Chapitre 1
Winter
Je suis Winter, et je vis ma vie comme je l’entends. Cela peut sembler égoïste ou rebelle, mais c’est la seule manière que je connaisse pour être en paix avec moi-même. Mes parents, eux, n’approuvent rien de mes choix. "Tu es une Winter, et les Winter se doivent d’être ambitieux, puissants, et admirés." Voilà ce que mon père me répète à chaque fois qu’il daigne m’appeler.
Mais je n’ai rien à faire de son entreprise ou de ses ambitions. Illustratrice freelance, c’est ce que je suis. Je dessine, je crée, et j’adore ça. Mais ça, ma famille ne le comprend pas. "Ce n’est pas un vrai métier, Winter," me lance souvent ma mère, avec son ton froid et condescendant.
Ma mère, justement… Elle ne manque jamais une occasion de me rappeler que mon caractère est "insupportable" et que je finirai seule si je continue ainsi. "Aucun homme ne voudra jamais d’une femme aussi têtue que toi." Parfait, ça tombe bien. Je n’ai pas besoin d’un homme pour me sentir complète. Je suis forte, indépendante, et absolument magnifique, que ça plaise ou non.
Mais malgré ma confiance en moi, il y a une chose qui met mes nerfs à rude épreuve : Nathaniel. Mon foutu voisin.
Depuis qu’il a emménagé, ma vie est un calvaire. Ce type semble être né pour m’agacer. Il est toujours là, avec son sourire suffisant et ses remarques agaçantes. Chaque fois que je le croise, c’est comme si le destin s’amusait à nous forcer à nous haïr encore plus. "Chat et souris", c’est exactement ce qu’on est. Et je jure que je vais finir par l’étrangler s’il continue.
Ce matin, alors que je sirote mon café devant mon bureau, un bruit assourdissant retentit de l’autre côté du mur. Évidemment, c’est lui. Nathaniel, le roi du bruit, qui semble incapable de passer une journée sans troubler ma tranquillité.
— C’est pas possible… je grogne en posant ma tasse.
Je me lève, enfile un pull par-dessus mon pyjama, et sors de chez moi. Quelques coups frappés à sa porte plus tard, Nathaniel apparaît, vêtu d’un t-shirt décontracté et d’un sourire provocateur qui me donne instantanément envie de faire demi-tour.
— Oh, Winter. Toujours aussi charmante. Je peux t’aider ? demande-t-il, en s’appuyant nonchalamment contre l’encadrement de la porte.
— Oui, tu peux arrêter de faire autant de bruit ! Certaines personnes travaillent, tu sais ?
Il arque un sourcil, faussement surpris.
— Travailler ? C’est ça que tu appelles rester enfermée à dessiner toute la journée ? Fascinant.
Je croise les bras, mes joues brûlantes de colère. Ce mec est insupportable. Mais il sait exactement sur quels boutons appuyer pour me mettre hors de moi.
— Et toi, Nathaniel, c’est quoi ton excuse pour être un parasite bruyant ? T’es écrivain ou juste un gars qui s’ennuie dans sa vie ?
Il rit doucement, ce qui a le don de m’agacer encore plus.
— Je suis un écrivain en herbe, merci. Et au cas où tu te demanderais, ma "vie de parasite" est bien plus excitante que tu ne peux l’imaginer.
— Super. Eh bien, continue à "exciter" ta vie, mais fais-le en silence, s’il te plaît.
Sans lui laisser le temps de répliquer, je fais volte-face et retourne dans mon appartement. Mais même après avoir claqué la porte, son rire résonne dans ma tête, me donnant une furieuse envie de l’assommer.
Comment vais-je survivre avec lui à côté de moi ?
Oh, bonté divine, si je pouvais l’étrangler, ce serait parfait. Vraiment, ce serait un rêve. Vous me trouvez froide ? Tant mieux, c’est exactement ce que ma famille déteste le plus chez moi. Mais, moi, j’adore ça. Être froide, distante, c’est ma façon de me protéger, de ne laisser personne franchir les murs que j’ai construits autour de moi. Et croyez-moi, Nathaniel est la dernière personne au monde que je laisserais s’en approcher.
Et pourtant, ce crétin recommence. Encore ce foutu bruit. Cette fois, ce ne sont pas des bruits de meubles qu’on déplace ou de musique trop forte. Non, c’est pire. Un genre de… percussion infernale, comme s’il jouait à taper sur des casseroles ou je ne sais quoi.
Je sens mon sang bouillir.
— Nathaniel !!!! je hurle, espérant qu’il m’entende à travers les murs.
Évidemment, aucune réponse. Parce que pourquoi est-ce qu’il m’écouterait ? Il est bien trop occupé à… je ne sais pas ce qu’il fait, mais je vais le découvrir.
Je claque la porte de mon appartement et frappe violemment à la sienne, prête à en découdre. Cette fois, il ne s’en sortira pas avec son sourire insolent et ses petites remarques sarcastiques.
La porte s’ouvre, et bien sûr, il est là. Debout, avec son éternel t-shirt qui lui va bien trop bien, ses cheveux en désordre, et ce sourire qui me donne des envies de meurtre.
— Encore toi ? dit-il en feignant la surprise. Tu ne peux vraiment pas te passer de moi, hein ?
Je lève un doigt, prête à lui faire une tirade sur le respect des voisins, mais il m’interrompt en se tournant vers l’intérieur de son appartement.
— Je crois qu’on a une invitée, mes amis ! lance-t-il.
Je plisse les yeux, confuse. Ses amis ?
Et c’est là que je vois la source du bruit : trois casseroles posées sur une table basse, un rouleau à pâtisserie à la main, et deux gars assis sur son canapé, morts de rire. L’un d’eux frappe sur une casserole avec une cuillère en bois, tandis que l’autre filme la scène avec son téléphone.
— C’est une blague ? je souffle, incrédule.
Nathaniel se tourne vers moi, amusé.
— On teste des idées pour un court-métrage.
— Des idées ? Taper sur des casseroles à dix heures du matin, c’est ça, vos idées ?
L’un des gars lève une main, comme pour se défendre.
— Pour être honnête, c’était son idée.
Nathaniel rit, les bras croisés.
— Détends-toi, Winter. C’est de l’art. Tu devrais comprendre, non ? Toi qui dessines toute la journée.
— De l’art ? Sérieusement ? Je pointe les casseroles du doigt. Ça, c’est de l’art pour toi ?
— Absolument. Tout comme toi, quand tu griffonnes des petits dessins.
Je le fusille du regard.
— Si tu recommences encore une seule fois, je te jure que je te fais avaler tes casseroles.
Il éclate de rire, et je sens mon visage s’empourprer. Ce n’est pas de la gêne, c’est de la colère. Et peut-être un tout petit peu parce que son rire est… bon, je ne veux même pas y penser.
Je tourne les talons et sors de son appartement, claquant la porte derrière moi. Mais à peine suis-je de retour chez moi que j’entends sa voix, étouffée à travers le mur.
— Eh, Winter, tu devrais venir participer la prochaine fois ! On pourrait vraiment utiliser ta froideur pour le rôle principal !
Je lui réponds par un coup sec contre le mur, ce qui déclenche encore plus de rires.
Ce type va me rendre folle.