Bonus : Les monstres disparaissent
Joyeuse saint-valentin,
Je vous aime❤️
Noah
Je monte les escaliers et traverse un couloir si étroit que je frôle les deux côtés du mur. Au bout, une porte entrouverte m’attire. J’ai presque envie de courir ; depuis mon départ ce matin, je ne pense qu’à ce moment : la retrouver. Pourtant, je retiens mon instinct de vitesse, mes doigts se crispent brièvement sur la poignée, et j’ouvre délicatement la porte dans un léger grincement.
Je pénètre dans la pièce.
Vide.
Enfin, en apparence. Un petit ricanement étouffé éclate à mes oreilles et étire mes lèvres dans un sourire béat. Deux pieds minuscules dépassent de la couette et gigotent comme deux vers de terre, impatients, incapables de rester immobiles.
Je m’approche doucement et prends une voix grave et ogresque.
— Qu’est-ce que je vois ? Des orteils délicieux à grignoter !
Sautant sur le lit, le matelas rebondit sous mon poids. J’attrape le petit corps caché sous la couette. Je le chatouille, enfouis mon visage dans son ventre et fais semblant de le dévorer.
Son rire éclate contre mes oreilles, clair, pur, incontrôlable.
Je ferme les yeux une seconde pour l’absorber.
Le plus beau bruit du monde. Son rire efface tout : ma journée épuisante de travail, les chiffres, les dossiers interminables, les tensions dans mes épaules... et ces peurs qui s’infiltrent parfois encore dans ma tête.
Une tête brune échevelée s’extirpe de sous la couverture.
Melody.
Ma chipie.
Ma fille.
Elle se tortille, me supplie d’arrêter, tape contre mes bras de ses petites mains.
Je rends les armes.
Elle s’agrippe à moi, serre ses bras aussi fort qu’elle le peut, comme si j’allais disparaître. Je me laisse envelopper par sa chaleur, par son souffle contre ma peau, par cet amour brut qui ne connaît ni doute ni condition. Je l’embrasse sur le front et respire profondément son odeur de fraise mêlée au savon du bain.
Soudain, elle se recule et me fixe avec les yeux gris-doré de sa mère. Un regard intense et lumineux qui me traverse.
— Papou ?
— Oui, ma chipie ?
— Je peux te demander quelque chose ?
Je mords l’intérieur de ma joue. Sa moue qui se dessine sur sa frimousse ne peut vouloir dire qu’une chose : sa mère a déjà dit non. Et elle sait que je suis incapable de résister.
Néanmoins, je hoche la tête.
— Tu peux me lire une histoire ?
— Je suis sûr que maman l’a déjà fait.
— Oui. Mais elle raconte des histoires de bébé. Moi je voudrais un truc effrayant, chuchote-t-elle en arrondissant les yeux, ses petites doigts formant des griffes maladroites.
Je passe une main dans mes cheveux.
— Si je fais ça, ta mère va me tuer.
— Je ne lui dirai rien du tout. Promis.
Elle mime une fermeture éclair sur sa bouche et jette la clé imaginaire près de son bureau.
Tous les jours, elle change un peu plus. À quatre ans, elle parle déjà comme une grande. Elle a le regard d’Océane, mais avec cette innocence désarmante en plus qui me plie en deux.
Je suis à sa merci.
Et Océane va me zigouiller...
— Bon, ok ! Mais ça reste entre nous, ou ce n’est pas un monstre mais moi qui te mangerai toute crue !
— Merci Papou, t’es le meilleur papa du monde entier !
Elle se jette contre moi encore une fois et je la câline plus fort que nécessaire.
Je ne sais pas si je mérite ce titre. Mais je veux tout faire pour qu’elle le pense le plus longtemps possible.
Je borde Melody, la couette remontée jusque sous son nez, et replace une mèche derrière son oreille.
— Fais de beaux rêves, chipie.
— Merci Papou. Je t’aime.
Je ferme la porte doucement, le sourire encore accroché à mes lèvre et tombe nez à nez avec le regard inquisiteur d’Océane.
Je suis foutu...
Elle a les bras croisés, le regard noir, mais brillant.
— Le Croque-mitaine ? Sérieusement ? Si elle se lève cette nuit, tu t’en occupes.
— Je ne pouvais rien faire, Océane... Elle m’a piégé avec ses petits yeux dorés et sa petite moue. J’ai allégé, promis. Et je lui ai dit qu’il ne sortait que si elle ne rangeait pas sa chambre, alors tu devrais me remercier.
Je m’approche d’elle, lentement.
Elle me fusille du regard, mais ses lèvres tremblent d’un sourire. Sa fossette apparaît et je n’y résiste pas. J’attrape ses hanches, mes doigts s’enfoncent doucement dans le tissu de son pull, et je l’entraîne dans notre chambre, juste à côté de celle de Melody.
Je l’embrasse dans le cou, là où sa peau est la plus chaude. L’odeur de lilas m’envahit, me fait fermer les yeux.
Qu’est-ce que j’aime cette odeur...
Qu’est-ce que je l’aime, elle.
Six ans ont passé et je suis toujours aussi fou d’elle. Non... je suis plus amoureux chaque jour.
Ma main glisse sous son pull, frôle sa taille, remonte lentement.
Elle frissonne.
— Tu te lèveras quand même la nuit, souffle-t-elle, la voix chevrotante.
— Toutes les nuits s’il le faut. Pour elle... ou pour toi.
Je sens sa peau brûler sous mes doigts.
— Tu es pire qu’elle, Noah...
Elle rit, dans un souffle. et se dégage doucement de moi. Elle commence à se déshabiller pour la nuit. Le tissu glisse le long de ses jambes et moi, je la regarde sans détourner les yeux.
Cette femme a élevé ma vie au rang de paradis.
Ma sirène magnifique qui ne réclame rien mais donne tout.
Mon cœur cogne.
Fort.
Je sens mon pouls dans mes tempes et je ne retiens plus rien.
— Épouse-moi.
Le silence tombe brutalement.
Elle se retourne, muette, une jambe encore coincée dans son pantalon. Son regard me cherche. Me sonde.
Je ne détourne pas les yeux.
— Noah...
Elle ne finit pas sa phrase et elle n’en a pas besoin. Je l’avais dit, affirmé, hurlé. Le mariage ? Plus jamais.
J’avais peur d’être enfermé et ligoté une nouvelle fois. Mais si je dois être honnête, j’étais surtout effrayé à l’idée de tout gâcher et d’être indigne d’elle, terrorisé comme un gamin qu’un jour Océane réalise que je ne suis pas assez.
Mais Annie est partie, la mentor d’Océane est morte. Je n’étais pas proche d’elle, mais j’ai avalé la peine d’Océane et j’ai compris que je ne voulais plus jamais voir la tristesse sur ce visage magnifique. Je veux son sourire chaque jour de ma vie.
Stupéfaite, ma sirène reste silencieuse et déglutit, cherchant des mots qui ne viennent pas.
Je fais un pas dans sa direction et m’agenouille devant elle.
Ce n’est pas vraiment comme ça que j’avais prévu de lui demander. J’ai acheté une bague bien cachée et enfermée dans mon bureau à Nexgen et j’ai réservé une table jeudi dans son restaurant préféré. Pete devait faire le baby-sitter pour Melody.
Mais je ne contrôle jamais rien près d’elle.
— Ma vie n’a du sens que parce que tu es là et... mon bonheur n’existe qu’à travers toi, Océane. Alors, si c’est ce que tu ressens toi aussi, je t’en supplie...
Ma voix est tremblante et toute mon assurance vient de s’envoler. Je prends une pause, déglutis, reprends un peu d’air et je répète :
— Épouse-moi, ma sirène.
Elle prend mon visage entre ses mains. Ses joues sont humides –les miennes aussi. Elle ouvre la bouche, prête à me répondre mais...
— Papou ?
Je me retourne et trouve Melody, sa peluche rose à tête de licorne bien serrée contre elle.
Fais chier !
Je ferme les yeux une fraction de seconde et enfonce mon visage en grognant dans le ventre d’Océane, qui éclate de rire.
— Tu peux vérifier sous mon lit ? J’ai entendu un drôle de bruit.
Je jette un regard à Océane et y lis un « bien fait pour toi » bien mérité.
Je me redresse et attrape la main de ma fille qui me tire hors de la chambre. Je quitte la pièce, mourant de frustration et d’impatience.
J’aurais dû attendre jeudi...
— Oui.
Je me stoppe net dans le couloir, tandis que Melody continue de tirer. Je fais volte-face.
Océane est sur le pas de la porte. Ses doigts agrippent le chambranle.
— Qu’est-ce que t’as dit ?
Je retiens mon souffle.
— J’ai dit "oui".
Mon cœur s’arrête.
Puis il repart la seconde d’après, s’explosant à un rythme effréné contre ma poitrine.
Je lâche la main de ma fille, soulève Océane et l’embrasse, euphorique. Elle éclate de rire entre mes lèvres.
— Et mon lit alors ?! râle Melody.
Je récupère ma fille dans mes bras, embrasse sa tempe.
— Ne t’inquiète pas, ma chérie... il n’y a plus aucun monstre dans nos vies.
Ni dehors.
Ni en moi.
Je regarde Océane, les yeux embrumés, qui sourit aux anges.
— Je t’attends dans la chambre, me lance-t-elle lascive.
Cette fois, je le sens jusque dans mes os.
Je suis heureux.
Heureux.
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Donc un mariage en vue ?
Et si c’était l’occasion de retrouver tous nos personnages préférés ? Et d’offrir à Lola l’avenir qu’elle mérite?