Chroniques d'Elorfidia: Lerening danseuse de guerre

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Summary

Consumée par la haine, Lerening s'engouffre dans la spirale infernale d'une vengeance qui l'a condamnée a l'arène des gladiateurs de Nestraza. Une condamnation qu'elle entend bien déjouée en dépit des conséquences que cela engendrera dans son sillage.

Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

La bête de Nestraza

Les murs ne cessaient de trembler sous le tumulte des visiteurs piétinant et se bousculant à la recherche d’une place de choix. À travers les galeries sombres de l’arène, les protagonistes du morbide spectacle à venir se préparaient à entrer en scène pour ce qui serait sûrement leur première et dernière prestation. Les plus confiants d’entre eux étaient des combattants de carrière, des champions façonnés pour divertir un public toujours plus capricieux. Toutefois, l’écrasante majorité n’était que visages terrifiés ou emplis d’incompréhension, ne sachant que trop ou trop peu ce qui les attendaient derrière les grilles les séparant de la scène ensablée. 


L’un des geôliers s’engouffra dans les couloirs tortueux qui serpentaient sous l’arène, et finit par s’arrêter devant l’une des cellules. Les barreaux de cette dernière étaient couverts de crasse et de rouille. Le manque d’air frais rendait l’odeur suffocante. Sévèrement, son regard balaya la pénombre et se posa sur une étrange créature à l’allure de goupil.


“Debout la bestiole , c’est le grand jour pour toi ! Je vais enfin voir ta sale petite gueule rouler loin de tes épaules !” railla l’homme, sans jamais cesser de la fixer.


Les oreilles de la Furkhan se dressèrent et pivotèrent malgré elle en direction du soudard et de ses provocations. Au prix d’incommensurables efforts, elle se hissa sur ses pattes affaiblies par des jours de privation et d’inconfort. Dans l’obscurité de la geôle, ses yeux épuisés peinaient à voir plus loin que le bout de son museau.


“Que toute la garnison me pince les couilles, je crois rêver ! tonna la voix d’un homme ventru au visage crasseux et rougi par l’alcool, qui descendait les escaliers d’une démarche titubante. Les rumeurs étaient donc fondées on va vraiment faire combattre une velue.


" C’pas le moment Folk, t’as rien à foutre ici. Fous le camp ! Tu pues la vinasse, si on te voit là, c’est à moi qu’on va souffler dans les bronches.” maugréa le geôlier. “Tu es censé patrouiller au dessus je te signale, et vu le barouf qu’on entend tu ferais bien d’y retourner.”


Folk repoussa brutalement son compère et attrapa les barreaux de la cellule. C’était un homme au regard vitreux dont le crâne dégarni était constellé de touffes de cheveux grisonnantes éparpillées çà et là. Il montra un large sourire édenté a la renarde qui secoua la tete de dégoût.


“ On ne va quand même pas l’envoyer au casse-pipe sans en profiter, ce serait du gâchis. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut besogner autre chose que les vieilles carnes qui trainent dans les bordels.


" Épargne moi ça tu veux ! Et pour l'amour d'Orphan retourne à ton poste ! jura le geôlier en parvenant non sans mal à éloigner son collègue au regard vicieux. C’est le clou du spectacle, y’a tout le gratin qui est venu exprès pour la voir y compris le seigneur Phirnas. Si tu l’abîmes plus qu’elle ne l’est déjà, on va se retrouver tous les deux du mauvais côté de l’arène !”


La Furkhan serra les poings et tira brusquement sur ses chaîne, jetant un regard de défi aux deux hommes et montrant des dents étincelantes prêtes à déchiqueté le premier passant a portée. Les deux gardes reculèrent aussitôt de quelques pas, sur la défensive. La renarde avait beau être en piteux état, qui plus est enchaînée, ils n’en menaient pas large face à elle. Savoir qu’elle leur inspirait encore de la terreur n’était qu’un maigre réconfort, mais elle savoura cette satisfaction passagère.



“ Mais c’est qu’elle est sauvage en plus !” se moqua le plus gros une fois remis du choc. Un vrai petit fauve, qu’est-ce que tu lui as donné à becqueter pour qu’elle soit à ce point en rogne ?”


“ Rien du tout figure toi, on a ordre de l’affamer. Le combattant qui doit l’affronter est la coqueluche du public, il ne faudrait pas qu’il se fasse estropier par une saloperie d’hybride dans son genre.”


Folk gratta son crâne dégarni et décrocha la besace de sa ceinture. Il fourragea dedans et finit par en sortir quelques pièces. Il les fit tinter sous le nez du second avant de murmurer à son oreille. Bien qu’étant dotée d’une ouïe plus que fine, la renarde ne parvint pas à en discerner le sens au milieu du brouhaha ambiant. Ses doutes furent néanmoins dissipés par les écœurantes palpitations libidineuses de l’entrejambe du débauché. Le geôlier soupira tout en regardant nerveusement autour de lui. Puis finit par échanger rapidement son trousseau de clefs contre les quelques piécettes. Sans un regard, il quitta d’un pas vif les lieux en grognant :


“Tâche d’avoir déguerpi avant que je ne finisse ma ronde, tu ne me paye pas assez pour assister à tes saloperies. Et ne l’abîme pas plus qu’elle ne l’est déjà !”


La créature rabattit ses oreilles sur son crâne, courroucée de voir son répugnant “courtisan” entrer dans sa cellule. Sa queue ébouriffée de colère battait le sol de droite à gauche à mesure que l’homme approchait, sa fétide haleine emplissant de plus en plus ses narines. D’une main ferme, il saisit sa crinière rousse et fit basculer sa tête en arrière pour la forcer à le regarder approcher son visage de plus en plus près. Alors que sa langue pâteuse s’apprêtait à forcer le passage dans la gueule de la renarde, celle-ci saisit cette occasion pour passer à l’attaque et referma ses mâchoires sur sa gorge. Surpris par cet assaut, il perdit l’équilibre et n’eut pour hurlement qu’un gargouillis étouffé. Se débattant frénétiquement, il tenta vainement de faire lâcher prise à son assaillante.


Rapidement, un épais filet écarlate inonda sa bouche et son regard se perdit dans un abîme d’ombres dansantes et de silhouettes floues. Dans un dernier et pathétique sursaut, il tenta de saisir la tête de la Furkhan afin de lui faire lâcher sa prise. Mais cette dernière, sur ses gardes, ne fut nullement prise par surprise. D’une vigoureuse torsion de la mâchoire, elle arracha un pan entier de la gorge de l’homme. L’artère sectionnée envoya par trois fois d’épais traits de sang sur le mur opposé et ce fut fini. Le cadavre inerte s’avachit sur le sol, toute trace de vie l’ayant quitté.


Sans attendre, la créature tendit la jambe et foula du pied le corps inerte à la recherche du trousseau de clés accroché à sa ceinture. Après moulte tentatives, elle ôta enfin son collier, puis les bracelets de fer qui entravaient ses mains. La fugitive enjamba le corps et ouvrit la grille qui poussa un long et épouvantable grincement. Il fallait faire vite, elle savait qu’il ne faudrait guère de temps avant que ne soit découvert le carnage qui venait de se produire en coulisse.


Engourdie par cette trop longue période de jeûne et d’incarcération, ses jambes peinaient à la porter et elle fut contrainte de prendre appui sur les murs poisseux pour ne pas s’écrouler. Chacun de ses mouvements était une véritable torture pour ses muscles fatigués et endoloris. Grimper les escaliers d’où était apparu l’homme qu’elle venait d’abattre était peu envisageable. La surface du bâtiment devait grouiller de monde et il lui serait impossible de se fondre dans la masse. Il ne fallait pas non plus qu’elle retombe nez à nez avec son tortionnaire. Le premier s’était par chance littéralement jeté dans la gueule du loup, mais elle savait qu’elle ne pourrait pas éternellement compter sur la force brute dans son état actuel. Déjà, sa vue s’embrumait à mesure qu’elle avançait en boitillant au hasard dans les boyaux tortueux de l’arène.


Le chant des trompettes résonna dans ses oreilles, comme des hurlements stridents qui se répercutèrent dans son crâne. Elle ne savait que trop bien ce que signifiait cette cacophonie. Les combats d’ouverture venaient de s’achever et son tour allait venir bien plus tôt qu’elle ne l’aurait voulu. Il lui fallait se hâter de rejoindre une sortie avant que son tortionnaire ne donne l’alerte et que tous les gardes alentour ne se lancent à sa poursuite.


Elle accéléra la cadence autant qu’elle pût et tenta désespérément de se focaliser sur autre chose que les protestations incessantes de ses muscles qui se tétanisaient a chaque pas. La renarde poussa un grognement rageur et frappa le mur quand elle se rendit compte que ses traces de pattes étaient superbement imprimées dans la terre battue, offrant à ses poursuivants une piste on ne peut plus visible jusqu’à elle.


La douce fraîcheur de la brise s’engouffrant dans les boyaux rocheux lui parvint finalement. Galvanisée, elle oublia un instant les suppliques de son corps pour poursuivre la douce odeur d’air frais qui n’avait plus emplit ses narines depuis ce qui lui semblait être des lustres. Ce qui viendrait après n’avait plus d’importance à ses yeux, seul l’espoir fugace de la liberté l’animait à présent, aussi illusoire puisse t’il être.


La sortie était à portée de main, elle n’avait plus qu’à s’y engouffrer, plus qu’un pas et...la furkhan s’arrêta brusquement. Cette maudite arène se révélait être construite à flanc de falaise. Cette “issue” n’était qu’une large fenêtre, débouchant sur un précipice. Sauter dans les eaux du fleuve en contrebas n’était pas une option valable. Quand bien même elle parviendrait à plonger dans les eaux boueuses, la possibilité de percuter des hauts fonds était bien trop réelle. Le risque de noyade n’était lui non plus pas négligeable dans son état. Rebrousser chemin n’était pas davantage envisageable. Pour peu qu’il soit aussi imbécile que le précédent, son geôlier se serait immédiatement lancé seul à sa poursuite en découvrant le cadavre. Mais la prudence était d’imaginer le pire : toute une patrouille d’ores et déjà à sa recherche, ou postée aux seuls endroits qu’elle sait nécessaire pour s’enfuir.


Un claquement sourd sortit la renarde de sa réflexion. Des bolas fendirent l’air et emprisonnèrent brutalement ses pattes dans un sinistre craquement osseux, lui faisant perdre l’équilibre. Durant un bref instant, un sentiment de flottement l’envahit - puis elle s’écroula lourdement, comme happée par le vide. La dernière chose qu’elle vit avant de choir fut le regard désespéré de celui qui tout à l’heure encore jubilait à l’idée de la voir décapitée. Même le bruit assourdissant du vent l’accompagnant dans sa chute ne parvint pas à atténuer le hurlement de rage poussé par le soldat, tentant vainement de rattraper la fugitive. Son corps heurta la surface sombre et disparut dans les ténèbres houleux du torrent, à la merci des eaux battant avec fureur les rochers tranchants.


Sonnée par le choc, la Furkhan coula sur plusieurs mètres, sentit sa cage thoracique se vider. Elle chercha désespérément à remonter à la surface pour reprendre une goulée d’air, mais l’eau envahissait sa gorge en retour. Elle tentait de tousser et de cracher, mais ne parvenait qu’à se faire attirer vers le fond de plus belle. Son corps était balloté dans tous les sens, si bien que la renarde ne parvenait à différencier le haut du bas qu’en percutant les galets et branchages coincés dans les cavités rocheuses. Peu à peu, le calme prit le dessus sur la terreur dans son esprit. Ses poumons, qui quelques instants avant la brûlaient, semblaient à leur tour s’apaiser. Ses mouvements ralentirent….Enfin, elle arrêta de se débattre, laissant son corps se faire bercer par l’étreinte aqueuse tandis que la flamme de ses yeux perdait de son éclat.