Prologue
La panique, la confusion et la peur remue et se mélange en moi. Créant une source de larmes intarissable. La culotte sur les chevilles, un papier toilette entre les jambes et des personnes derrière la porte frappant et hurlant de les laisser entrer dans la petite cabine qui tien par je ne sais quel moyen. Voilà surtout la source de ces larmes. Et leur parole…
-Ouvre cette porte ! Mon loup veut te dévorer ! OUVRE !
Cette odeur nous rend fou. J’ai besoin de la sentir de plus prêt encore et encore et de gouter…
Les larmes dévalent sur mes joues, pourquoi ? Pourquoi ces hommes sont-ils là ? Pourquoi disent-ils toutes ces choses ? Et surtout pourquoi est-ce que ça arrive au même moment que mes premières règles ? Est-ce que c’est lié à ça ? L’odeur de mon sang en est-il la cause ?
Tout un tas de question se mêle et s’entremêle et les larmes se font bien plus intense. Le sang dévale entre mes jambes et la fureur derrière la porte se fait plus forte. La porte tremble de plus en plus et menace de sortir de ces gons.
Je sanglote et m’assois sur le couvercle des toilettes. Je remonte mes genoux et les tiens contre moi. J’enfouis mon visage dans mes genoux et essaye de faire disparaitre tout ce bruit. Les hurlements des hommes derrières la porte. Mais je n’y arrive pas, au contraire je suis focalisé sur leur voix. Sur les sons étranges qu’ils émettent. Je crois reconnaitre la voix du directeur de l’école, des surveillants et peut-être même un animateur. Mais leur voix est complètement déformée, un mix écœurant entre leur loup et eux.
-Dégager de là ! Reprenez-vous !
Je me fige et pense reconnaitre la voix de mon père. Je renifle l’air autour de moi et souris. C’est mon père, ma mère et l’odeur puissante de la Luna. Je me lève des toilettes et m’approche de la porte qui a arrêté de bouger.
-Léna !? Mon bébé tu es là ?
J’ouvre la porte à la volé et cherche ma mère du regard. Je me précipite dans ses bras et m’accroche à elle comme un koala à un arbre.
-Maman… dis-je la voix tremblante en pleure.
-Oh mon bébé… Je suis désolée. J’aurais dû le sentir avant que tu ne partes pour l’école ce matin. J’aurais dû… Attends ma puce, on va retourner dans les toilettes, d’accord.
Je hoche de la tête mais ne la lâche pas pour autant. Elle m’attire dans les toilettes et sors de sa poche un étui en plastique. Elle s’agenouille devant moi et l’ouvre sous mon regard.
-Regarde ma chérie. Tu vois ça ? C’est quelque chose pour pas tâcher tes vêtements. Tu le mets dans ta culotte d’accord ? Comme ça. Elle me montre comment la mettre avant de me la tendre.
Je la prends hésitante et elle se tourne alors que je baisse ma culotte et met la serviette entre mes jambes avant de la remonter rapidement.
-C’est bon ?
-Oui…
Elle se lève, me prends par la main et nous sortons des toilettes.
-Léna. M’appel mon père.
Il m’attrape dans ses bras et me serre si fort que je manque d’air. Je sens le soulagement et la peur qui émane de lui. Je tapote son dos et lui demande de me lâcher. Je me tourne vers ma mère et ressens la peur et la culpabilité qui la ronge. Les larmes aux yeux. Elle essuie rapidement ses joues alors que mon père s’éloigne difficilement de moi.
Mon père me tient à bout de bras et me demande si je vais bien.
-Oui, j’ai juste eu peur. Dis-je d’une petite voix.
Il me serre de nouveau contre lui avant que la Luna nous interrompe.
-Ecoute Léna. Est-ce que tu pourrais camoufler ton odeur ? On t’a appris comment faire pas vrais ? Me demande-t-elle en se baissant vers moi.
Je hoche simplement la tête et me concentre pour camoufler un maximum mon parfum. J’essaye tant bien que mal de retenir ce qu’ils sentent.
-C’est bon ? Demandais-je ne sentant pas mon odeur, en tout cas pas celle dont ils parlent.
La Luna renifle autour d’elle et grimace un peu avant de se tourner vers ma mère.
-Je ne peux pas faire plus Luna. Dis-je comprenant qu’elle n’est pas satisfaite.
-Ton odeur est toujours trop forte. Tu vas devoir t’entrainer à cacher ton odeur. Quitte à ne plus te transformer. Dit la Luna en me regardant avec douceur. Tu dois garder ta condition secrète, d’accord ?
Ma condition ? Je n’ai que onze ans et déjà ma vie est chamboulée. Qu’est-ce que j’ai ? Pourquoi les hommes, parce qu’il n’y avait que des hommes derrière cette porte, sont les seuls touchés ? Grace à dieu mon père n’y est pas sensible. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si j’avais vu mon père dans cet état. Me hurler ces choses qui m’ont fait froid dans le dos.
-Qu’est-ce que j’ai ? Demandais-je en regardant les trois adultes à mes côtés.
Ils savent ce qui m’arrive mais ne veulent pas me le dire. Ça se voit, surtout mes parents. La culpabilité se lit dans les yeux de ma mère. Comme si elle pensait que c’était sa faute. Elle est liée à ce qui m’arrive.
Elle me blottit contre elle et m’embrasse le front. Avant de murmurer.
-On en parlera dans un endroit plus sûr. On va d’abord régler le problème de ton odeur. D’accord mon ange ?
J’opine et nous sortons rapidement de l’établissement. La Luna devant nous et mon père derrière. On avance rapidement mais prudemment. On ne croise personne entre les toilettes et le parking de l’école. Et le trajet entre l’école et le dispensaire ne m’a jamais paru si rapide. Notre entrée se fait par derrière. Le médecin de meute est présente avec un masque sur le nez et les yeux pétillants. Elle est excitée, je le ressens. Elle a hâte de pouvoir m’examiner.
-Bonjour Léna, je suis Ayline. La doctoresse qui s’occupera de toi à partir d’aujourd’hui, tu ne verras que moi. Je suis tenue au secret médical donc tu pourras tout me dire. Ça restera entre nous. Tu comprends ? Me demande-t-elle avec une voix faussement douce.
Son enthousiasme est presque palpable et s’immisce en moi. C’est presque étouffant. J’aimerais quel se calme, elle envoie tellement de chose vers moi, en plus de l’inquiétude de mes parents et celle de la Luna, je me sens… remplis.
-Bonjour, Docteur. Ce que je vais vous dire va vous paraitre bizarre mais est-ce que vous pourriez essayez de vous calmez. Dis-je en me cramponnant à ma mère.
Elle écarquille les yeux et lève ces derniers vers les adultes présents. J’inspire profondément mais regrette en sentant l’odeur bien trop omniprésente du sang et de la douleur. Je lâche ma mère et me laisse tomber sur la chaise, ayant subitement mal à la poitrine.
-Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Dit-elle en s’approchant de moi.
-Pourquoi est-ce que tu lui dis ça ? Elle est parfaitement calme. Me dit mon père.
Peut-être vu de l’extérieur mais à l’intérieur… elle est excité par ce qui est en train de m’arriver. Dis-je à bout.
Je soupire et essaye de faire barrage à ses sentiments. Peut-être qu’en essayant d’ignorer ce tumulte d’émotion, elles me laisseront tranquille. Il faut vraiment que je trouve un moyen pour ne pas ressentir tout le temps les émotions des autres. Je n’aime pas ressentir ce genre de choses surtout certaine que je ne comprends pas.
-Tu peux percevoir les émotions, les sentiments des autres ? Me demande-t-elle maintenant plus intriguée.
-Oui. Aussi…
Elle m'incite à tout lui dire mais est-ce que je peux vraiment lui faire confiance ? Je lève la tête vers ma mère espérant croiser ses yeux. "Est-ce que je peux tout lui dire ?" lui dis-je à travers mes yeux. Elle me fait un sourire crisper et hoche de la tête simplement. Une vague de chaleur provenant d’elle et de sa main fait disparaitre les doutes en moi. Je repose mon attention sur le docteur et me confie.
-Je peux aussi, sentir la douleur des autres. La ressentir sur moi exactement là où elle est sur eux. Et très rarement, j’arrive à ressentir ou entendre leur pensée dans ma tête. Mais c'est arrivé que 2 fois avec maman et papa. Même s'ils ne la partage pas avec moi. C’est bien plus pousser que le lien de meute. Dis-je essayant de ne rien oublier.
-Woaw… voilà pourquoi je suis tellement enthousiaste. Dit-elle le sourire aux lèvres. Je suis désolée, si ça t’a gêné. Et peut-être que ce lieu est loin d’être adapté pour toi. La prochaine fois, on se retrouvera dans un endroit où il y a moins de… personnes malades.
Je hoche simplement de la tête appréciant le geste. Elle se dirige vers une armoire dans son bureau qu’elle ouvre à l’aide d’une clé. Elle en sort une boîte orange et revient vers moi. Elle s’assoit face à moi et me tends le petit tube orange.
-Ceci est pour toi. C’est quelque chose que j’ai moi-même fait à l’aide d’une plante réputer pour être un poison pour un loup classique mais pour toi, dosé de la bonne manière il sert d’inhibiteur.
-Un inhibiteur ? Demandais-je ne comprenant pas le sens de ce mot.
-Oui. C’est une substance qui va permettre de limiter ou de réduire une réaction de ton organisme. Pour toi, c’est la production de phéromone qui attire les mâles à toi. Surtout en période de reproduction, de pleine lune et j’ai l’impression que tes règles agissent également. Ou peut-être parce que ce sont tes premières règles on verra ça le mois prochain.
J’ouvre le pot orange et l’odeur d’aconit napel et aconit tue-loup me frappe rapidement. Je l’éloigne de mon nez et la regarde horrifier.
-Il y a de l’aconit tue-loup dedans. Je peux vraiment prendre ça ? Demandais-je.
-Oui, ça ne te fera rien. La dose est faible et surtout d’après ce que je sais, ton organisme te protège de ce genre de chose. Peut-être bien plus fragile mais vous avez la capacité de vous régénérer bien plus rapidement et efficacement que les loups classiques. M’explique-t-elle.
Vous ? Que veut-elle dire par vous ? Et classique ? Je ne suis vraiment pas normal, suis-je vraiment un loup ? Que suis-je ?
-Je ne comprends pas. Qu’est-ce que je suis ?
-Eh bien… hésite-t-elle en regardant ma mère.
Je me tourne vers elle, et c’est la mine attristée qu’elle me réponds.
-Ça fait longtemps que nous n’en n’avons pas eu une dans ma lignée. Je n’aurais jamais cru que ça puisse de nouveau nous toucher.
Elle s'agenouille devant moi. Plonge ses yeux noisette dans les mien et je sens la peine dans sa voix lorsqu'elle prononce ces mots :
-Léna, tu es une oméga.