Chapitre 1
Lynn avait une passion pour les livres. Qu’ils s’agissent de romans d’amour, d’aventure ou même historiques. Elle ne s’en lassait jamais. Cet intérêt pour la lecture vint de sa jeunesse, quand sa mère l’avait obligée à lire. C’était d’abord un calvaire pour elle, mais finalement, en lisant elle découvrit un monde où les mots se mélangeaient à l’imagination.
La brune avait toujours utilisé l’imagination pour améliorer sa vie banale. Elle ne se trouvait pas forcément belle, ni intelligente et ni forte. Alors quand la nuit tombait, elle rêvait. Elle rêvait d’un monde où on la voyait comme une femme puissante mais surtout sublime.
A l’époque, le physique avait une grande importance pour se faire des amis ou même trouver l’amour. Elle se répétait souvent : qui voudrait avoir quelqu’un de moche dans son entourage ? Ainsi, son physique devint une obsession. Elle se disait que si elle devenait blonde et changer son visage, tout le monde voudrait être son ami.
« Foutaises. » se dit-elle en y repensant.
La brune se rappela qu’un jour en trainant dans la maison, elle était tombée sur un magazine people. Sur la couverture, en grand, se trouvait une magnifique brune. Elle ressemblait à une déesse. Eva Longoria. Belle, élancée, elle devint rapidement l’exemple parfait de ce qu’elle voulait devenir.
A cette période, ce qui ne l’aida pas, ce fut lorsqu’elle en parla à sa grand-mère. Elle lui avoua qu’elle détestait son nez ou même ses grains de beauté. Mais celle-ci à la place de lui dire qu’elle était belle au naturel, lui répondit :
« Fais de la chirurgie esthétique, mais ça coute cher ! »
En entendant cela, la brune s’était dit que sa grand-mère avait raison. C’était elle, l’adulte et elle avait forcément raison. Ainsi elle avait sorti innocemment :
« Quand je serai grande et que j’aurai assez d’argent, je ferai de la chirurgie. »
Pourtant en grandissant, Lynn avait bien compris que les paroles de sa grand-mère n’étaient pas normales notamment envers une fillette de sept ans. Surtout que cela avait entraîné des répercussions sur sa mentalité où le physique était très important pour plaire.
La jeune fille s’était alors créer un monde quand la nuit tombait. Dans son lit, elle s’imaginait devenir belle, forte, aimer de tous mais surtout riche. Que les gens qui ne l’aimaient pas le jour car elle n’était pas assez bien devenaient, la nuit, ses meilleurs amis. Que ce garçon qu’elle avait croisé dans la rue, indifférent à sa présence, tomberait éperdument amoureux d’elle une fois la nuit venue.
Ce rituel qu’elle pratiquait depuis son enfance avait créer un vice, car elle ne vivait que pour la nuit. Elle passait ses journées entières à tout idéaliser, à rêver, à croire que si elle devenait belle, tout le monde l’aimerait.
Seulement un jour, en trainant cette fois-ci sur les réseaux sociaux, elle tomba sur une vidéo sur Eva Longoria, où celle-ci avoua quand elle était petite qu’elle se dénigrait sur sa beauté. Que quand la première fois qu’elle sortit les mots « parce que je le vaux bien » de l’Oréal, elle avait pleuré.
Ce fut une sorte de déclic pour Lynn, son modèle avait des failles. D’un seul coup, son monde idéal s’effondra. Tout ce qu’elle avait construit dans ses pensées lui parut dérisoire, presque absurde. Les personnes autour d’elle, qu’elle avait imaginé et qu’elle avait sublimé pour en faire ses amis ou même des personnes qu’elle aimait, devinrent rapidement fade.
Mais le plus grave dans tout ça, c’est qu’elle le comprit à vingt ans. A ce moment-là, elle était amoureuse d’Eliot, un gars qui lui parlait sur Instagram, quand il avait l’envie et qu’aucune autre fille était disponible. Il se servait d’elle mais elle ne l’avait pas remarqué car elle l’avait idéalisé dans ses rêves.
Finalement, en relisant leur message, il ne s’était jamais intéressé à elle, il n’en avait que pour lui. Mais lorsqu’il lui envoyait un simple « et toi comment tu vas ? », c’était, dans ses rêves, l’équivalent d’une demande en mariage. Dans sa tête, tout était déjà écrit : une jolie maison en Toscane, deux enfants, Léo et Livia. Tout ça pour un garçon qui ne voyait en elle qu’un passe-temps.
« Imbécile. » s’insulta-t-elle en y resongeant.
Mais cette habitude toxique lui resta, elle ne put s’en débarrasser. Quand elle rencontra quelqu’un, la nuit elle idéalisait à nouveau leur relation ou même la personne. Alors, face à la réalité, la personne lui semblait terne, dénuée de l’éclat qu’elle lui avait attribué dans ses rêves.
La jeune femme continuait à lire ses livres, mais cette fois, en essayant de trouver les failles des personnages, même des personnages parfaits. Elle se plongea dans des livres féministes et se documenta sur la psychologie de chacun, découvrant qu’elle faisait des rêves éveillés compensatoire ou même de la dissonance cognitive.
Son imagination était normale mais elle prenait un peu trop de place, devenant abusif. Mais surtout elle comprit qu’elle souffrait d’un manque de confiance en soi et qu’elle avait de l’anxiété sociale.
« Sans grande surprise. » pensa-t-elle.
Ainsi, elle se créa un rituel où elle se força à ne plus idéaliser son entourage, qu’elle n’essayerait plus de se rabaisser. Elle rêvait la nuit d’être simplement elle-même, avec ses failles, et d’un entourage qui, sans le savoir, l’aidait à avancer. Jamais elle ne l’avouerait à personne : cette habitude faisait partie d’elle-même.
C’est une promesse qu’elle se fit à elle-même.
« Lynn ! Sélia ! » hurla Mathéa, sa meilleure amie et colocataire. « C’est l’heure de manger ! »
Perdue dans ses réflexions, la jeune femme mit quelques secondes à réaliser que son amie l’appelait. Elle ferma le bouquin en soupirant et se roula dans le lit avant d’observer le plafond. A vingt-cinq ans, elle venait de finir son master en traduction littéraire et vivait avec ses deux amies du lycée dans le même appartement.
Sélia préparait un doctorat en littérature moderne tandis que Mathéa jonglait avec son master en psychologie. Elles étaient toutes les trois différentes que ce soit physiquement mais mentalement, on aurait dit des sœurs. Elles n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, c’est peut-être pourquoi elles étaient si proches.
« Lynn ! Dépêche-toi ! J’ai faim ! »
La brune soupira à nouveau bruyamment avant de se redresser du lit. Elle traversa le petit couloir de leur appartement et se rendit dans la cuisine où Sélia mettait la table. Mathéa, elle, mélangeait la sauce tomate prenant soin de souffler sur sa cuillère avant de manger.
Sélia était plutôt petite, pourtant on ne pouvait pas la rater avec ses magnifiques cheveux bouclés noirs. Si on devait la lier à un élément, ça serait le printemps, elle est solaire et toujours bienveillante. Elle a aussi une obsession pour les plantes qui se trimbalent dans tout l’appartement. Elle s’en occupe tous les soirs en rentrant des cours.
Mathéa, elle, est brune avec des cheveux lisses dont elle essaye de se convaincre qu’elle a les cheveux ondulés, ce qui fit toujours rire ses deux amies. Si on devait la lier à un élément, ça serait une énorme bibliothèque sans fin. En effet, les trois colocataires partagent un amour inconditionnel pour les livres, ainsi dans chaque pièce se trouve une pile de différents styles de bouquin.
Lynn était, aussi, une brune. Seulement, elle avait de vrais cheveux ondulés, dont Mathéa jalousait. Sélia avait toujours nommé la couleur de ses yeux : « miel » car pour elle, ils étaient si doux à regarder. Si on devait la lier à un élément, ça serait la nature ou bien un lac calme où un coucher de soleil coulerait en arrière-plan.
Autour de cette table, ils se passèrent les assiettes en les remplissant tout en discutant et en riant. Mathéa avait toujours été douée pour cuisiner, au lycée déjà, elle ramenait toujours de quoi nourrir ses deux amies. Sélia, elle, s’occupait souvent de la vaisselle ou du ménage, elle aimait quand tout était parfaitement propre. C’était son côté perfectionniste qui ressortait.
Lynn, elle, était toujours la première à aller gouter les préparations de Mathéa et aidait souvent Sélia à ranger leurs bazars. Mais surtout, c’était la seule qui avait un revenu pour payer une grande partie de leur loyer. Sélia en payait une partie avec les bourses qu’elle recevait tandis que Mathéa recevait un peu d’argent de sa famille.
Mais cette dynamique fonctionnait depuis deux ans. Leur colocation se passait sans accroc car elles étaient proches tout en suivant le propre rythme et les habitudes des autres.
Mathéa était souvent enfermée dans sa chambre à regarder pour la énième fois Harry Potter. Sélia, en tant que militante, passait son temps dehors, à distribuer des flyers, placarder des affiches ou même à faire des manifestations.
Lynn, elle de son côté, travaillait depuis peu dans une petite maison d’édition où elle passait la plupart de son temps. Mais le soir, à la place d’idéaliser la réalité, elle avait découvert dans sa vie étudiante, les soirées. Elle avait fait la rencontre de Maura et Maëlys, ses fidèles copines de sorties. Les trois amies ne faisaient pas plus que danser ou alors se raconter des potins dans un bar.
Pourtant, la brune savait que c’était aussi une façon d’échapper à ses pensées trop envahissantes.
« Ce soir, je sors. » dit Lynn en terminant son assiette.
« Tu feras attention. » déclara Sélia. « Tu prendras mon spray au poivre. »
« Et tu nous partageras ta localisation. »
La jeune femme eut un grand sourire en entendant ses amies lui dire cela, avant de continuer de discuter. Elles avaient toujours été très préventives, surtout en tant que femme. Et ça rassurait Lynn qu’elles soient là, à veiller sur elle. Elles n’avaient jamais été étouffantes, au contraire, elles savaient faire le juste milieu.
« Si tu ramènes un homme, préviens-nous à l’avance, qu’on mette nos boules quiès » rit Mathéa.
« Pas comme la dernière fois ! »
« Hé, les filles ! » s’exclama Lynn, en rougissant tandis que ses copines riaient. « Je pensais que vous n’étiez pas là ! Vous auriez pu prévenir que vous étiez là, j’aurais été plus discrète ! »
Alors qu’elle essayait de se défendre comme elle le pouvait, les deux amies ne s’arrêtèrent pas de rire. Elle savait que Lynn allait être gêné par cela. Cette dernière leur fit un doigt d’honneur accentuant leur rire.