Prologue.
Appuyé contre sa table d'étude où une caisse débordait d'enveloppes de lettres, Nikolaï saisit une lettre isolée, la glissa dans une enveloppe, tamponna la cire rouge avec le sceau en bois, et scella l'enveloppe de ses initiales ainsi que celles de Hayley.
— Et voilà la dernière pour notre invité spécial, dit-il en observant longuement la lettre, un sourire satisfait ourlant ses lèvres.
*****
Nora émergea de son appartement, les bras chargés d'un carton, juste à temps pour se faire écraser par la chaleur étouffante de cet après-midi de juillet. Le soleil était un bourreau, faisant régner une canicule qui lui brûlait la peau. La météo avait prévenu que les températures seraient infernales cet été, mais Nora avait cru que le climat doux et tempéré de Seattle adoucirait un peu les choses. Erreur de calcul. Maintenant, elle payait cash pour sa méprise.
Avec un soupir de soulagement, Nora déposa le carton près de la petite camionnette qu'elles avaient louée pour le déménagement. La malle arrière était déjà grande ouverte, remplie à ras bord de cartons empilés les uns sur les autres.
Elle passa sa main droite sur son front moite, l'autre tenant sa hanche, son dos cambré. Lorsqu'elle se redressa, elle grimaça de douleur, fatiguée de tous ces va-et-vient.
Elle regrettait maintenant de ne pas avoir suivi le conseil d'Asia et appelé des déménageurs. Des mains d'hommes les auraient bien aidées, surtout pour transporter les lourds cartons.
Mais non, elle avait cru qu'elles pouvaient le faire seules, comme à l'université. Elle avait oublié qu'en un an, Asia avait triplé ses achats, à tel point qu'elle emmagasinait certains d'eux dans sa chambre à elle, ou même dans le magasin. Et ce n'était pas faute de l'avoir avertie sur ses achats compulsifs... mais Asia était une tête de mule.
Depuis que Ethan était devenu joueur professionnel, Asia avait plus de rentrées d'argent et en dépensait sans compter. Elle vivait à fond, sans se soucier de l'avenir, et même Ethan, son petit ami, ne trouvait rien à redire à ses dépenses extravagantes. Il était convaincu que son bonheur était le sien, et il la laissait faire à sa guise.
Nora, quant à elle, devait subir les conséquences de cette nouvelle vie de luxe. Sa chambre se transformait peu à peu en un mini-dressing, avec des vêtements et des accessoires partout. Mais au fond, ça ne la dérangeait pas vraiment. Asia était sa meilleure amie, et elle la connaissait depuis longtemps. Elle savait avec qui elle vivait, et elle l'acceptait telle qu'elle était.
Ethan et Asia.
Elle ne l'aurait jamais cru, mais c'était prévisible qu'ils formeraient un beau couple. Dès le premier jour qu'elle les avait présentés, elle avait senti une alchimie particulière entre eux.
Et voilà maintenant qu'ils étaient à un an de relation, et elle...
Un an loin de lui, un an dans son amour.
Voir Asia et Ethan si fous l'un de l'autre lui rappelait la magie de l'amour. Mais aussi, cruellement, ce qu'elle n'aurait plus jamais.
Cela faisait pourtant 365 jours qu'elle essayait de suivre les instructions qu'il lui avait laissé, d'être heureuse, de vivre. Mais le constat était affligeant : seule sa carrière et son amitié avaient survécu à son désespoir.
Ruslan lui manquait terriblement. Elle avait envie de savoir qu'il allait bien, de recevoir des nouvelles de lui, mais elle ne pouvait pas les obtenir. Et pour couronner le tout, elle avait trop honte pour contacter Nikolaï afin de lui demander des informations sur Ruslan.
Boris avait tout détruis même son amitié avec le jeune homme.
Un goût d'amertume envahit sa gorge et elle s'empressa d'essuyer les larmes qui menaçaient de couler le long de ses cils. C'est alors qu'elle aperçut au loin la silhouette du facteur, son sac en bandoulière sur l'épaule, qui s'approchait d'un pas tranquille en sifflotant «can't stop de feeling».
— Bonjour Mademoiselle Adams, la salua-t-il gaiement.
— Bonjour, répondit-elle avec un sourire de courtoisie.
Elle se remit au travail, soulevant le carton pour le déposer dans le coffre de la camionnette. Pendant ce temps, le facteur s'approchait de la boîte à lettres, consultant les courriers pour voir lesquels déposer à l'intérieur.
— Vous avez quelque chose pour nous ? le questionna-t-elle, les mains sur les hanches, le dos légèrement cambré pour soulager la douleur qui lui vrillait la colonne vertébrale.
Le facteur consulta ses courriers et sortit une enveloppe rouge qu'il lui montra.
— Oui, pour vous et mademoiselle Parks.
Après lui avoir remis le courrier, le facteur s'en alla en lui faisant un geste d'au revoir de la main, puis se remit à siffloter gaiement.
Nora se retrouva avec l'enveloppe entre les mains, se demandant qui pouvait être leur destinataire. Il n'y en avait qu'une seule pour Asia et elle .
Sa curiosité serait bientôt satisfaite, car son amie fit son apparition sur le perron, vêtue d'un débardeur. Nora se souvint de leur premier déménagement, et réalisa que celui-ci était leur dernier. Comme elle, Asia souffrait des affres de la saison, ses aisselles dégoulinaient de sueur. Mais rien ne pouvait la faire descendre de son petit nuage. Elle chantonnait en s'approchant de Nora, un petit carton à la main qu'elle déposa au-dessus des autres.
— Tu te souviens ? lança joyeusement son amie en lui faisant face.
Elle sortit son téléphone de la poche arrière de son jean et lança «No guidance». Nora secoua la tête, dépassée par l'attitude de son amie. Il était urgent qu'elle lui révèle le secret pour être toujours de bonne humeur et réussir à contaminer les autres avec autant de facilité.
Asia la prit par la main et la fit tournoyer autour d'elle, avant de l'encercler de ses bras, le tour de taille, sa tête posée sur son épaule. Ses yeux bleus pétillaient de bonheur.
— J'espère qu'un jour, tu seras aussi heureuse que moi, lui souhaita celle-ci avec un sourire, tout en lui collant un baiser sur la joue.
Nora esquissa un sourire, mais il était pâle et empreint de nostalgie et de regret. Son regard se perdit au loin, comme si elle était ailleurs.
— Je l'espère aussi, murmura-t-elle.
Asia la ramena à la réalité en demandant :
— Et pour qui est-ce ?
Désignant l'enveloppe que Nora tenait encore dans ses mains.
Cette question chassa les pensées sombres qui l'envahissaient et lui permit de se concentrer sur le moment présent, le seul qui comptait vraiment. Car le passé était révolu et le futur incertain, la seule certitude était le présent, et celui-ci, elle le partageait avec son amie, celle qui avait toujours été là pour elle.
— C'est pour nous deux, dit-elle d'une voix légèrement enrouée par l'émotion qui l'étreignait.
Asia s'exclama, surprise :
— Nous deux ? Ouvre-la pour voir !
Nora obéit à la demande de son amie et ouvrit l'enveloppe. Les deux jeunes femmes restèrent choquées en découvrant ce qu'elle contenait.
— Ne me dis pas que... souffla Asia, toujours sous le choc, sa voix à peine audible.
Nora, quant à elle, était muette. Les quelques mots inscrits sur la lettre l'avaient laissée sans voix, incapable de prononcer un seul mot...









Bon début d histoire j adore et hâte de lire la suite