvre automatiquement, un écran y fait mon nom : Claire Dubois. J’y range ses escarpins à talons aiguilles noir. Je patiente un peu. J’entends le son calfeutré de ses pas sur le parquet en bois recyclé. Son ombre profile sous l’éclairage des appliques encastrées dans le faux plafond. Je retiens mon souffle.

Mystérieux… énigmatique… sensuel… ce locataire réside au 37e étage et il ne me laisse pas indifférente. Je le sens au fond de moi. Chaque fibre de mon être le réclame. Je veux qu’il me regarde… qu’il me désire !

Dès notre rencontre, l’attirance a été immédiate. Il ne ressemble en rien à l’image que je me suis faite d’un homme de son statut social. Il éclipse l’éternel costume pour une tenue plus décontractée. Ses cheveux noirs sont tirés en arrière sans la moindre raie. Le nez concave, le regard franc, il est à l’image de l’entrepreneur japonais qu’un Occidental peut s’attendre à rencontrer sur l’archipel. Contrairement à ses compatriotes tokyoïtes, il n’arbore pas un rasage de frais, mais un bouc avec une moustache parfaitement taillés. Je Le trouve incroyablement sexy.

Il m’accueille, le sourire aux lèvres. Vêtu d’une tenue décontractée, il me dévisage des pieds à la tête, de toute évidence ravie de me voir dans une robe. Dans l’empressement, j’ai oublié de me changer.

— Musubi, refuse toute visite jusqu’à nouvel ordre, dit-il à l’intention de son IA personnel.

— Aucune communication, aucune visite ne sera autorisée jusqu’à nouvel ordre, répondit Musubi.

Je suis plus en plus agitée. Je suis montée chez lui, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je suis venue chercher.

Notre relation aurait dû être platonique, mais les circonstances ont malheureusement joué contre moi. En attendant que je cède à ma propre inclination, le locataire du 37e étage a cultivé mon désir pour lui avec patience ! Négligée par un mari absent, combien de temps vais-je continuer à lui résister ? La lueur de désir que je perçois à ce moment précis dans ses prunelles sombres n’augure rien de bon. Ce gênant constat m’émoustille plus que je ne veux le reconnaître. À ce juste titre, je maintiens une certaine distance physique. Je ne dois pas céder à mes pulsions.

— Au sujet de notre dernier rendez-vous… commencé-je.

— Sauf erreur de ma part, j’ai respecté votre souhait, me coupe-t-il la parole.

Je refuse littéralement d’évoquer ce souvenir sous peine de sentir ma féminité s’enflammer de plus belle.

— À moins que vous ayez espéré une autre fin !

En songeant à ce qu’il m’a fait ce soir-là dans sa salle de bain, je m’empourpre de plus belle. La chaleur irradie violemment à travers mon bas-ventre. Ses derniers mots ont un air de reproche à demi révélé.

— Auriez-vous souhaité que je vous donne plus ?

Mon corps tout entier vibre à cette perspective. M’en donner plus ? J’aurais franchi la ligne blanche : celle de l’infidélité. J’estime l’avoir largement dépassé à plusieurs reprises.

Que signifie exactement tromper son mari ? Embrasser un autre homme ? Regarder un film pour adulte avec lui ? Recevoir ses caresses ? Lui en prodiguer sans qu’il n’y ait toutefois de pénétration ? Rêver de l’accueillir en moi ? Penser à lui pendant que mon mari me fait l’amour !

Je resonge à ce cunnilingus extraordinaire sur le sofa de son jet privé puis à cette fellation sur le bord de sa piscine intérieure. Le plaisir ronfle dans mon bas-ventre pendant que ces souvenirs affluent dans mon esprit.

Il attend que je fasse le premier pas. J’en meurs d’envie, c’est une véritable torture ! J’approche d’un pas. Mon cœur bat tout rompre.

Je n’ai pas le droit de m’offrir à cet homme… je suis mariée. J’ai l’impression que mon alliance se resserre autour de mon annulaire. Sorte de rappel à l’ordre pour m’interdire de commettre l’irréparable !

Personne ne sait rien de sa vie privée ! Est-il marié ? Divorcé ? Fiancé ? Veuf ? Célibataire ? Les tabloïdes people cherchent vainement à le découvrir. Sa situation maritale ou familiale demeure un mystère absolu.

Par respect pour son intimité, je n’ai jamais essayé de le découvrir… ou peut-être refusé-je de le savoir pour conserver l’illusion de l’avoir tout à moi ? Pourtant, son annulaire arbore une épaisse alliance en or blanc. La jalousie me consume à l’idée qu’il puisse être marié ou avoir une relation comme la nôtre avec une autre femme. Son argent ne m’intéresse pas ni son statut.

Alanguie, j’hume l’odeur de son après-rasage, son gel de douche. Ses cheveux sont encore humides. Je veux qu’il pose ses mains sur moi, mon corps hurle… non, lui somme de me toucher. L’interdit m’attire comme un papillon vers la flamme. Je suis si près de lui que je sens son haleine caresser mon visage.

Pour m’inciter à la faute, le locataire du 37e étage effleure mon nez du sien puis hasarde ses lèvres vers les miennes. Ce contact m’arrache un gémissement.

— Il vous suffit de me dire oui, me chuchote-t-il.

« Ça suffit ! » me hurle mon corps.

Le désir brûlant m’embrase toute entière. Je prends subitement son visage en coupe dans mes mains et l’attire contre moi. Il m’embrasse avec passion. Sa langue explore l’intérieur de ma bouche dans un ballet de salive. La caresse de sa langue m’enivre littéralement.

Ses mains glissent autour de ma taille. L’une de ses paumes remonte le long de mon dos et étreint délicatement ma nuque. L’autre enlace ma taille, m’invitant à me blottir contre sa poitrine. Il presse son bassin contre le mien, je frémis de délice en sentant à quel point il me désire. Je ne peux que me féliciter de susciter autant d’appétit chez un homme.

Les douze années de mariage et de routine ont eu raison de tout : de ma confiance, de ma sensualité, de ma libido. Pourtant, à trente-neuf ans, je veux me sentir encore désirable.

J’ai une pensée pour mon mari André. Je me raidis quand les lèvres du locataire du 37e étage dévorent ma gorge. Je ne dois pas faire ça. Mon alliance ne cesse d’étrangler mon doigt, me rappelant mon engagement à aimer, chérir mon mari dans la fidélité absolue jusqu’à ce que la mort nous sépare.

Le locataire du 37e étage a dû sentir ma réaction, car il entreprend de m’embrasser tout doucement. Sa bouche descend le long de mon cou. Cette lascivité me fait chavirer.

Malgré moi, les clichés, envoyés par mail par un expéditeur anonyme, dansent devant mes paupières closes : André en train de baiser cette fille. Cette fille en train de lui faire une fellation. André en train de lui faire un cunnilingus. Chose qu’il a toujours refusé de me faire !

Mon sang bout de colère. Pourtant, me venger de l’infidélité de mon mari en flirtant avec le locataire du 37e étage n’est pas la plus brillante des idées de l’année. Je me suis lancé dans cette relation en croyant que je contrôlerai la situation, mais le locataire du 37e étage m’a prise à mon propre piège. À présent, je le désire, car il m’a fait redécouvrir une part de moi-même oublié : ma sensualité, mon désir, mais surtout le plaisir d’en donner et d’en recevoir !

Est-ce une raison de céder ? Dois-je m’abandonner à ce japonais ? Mon cœur manque un battement quand le locataire du 37e étage s’écarte de moi.

— Musubi, ouvre la porte d’entrée. Il semblerait que je me sois mépris sur la nature de cette entrevue avec notre visiteuse, déclara le locataire.

Dès que la porte s’ouvre en grand, les gardes du corps s’écartent. L’ascenseur se dresse dans l’encadrement de la porte d’entrée à l’autre bout du hall. Je le fixe en pesant le pour et le contre, les conséquences que j’encours en demeurant dans ce penthouse.

Le locataire du 37e étage se poste derrière moi. Son souffle caresse ma nuque et me fait frissonner de plaisir.

— Vous êtes libre de partir, me susurre-t-il.

Je serre les poings en inspirant profondément.

— Mais sachez que désormais je veux plus… je veux sentir la chaleur de votre chair, votre plaisir ruisselant m’envelopper, votre chair m’étreindre, renchérit-il dans un français impeccable.

Sa voix suave me fait vibrer des pieds à la tête. Je me mords la lèvre pour retenir ce gémissement qui menace de m’échapper. En virevoltant vers lui, je me confronte à mon propre consentement… celui d’accepter l’attirance que j’éprouve pour un homme qui n’est pas mon mari. Sa détermination ne m’étonne qu’à moitié. Il ne veut pas me réduire à un état d’objectivisation au service de son propre plaisir. Il me désire en tant qu’individu consentant dans ses actes.

Dois-je partir et demeurer fidèle à un homme qui ne l’est plus, mais que je connais depuis toujours ? Ou bien rester et devenir une femme adultère auprès d’un homme qui me désire, mais dont j’ignore tout ? Je le hais, car il me fait endosser cette responsabilité. Dans un certain sens, il n’a pas tout à fait tort. Je suis la seule qui puisse prendre cette décision.




[1] Claire Dubois sort de l’ascenseur. Très bien, Monsieur.

[2] Inutile de vérifier son identité. Monsieur Iwasaki l’attend !

Next Chapter