Le couteau et la mouette

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Summary

Seul sur une île mystérieuse, un homme sans passé découvre un couteau et une mouette. Entre instinct de survie et quête de liberté, il tisse une amitié singulière avec l’oiseau, jusqu’au jour où celui-ci le quitte pour poursuivre ses rêves.

Status
Complete
Chapters
4
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

La rencontre

J’ouvris les yeux sur une île. Une sorte d’île paradisiaque, avec la mer, des cocotiers et tout le reste. Après, paradisiaque, c’est difficile à dire ; on nait quelque part, sans point de comparaison.

Mais une chose était certaine : je me sentais faible, pas fini, avec une peau un peu trop rose pour ce soleil des tropiques. Vêtu d’un simple pagne, j’en arrivai vite à la conclusion que j’étais condamné. C’est alors qu’un chuchotement me sortit de ces sombres réflexions. Un bruit infime se baladant entre les rochers. Désireux d’en découvrir l’origine, je me déplaçai d’abord timidement, me laissant porter par le son. Une sorte de voix inaudible, furtive, glissant entre les flaques abandonnées par la marée. Lorsque je pensais l’atteindre, elle se travestissait ou s’échappait ; et ce petit jeu eut le don d’attiser mes sens, au point que je me retrouvai à zigzaguer entre les rochers, désormais en proie à une curiosité presque viscérale… C’est en retournant la vase que je repérai finalement l’objet de ma convoitise : un couteau. Je le saisis avec empressement et le frottai jusqu’à ce que sa lame affûtée luise au soleil. Il était beau et s’accordait parfaitement au prolongement de mon bras. Je souris, car pour la première fois, je me sentais un peu moins faible et prêt à avancer.

C’est en longeant la plage que je rencontrai mon premier être vivant : un volatile peu loquace, accaparé à fouiller la vase de son bec. C’était une mouette, au plumage scintillant, virevoltant de flaques en trous d’eau, sans direction établie. Et bien qu’elle ne me prêtât guère d’attention, je l’observai quant à moi avec douceur, projetant sur elle mille vertus. Ainsi, lorsque mon couteau suggéra de la dépecer pour me remplir le ventre, c’était trop tard ; déjà, je m’étais attaché, et avais acquis par là même l’intuition que tuer était une chose bien absurde. Par conséquent, voilà comment j’arrivais dans la vie : à poil, avec un sens moral et des sentiments…

À défaut de manger la mouette, je décidai donc de m’en faire une alliée et entamai la conversation. Elle se montra d’abord un peu farouche ; mais à force de sourires, comme par effet miroir, je l’apprivoisai sans trop de peine. Au détour de discussions graves ou futiles, nous devinrent rapidement les meilleurs amis du monde. Nous parlions de l’île, de la mer, de ce qui se cachait au-delà, et pouvions parfois fixer notre regard sur l’horizon pendant des heures, communiquant par la seule pensée nos rêves d’aventures.

Malheureusement, je découvris à regret que cette nourriture de l’esprit ne me suffisait pas : mon ventre se tordait de faim et une indescriptible soif avait asséché ma gorge. La mouette s’évertua à me convaincre de picorer entre les algues, mais je lui répondis que je ne possédais pas de bec, que j’étais homme, et que ce régime n’était pas pour moi… Les paroles pouvaient sembler rudes, mais c’était vrai ; ou tout du moins, c’est comme ça que je le ressentais. Ainsi, tournant le dos à sa tristesse et bringuebalant sur mes pattes antérieures, je m’enfonçai au cœur de l’île, lui faisant la promesse de revenir la voir aussi souvent que je le pourrais.