PROLOGUE
« Chaque difficulté rencontrée doit être l'occasion d'un nouveau progrès. »
Le chlore m’attaque les narines, mais bon j’ai maintenant l’habitude. À mesure de mes six voir sept entrainements par semaine, mon corps et mon cerveau sont devenu des machines bonnes qu’à mouliner dans le même sens jusqu’à l’épuisement. Les paroles de « Work Bitch » de Britney Spears inondent mes oreilles, je sais ce que j’ai à faire, je suis entrainée pour, je m’apprête à m’élancer pour ma dernière course en tant que nageuse niçoise. Cent mètres, quatre longueurs et c’est fini. Mon coach a eu le temps de me donner ses dernières indications :
-Lola pense au rythme de tes jambes, le moins de respirations possible et surtout à la fin tête dans le guidon, on ne réfléchit pas, d’accord ! m’a t-il dit dans le plus grand des calmes.
Alors que pour information son boulot se résume quand même qu’à siffler au bord des bassins en claquette chaussette habillé en débardeur pour montrer à tout le monde que ses heures à la salle lui servent à quelque chose, et puis si il pouvait trouver une minette en option je pense que cela ne pourrait être que bénéfique pour lui...
Je suis tirée de mon monologue voyant le juge de course me faire de grands gestes en scandant mon prénom à tue-tête, je me lève, prend ma fiche de course et la donne machinalement à l’officiel derrière le plot de départ.
Un long sifflet je m’installe sur le plot, « A vos marques » je replace avec précision ma position, coup sifflet je plonge, je ne pense à rien durant ma course ces mouvements sont devenus mon quotidien depuis ma naissance. Mais cette année, c’est la fin. Je prends enfin mon envol, loin de mon père, ancien champion de natation dans les années 2000, et de la pression qu’il représente depuis que j’ai décidé de commencer la natation.
Tous mes muscles sont en souffrance, j’ai la tête qui tourne, l’envie de vomir me prend aux tripes, plus que quelques mètres et tout ira mieux, la délivrance est là au bout de ce mur. J’ai toujours cette sensation malgré des années de pratique. J’atteins enfin l’arrivée tant attendue et comme à mon habitude, je lève ma tête au niveau de ce tableau qui me donnera un indice sur le déroulé de la fin de ma journée, et surtout ma soirée.
En voyant mon temps, je sais que ce n’est pas assez suffisant, que ce n’est pas mon record, je sais que je suis loin de ma meilleure performance, mais tant pis c’est un jour sans.
Après avoir repris laborieusement ma respiration, je sors de l’eau et me dirige vers le bassin de récupération pour profiter de mon moment de détente et me rendre compte que ça y est tout est sur le point de changer.
Malheureusement, je sais déjà que je vais passer un sale moment, que ça va être dur, je sais qu’il va m’attendre de pied ferme. Comme si il avait entendu mes pensées un homme d’à peu près 2 mètres, cheveux grisonnants, carrure de nageur se matérialise devant moi au travers de mon chemin.
-Mais c’est quoi ton putain de problème, tu penses que c’est un plaisir de me faire chier à t’emmener aux entrainements et à payer une fortune pour des résultats aussi médiocres... me cries Victor, également appelé papa à mes heures perdues.
-Oui père je comprends votre déception, mais écoutez la prochaine fois prenait l’initiative d’enfiler un maillot et j’en suis sûr que vos performances seront meilleures que les miennes ! Lui dis-je sur un ton complètement nonchalant. Il souffle dans ma direction avec dédain et décide de me laisser là sans un regard de plus.
J’ai l’habitude de ces altercations depuis mon plus jeune âge, mais même encore à 21 ans cela peut me toucher, me blesser, j’ai toujours fait par rapport à lui et à son image de nageur français célèbre. J’ai toujours été prisonnière de ce sentiment de mal-être, j’ai toujours eu cette impression de ne jamais faire les choses bien. Je ne me suis jamais sentie à ma place dans cette famille, dans cette ville, ou encore même dans ce club.
Il y a quelques mois, j’ai eu la réponse que j’attendais, j’ai réussi à bénéficier d’une bourse d’étude. Je me casse, je prends mes cliques et mes claques et je m’en vais loin de toutes ces attentes inatteignables qui ont été plaquées sur ma tête quand j’étais encore dans le ventre de ma mère. Je pars dans une semaine découvrir la Caroline du Nord en sport-étude, ce qui veut dire des entrainements tôt le matin et jusqu’à tard le soir, ainsi que de la musculation, viendra s’ajouter à cela la continuité de mes cours dans le domaine de l’art que j’ai commencé il y a maintenant trois longues années, je rêve d’ouvrir une galerie remplie de mes peintures.
La peinture a toujours été pour moi ma deuxième passion, mon échappatoire et la façon la plus simple de m’exprimer. Je suis prête à prendre mon envol, déployer mes ailes me sentir libre et vivre ma vie. Je pourrais enfin me permettre de rêver plus loin, d’atteindre les étoiles si je le souhaite et de me révéler comme jamais je n’ai osé le faire.
Pour revenir à mon objectif normalement principal, la natation, je vais m’entrainer avec l’un des coachs les plus célèbres. On s’est déjà croisés dans le passé quand j’allais voir mon père en compétition ils ont toujours été en rivalité, et je doute que celui-ci me reconnaisse au premier coup d’œil. Après des années, ils se sont perdus de vue. Mon père est devenue de son côté avocat et lui a continué dans le domaine de la natation. Je n’ai aucun souvenir de lui, mais je m’attends à voir une personne insensible, qui n’a jamais pu faire le deuil de sa carrière, qui n’a de ce fait aucune patience avec les nageurs, et qui malheureusement pour lui est à ce poste totalement par dépit et non par passion. Mais vraiment est-ce que cela peut être pire qu’un père tout le temps sur mon dos ? Je ne pense pas.
Alors je prends mon meilleur sac de sport, mon meilleur doudou, mes meilleures idées et je m’envole loin de lui à la recherche d’une nouvelle aventure. Installez-vous avec un bol rempli de popcorn je vais vous faire vivre le rêve américain.