Chapitre 1
Il était une fois un petit pays isolé. Les richesses n’y coulaient pas à flot, mais il y faisait bon vivre ; les habitants vivaient de la terre, et ne connaissaient pas le besoin. Dans un petit village de ce pays vivait un jeune homme répondant au nom de Néar. Son quotidien était simple : le matin, il aidait ses parents à leur ferme et, une fois le travail fini, il flânait dans le village au gré de ses envies. Il mangeait toujours à sa faim ; tout le monde l’appréciait ; et il aimait sa famille, surtout sa petite sœur. Il ne s’était jamais posé la question, mais si on le lui demandait, il répondrait qu’il était heureux. Un beau jour, alors que Néar s’amusait avec les enfants du village, il remarqua un homme qu’il n’avait jamais vu auparavant. Il était à peine plus grand que lui, et portait une grande cape accusant le poids des années ; une longue barbe grisonnante ornait son visage et lui donnait un air mystérieux, amplifié par ses yeux fatigués et le sceptre noueux dans sa main droite. Après avoir passé un moment à l’observer, le vieil homme s’approcha : — Mon petit… Toi qui as l’air de bien connaître cet endroit, pourrais-tu m’aider à trouver quelqu’un ? — Bien sûr ! répondit Néar d’un ton enjoué. Qui voulez-vous retrouver ? — Je suis à la recherche d’un garçon. Il a à peu près ton âge et vit ici. Malheureusement, je ne sais pas du tout à quoi il ressemble… Je ne connais que son nom : Néar. — Vous lui parlez en ce moment même ! L’étranger écarquilla les yeux, et examina le jeune homme se tenant en face de lui : — C’est donc toi, s’émerveilla-t-il. Tu as l’air si fort… Nous avons donc encore une chance… — Que racontez-vous ? — Montre-moi ton épaule. (Néar s’exécuta.) Cette marque… — C’était il y a quelques années, expliqua-t-il. Ma sœur s’était égarée dans la forêt, et un monstre l’avait attaquée. Il m’a blessé pendant notre combat. C’était une petite entaille, mais elle n’est jamais complètement partie. — Elle est exactement comme celle de ma vision ! Tu es quelqu’un de spécial, Néar ! — Spécial ? répéta-t-il, incrédule. — Laisse-moi te conter une histoire. À la nuit des temps, un être à la malice incommensurable fit son apparition ; il déclara la guerre au monde entier, envoyant son armée de monstres saccager tout ce qu’ils trouvaient. La Déesse, ne pouvant intervenir directement dans les affaires humaines, choisit un homme pour le combattre. Il était plus brave, plus vigoureux et plus tenace que ses pairs. Cet homme partit alors en voyage et, après une lutte acharnée, réussit à vaincre celui que l’on appelle maintenant le Roi démon. Pourtant, ce dernier n’a pas disparu. Avant de mourir, il jura qu’il reviendrait finir ce qu’il avait commencé. Le héros élu, pour empêcher son ennemi de mener son plan à bien, confia son âme à la Déesse pour qu’elle puisse l’incarner de nouveau une fois le moment venu. Le nom de cet homme est entré dans nos légendes… Il s’appelait Néar. — Vous voulez dire que je suis sa réincarnation ? — Exactement… Tu es celui destiné à empêcher le retour du Roi démon. Il a déjà entamé son réveil ; le retour des monstres en est la preuve. Je suis Faltoir, un simple mage itinérant. Laisse-moi être ton guide dans ce périlleux voyage. — Mais… protesta le jeune homme. Je ne peux pas abandonner ma famille comme ça ! Ils ont besoin de mon aide ! — Ils ont peut-être besoin de toi à la ferme, mais vaincre le Roi démon leur rendra un service plus grand encore. Tu dois faire le bon choix : celui qui leur offrira une longue vie loin du malheur. Convaincu par les arguments du mage, Néar finit par accepter. Il exigea cependant de pouvoir aller dire au revoir à tout le monde. — Mon fils, tu as tant grandi, s’émut son père. Hier encore, tu n’étais qu’un enfant, et te voilà aujourd’hui, partant à l’aventure pour tous nous sauver. Il partit quelques instants, puis revint avec quelque chose dans les bras. — Voici le plus grand trésor de notre famille : à ce qu’on dit, cette épée a appartenu à un héros, il y a bien longtemps. Elle a le pouvoir de vaincre le mal. Ensuite, Néar fit le tour du village, et reçut des provisions conséquentes de la part de tout le monde. Fin prêt, il retourna auprès de Faltoir, et les deux hommes se mirent en route.