Chapter 1
J’ai un surnom. Un surnom que j’affectionne particulièrement tant il résume parfaitement ma passion et mon vice. Pour la plupart des gens je ne suis qu’un simple étudiant : bien sous tout rapport et qui se mêle parfaitement aux autres. Mais pour d’autres, je possède un autre masque, un rôle qui me permet d’assouvir toutes mes envies, même les plus tordues. Mon hobby est un peu spécial, je l’avoue : je tends la main à celles et ceux qui sont en détresse, qui ont besoin de changement dans leur vie et qui sont frustrés par leur situation. A ces personnes-là j’offre la possibilité de s’évader, le frisson de l’inconnu et la caresse du vice. Une aventure unique en échange de leur obéissance totale, voilà la formule de mon succès.
Ces gens-là m’appellent Mephisto, celui qui propose des contrats et qui entraine les innocents sur le chemin de la luxure. Très théâtral mais j’avoue que je me complais dans ce rôle.
Comment en suis-je arrivé là, me demanderez-vous ? Comme dans toutes les bonnes histoires, c’est grâce à une femme. Mais pas n’importe laquelle.
Notre histoire commune commença un soir de décembre, dans une villa où une bande de jeunes était réunie pour célébrer une quelconque occasion.
Elle était là, dans son coin, l’air aussi perdu que moi. Nos regards se sont croisés, on avait le même vide en nous, un vide qui ne demandait qu’à être comblé par l’autre.
Je l’ai longuement fixée, admirant sa silhouette aux formes pleines que sa robe mettait parfaitement en valeur, sa longue natte d’ébène qui pendait sur son épaule et son expression d’ennui absolu alors qu’elle admirait le paysage devant elle. Intrigué par cette impression qui se dégageait d’elle, je m’étais approché et un instant plus tard, nous étions adossés ensemble à une rambarde, une cigarette à la bouche dans l’air froid de la nuit. Sa robe ne semblait pas lui tenir très chaud, alors je l’ai enveloppée de mon manteau sans lui demander son avis. Touchée par tant de sollicitude, mademoiselle avait écarté un pan du vêtement pour que je vienne me serrer contre elle.
-Tu t’amuses bien ce soir ? avais-je demandé, plus par politesse que réelle curiosité.
-Super, c’est la soirée de ma vie.
Son ton sarcastique m’avait fait pouffer, manquant de m’étouffer avec la fumée de ma cigarette.
-J’admets que l’ambiance n’est pas folle.
-Ça c’est un putain d’euphémisme.
Je lui tendis ma cigarette, sur laquelle elle tira une longue bouffée qui se dissipa lentement dans l’air devant nos yeux fatigués.
-Et toi ? T’as pas l’air de bien t’éclater non plus.
J’hochai la tête.
-Je n’aime pas les soirées comme ça. Je ne connais pas la moitié de ces gens, la musique est trop forte, il fait trop chaud et il n’y a rien à faire. J’ai l’impression de perdre mon temps. -Pourquoi être venu alors ? T’es maso ?
Je souris malgré moi.
-Je cherche un peu de compagnie. A rester constamment tout seul on devient fou.
Elle tourna ses yeux noirs vers moi.
-Tu voulais tirer un coup quoi.
-Je ne l’ai pas formulé comme ça, mais c’est le principe, ouais.
Petit silence.
-Moi aussi.
Je tendis la main, récupérai ma cigarette bien entamée et lui jetai un regard en biais.
-Toi aussi quoi ?
Elle leva les yeux au ciel.
-Moi aussi j’étais venu pour baiser.
-Je ne m’attendais pas à autant d’honnêteté.
-Désolé, mais la poésie est morte en même temps que Dieu.
-Foutu Nietzsche.
Elle rit, d’un joli petit rire qui m’arracha un sourire. Puis je la sentis remuer sous le manteau pour venir se coller contre moi.
-Mademoiselle a besoin de chaleur humaine ?
-T’as pas idée.
On rentre ?
-Super, j’ai hâte de retrouver tous ces braves gens à qui on a sûrement beaucoup manqué.
-Viens donc avec moi monsieur bougon, on va se dégoter un petit endroit tranquille.
Elle me rendit mon manteau et je la suivis, observant avec curiosité le balancement de ses hanches et sa natte qui oscillait dans son dos.
Un spectacle captivant.
La damoiselle pénétra dans le salon, attrapa une bouteille de vin sur la table et me désigna l’escalier d’un signe de tête.
En haut, le son était atténué, quelques pièces étaient déjà occupées par des gens trop saouls ou trop fatigués, ou par des couples avides de faire parler leurs corps.
On monta encore d’un étage, elle avait l’air de connaître les lieux et nous guida jusqu’à une chambre où une grande baie vitrée donnait sur le jardin et les champs alentour.
Je fis le tour de la pièce en sifflant.
-Sacrée piaule.
-C’est la chambre des parents d’Antoine, m’annonça-t-elle avec une telle assurance que j’aurais pu croire qu’il s’agissait de la sienne.
-Pas sûr qu’ils apprécient qu’on la squatte du coup.
-Tant que tu gerbes pas partout, ils n’en sauront rien.
-Voilà que la dernière possibilité de m’amuser me passe sous le nez.
Elle s’adossa au lit, face au balcon et débouchonna la bouteille avec une expertise qui laissait présager une pratique régulière.
Je m’assis à ses côtés, attrapai la bouteille qu’elle me tendait et m’ enfilai quelques lampées. C’était du muscat, un goût que j’affectionnais particulièrement et qui passait très bien à cette heure-ci.
On resta là à regarder la lune, les arbres aux branches nues qui oscillaient au gré du vent, alors que des bribes de musique nous parvenaient d’en bas.
Au bout de quelques gorgées, la damoiselle finit par tourner sa tête vers moi.
-Tu ne tentes rien ?
-Hmh ?
-Je t’ai dit que j’avais envie de sexe, je t’emmène dans une chambre isolée, avec une jolie vue et du vin et tu ne tentes rien. Tu m’as pas dit que t’avais envie de tirer ton coup ?
Je la regardai, un peu surpris.
-Je n’avais pas saisi qu’il s’agissait d’une invitation.
Elle leva les yeux au ciel.
-Le romantisme est vraiment mort, tu veux pas que je te fasse un dessin aussi ?
-J’admets être curieux de voir comment tu t’y prendrais.
Je la vis sourire, mais son regard vitreux et ses joues rosies m’indiquèrent cependant qu’elle ne plaisantait pas.
La damoiselle posa sa main sur mon épaule, m’enjamba maladroitement et vint s’asseoir sur mes genoux, entourant ma nuque de ses bras.
-Je ne te fais pas envie, peut-être ?
-Là tout de suite si, beaucoup plus.
La forme de ses lèvres était une véritable invitation au voyage que je m’empressai de saisir, je me penchai et l’embrassai. D’abord avec hésitation, puis je finis par laisser parler mon désir. Sa bouche avait le goût du vin, sucré à souhait, puis sa langue vint titiller la mienne alors que je fermai les yeux pour m’abandonner à ce baiser.
Notre première connexion, l’esprit vide, la caresse langoureuse et tous mes tracas s’envolèrent loin, remplacés par une envie d’en avoir davantage.
Pourtant une légère réticence me retenait, la certitude que ce que je ressentais là n’était qu’un manque à combler, qu’après l’étreinte reviendrait l’insipide de la réalité, le sentiment d’inaccompli qui me hantait constamment et me rendait fade tous les plaisirs de la vie. Je décidais toutefois de repousser ces réflexions philosophiques à plus tard, la damoiselle assise sur moi était devenue ma priorité. Alors mes mains se posèrent sur ses hanches et partirent à l’exploration du reste de son corps que je n’avais fait qu’entrevoir jusqu’à présent. Très vite, les bretelles de sa robe glissèrent sur ses épaules, dévoilant une ample poitrine libre de tout soutien-gorge, aux tétons pointant fièrement pour témoigner de son désir. Des seins ronds et fermes qui ne demandaient qu’à être empoignés.
Je restai un instant à les admirer, sensible à leur forme parfaite. Trop longtemps sans doute pour ma compagne de jeu qui m’adressa un petit sourire moqueur.
-Ils te plaisent tant que ça ou tu ne sais juste pas quoi en faire..?
Piqué dans mon orgueil, j’enfouis mes doigts dans ses cheveux et ma bouche dans son cou, j’embrassai sa peau jusqu’à la faire haleter, descendis jusqu’à sa clavicule, le haut de son sein et finalement le téton aguicheur.
Elle laissa échapper un gémissement quand je le pris entre mes lèvres.
-T’as intérêt à faire ça bien, chuchota-t-elle en commençant à onduler des hanches sur moi. J’en ai ma claque des mecs qui se contentent de se servir de leur queue en pensant que c’est suffisant.
De toute évidence je n’étais pas le seul à avoir été déçu de mes récents rapports. A moi donc de relever le niveau et de lui prouver qu’elle avait fait le bon choix.
-Vos désirs sont des ordres, maîtresse, ironisai-je en aspirant son téton.
Je le suçai, le mordillai et promenai ma langue autour pour guetter ses réactions. Elle attrapa ma tête et l’appuya encore davantage en se frottant à moi et son excitation devenait contagieuse. J’aventurai une main entre ses cuisses qu’elle écarta pour me faciliter l’accès et rencontrai son string plus qu’humide.
Aucun doute, mademoiselle appréciait mes talents.
Pour quelqu’un qui se plaignait de ne pas prendre son pied, je la sentais plus que réceptive et je devais admettre que ça me plaisait.
Ce n’est pas très sympa de comparer mais la damoiselle était différente de mes autres compagnes. Plus réceptive, plus expressive, plus... stimulante. C’est à ce moment-là que je me rendis compte que je bandais, et pas qu’un peu.
Cette jeune femme qui bougeait sa croupe sur ma queue me procurait une excitation que je ressentais pour la première fois, une passion sauvage et contagieuse qui ne demandait qu’à s’exprimer. Je la voulais, je voulais la faire mienne, la posséder et lui faire crier mon nom jusqu’à l’évanouissement, comme si j’avais besoin de me prouver quelque chose à moi-même. La raison me délaissait à mesure que son parfum m’enivrait, je ne voulais plus penser à rien, juste sentir sa peau contre la mienne. Mon majeur glissa entre ses lèvres trempées, effleura son clitoris pour lui arracher un gémissement alors que je l’enfonçai doucement en elle. Pas plus d’une phalange, que je ressortis pour faire durer le plaisir.
-Encore, me susurra-t-elle, j’en veux plus !
-Alors viens le chercher.
La damoiselle grogna mais colla ses lèvres aux miennes. Puis, d’une main experte, elle attrapa la mienne qu’elle plaqua contre sa chatte affamée. Sans me faire prier, j’y glissai deux doigts et commençai un doux va-et-vient mais elle en voulait plus et me mordit la lèvre pour me le faire savoir. Alors j’en ajoutai un troisième et accélérai la cadence, lui arrachant un grognement satisfait.
Au moins, elle savait ce qu’elle voulait et comment l’obtenir. Sentant la bosse qui déformait mon pantalon, l’ingénue le déboutonna et en extirpa mon sexe gonflé qui commençait déjà à suinter d’excitation. D’une main, elle s’appuya sur moi et commença à me branler avec une expertise qui me laissait présager un moment des plus mémorables. Notre étreinte devint de plus en plus chaotique, chacun branlant l’autre du mieux qu’il le pouvait sans rompre notre baiser, si bien que la chambre résonnait de nos gémissements respectifs alors que l’inéluctable fin s’approchait inlassablement.
Enfin, ma partenaire finit par me repousser pour attraper les rebords de sa robe et la faire passer par-dessus sa tête. La vêtement atterrit à l’autre bout de la pièce, ne la laissant vêtue que d’un simple string. Nos regards se croisèrent alors que le temps semblait suspendu.
En cet instant, la même étincelle brillait dans nos yeux. Cette envie de plus, ce besoin de sentir l’autre, de se l’accaparer pour enfin ne faire plus qu’un.
Le dernier rempart de sa pudeur ne dura pas longtemps. Elle se releva et me toisa avec un sourire mutin. J’avais son pubis à hauteur de ma bouche et ce n’était pas l’envie qui manquait. Mais je sentais qu’elle voulait diriger les opérations alors je me contentai de l’admirer, enveloppée par la pâle lueur de la lune.
Autant dire qu’en cet instant, le spectacle de sa beauté sauvage me coupa le souffle. Ses longs cheveux tombant sur son dos et ses seins lourds attiraient mon regard alors qu’ils oscillaient à chacun de ses mouvements.
Elle fit quelques pas en arrière, sans me quitter des yeux pour maintenir la tension érotique entre nous, puis je la vis faire glisser lentement sa lingerie le long de ses jambes, jusqu’à s’accroupir sur la moquette.
Elle posa ses fesses sur le sol, écarta les cuisses avec ses mains et m’invita à la rejoindre sans un mot. Je me redressai et m’approchai à quatre pattes, subjugué par la vision de son intimité offerte. Mes mains rejoignirent les siennes, caressant l’intérieur de ses cuisses. Nos visages étaient à quelques centimètres l’un de l’autre, nos souffles se mélangeaient.
Je fis durer le moment quelques instants avant de venir déposer un baiser sur son ventre pour descendre vers son pubis. Ses doigts glissèrent dans mes cheveux, m’accompagnant à destination.
Elle laissa échapper un gémissement quand mes lèvres effleurement son aine. Je fis durer le plaisir, évitai volontairement son clitoris pour embrasser ses grandes lèvres puis lapai d’un rapide coup de langue la mouille qui s’écoulait d’elle. Son goût me plut immédiatement, j’en voulais encore mais je me retenais volontairement. Je voulais l’entendre m’implorer. Sa poigne se durcit sur ma crinière, elle était impatiente et appuyait sur ma tête pour me faire comprendre son désir.
Je finis par obtempérer et titillai son clitoris de la pointe de la langue, lui arrachant un frémissement de plaisir.
Mes mains passèrent sous ses cuisses, attrapèrent ses fesses pour renforcer ma prise et je la léchai avec passion. J’harcelais son point sensible, tournais autour avant de le prendre entre mes lèvres pour l’aspirer, le mordiller.
Mes caresses semblaient lui plaire, elle se tortillait, haletait et marmonnait des mots incompréhensibles. Son autre main caressait son sein, agaçait le téton pour encore ajouter à son plaisir.
Je m’arrêtai un moment pour la regarder. La lumière de la lune octroyait à son visage une pâleur qui contrastait avec ses longs cheveux noirs. Ses yeux étaient clos et elle se mordillait la lèvre avec un érotisme qui ne me laissait pas indifférent.
Elle ouvrit une paupière, sentant sans doute mon regard admiratif et m’adressa un petit sourire. La damoiselle se pencha sur le côté pour récupérer la bouteille de vin déjà bien entamée. Joueuse, elle porta le goulot à ses lèvres, en but une gorgée avant de le descendre vers son ventre. Sa main se fit caressante sur ma tête, ses ongles grattèrent doucement mon cuir chevelu, envoyant de petites décharges dans tout mon corps.
Ses doigts passèrent sur mes tempes, caressèrent ma joue un instant et je la vis approcher la bouteille de son pubis.
Elle ne voulait quand même pas…
Je n’eus pas le temps de me poser la question, le liquide ambré glissa sur sa peau, éclaboussa son mont de vénus et coula directement dans ma bouche.
Le goût sucré du vin mélangé à son propre nectar était étrange mais pas désagréable et je décidai de m’enivrer d’elle, littéralement. Ma langue s’immisca en elle, je me saoulais et elle laissa échapper un long râle de satisfaction.
-Bordel, tu fais ça bien…
Je ne répondis pas, trop occupé à m’abreuver de son goût. Mes mains se crispèrent sur ses fesses. J’avais mal au dos à cause de la position et je bandais à en avoir mal et pourtant, j’avais l’impression de n’avoir jamais été aussi bien de ma vie.
Cette inconnue à peine rencontrée une heure plus tôt était en train de m’offrir la meilleure baise de ma vie, au point de chambouler mes repères. Où était-elle durant toutes ces années de rapports fades et ennuyants..? Maintenant que j’y avais goûté, j’en voulais davantage. Je voulais sentir cette chaleur moite autour de ma queue et laisser libre cours à mes pulsions. Elle sembla s’en rendre compte car elle me repoussa gentiment et approcha ses lèvres des miennes pour goûter à sa mouille avant de s’avancer vers le lit.
Sa démarche était alanguie, féline, elle bougeait lentement ses hanches en mettant un pied devant l’autre, titubant légèrement sous l’effet de l’alcool.
J’observais ses muscles qui roulaient sous sa peau, ses courbes gracieuses alors qu’elle posait un genou sur la couette, puis l’autre. Lentement, elle se cambra, releva la croupe, croisa ses bras devant elle et reposa sa tête dessus. De là, elle me fixait, dans l’attente, un sourire énigmatique aux lèvres, comme une invitation ou un défi.
J’avalai difficilement ma salive. C’était à moi de jouer mais je restai captivé par la perspective qu’elle m’offrait, littéralement. L’érotisme qui se dégageait d’elle, sa posture, tout concourait à me rendre fou de désir. Les mains tremblant d’impatience, j’ôtai maladroitement mon jean, qui chuta à mes pieds.
Mes doigts se posèrent sur sa fesse, la caressèrent pour en apprécier la douceur, la rondeur.
Mon sexe était tendu, gonflé d’excitation. J’effleurai sa fente avec, mon gland glissa sur son clitoris, sépara ses lèvres luisantes, s’enfonça de quelques centimètres en elle.
J’avançai lentement mon bassin, elle se mordit la lèvre jusqu’à sentir mon pubis contre elle. Je recommençai ce petit manège plusieurs fois, savourant sa chatte étroite qui englobait délicieusement ma queue. Mais ce n’était de toute évidence pas assez rapide pour elle. -Ne me fais pas languir, vas-y plus fort. Je peux encaisser alors ne te retiens pas.
Ravi par tant d’égard, j’accélérai peu à peu la cadence et posai mes mains sur ses hanches pour un meilleur appui. Mais ça ne lui suffisait toujours pas. Elle me fixait, goguenarde.
-Plus fort, putain ! C’est tout ce que tu as ? T’es aussi mou que ta queue…
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase et hoqueta de surprise. Je venais de m’enfoncer d’une traite, avec une joie presque sadique.
Moi qui étais parti pour m’y prendre avec douceur et délicatesse, voilà que madame préférait plus de passion. Tant pis pour le romantisme, on repassera. Ses mots m’embrasèrent, au-delà de sa petite provocation, il y avait en elle quelque chose qui me mettait dans tous mes états. A la contempler là, entre mes mains, la croupe tendue à réclamer que je la prenne, je sentis comme un besoin primal s’éveiller en moi. Un besoin de la dominer. Nous étions pris dans une lutte de pouvoir où chacun tentait de prendre l’ascendant sur l’autre et la situation me rendait fou. Ce n’était plus une simple étreinte, quelque chose d’autre se jouait là et j’avais la conviction que si je ne me montrais pas à la hauteur, cette femme m’échapperait à tout jamais. C’était une invitation qu’elle me tendait, l’occasion de faire mes preuves, de lui offrir ce dont elle avait toujours rêvé, quoi que cela puisse être. Alors je décidai de me laisser guider par l’atmosphère, de plonger mon regard dans le sien et de répondre à ses attentes. Ma main droite quitta sa fesse pour saisir ses cheveux et sans aucune douceur lui releva la tête pour mieux l’enfoncer dans le matelas.
Elle tenta de se relever mais je me sentai galvanisé, investi par une force nouvelle, brutale et enivrante. Mes va-et-vient se firent plus rapides, mes couilles claquaient maintenant contre ses lèvres dans un bruit humide particulièrement obscène.
Ses gémissements, étouffés par l’étoffe, ne faisaient qu’augmenter mon plaisir. Je ne savais pas si elle se plaignait ou prenait son pied, j’aurais même été incapable de dire si elle pouvait respirer, mais cela m’importait peu.
Je me sentais à ma place, je l’avais domptée et j’adorais ça. Je pouvais voir ses doigts s’enfoncer dans les draps et les serrer toujours plus fort alors que ses hanches venaient à ma rencontre pour accompagner mon mouvement. Le souffle court, je sentais l’excitation parcourir mes veines et m’électriser alors que l’orgasme se rapprochait de plus en plus rapidement. D’ordinaire j’étais plutôt endurant mais là j’avais l’impression d’être en compagnie d’une succube qui dévorait mon énergie pour son plaisir. Dans un ultime sursaut, je relevai sa tête en tirant sur sa crinière, elle inspira un grand coup et plongea la main entre ses cuisses pour maltraiter son clitoris. Je serrai les dents pour me retenir le plus longtemps possible mais ses mouvements ne me laissaient aucun répit. Malgré tous mes efforts, je glissais inexorablement vers l’orgasme. C’était puéril mais je voulais qu’elle jouisse la première, j’avais l’intime conviction que le premier à partir perdrait à notre petit jeu et cette simple idée m’horripilait. Mais la damoiselle semblait avoir moins d’état d’âme que moi, entièrement focalisée sur son plaisir et ses caresses l’amenèrent à la jouissance dans un long gémissement.
Je la rejoignis presque immédiatement en serrant les dents et la chambre résonna un instant de notre plaisir trop longtemps contenu. Vidé de mes forces, je m’effondrai à ses côtés tandis qu’elle restait dans cette position, les fesses relevées face à la lune, rougies par mes assauts brutaux. Une main hagarde repoussa les cheveux qui barraient son visage et elle me lança un regard humide.
-Putain, je crois qu’on ne m’avait jamais baisé comme ça.
Je rigolai en reprenant mon souffle.
-Désolé, je crois que je me suis peut-être un peu laissé aller.
-C’est pas moi qui vais m’en plaindre, mais je risque d’avoir du mal à marcher pendant quelques temps.
Elle roula sur le flanc, tendit le bras vers mon jean et en ressortit mon paquet de clopes.
Au craquement du briquet succéda une longue inspiration suivie d’une large bouffée de fumée qui s’envola vers le plafond.
On était côte à côte, étendus nus sur le lit à fixer la lampe éteinte, dans un silence réconfortant après cet étrange corps à corps.
-Je crois bien que c’est la première fois de ma vie que j’ai un rapport aussi... intense.
Un intense sentiment de plénitude m’envahissait et j’avais besoin de l’exprimer, besoin de lui faire savoir que je me sentais bien, différent.
-Et t’as aimé ça ?
La cigarette changea de main. Je laissai la nicotine envahir mon corps, la fumée réchauffer mes poumons.
-Ouais. Je crois que j’ai vraiment aimé ça.
-Ravi de te l’entendre dire, j’admets que tu t’en es bien tiré. J’ai pris mon pied aussi.
Je la regardai avec un sourire qu’elle me rendit. Nous étions liés, notre vide respectif comblé et pour la première fois depuis longtemps, je sentais disparaître ma morosité. Il aurait été hypocrite de ne pas l’admettre : ce changement, je le lui devais entièrement. Cette inconnue tout juste rencontrée avait su allumer en moi une flamme nouvelle, me montrer un nouveau monde pleins de promesses dont j’ignorais jusqu’à là l’existence. Certains se moqueraient sans doute de toute l’importance que j’accordais à ma sexualité, mais qu’ils attendent un peu de comprendre la place qu’elle revêt dans mon existence. Ce n’était pas n’importe quelle baise, ce n’était pas n’importe quelle femme. Par sa passion, par notre étreinte elle avait su mettre en lumière quelque chose de profondément enfoui chez moi, un besoin de contrôle total qui me procurait une délicieuse félicité.
C’était comme si, en la dominant, j’étais parvenu à prendre le contrôle de mon existence et maintenant j’en voulais davantage. J’enlaçai ma partenaire et me penchai à son oreille.
-N’empêche…
-Hmh ?
-Je croyais qu’on n’était pas censés laisser de traces. Entre le vin sur le tapis, l’odeur de la clope et mon foutre sur les draps, je pense que c’est râpé.
Elle ricana doucement en posant sa tête sur mon épaule.
-Pas grave, on n’aura qu’à partir discrètement à l’aube.
-J’aime assez l’idée, Antoine n’aura qu’à se débrouiller avec les autres. D’ailleurs tu le connais d’où ? Je ne t’avais jamais vu avant.
Elle ricana et saisit le reste de la cigarette que je lui tendais.
-Moi ? Je ne le connais pas, je passais à côté, j’ai vu de la lumière et je me suis invitée.
Ce fut à mon tour de rire alors que je me sentais en cet instant plus heureux que jamais.
-Comme quoi, il y a peut-être encore quelqu’un qui veille sur nous là-haut.