Bloodbound

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Summary

=75 Chapitres= James Pearson, omega et étudiant en médecine, ne s'est jamais intéressé aux histoires de mafia et de guerre de pouvoir... Jusqu'à ce que son frère jumeau disparaisse sans laisser de traces. En remontant la vie de son frère, James se retrouve bientôt face à Chris Waller, PDG impitoyable et héritier d'un empire criminel. Pour survivre, James doit alors prendre l'identité de son frère, Ethan, bêta et tueur à gage. Un jeu dangereux lorsque le PDG en question déteste les omégas. Fuir est impossible. Lutter, inutile. Il ne reste qu'une seule solution : apprendre à survivre.

Status
Complete
Chapters
80
Rating
4.7 7 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Nowhere to Be Found

— Salut Ethan, c’est... c’est moi. Encore. Bah voilà. Je t’appelle comme presque tous les jours depuis deux semaines. Je sais pas où t’es alors... Rappelle-moi, ok ?

Ce n’était pas son habitude. Mon frère rentrait toujours au bout de quelques jours, trois tout au plus. Jamais il ne m’avait laissé seul aussi longtemps sans nouvelles.

Je raccrochai en soupirant, le regard perdu sur l’écran noir de mon téléphone. Quinze appels manqués. Des dizaines de messages sans réponse. Et un silence pesant qui me tordait l’estomac. Ce n’était que ce que j’avais en ma possession depuis une semaine. Ethan était un électron libre, bien sûr, du genre à disparaître du jour au lendemain et réapparaître avec un sourire en coin et une excuse bidon à laquelle je faisais semblant de croire. Mais deux semaines sans nouvelles et son téléphone coupé ? Ça, ce n’était pas normal.

Je me levai brusquement, l’angoisse au creux du ventre. Si son portable ne sonnait plus, c’était qu’il l’avait éteint ou... Non. Non, il allait bien. Il devait aller bien. De toutes les manières, il m’avait dit qu’il devait simplement aller voir “une copine”. Que pourrait-il bien lui arriver avec “une copine”. A moins que cette copine ait découvert qu’elle n’était pas la seule... Mais je n’avais, de toutes les manières, aucun moyen de joindre ses amies alors...

Alors rien. J’étais retourné à mes cours, à mes diagnostics. En deuxième année de résidence au NewYork-Presbyterian Hospital, ayant tout juste obtenu mon Doctorat en Médecine, je me devais de rester irréprochable, quand bien même ma tête n’était certainement pas à cette possible pneumopathie d’inhalation... Ni même à ce carcinome pulmonaire et... Je grimaçai, mon front cognant doucement contre le bois de mon bureau. Je ne pouvais pas me concentrer.

Allez James, concentre-toi ! tentai-je pourtant de me motiver, en vain.

C’était impossible. Tout me rapportait à Ethan, et encore plus l’admission du jour dernier, blessé par balle.Et si...Et s’il était blessé, mort, abandonné quelque part ? Il n’était qu’un bêta, pas de quoi craindre pour sa vie, mais malgré tout, j’imaginais le pire, évidemment. Son absence devenait un trou béant dans mon quotidien réglé comme un coucou et pire que ça, je me sentais seul, abandonné.

Depuis la mort de nos parents, dans un accident de voiture lorsque nous avions quinze ans, Ethan et moi avions vécu l’un pour l’autre. La chance, dans notre malheur, nous avait au moins été donné de pouvoir rester dans notre maison d’enfance, déjà payée par nos parents, aux abords de Chicago. Nos grands-parents étaient alors venus vivre avec nous afin que nous ne perdions pas toute notre vie en quelques jours.

Ces derniers n’avaient malheureusement pas vu l’aube de nos dix-huit ans. Décédés l’un après l’autre d’un cancer, comme s’ils ne pouvaient pas vivre l’un sans l’autre, ils m’avaient décidé à me lancer dans des études de médecine dans un espoir vain de ne pas faire vivre à d’autres ce que j’avais vécu. Ethan, lui, avait toujours refusé les études. Il disait que ce n’était pas pour lui, qu’il n’avait pas la patience, pas l’envie, et qu’il ne supportait pas de rester assis toute la journée à écouter quelqu’un parler. Alors à la place, il avait enchaîné les petits boulots : serveur, livreur, manutentionnaire sur des chantiers... Des jobs sans attaches, sans responsabilités, qui lui permettaient de toujours bouger, de ne jamais s’enraciner quelque part.

C’était lui qui m’avait offert cette stabilité inébranlable. Plus que n’importe qui.

C’était lui qui s’occupait des factures, lui qui remplissait le frigo, lui qui s’assurait que je puisse étudier sans avoir à me soucier du reste, quand bien même nous avions du vendre la maison de nos parents pour nous installer à New York le temps de mes études. Lui qui m’avait poussé à poursuivre mon rêve de devenir médecin quand, rongé par la culpabilité de le voir trimer, j’avais envisagé d’arrêter. Lui qui m’avait juré que ça ne le dérangeait pas de bosser à ma place, parce que lui, il n’avait jamais voulu d’une vie rangée...

D’ailleurs que faisait-il ces temps-ci ? Peut-être fallait-il que je commence par là, par ses boulots. Ah oui. Serveur dans un Diner et sur un chantier. Ok. A cette heure avancée de la soirée, sûrement n’y allait-il avoir personne au chantier, mais au Diner...

Ce fut sur un coup de tête que je quittai notre petit appartement du Bronx tant pour prendre l’air que dans l’espoir d’avoir une réponse qui m’enlèverait cette angoisse insidieuse qui m’empêchait de travailler correctement.

Le vent frais de cette nuit de janvier me frappa le visage, me tirant un frisson que je balayai d’un geste en resserrant mon manteau autour de moi. Les rues du Bronx étaient relativement calmes à cette heure, quelques taxis passant de temps à autre, quelques silhouettes pressées qui disparaissaient au coin des blocs, un soir comme un autre à minuit passé.

Une fois ne fut pas coutume, j’attrapai l’un des taxi jaunes de New York et donnai l’adresse du Diner où Ethan travaillait. La voiture s’engagea rapidement dans les rues éclairées par les néons fatigués des enseignes. Je tambourinais nerveusement sur ma cuisse en fixant mon téléphone, l’écran noir renvoyant le vide de mes appels sans réponse. Je voulais croire qu’en arrivant là-bas, je tomberais sur lui, un plateau à la main, souriant avec son air de gamin insolent, prêt à me dire qu’il avait simplement oublié de répondre et de rentrer parcequ’il avait eu trop de travail. Et même si je savais pertinemment que cela ne serait pas le cas, je voulais y croire, encore un peu, juste pour calmer l’angoisse.

Le taxi ralentit devant une petite enseigne aux lumières tamisées. Un Diner typique, avec ses banquettes en cuir usé et son comptoir longé par des tabourets chromés. De l’extérieur, il semblait encore vivant malgré l’heure tardive. Quelques clients attablés, des conversations basses, la vapeur s’échappant d’une cafetière. L’endroit parfait pour quelqu’un comme Ethan, qui détestait la routine mais aimait pourtant avoir un point de chute.

Je payai rapidement la course et poussai la porte du restaurant, la clochette signalant mon entrée. L’odeur du café brûlé et des frites trop grasses me fit froncer le nez, me rappelant les nuits où Ethan rentrait avec des restes volés pour moi, prétextant qu’il en avait trop commandé, me laissant les manger alors que je détestais ça.

Derrière le comptoir, une femme d’une cinquantaine d’années essuyait des tasses, l’air las. Ses cheveux étaient attachés en un chignon approximatif, et son tablier portait des tâches qui témoignaient d’une longue journée de travail.

Je m’approchai et pris une inspiration avant de demander :

— Bonsoir... Désolé je suis le frère d’Ethan... Est-ce que vous l’auriez-vu ces derniers temps ?

Elle leva à peine les yeux, continuant de frotter son verre avec une lenteur exagérée.

— Connais pas d’Ethan.

Je fronçai les sourcils.

— Ethan Pearson, insistai-je. Il bosse ici. Serveur, horaires de nuit...

La femme s’arrêta un instant, haussa un sourcil et secoua la tête.

— Désolé, gamin. Y’a jamais eu d’Ethan Pearson qui bosse ici.

L’information mit un moment à se frayer un chemin dans mon cerveau. Mon estomac se noua violemment.

— Vous êtes sûre ? Il m’a dit qu’il travaillait ici... Il a peut-être donné un autre nom ? C’est... Il me ressemble, c’est mon frère jumeau. Il a juste une boucle d’oreille en plus mais...

Elle posa enfin son torchon et soupira en s’appuyant contre le comptoir, me coupant dans mes explications.

— Écoute, je suis là presque tous les soirs et je m’occupe des plannings. Si ton frère bosse ici, alors j’ai un sacré problème de mémoire. (Elle me jaugea un instant avant d’hausser les épaules et de reprendre son torchon.) Donc soit t’as le mauvais endroit, soit il t’a raconté des conneries.

Je restai figé. Ça n’avait aucun sens. Pourquoi me mentirait-il sur un boulot ? Ce n’était qu’un job de serveur, pas une double vie de super espion.

Un frisson désagréable me parcourut l’échine.

— D’accord... Merci quand même, murmurai-je en reculant vers la sortie.

Je sortis du Diner, l’air glacé me frappant de plein fouet. Je m’appuyai un instant contre la façade du bâtiment, tentant d’ignorer la panique qui me vrillait la poitrine. Ethan ne pouvait pas m’avoir menti. Il ne me mentait jamais. J’avais peut-être seulement mal noté l’adresse, il y avait peut-être plusieurs Empire Diner dans la ville... Oui, ça devait être ça. Je m’étais trompée, c’était la seule explication plausible. Je pris une grande inspiration, tentant de calmer mon rythme cardiaque. Ce n’était rien. Juste une erreur, un malentendu. Rien d’autre.

Je me redressai alors et sortis mon portable pour chercher un autre Empire Diner, mais mes doigts tremblaient légèrement. Mon corps me trahissait : je savais que quelque chose clochaite t mieux valait que j’oublie mes recherches maintenant. D’un pas lent, je m’éloignai ainsi du restaurant et levai la main pour héler un taxi.

Le retour à l’appartement me parut durer une éternité tandis que je tentai de rationnaliser ce qu’il venait de se passer. Ce n’était rien. Demain, j’irais au chantier. Lui, j’étais sûr de l’adresse, il me disait à chaque fois qu’il changeait de lieu d’ouvrage. J’aurais ma réponse demain. En attendant, il fallait que je rentre.

Et ce fut exactement ce que je fis, me retrouvant trop rapidement dans notre appartement silencieux, bien trop silencieux même sans la présence d’Ethan. Pas de musique en fond, pas de bruit de clavier d’ordinateur, pas de son de manette qui claque contre la table basse après une défaite en ligne.

Je passai une main sur mon visage, épuisé.

— Où t’es, Ethan... ? soufflai-je, fixant le plafond comme si une réponse allait tomber du ciel.

Un coup d’œil à l’horloge murale m’indiqua qu’il était presque trois heures du matin. Si je voulais être efficace demain, il fallait vraiment que je dorme un minimum. Mais en étais-je seulement capable ?

La réponse fut bien sûr négative. Pris dans des torrents d’angoisse, ma nuit se passa accompagnée de cauchemars et d’insomnie. Pas de quoi me reposer, mais au moins de quoi attendre le lendemain matin.

Il était près de sept heures lorsque je quittai de nouveau notre domicile.

J’avais envoyé un message à mon supérieur pour poser un jour maladie. Techniquement, je n’étais pas malade, mais ce n’était finalement pas un mensonge : j’étais bien incapable de travailler correctement dans cet état. Mon esprit était ailleurs, entièrement focalisé sur cette absence inexpliquée, sur ce foutu Diner où Ethan n’avait jamais mis les pieds, et sur le chantier où j’espérais réellement trouver une trace de lui.

Le trajet en métro jusqu’à Brooklyn, où se situait le site de construction, fut long, très long. Les vibrations régulières du train, le bruit des annonces, les conversations murmurées autour de moi... Tout m’agaçait et me paniquait à la fois.

Et s’ils me disent qu’ils ne le connaissent pas ?

Cette idée était idiote. Bien sûr qu’Ethan y travaillait. Je l’avais suffisamment vu partir et revenir épuisé de sa journée pour en être sûr.

Ne panique pas !

Facile à dire.

Le métro s’arrêta enfin à la station Atlantic Avenue-Barclays Center. Je sortis sur le quai bondé et me frayai un chemin jusqu’à la sortie. L’air froid du matin me saisit dès que je mis un pied dehors, me rappelant à quel point la journée allait être longue.

Le chantier se trouvait à quelques rues de là, un immense espace délimité par des barrières métalliques et des panneaux d’interdiction d’entrée pour les non-employés. Tant pis. Je n’aimais pas transgresser les règles, mais il fallait que je sache où était mon frère. Je me faufilai donc jusqu’à l’entrée, où un vigile en gilet jaune surveillait les allées et venues.

Je pris une grande inspiration et m’approchai.

— Bonjour, excusez-moi... Je cherche mon frère, Ethan Pearson. Il est censé travailler ici, mais il n’est pas rentré depuis deux semaines.

L’homme me jaugea d’un regard suspicieux avant d’hausser un sourcil et se détourner pour parcourir une liste des yeux.

— Pearson ? J’ai pas ce nom sur la liste des employés. Il fait quoi, votre frère ?

— Manœuvre. Il m’a dit qu’il bossait ici ces derniers mois. Peut-être qu’il a donné un faux nom ? Il... Il me ressemble beaucoup, c’est mon jumeau.

Le vigile secoua la tête.

— Jamais entendu parler d’un type comme ça ici. Désolé.

Les mots tombèrent comme une pierre au fond de mon estomac.

Il m’a vraiment menti ?... Ethan... Où est-ce que tu es ?!

— Vous êtes sûr ? insistai-je comme je l’avais fait au Diner. Il est exactement comme moi, enfin presque... châtain, les cheveux un peu plus courts, un peu plus musclé aussi... Une boucle d’oreille à l’oreille gauche, les yeux verts.

L’homme réfléchit quelques secondes, plissant les yeux, avant de secouer la tête une nouvelle fois.

— Nope. Personne comme ça ici.

Je sentis mes jambes trembler sous moi.

— C’est impossible... soufflai-je.

C’était officiel. Ethan ne travaillait pas ici non plus.

Alors où était-il ?