Chapitre 1 ⚡︎ Sous Tension ⚡︎ Ava
La nuit est lourde. Étouffante. Même l’air glacé, qui s’insinue sous ma capuche et s’accroche à ma peau, n’arrive pas à dissiper la tension qui vibre dans mon corps. Chaque pas, chaque souffle, est parfaitement maîtrisé. Je suis une ombre parmi les ombres. Invisible. Inarrêtable.
L’arme repose dans ma main, froide et familière. Mon pouce effleure le métal, mais je n’y pense pas. Je ne ressens plus rien. Plus depuis longtemps. C’est comme si mon esprit s’était vidé, laissé place à un vide mécanique. Juste moi, ma cible, et l’écho silencieux des ordres de Dean qui résonnent encore dans ma tête.
Ne réfléchis pas. Ne doute pas. Exécute.
Et c’est exactement ce que je fais. L’homme devant moi marche sans se douter qu’il est déjà mort. Il ne regarde pas derrière lui. Il ne se doute de rien. Il croit qu’il est en sécurité.
Erreur.
Je lève l’arme. Mon doigt trouve la détente comme si c’était la suite logique de ma respiration. Pas d’hésitation. Pas de place pour le doute. Une pression. Une détonation.
Le bruit déchire la nuit, mais il ne dure qu’une fraction de seconde. L’homme s’effondre, et la rue retrouve son silence. Pas de cri. Pas de lutte. Juste… la fin.
Une balle. Un corps. Mission accomplie.
Je reste immobile une seconde de trop, le regard ancré sur le cadavre. Pas pour vérifier. Pas par remords. Juste… une sensation fugace.
Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Pas à cause du froid. L’adrénaline monte. Puis le vide. Plus lourd. Plus oppressant.
Je me retourne. Je ne regarde jamais en arrière. C’est inutile. Ce n’était qu’un ordre. Une mission de plus, dans une liste qui ne cesse de s’allonger.
Ne réfléchis pas. Ne doute pas. Exécute.
Je m’éloigne, mes pas rapides avalent la distance entre moi et la clinique. Une façade banale, presque insignifiante, avec son néon fatigué qui clignote au-dessus de la porte. De l’extérieur, rien ne la distingue des autres cliniques vétérinaires de la ville. Mais l’intérieur révèle un autre monde.
Ici, aucun animal n’a besoin de soins. Ce sont nos corps qu’on recoud, ceux du Cercle, ceux façonnés pour saigner en silence.
Dès que je passe la porte, l’odeur de désinfectant m’enveloppe. Trop forte. Trop propre. Une tentative désespérée de masquer le sang, la douleur et tout ce qu’on laisse derrière nous.
Je traverse le couloir familier, éclairé par une ampoule vacillante. Les murs suintent de secrets qu’on ne dit jamais à voix haute. Un sanctuaire sans réconfort, juste un abri temporaire. Un endroit pour disparaître, reprendre son souffle, avant de replonger dans la violence.
J’emprunte l’escalier, les muscles encore tendus.
Là-haut, la chaleur de la pièce de Dean m’accueille. Il est là. Je le sais avant même d’entendre l’eau couler dans la salle de bain. Sa présence imprègne chaque recoin de cet espace.
Je laisse tomber ma capuche, pose mon arme sur la table dans un bruit sourd. Mes doigts s’attardent une seconde de trop sur le métal, comme si je pouvais encore sentir le coup partir. Un résidu d’adrénaline pulse sous ma peau, mais il s’estompe aussi vite qu’il est venu.
Mon esprit ne décroche pas. Jamais.
Je m’écrase sur le canapé, les muscles lourds, le regard perdu sur le plafond jauni. La pièce a une odeur de chaleur et de vapeur, mais aussi de lui. Et ça m’oppresse autant que ça m’apaise.
Puis un bruit. La porte de la salle de bain s’ouvre. Se referme.
Dean.
L’air change immédiatement. Plus lourd. Plus dense. Sa présence remplit la pièce avant même que je le voie. Je ne bouge pas, mais mon corps tout entier est déjà tendu, alerte.
Il ne dit rien d’abord, mais ses pas résonnent doucement, calculés, comme s’il savait que le simple fait de s’approcher suffirait à attirer toute mon attention.
Puis sa voix brise le silence :
— Il est froid, ou je dois encore m’inquiéter ?
Un sourire discret effleure mes lèvres, malgré moi. Je rouvre les yeux.
Dean est là. Torse nu, des gouttes d’eau glissant sur sa peau, une serviette nouée négligemment autour de sa taille. Il s’appuie contre le chambranle de la porte, détendu, mais son regard me transperce, implacable.
Et il sait.
Il sait que je le regarde. Que je le dévore des yeux. Il sait que je n’ai aucune chance de cacher ce qui se passe dans ma tête.
Il sait tout. Comme toujours.
— Tu cherches quelque chose, Green ?
Sa voix traîne, basse, posée. Il connaît la réponse.
Mon regard reste fixé sur lui. Sur ces cicatrices qui marquent sa peau, ces lignes que je pourrais retracer les yeux fermés. Chaque entaille a une histoire, un combat, une douleur. Il me les a racontées, sans jamais y mettre d’émotion, comme si ça ne comptait pas. Mais je sais que ça compte. Parce que moi aussi, j’ai été brisée.
Par lui.
Mon mentor.
Celui qui m’a brisée. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à détruire. Jusqu’à ce que je n’aie d’autre choix que de renaître sous ses ordres, ses exigences, sa volonté.
Il m’a poussée au bord du gouffre, forcée à regarder dans le vide, puis il m’a appris à y survivre. À tenir. À ne jamais reculer. À affronter sans broncher. À serrer les dents quand la douleur dévore le corps. À tuer quand il n’y a plus d’alternative.
C’est lui qui m’a forgée. Et pourtant, je ne le hais pas.
Un sourire en coin étire ses lèvres, comme s’il pouvait entendre mes pensées. Comme s’il savait déjà. Puis il avance d’un pas.
— T’es en train de mater, Green.
Sa voix claque, et je lève les yeux au ciel, essayant de masquer l’impact qu’il a sur moi.
— Ferme-la, Dean.
Il rit, ce rire grave, rauque, qui résonne dans la pièce.
— J’ai raison, hein ? Tu mates.
Il avance encore, la serviette toujours nouée autour de sa taille, mais plus pour longtemps. Dean ne fait jamais rien à moitié.
— Tu sais, t’es pas obligée de faire semblant. Je sais que t’aimes ça.
Je secoue la tête, un sourire narquois sur les lèvres.
— T’aimes t’entendre parler, pas vrai ?
Il s’arrête, penche légèrement la tête, et ses yeux brillent d’amusement.
— Peut-être. Mais t’aimes m’écouter.
Je ne réponds pas. Parce qu’il a raison.
Dean aime parler. Pas seulement pour me provoquer, mais parce qu’il sait que chaque mot, chaque phrase, chaque silence calculé me pousse un peu plus loin. Il parle pour jouer. Pour me manipuler. Et moi, je le laisse faire. Pas parce que je n’ai pas le choix, mais parce que je le veux. Parce que ça m’électrise.
Il aime me faire attendre. Il aime me tenir en haleine, jouer avec moi comme un prédateur jouerait avec sa proie. Mais je ne suis pas une proie ordinaire. Pas une proie qui se débat. Je suis docile, impatiente, fébrile.
Et il le sait.
Il sait exactement comment me faire languir, comment attiser ce feu sourd qui brûle en moi, jusqu’à ce que l’attente devienne insupportable.
— Tu vas rester planté là toute la soirée, ou tu comptes faire quelque chose ?
Ma voix est plus assurée que je ne le ressens vraiment, mais je tiens bon.
— T’as peur de pas être à la hauteur ? j’ajoute, provocante.
Son sourire s’élargit, un éclat sombre traverse son regard. Sans un mot, il attrape le nœud de la serviette et la défait d’un geste lent, maîtrisé, avant de la laisser tomber au sol. Un frisson me traverse, mais je tiens bon, soutenant son regard sans ciller.
Il ne bouge pas tout de suite. Il me laisse absorber la scène, sentir le poids de ce moment. Puis, avec une lenteur calculée, il se penche au-dessus de moi, posant ses avant-bras de chaque côté de mon corps, son torse à quelques centimètres à peine du mien. Suffisamment proche pour me faire perdre pied. Pas assez pour me toucher.
Il veut que j’attende. Que je ressente chaque seconde qui passe.
— Bébé, la seule chose que tu devrais craindre, c’est de plus savoir si t’as encore le contrôle… ou si tu me l’as déjà donné.
Un rictus étire mes lèvres. Il croit quoi, au juste ? Que je vais le laisser dicter les règles ?
— T’as une bien haute opinion de toi, Dean.
Je le vois, cette lueur dans ses yeux. Un mélange de défi et d’amusement, comme s’il s’attendait à ce que je riposte.
Il attend. Il me défie sans un mot, sûr de lui, convaincu que je vais céder la première. Son souffle est calme, maîtrisé, mais je vois cette ombre fugace dans son regard. Une anticipation, un jeu de pouvoir qu’il pense contrôler.
Alors je bouge.
Je bascule mon poids et le repousse, inversant la position en un battement de cils. Cette fois, c’est lui qui se retrouve coincé contre le dossier du canapé. Mon souffle effleure sa peau encore humide alors que mes doigts glissent lentement sur son torse.
— T’as peut-être oublié à qui tu parles…
Je me penche, mes lèvres frôlent sa mâchoire, à peine une caresse avant que je ne me redresse, pressant mes mains contre son torse pour l’empêcher de bouger.
— Le contrôle, c’est moi qui le prends.
Un sourire effleure ses lèvres, pas de frustration, pas d’agacement. Juste une foutue excitation. Il adore ça. Il adore me voir le défier, même s’il sait déjà comment ça va finir.
Je le sens sous mes doigts, son torse qui se soulève plus lentement, son souffle plus profond. Il attend mon prochain mouvement. Il veut voir jusqu’où j’irai.
Alors j’y vais.
Lentement, sans le quitter des yeux, je recule à peine, juste assez pour que l’air s’engouffre entre nous. Mes mains quittent son torse et glissent sur les boutons de ma veste. Un à un, je les défais, prenant mon temps, sentant son regard peser sur chacun de mes gestes.
Dean ne bouge pas. Il observe.
Inquisiteur. Brûlant. Gourmand.
La veste glisse de mes épaules, tombe au sol dans un bruissement à peine audible. Je n’ai plus qu’un simple débardeur, trempé de sueur et collé à ma peau. Ses yeux dérivent une fraction de seconde, et un sourire étire mes lèvres.
— Quoi, Dean ? je souffle, provocante.
Son regard remonte au mien, noir d’envie.
— J’aime bien quand tu joues à ça.
Sa voix descend d’un ton, rauque, vibrante d’une tension qui s’accroche entre nous. Ses mains quittent enfin le canapé, viennent s’ancrer sur mes hanches, ses pouces effleurent ma peau juste sous mon haut.
Un frisson me traverse, léger, presque imperceptible.
— Mais t’es sûre de vouloir jouer avec moi, bébé ?
Je le connais. Dean ne parle jamais à la légère. Taquiner Dean, c’est comme mettre le feu à une poudrière. Une fois allumée, impossible de l’arrêter.
Je sens la pression de ses doigts se renforcer, son souffle glisser contre ma peau. Il attend. Il me teste. Il veut voir si je vais me dérober, si je vais nier ce que mon corps hurle déjà. Un sourire effleure mes lèvres, mais je ne réponds pas. Pas besoin.
Au lieu de ça, je bouge. Lentement. Mon bassin ondule légèrement sous lui, une provocation mesurée, calculée. Juste assez pour attiser la tension, pour sentir la crispation imperceptible de ses doigts sur mes hanches. Son souffle accroche, une fraction de seconde. Un putain d’instant de trop.
Dean ne parle plus. Il sent. Il ressent. Et bordel, je sais exactement ce que je viens de déclencher.
— Putain, Ava… je vais te baiser comme si ma vie en dépendait.
Sa voix n’a plus rien de contrôlé. Il ne joue plus. Il veut. Il prend.
Mon ventre se contracte, une chaleur brute s’ancre entre mes cuisses. Un putain de choc électrique.
Et puis, tout bascule.
Dean reprend le contrôle en un battement de cils. Il me soulève brusquement, son mouvement rapide, précis, maîtrisé. Aucune douceur. Aucune hésitation. Mon dos heurte le canapé, son poids m’écrase presque, son souffle chaud s’échoue sur ma peau.
Ses hanches s’ancrent contre les miennes, un frottement lent, insoutenable. Il attise la flamme, la pousse à son paroxysme, me laisse sentir à quel point il est dur, tendu, affamé.
Un grognement lui échappe, étouffé contre ma gorge. Il ne tient plus.
Ses mains s’accrochent à mon jean, et d’un geste impatient, il l’arrache presque. Plus de jeu. Plus d’attente.
Il prend ce qui est à lui.