Tournesol

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Summary

« Ça a commencé avec rien. Un coup de foudre. Puis, à ses yeux elle est devenu son soleil. À la fois la chaleur et la brûlure. Celle qu'il aimait par dessus tout, et en même temps, dont il avait la plus grande aversion. » Lorsque Maude reçoit un bouquet de tournesol d'un expéditeur inconnu, les évènements qui suivent prennent une tournure inattendue.

Status
Ongoing
Chapters
40
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
16+

AUBE

‎‎‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ ‎ 7‎ ‎ ‎ ANS‎ ‎ ‎ PLUS‎ ‎ ‎ TÔT

Sur la plage de Ferder, à deux pas de ma maison, c'est foule aujourd'hui. Pendant les grandes vacances, les rives de Connorbourg sont prisées par les touristes venus chercher le soleil et la chaleur d'été.

Je suis assise sur ma serviette, le dos couvert de crème solaire, mes lunettes de soleil au bout du nez et les pieds enfoncés dans le sable cuisant. Je m'affaire à construire des paquets de sable sans grand enthousiasme, déja épuisée en perspective de cette journée à la plage.

Cette matinée est particulièrement étouffante. C'est une aubaine pour Diana qui réclamait d'aller à la plage depuis le début des vacances. Pour moi, peu m'importe. D'ailleurs, je l'entends s'esclaffer dans les vagues. Je la regarde contemplative dans l'eau cristalline. Je souris quand je la vois jouer au requin avec ses nouveaux amis. Diana a tout juste six ans et c'est une infatigable de la vie. Moi, dix, j'en ai déjà assez de vivre.Ma mère relève la tête de son transat, pour me détailler sous ses lunettes.

— Tu ne vas pas te baigner, mon chat ?

— J'ai pas envie.

Elle souffle lourdement comme le taureau qui expire des buées ardentes.

— Alors pourquoi je t'ai acheté ce maillot si tu ne vas pas dans l'eau ?

Je croise mes bras et reste les yeux rivés au sol. Mes pieds ont disparu dans la couche de sable. J'aimerais bien enfouir mon corps entier sous cette couverture épaisse.

— Je veux pas, j'ai froid.

— Petite menteuse.

— Maman, laisse moi tranquille !

— J'aimerais juste comprendre pourquoi tu gâches tes vacances, à rester seule dans ton coin, s'indigne-t-elle le ton plaintif, regarde ta sœur, ce n'est pas compliqué de s'amuser !

— Comme tu dis c'est mes vacances alors je fais ce que je veux.

— Non chaton, tu ne fais pas ce que tu veux. Je dirai même que ne sais pas ce que tu veux.

Ces remontrances ont le don de me mettre en rogne. Avant qu'une énième dispute éclate, je me lève de ma serviette tout en jetant mes lunettes au sol, écrase mes montagnes de sable, et m'éloigne de ma mère. Elle semble ravie que je parte. Elle doit s'attendre à ce que je m'amuse où je me fasse des amis comme chaque enfant de mon âge. Le problème, c'est que je n'arrive pas à m'en faire, du moins, je n'ai ni l'envie ni le besoin d'en avoir.

— Mauuude !

Diana arrive en courant vers moi, trempée de la tête aux pieds et heureuse. Son visage, rond comme une pâte à pain, est rougi par les coups de soleil malgré la couche de crème solaire.

— Viens te baigner, l'eau est trop bonne !

— Non. Amuses-toi sans moi.

Elle me prends le bras, bien décidée à ne pas lâcher prise. Sa peau humide contraste avec la chaleur de mon bras.

— Viens Maude ! Ordonne-t-elle la moue boudeuse. Viens viens viens viens !

Tout en me harcelant, elle tire de toutes ses forces si bien que je finis les pieds dans l'eau.

— Tu m'énerves Diana !

Je capitule et nous entrons dans la mer. Diana s'esclaffe de joie. Elle boit la tasse en sortant sa tête de l'eau avec le même sourire de bonheur qui ne semble pas avoir quitté une seule fois son visage. Je pince mon nez et plonge à mon tour. J'oublie un moment où je suis et pourquoi j'étais si morose. Je profite de l'étau de douceur qui m'envahit, la fraîcheur de l'eau sur chaque parcelle de ma peau brûlante.

J'émerge avec une sensation de bien-être immédiate. Diana m'éclabousse au même moment. Je suis aveuglée un instant et me frotte les yeux, piquée par l'eau salée. Je recouvre la vue au même moment où remarque un garçon au visage familier.

Oh non.

— Hey Maude !

Je le reconnais. C'est un élève de ma classe. Je tourne la tête, prétextant vulgairement que je ne l'ai pas vu. La fente est minable puisque le voilà qu'il émerge, le visage perlé de goutte, les cheveux ratatinés en une forme informe. Ses yeux rieurs se posent sur moi.

— Tu passes de bonnes vacances ? demande-t-il promptement.

Je perds ma langue pendant un instant en le voyant si extraverti et hoche timidement la tête. Je ne le connais presque pas, et c'est sûrement la première fois que nous nous adressons la parole. C'est quoi son prénom déjà ?

— J'adore la plage ! Pas toi ? Pendant les vacances d'été c'est le top ! Je pourrais me baigner matin, midi et soir et même dormir dans l'eau, après il faudrait que j'ai des bronchites pour pouvoir respirer dans l'eau, mais tu as compris, j'adore ça !

Il débite sa phrase d'un trait. J'ai l'impression qu'il veut se rendre intéressant. Ou peut-être qu'il veut paraître sympa. Ou bien qu'il souhaite juste détendre mon sourire figé. Je ne suis pas douée pour déceler les intentions des gens.

— Perso, j'aime pas trop me baigner.

— Oh, ah, ok. De toute façon c'est mieux d'être au sec, tu as raison. J'ai pas envie d'avoir des bronchites, conclut-il après une réflexion qui à duré le temps d'une expiration, je veux pas devenir un poisson. C'est trop nul.

— J'ai pas envie de... devenir un poisson non plus.

Je continue d'hocher bêtement et lui de même. J'ai l'air d'une idiote. Et lui aussi. Au moins, on est deux.

— Eh p'tit roi ! s'écrie un type en se ruant sur son ami.

Je remarque que l'inconnu est nettement plus grand que nous. Celui-ci semble avoir enfin remarqué ma présence, quand il plisse les yeux dans ma direction face au soleil perçant.

— Tu la connais ?

— C'est une fille de ma classe, commente sobrement "p'tit roi".

— Je m'appelle Maude, j'ajoute un brin vexée d'être ignorée.

Le grand gaillard ne me quitte pas des yeux tout en passant une main dans ses cheveux.

— Moi c'est César. Son grand frère.

Il s'avance vers moi... avant d'être éclaboussé de la tête au pied par son frère, aux éclats.

— Toi, tu vas le regretter, rugit César en plaquant ses cheveux trempés en arrière, Maude, tu m'aides à le noyer ?

Sur ce, je m'engage dans une guerre fratricide. César m'ordonne de le bloquer. Basile finit par boire la tasse lorsque son frère le pousse dans l'eau. Quand les deux garçons remontent à la surface, le sourire aux lèvres, moi aussi je souris franchement.

Éreintés après avoir jouer au loup, au requin, et aux sirènes après que Diana se soit incrustée dans notre trio, nous nous prélassons sur le sable César et moi.

Les pieds dans les flots, les avants-bras incrustés dans le sable humide, le soleil continue de nous réchauffer le visage.

La plage de Ferder se vide peu à peu en cette fin d'après-midi. Le soleil couchant décline sur l'horizon, déployant son camaïeu sur une mer bouillonnante.

A côté de moi, César reste les yeux fermés en se dorant la pilule. Moi, j'en profite pour l'épier du coin de l'œil.

Ces cheveux clairs rôtissent sous l'astre incandescent. Son visage, baigné de lumière, magnifie son expression sereine. Tiens, je n'avais pas remarquer ses tâches de rousseurs aux coins de ses yeux. C'est mignon.

C'est alors qu'il change de position et nos épaules se touchent. À ce contact anodin, je sens mon estomac et tout ses organes se tordre d'un coup. La peau de César semble être brûlée à des températures extrêmes si bien que le moindre effleurement me fait frémir. Et c'est une sensation incroyable. Qu'est-ce qu'il m'arrive ? C'est César qui me fait cet effet ?

Il avance sa main et saisit une mèche de mes cheveux. Il la fait tourner entre ses doigts, l'air concentré. Je le fixe comme une attardée, obnubilée par sa personne. Le fait que César, ce garçon confiant, sûr de lui, soit à mes côtés, me flatte. Sous le soleil, rien que nous deux, il me paraît plus beau. Plus mature. Plus attirant.

— Je crois que je t'aime.

Avant que le malaise ne m'engourdisse de la tête au pied, je profite de cet élan de courage qui m'a poussé à sortir les mots les plus intimes qui soient. Ça me surprend moi-même.

Il ne semble pas surpris et continue de jouer avec mes mèches blondes.

— C'est pas de l'amour Maude, assure-t-il sans quitter mes cheveux des yeux. C'est du désir.

Désir. Entendre ce mot dans sa bouche me donne des frissons. Je ne regrette pas d'avoir exprimer mes sentiments, car César ne me donne pas de raison d'être mal à l'aise de l'avoir fait. C'est si... agréable.

— Parle-moi de toi, propose-t-il en se mettant sur le ventre.

— Moi ? je répète, comme si c'était une requête absurde.

Il plonge ses mains sous les remous et moi, je reste subjuguée par ses taches de rousseurs.

— Rien de particulier. Demain je vais à l'anniversaire de ma cousine.

— Cool. Tu l'aimes bien ?

— C'est la fille de ma tata préférée. Oui, je l'adore. Dommage qu'elles habitent loin, on ne se voit pas très souvent... Tu habites dans le coin, toi ?

— Mes parents ont pris un hôtel dans le centre-ville. On est venus en bus avec mon frère à la plage.

Je ne réponds pas, complètement happé par la profondeur de ces yeux. Je me noie dans leur couleur ocre. Ils ont la couleur de l'eau claire et du sable qui cuit sous le soleil. Les yeux de César ont la couleur de l'été et de la plage...

— Tu viens d'où ?

— J'habitais à Connorbourg...avant. Mon père à trouvé du travail dans une autre ville. Je dois partir à la fin des vacances, c'est le dernier été que je passe ici.

A ces paroles, il m'extirpe de mon rêve éveillé. Une douleur irradiante compresse ma poitrine.

— On ne va plus se revoir ?

— On peut passer ses vacances ensemble, si ça te dit. On se retrouve à la plage, on s'amuse, on profite...

— César ! s'exclame soudainement son frère et ma sœur en arrivant à toute allure, on a trouvé un crabe avec Diana !

— Minute, restez loin, ne me mouillez pas, ordonne César en se relevant. Waouh ! Vous l'avez ramassé tout seuls ?

Je porte ma main en visière tout en observant la trouvaille du jour dans les mains de son frère. Le crabe se révèle être un énorme dans sa catégorie. Diana essaye de le porter mais se fait pincer le doigt à la place. Elle chouine devant son doigt.

— T'es vraiment un bébé, remarque p'tit roi.

— C'est pas vrai ! s'écrit-elle aussitôt, et puis, c'est toi le bébé, tu as fait pipi dans l'eau je t'ai vu !

— N'importe quoi, il rétorque tout faisant les gros yeux à Diana, j'ai jamais fait pipi de ma vie. Je vais aller me sécher.

Sur ce, humilié, il lâche le crabe sur le sable. Il part sans oser me regarder.

— Range tes affaires on vas pas tarder à rentrer, pipi-man ! lui hèle César hilare.

Diana décide, elle aussi, de retourner auprès de ma mère pour se reposer. Je constate enfin qu'il ne reste que nous sur la plage, et que le soleil s'est couché depuis quelques temps.

— Vous partez déjà ?

— Il faut pas qu'on loupe le dernier bus pour rentrer.

— Vous voulez rester à la maison ce soir ? J'habite dans la résidence Ferder, pas loin de la plage. Il y a beaucoup de place pour dormir. Comme ça, on pourra passer plus de temps ensemble, aller à la plage toute la journée, se promener, s'amuser...

Comme son frère, je débite sans lui laisser le temps de réagir. Je pince mes lèvres en tentant de réfréner mon excitation. Il rit.

— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu as l'anniversaire de ta cousine demain en plus. Tu me raconteras.

Le crabe relâché s'engouffre dans la mer et disparait sous une vague. Remplie d'amertume face à la fin de la journée, je regrette de ne pas avoir profité pleinement de cette sortie. Ma mère avait raison, ce n'était pas compliqué de s'amuser. Il fallait simplement que je m'en laisse le droit.

— Et après ? je lâche, sans vraiment vouloir connaître la réponse. Quand tu partiras à la fin des vacances... tu vas m'oublier.

— Loin de là, me rassure-t-il avant de se mettre en route vers l'endroit où il a posé ses affaires. On n'oublie jamais quelqu'un qui nous a dit je t'aime.