Chapitre 1
Depuis ce matin, je suis dans les cuisines. Betty va sûrement me gronder pour ne pas être sortit dehors, mais à quoi bon ? Je suis sûre qu’Hugo, mon fiancé attend avec impatience que je sorte pour aller chercher des pommes au verger de Betty. Mais cette fois, je ne sortirai pas dehors.
La porte s’ouvre à la volé, ce qui me fait sursauter et Betty apparaît dans mon champ de vision. Elle paraît en colère et j’ai raison, puisqu’elle me gronde :
- Crystalia ! Hugo m’a dit que tu lui avais posé un lapin ! Il vient de partir et il avait l’air furieux !
-Eh bien tant pis pour lui !
-Mais enfin voyons ! C’est tout de même ton fiancé !
-Et bien pour moi, ce n’est pas mon fiancé ! Et je te rappelle que j’ai seize ans !
-Et alors ?!
-Mais… ! Je ne suis même pas majeure, ça devrait être illégal de se fiancer avec des mineurs !
-Et bien en principe oui, mais il a réussi à se fiancer avec toi ! Si ce n’est pas une belle preuve d’amour !
-Gnagnagna… !
Je sors précipitamment des cuisines, en emportant une pomme avec moi. Je jure devant Dieu que si jamais je retrouve Hugo, je l’égorge de mes propres mains ! Je le déteste tellement ! D’ailleurs, il est la cause des disputes que j’ai avec Betty. Elle le trouve incroyable mais pas moi à cause de ce qu’il s’est passé il y a cinq ans. Sans oublier la fois où j’avais quatre ans…
Je donne un gros coup de pied dans un mur et je croque dans ma pomme. Les pomme : toute ma vie. Pourquoi ? Je n’en sais rien. D’ailleurs, ici on m’appelle « la dame aux pommes ». Il est vrai que tous les jours je vais dans le verger de Betty et que je remplie tout les jours un panier avec des pommes. Ensuite, je vais les distribuer aux enfants qui sont dans la rue parce que les orphelinats sont complets.
Je monte précipitamment les seize étages de l’orphelinat et je rentre dans me chambre, au dix-septième étage. Je claque la porte et je regarde par la fenêtre. Tout en bas, le soleil illumine les escaliers de marbre blanc qui permettent d’accéder à la grande porte en bois massif (qui date au moins du XVIIe siècle !) qui permet d’accéder au grand hall de l’orphelinat. Je plisse les yeux et je remarque une silhouette. Avec la distance, je ne remarque pas tout de suite qui c’est. Mais quand je remarque qui est la silhouette, je retiens un cri : c’est Olivier, le meilleur ami d’Hugo ! Je suis sûre que mon monstre de fiancé lui a demandé de me récupérer dès que je sortirai et de me ramener chez lui ! Mais je ne vais pas me laisser faire !
J’ouvre en grand les portes de mon armoire à vêtement, c’est vrai qu’être en pyjama avec un tablier sale c’est pas très beau pour aller dehors. Je jette le tablier sur mon lit et je sors de mon armoire ma robe préférée pour aller dans le verger de Betty : une robe vert pomme pastel qui m’arrive au niveau des genoux avec des petits papillons dorés sur l’ourlet et sur la taille, comme une ceinture. Je sors aussi des ballerines de la même couleur que la robe et un long ruban également de la même couleur. J’enfile la robe puis les ballerines et je m’attache les cheveux (en prenant bien soin de cacher mes étranges mèches dorés) avec le ruban vert. Je prends mon fidèle panier qui m’attend sur mon bureau et je sors de ma chambre. Je descends les escaliers mais je m’arrête au quatrième étage, je m’avance dans le couloir et je toque à une porte. Un gars de mon âge m’ouvre la porte, il lui manque une oreille et l’annulaire gauche ainsi que le bout de son nez. Il me sourit de toute ses dents, enfin…de ses quelques dents qui lui reste et il me fait signe d’entrer. Sa chambre est plus grande que la mienne, en tant qu’orpheline-bénévole de l’orphelinat, ma chambre se trouve au dernier étage de l’orphelinat et est plus petite parce qu’il faut loger tous les employés au dernier étage. Ma chambre est composée d’une pièce de vie qui me sert aussi de chambre avec une salle de bain qui fait aussi toilettes, tandis que les chambres des autres étages sont composées d’une pièce de vie, d’une chambre (voire deux si vous avez un frère ou une sœur biologique), d’une salle de bain et d’un petit balcon.
Le gars s’assoit sur un fauteuil et me regarde de ses grands yeux vairons (le gauche est vert et le droit est bleu),
-Qu’est ce que tu veux Crystalia ?
-Drake, j’ai besoin de ton aide pour sortir sans qu’Olivier me voit.
-Olivier ? Le pote de ton fiancé ?
-Oui…
-À croire que tu t’es trouvé un autre mec ! Tu ne fais que fuir ton fiancé !
-Déjà, je n’ai pas d’autre mec et ensuite, je n’ai jamais demandé à être sa fiancée !
-Bon d’accord, je vais t’aider. Mais en échange tu dois me donner deux pommes en plus quand tu reviens du verger !
-Bon d’accord, mais pour ça il faut que j’arrive à aller au verger et à revenir en un seul morceau !
-Pas faux.
Drake se lève et part dans une autre pièce. Il revient avec une boîte en bois peinte en noir et l’ouvre. Il sort de la boîte une petite clé — Drake a été désigné par Betty comme le « gardien de la porte de derrière les cuisines » — et me la donne.
-Ma clé s’appelle Revient.
-T’inquiète, je te la rends dès que je rentre !
Drake affiche soudain une mine plus sérieuse.
-Tu veux bien m’accompagner pour la fête du village ? Je ne me suis pas encore trouvé de partenaire pour la danse et pour le slow…
Quoi ?!
-Heu…c’est que…j’avais prévu d’aller à la bibliothèque…
-Ah bon, ben c’est pas grave…
Il affiche une sorte de grimace qui ressemble à un sourire. Je serre la clé entre mes doigts et je fonce hors de sa chambre. Je cours jusqu’à atteindre le rez-de-chaussée et je me laisse tomber contre un mur. Drake m’a vraiment invitée pour la fête du village ?! Et dire que j’ai dû lui mentir…
Je ferme les yeux mais trois coups secs contre la porte d’entrée me fait les rouvrir. Une voix, que je reconnaissais s’éleva de dehors :
-Crystalia ! Ouvre tout de suite ! Je t’ai vu descendre les escaliers ! Hugo t’attend !
Mon sang se fige. Je refuse d’aller voir Hugo ! Je me lève précipitamment et je cours vers les cuisines. J’ouvre la porte d’un coup de pied et je continue ma course jusqu’à atteindre la porte sur laquelle est marquée : réservé aux cuisiniers. Puisqu’il est environ quinze heures, il n’y a sûrement personne. Pour être totalement sûre, je toque mais personne ne vient ouvrir. J’entrouvre la porte (toujours en tenant la clé) et je me glisse dans la pièce ; les murs sont d’une couleur orange absolument horrible et le sol est recouvert d’une moquette marronne qui rend la pièce encore moins accueillante. Il y a deux canapés, une table en bois peinte en verte (beurk) avec une télé posée dessus, une étagère avec des vêtements de cuisiniers rangés dedans et au fond, une porte qui donne sur la rue. Je m’approche de la porte et je l’ouvre grâce à la clé que m’a donné Drake. Je sors dans la rue et je suis aussitôt prise d’une bouffé de chaleur : l’orphelinat est climatisé mais dehors il fait au moins trente-huit degrés ! Heureusement pour moi, à force de sortir tous les jours je m’y suis habituée.
Je m’engouffre dans la rue, pourtant c’est comme si mon esprit me disait de retourner à l’intérieur et de ne pas ressortir. Mon esprit a pourtant raison car une grande main puissante m’agrippe l’épaule et me pousse si fort que je tombe par terre. Je m’écrase à plat ventre sur le goudron et je sens du sang couler depuis mon genou sur le reste de ma jambe. Je me retourne pour faire face à mon agresseur même si je pense que je connais déjà son visage. Un homme avec une carrure imposante se tient debout devant moi ; ses cheveux roux qui lui arrivent au niveau de la nuque et ses yeux vert prairie qui me fixe d’un air dédaigneux le rendent terriblement beau. Il n’y a qu’une seule personne que je connaisse qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau : Hugo ! Il a un sourire cruel sur le visage mais il ne m’aide même pas à me relever. Il se contente de me cracher à la figure :
-Espèce de petite garce ! Comment oses-tu me poser un lapin ?! Tu vas être punie !!
Mais je n’ai pas le temps de lui répondre, car il me relève, m’attrape par le cou et me plaque contre le mur. Ma tête heurte si violemment le mur que je sens mon crâne trembler.
-Lâche…moi…
-Tu penses vraiment que je vais te lâcher petite garce ?!
Je suffoque et il resserre encore plus ses mains autour de ma gorge. J’essaie de le griffer mais sa prise est tellement forte que je manque d’air et que je n’ai même plus la force de lever mon bras. Je sens que je commence à perdre connaissance et au moment où je ne ressens plus d’air dans mes poumons Hugo me lâche et bascule sur le côté. Je tombe à genoux par terre et je respire bruyamment en toussant ; quand je relève la tête vers Hugo il est à quelques mètres et il se tient la joue gauche. Une voix d’homme s’élève de derrière moi et elle s’adresse certainement à Hugo :
-Dégage ! Et laisse cette fille tranquille !