Enlevée

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Summary

J'ouvre les yeux. Rien. L'obscurité la plus totale. Pas un seul bruit. Je sens que je suis assise sur une chaise. Mes bras et pieds attachés, mes yeux bandés. L'endroit est frais. Humide même. Ça sent le renfermé et la poussière me chatouille le nez. Je me trouve dans une petite pièce. Vide. Une cave peut-être ? Malgré la fraîcheur environnante, je sens la sueur poisser mes vêtements. "Qu'est-ce qui se passe, bon sang ?" J'entends une porte grincer. Des pas. Quelqu'un enlève le bandeau. Un jeune homme brun, aux yeux bleus, se tenait devant moi. "Ton nom complet." "Evelyn Torres," je répond apeurer. Il me remet le bandeau et part en claquant la porte. Me laissant seule. Seule avec mon désarroi.

Status
Ongoing
Chapters
13
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

1. Bienvenue à Boston

-Je suis désolé, Evelyn.

🫀

00h00. Route 95.

- Avance ta caisse, connard !

Voilà maintenant trois heures que je suis bloquée dans un énorme embouteillage. Je déteste prendre la voiture et encore plus la nuit ! Déjà que je suis partie en retard, car j’ai dû m’occuper de Callista, ma petite sœur, jusqu’à ce que ma mère n’arrive. Mais, en plus, je n’ai pas l’argent pour me payer un billet de train ou d’avion. Hors de question de demander de l’aide à mes parents ! Pas question de demander à Giagiá (grand-mère en grec) aussi. Elle a déjà assez à faire et n’a pas forcément l’argent aussi. Je regarde mon compteur d’essence. En plus, je dois aller prendre de l’essence.

- Bon, c’est pas comme-ci, je pouvais me faire kidnapper, si ?

C’est totalement comme ça que tu peux te faire kidnapper, Evelyn.

Je cherche la station essence la plus proche et m’y rendre. De toute façon, c’est pas mieux que de tomber en panne d’essence en plein milieu de la route.

Quoique ?

Ce n’est pas la première fois que je fais cette route de nuit, mais je me chiais tout autant dessus que la première fois. La ville doit être encore à quelques miles d’ici et c’est la station la moins lugubre que j’ai vue. Tout devrait bien se passer.

Enfin, j’espère.

Je m’approche de la station. Elle est déserte. Aussi déserte que le désert du Sahara. Et encore, le Sahara doit avoir plus de vie que cette station d’essence. Seul le caissier est là. En espérant que ce ne soit pas la lui mon kidnapper.

Ressaisis toi, Evelyn ! Tu te fais des films. Arrête de voir le monde avec autant de noirceur. Je suis sûre que le caissier est aussi mignon qu’un chat.

Voilà que je me mets à penser à des chats moi. Je traîne trop avec Poppy. Va falloir changer ça. Mais c’est ma seule amie. Et la seule personne à me supporter. Bon bah, pensons aux chats.

En réalité, Poppy et moi, nous nous sommes rencontrés au lycée. Elle est drastiquement mon opposé. Elle vient d’une famille riche, la mienne est modeste. Elle a de beaux cheveux lisses et blonds, les miens sont bouclés et bruns. Autrement dit, elle est la belle fille, heureuse de vivre, où tous les mecs se retournent pour la mater, et puis, il y a moi, aussi plate et fade que du béton. Mais elle a été la seule personne présente pour moi. En dehors de ma Giagiá. Alors, notre amitié valait de l’or pour moi. Plus que je ne l’admettrai.

Je me dirige vers le caissier et m’accoude sur le comptoir avec un regard ennuyé et froid.

- Trente-sept dollars vingt, annonce le caissier avec une indifférence très prononcée.

Je suis légèrement surprise qu’il sache que je viens pour un plein. Je le regarde méfiante pendant une fraction de seconde.

T’as littéralement ta caisse devant une pompe, imbécile !

Je hoche la tête et paie avant de quitter la petite échoppe et de retourner à ma voiture. Qu’est-ce que je déteste faire mon plein en pleine nuit. C’est lugubre. On dirait que je suis dans un thriller ou une série policière. Ça me donne la chair de poule. Bien plus que je ne l’aurais cru.

J’enroule une de mes mains sur le pistolet et commence à faire le plein. Je prie pour que cela aille le plus vite possible. Une autre voiture s’arrête sur l’autre pompe, celle juste à côté de moi.

Putain ! Il y a littéralement trois autres pompes à essence et le bougre prend celle juste à côté de la mienne ! Calme toi Evelyn. Déstresse.

Le chauffeur sort de sa Mercedes noire et me dévisage un long moment. Il a des yeux bleus perçants, une peau plutôt claire et des cheveux bruns voire noirs. J’ai l’impression que son regard me transperce et regarde mon âme.

Je deviens juste parano, peut-être. Mais je suis au bord de la syncope.

Je détourne le regard, trouvant la tension insoutenable. Bon, il était beau, mais putain d’intimidant. Je sens toujours son regard dans mon dos, me détaillant, me scrutant. Je me sens de plus en plus en danger. Mes sens en alerte. Et puis, plus rien.

Je me retourne, alors que je repose le pistolet de la pompe, il n’est plus là. La voiture non plus. Étrange. Vraiment étrange.

Je suis putain de parano. Faut que j’aille me faire soigner.

Je retourne dans ma voiture. Mon téléphone sonne. Je regarde le contact. Poppy. Je décroche.

- Hey !

- Comment ça va ? Me demande-t-elle.

- Ça va ! Répondis-je rassurante.

Je l’entends pousser un soupir de soulagement.

- Tant mieux. Je commençais à m’inquiéter. Ça fait deux heures que tu devrais être là.

- Je sais, Poppy. Mais figure-toi que les embouteillages existent ! Ça fait trois heures que je suis bloquée dedans. Je suis bloquée depuis New London, je soupire.

Poppy laisse échapper un petit rire. Elle est bien la seule à pouvoir rire dans ce genre de situation. Je peux très bien l’imaginer en train de secouer sa tête de gauche à droite élégamment alors qu’elle rit.

- Oui oui, pardon. En attendant, je t’ai préparée une moussaka. Elle ne sera sûrement pas aussi bonne que celle ta grand-mère. Mais j’espère qu’elle sera bonne quand même.

- Tu sais que je t’aime, toi, je réponds avec enthousiasme.

Elle a toujours eu le bon mot, la bonne action pour me remonter le moral ou me calmer. C’est ce que j’admire chez elle. Son empathie et son altruisme. Parfois, j’aimerais être comme elle, mais je vois le mal partout. Poppy, elle, voit le bien partout. J’ai l’impression d’être Mercredi et elle, Enid.

On discute encore pendant quelques minutes avant que je ne raccroche et reprenne la route. Il me reste encore un minimum d’une heure avant d’arriver enfin dans mon appartement miteux de Boston.

Poppy aurait voulu qu’on emménage ensemble pour qu’on puisse bosser ensemble et que je vive dans un endroit plus salubre. Mais ses parents me payent déjà mes études, je ne pouvais pas me permettre de rajouter une autre dette envers eux, en plus de celle-ci.

Je reprends la route tranquillement, pensant à la moussaka que Poppy m’a préparée. J’en ai presque oublié le chauffeur chelou de la station essence, jusqu’à ce que je le voie sur le bas-côté en train d’observer les voitures. Il voit la mienne et je le vois faire un sourire narquois avant qu’il ne reprenne la route et me dépasse.

Putain. Imagine, c’est un tueur en série . Ce serait bien ma veine.

Je chasse le chauffeur de mes pensées et me concentre sur la route. On va éviter de créer un accident ou sinon on va encore sortir la fameuse phrase : “Femme au volant mort au tournant”. Qu’est-ce que je déteste cette phrase sachant que ceux qui ont le plus fait d’accident sont des hommes.

Je secoue la tête et mets ma playlist sur mon téléphone, pour me changer les idées. Les premières notes de “Style” se mirent à emplir le silence de la voiture, cachant le vrombissement de celle-ci. Un léger sourire étire mes lèvres et je me mets à tapoter le volant de ma voiture en rythme.

J’ai hâte que l’année scolaire commence. J’entame ma première année de Master en médecine.

Oui, moi, la fille la moins empathique de cette Terre, est en médecine.

Mais j’aimais tout ce qui touche à la santé. Je prenais souvent soin de ma sœur malade. Peut-être que cette envie de faire médecin me vient de là.

En-tout-cas, j’adore ce que je fais. Je suis reconnaissante envers les parents de Poppy de me payer les études, surtout qu’ils nous ont mises dans l’école privée de médecine de Harvard. Ce qui coûtait un bras, voire un rein. Je ne sais pas d’où leur vient tout cet argent, mais je me sens honorée de pouvoir en profiter.

Contrairement à Poppy, je devais avoir un boulot à côté de mes études pour payer mon loyer et mes courses. Mais je m’en sortais plutôt pas mal. Je n’étais pas la meilleure de la promo mais j’étais dans la moyenne haute. En cumulant métro, cours, boulot, dodo. J’étais satisfaite de moi-même.

J’évite de justesse une voiture qui vient de me faire une queue-de-poisson. Je lâche une flopée d’insultes, mais je commence à me sentir fatiguée par la longue route et la longue station assise. Je dois me dépêcher de rentrer.

🫀

Quelques heures auparavant. Stamford.

Je ferme le coffre de ma voiture. Me voilà prête pour une nouvelle année. Je prends une grande inspiration et je me tourne vers la maison. Je reprends une autre grande inspiration et rentre. Avant de partir, il faut que je m’occupe de Callista. Je me rends dans sa chambre et toque avant de rentrer.

- Comment te sens-tu ? Je lui demande gentiment.

- On va dire que j’ai connu mieux, elle me répond.

Je soupire, prends sa température avec le dos de ma main. Son front est encore chaud. Je mords ma lèvre inférieure. Je ne peux pas lui donner un autre médicament, elle ferait une overdose. Mais, si sa température ne baisse pas, son cerveau risque de ne pas supporter la chaleur.

Je prends une décision rapidement, et je cours presque dans la salle de bain. Un bain froid devrait faire tomber sa température.

Eh... Ça sert de faire des études de médecine ! Quoique, pas besoin d’étude pour savoir ça, Sherlock.

Je fais donc couler un bain avant d’amener Callista jusque dans la ladite salle de bain. Je la laisse se déshabiller et prendre son bain. Elle hoche la tête et s’exécute. Après une bonne vingtaine de minutes, je rentre dans la salle de bain après avoir toqué, bien sûr.

- Tout va bien, Calli ?

- Ouais... Merci grande sœur, murmure-t-elle.

- De rien. Mais tu vas devoir bientôt sortir, Calli. Reste encore une dizaine de minutes, mais pas plus. Je vais reprendre ta température, je l’informe.

Elle hoche la tête et je reprends, donc, sa température. Ouf, elle est revenue à 37 °C. Je souris et ma petite sœur comprend qu’elle n’a plus de température. Elle sort du bain, se rhabille avant que je ne l’aide à retourner dans son lit.

- Rendors-toi. Tu as le temps avant que maman ne rentre, je chuchote.

- Mais je ne veux pas louper ton départ, moi ! Elle boude.

Quel bébé ! Mais cela m’arrache un sourire et un petit rire. Je me penche et je commence à caresser ses cheveux afin de la bercer. Elle sourit de nouveau, laissant entrevoir ses deux dents de lapin. Je les trouve adorables, même si Callista ne les aime pas. On n’a jamais eu l’argent pour payer un orthodontiste pour des appareils dentaires. Nikolaos et moi avons eu de la chance au niveau des dents, elles sont plus ou moins alignées. Mais Callista a récupéré les dents de lapin de notre père et elle détestait cela.

Je continue de caresser les cheveux de ma petite sœur.

- Je viendrais te voir avant de partir, promis, je la rassure.

Je lui montre mon petit doigt et son visage s’illumine automatiquement. Elle approche son petit doigt et l’enroule autour du mien. Notre promesse ainsi scellée, je sors de la chambre afin de la laisser dormir. Je retourne au salon où je trouve le jumeau de Callista, Nikolaos. Au vu de sa tête, je devine qu’il a encore passé la nuit au casino ou un autre lieu peu fréquentable dans le but de faire ses paris. Je lui envoie un regard désapprobateur et il roule des yeux.

- Ne joue pas le rôle de la grande sœur parfaite, Eve. Tu n’es pas mieux. Tu fais des soirées, tu bois, tu fumes et tu as déjà pris des drogues pures.

Touché.

- Un point partout, balle au centre, petit frère. Mais si tu ne veux pas te faire choper par les parents, tu devrais faire plus attention, Niko, disais-je.

Il lève une nouvelle fois les yeux au ciel, avant de faire un mouvement de la main, dégageant ainsi mes paroles. Je hausse les épaules face à son flegme. Ce ne sera pas de ma faute quand les parents le crameront. Quoique mes parents seraient capables de m’en tenir responsable. Je les entends déjà me dire que je suis la grande sœur, j’aurais dû éviter qu’il tombe dedans et patati et patata. Surtout que je le couvre.

Je regarde attentivement le jumeau de Callista. Son regard avait changé. Il y avait presque du regret, mais il changea rapidement d’attitude et il détourna le regard, fixant le mur, avant de se lever du canapé.

- Je vais dans ma chambre. Comment va Calli ? Elle n’est pas encore proche de la mort ?

- Niko ! Je le gronde presque, outré.

- Oh, ça va ! C’est ce qu’on pense tous dès qu’elle tombe malade. Toi la première, Eve.

Et je m’en veux presque. Parce qu’il a raison. Quelle horrible grande sœur, je fais. Je baisse la tête et je me mords la lèvre. Mon frère, comprenant sa connerie, soupire et enroule un bras autour de mes épaules et m’offre une rassurante accolade.

- Désolée, Eve. Je n’aurais pas dû dire ça. Tu es une grande sœur géniale. Qu’importe ce que les parents disent. Ils ne se rendent pas compte de l’ange qu’ils ont mis au monde, me rassure-t-il.

Je lui offre un faible sourire et il me garde dans son étreinte pendant un bon moment, avant qu’il ne se détache doucement, reculant de quelques pas. Il me sourit et j’en profite pour ébouriffer ses cheveux. Il grimace et il chasse ma main.

- Soyez gentil et vous voilà tout décoiffé, marmonne-t-il.

- Quand tu étais petit, tu adorais quand je faisais ça, je rigole.

- J’avais quel âge, Eve ? Cinq ans ? J’en ai 19 maintenant !

Je rigole et ébouriffe ses cheveux une nouvelle fois. Il roule des yeux avant de s’échapper et d’aller dans sa chambre en râlant. Ça va presque me manquer ça. Je m’assois sur le canapé et souffle. Je devrais faire une sieste rapide ou je vais m’endormir au volant. Mais il faut que je me réveille avant l’arrivée de mes parents, car sinon je vais passer un sale quart d’heure.

Je m’endors donc, sur le canapé, essayant de me reposer un tant soit peu pour la longue route qui m’attend après. Grappillant, ainsi, quelques heures de sommeil au passage.

...

- PUTAIN DE BORDEL DE MERDE, EVELYN !

Le hurlement de colère de ma mère me tire brutalement de mon sommeil. Je saute presque debout, au salut militaire. Encore un peu endormie, je regarde ma mère incrédule, alors qu’elle est plantée devant moi, les bras croisés, les sourcils froncés et son pied droit qui tape sur le sol.

Qu’est-ce que j’ai fais encore ?

Je regarde ma mère droit dans les yeux avec une question silencieuse. Cela ne parut pas lui plaire, car sans préavis ou scrupule ou autres, elle lève une main qui s’écrase violemment sur ma joue. Sous l’impact, ma tête part sur le côté. Mes yeux s’écarquillent sous le choc. Je mets une main sur ma joue rougie et bouffie par la baffe et je ravale les larmes qui commençaient à me picoter les yeux.

- Tu te fous de moi, Evelyn ? Ta petite sœur est malade et toi, tu dors tranquillement ? S’énerve ma mère.

- Mais maman-, j’essaye de parler.

- Je ne veux rien entendre ! Callista a besoin de toi et tu ne trouves pas mieux que de dormir ? Tu es en bonne santé, toi ?

Et voilà le retour de la fameuse phrase...

Visiblement lassée de me parler, ou lassée de me voir, ma mère se pince l’arête du nez en secouant sa tête alors qu’elle ferme les yeux. Elle me regarde une dernière fois, ses yeux emplis de déception.

S’il te plaît pas ses yeux la maman, et pas cette phrase...

- Tu me déçois, Evelyn. Tu seras un piètre médecin. Si tu arrives à passer cette année. Je plains les parents de Poppy qui te payent tes études. Ils doivent tellement être déçus, eux aussi.

Sa phrase me heurte de plein fouet. Je prends une grande inspiration, essayant de refouler les larmes qui menaçaient de couler. Callista entre dans le salon et son regard passe de maman à moi. Ma petite sœur comprend très vite la situation et elle va vers notre mère, posant une main sur son épaule.

- Maman. Eve m’a beaucoup aidé aujourd’hui. Elle a été là pour moi toute la journée. Elle a réussi à faire baisser ma température, elle m’a apporté mon repas. Elle a juste essayé de dormir un peu pour la route qui l’attend. Et-

Ma mère interrompt Callista en levant une main. Elle entoure ses bras autour de ma petite sœur et embrasse sa tempe, avant de me regarder à nouveau.

- C’est gentil de vouloir protéger ta grande sœur, Calli. Mais ta sœur est en tort. Elle est censée être la plus vieille, mais elle agit comme une enfant pourrie gâtée. C’est une fainéante.

C’en était trop. Je regarde ma mère avec colère et je sers des poings. Du coin de l’œil, je remarque Nikolaos entrer dans le salon tout comme mon père. Toute la famille ainsi réunie dans le salon. Je craque sous le regard impuissant de ma petite sœur et de mon petit frère.

- Je ne serai jamais assez bien pour toi ou pour papa, n’est-ce pas ? J’ai tout essayé, mais rien ne change. Je serais toujours la ratée de la famille, je m’emporte.

Sous le regard scandalisé du reste de la famille, ma mère me met une deuxième baffe. Une larme coule le long de ma joue, mais je l’essuie rapidement. Je regarde ma mère droit dans les yeux, mon regard empli de haine. Je récupère mon téléphone et mon sac et je m’enfuis presque de ce que j’appelais autrefois « maison ».

Au loin, je peux entendre mon père et ma mère se disputer, ma sœur pleurer et mon frère courir à ma suite, m’appelant. Je ne m’arrête pas. Je n’avais qu’une idée en tête, partir le plus vite possible de cet endroit.

Ma joue, bouffie, me pique, mais je me refuse de pleurer. Pas devant eux. Cela voudrait dire qu’ils ont gagné. J’atteins ma voiture et monte dedans. Mais Nikolaos bloque ma portière avant que je ne la ferme. Il me regarde tristement.

- Eve... Tu es forte. Ne laisse pas les paroles de maman et papa te dissuader du contraire. Bonne chance pour ton année. Je t’aime grande sœur.

- Je t’aime aussi, petit frère. Prends soin de toi et de Calli, je réponds doucement.

Nikolaos ferme ma portière et recule de quelques pas pour me laisser passer. Je lui souris une dernière fois et je lui fais un signe de la main avant de démarrer ma voiture et de partir. Une larme coule sur ma joue, puis une deuxième et une troisième. Me voilà en train de pleurer alors que je m’engage sur la route 95.

Quelle magnifique façon de partir de chez soi...

Trop occupée à pleurer et à être concentrée un minimum sur la route, je ne remarque pas la Mercedes noire qui me suit depuis la sortie de chez moi.

🫀

Une heure du matin. Boston.

Je m’écroule sur mon canapé, épuisée, sous le regard amusé de Poppy. Elle était à table tout comme la moussaka et les couverts. Je me sentais coupable qu’elle m’ait attendue alors qu’elle pouvait être chez elle pour dormir ou aller faire la fête. Je savais que c’était son choix, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir coupable.

Après plusieurs minutes, avachi sur mon canapé, je me lève enfin pour aller manger.

- Merci, Poppy.

- Mais de rien, Lyn ! Au fait, t’as du courrier. Une lettre de ton frère et une lettre du patron du club The DIVINA, m’annonce Poppy.

Je relève directement ma tête à ces mots. Je regarde sur la petite table près de l’entrée et effectivement, j’avais du courrier.

- Bon, eh bien, je sais quoi faire demain. Je suis trop épuisée pour ouvrir deux lettres. Quoique... Nikolaos m’a envoyé une lettre ? Bordel, j’espère qu’il n’a rien parié de trop gros, car je ne vais pas pouvoir le couvrir, ce mois-ci, je soupire.

Nikolaos ! J’avais presque oublié ses paris de brins ! Mais je l’avais vu, il y a à peine cinq heures. S’il avait parié quelque chose de gros et qu’il ne pouvait pas donner, il me l’aurait dit quand j’étais encore à la maison, quand même ? Qu’est-ce qu’il a pu bien mettre dans sa fichue lettre ? Il va vraiment falloir qu’il arrête de parier sur tout ce qui bouge ! Un jour, il va finir par parier Callista ou moi ou peut-être même les deux en même temps et ce ne sera pas la même histoire !

On sera dans la merde s’il fait ça un jour...

Je secoue la tête. Non, il ne ferait pas ça. Il a quand même un minimum de jugeote, non ? Il est à la faculté de droit de New York, bon sang ! Il n’est pas si con que ça. Il faut que je lui fasse confiance, c’est la seule solution. Je me concentre, donc, sur Poppy.

- Sinon, demain, il y a une soirée et je me dis que pour te détendre avant le début de l’année, une petite cuite te ferait du bien, m’informe Poppy.

En disant cela, Poppy a presque des étoiles dans les yeux.

Presque.

Mais j’aimais faire des soirées. Je n’étais pas une sainte et je l’assumais. Par contre, je ne touche que très peu à la drogue. Juste des joints, ce qui est déjà pas mal.

- Mouais, ça serait pas mal. Elle est où ta soirée ? Demandai-je.

- Où veux-tu qu’elle soit ? Elle commence à la fratrie, puis elle se termine dans un club. Je crois que cette fois-ci ça va être à l’Archangel. Si tu viens, on ira pas à la fraterie. Je sais que tu déteste aller là-bas.

Je regarde Poppy un instant. Elle n’avait pas tort. Et puis, je ne refusais jamais une soirée. Pas même si il y aurait les gens de la fraterie. De toute façon, ils ne peuvent pas privatiser l’Archangel pour leur soirée. Donc je serai tranquille. Avec un grand sourire, quoiqu’un peu fatiguée, je lui réponds :

- Compte sur moi !

- Super ! Tu vas voir, il y aura plein de gens sympas et de beaux mecs ! Peut-être que tu trouveras chaussure à ton pied !

Je regarde ma meilleure amie qui me semble bien trop excitée à l’idée d’une soirée.

- Il va y avoir Ben ? Je demande narquoisement.

- Euh... Peut-être bien. Mais occupes-toi de ta vie amoureuse avant de commenter la mienne ! Ça fait quoi ? Sept ans que tu n’as eu aucune relation.

Ouch. Touché. Coulé.

Je lui envoie un regard noir, mais elle avait raison. Je souffle avant de repousser mon assiette.

- Un point partout. Balle au centre. Bon, je vais me coucher. Je suis lessivé. Si tu n’as pas de news de moi avant 11 heures, inquiètes-toi.

Poppy pouffe avant de lever un pouce en l’air.

- Reçu cinq sur cinq. Bonne nuit, Lyn !

Et elle s’en va, en fermant à clé l’appartement. Je débarrasse avant de fermer les rideaux. J’avais, quelque peu, des voisins voyeurs, alors je prenais un grand soin à fermer les rideaux pour éviter quelques voyeuristes. J’avais déjà porté plainte, mais d’après les policiers, il n’y a rien de mal à vouloir mater une belle fille de temps en temps. Et puis, comprenez-les, c’est de ma faute si je ne ferme pas les volets. J’ai laissé tomber.

J’ai à peine remarqué la Mercedes noire garée juste à côté de la mienne. Je fronce les sourcils. Ce serait trop gros pour que ce soit la même voiture que le type de la station essence. Merde, je n’ai pas regardé sa plaque d’immatriculation. Je souffle avant de fermer les rideaux.

Non, je deviens juste parano. On n’est pas dans un film hollywoodien.

Je me change dans mon pyjama favori avant de l’envelopper dans ma couette. Bien au chaud, au fond de mon lit, je branche mon téléphone et l’éteins. Dans l’obscurité, bercée par les bruits de la vie nocturne, je m’endormis rapidement.

Bienvenue à Boston, Evelyn.